Chapitre 12
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 12 : Foudre
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« Qu’est-ce qui t’est arrivé, bon sang ? »
Gilbert demanda d’un air écœuré en découvrant l’état lamentable de Galahad.
« Il s’est passé deux ou trois trucs. »
« Deux ou trois trucs ? Tu t’es fait soigner ? »
« Ça va. Les mages sont coriaces. Je me remettrai après m’être secoué quelques fois. … C’était une façon de parler. Enlève ta main. »
« J’essayais de t’aider. »
« Fais au moins l’effort de rendre ton mensonge crédible. »
Gilbert claqua la langue et s’assit en face de lui. Galahad poussa le ragoût froid vers lui.
« Le ragoût est excellent ici. Goûtez. »
« Je ne prends pas de petit-déjeuner. »
« Alors donnez-le à Damian. »
Damian s’empara aussitôt du bol. Gilbert claqua doucement la langue et regarda autour de lui.
« Hermun vous a attaqué ? »
« C’est qui, Hermun ? »
« Un grand idiot qui se balade avec une hache de fer. »
« Alors non. »
Grâce au sang de Démonide qu’il avait bu, son état n’était pas absolument catastrophique.
Le sang des Démonides ne guérissait pas les blessures, mais il arrêtait les saignements. C’était comme appliquer de l’Albochil sur une plaie. Ça faisait un mal de chien, mais ça marchait.
Le problème, c’était que son mana se déchaînait en lui. Le mana dense qu’il avait obtenu grâce au sang des Démonides ne cessait de s’emballer.
On aurait dit qu’un chien enragé, débarrassé de sa laisse, s’était introduit en lui. S’il perdait sa concentration ne serait-ce qu’un instant, son mana semblait prêt à exploser.
Galahad essaya tant bien que mal de le tenir en laisse, mais son état lamentable rendait la tâche difficile. Il ne pouvait que le réprimer.
« C’est quoi, ça ? »
« Un truc bon pour la santé. »
Galahad glissa la gourde sous ses vêtements, contre sa poitrine. Gilbert plissa les yeux, visiblement méfiant.
La porte de la taverne s’ouvrit alors à la volée dans un fracas.
« Pourquoi se retrouver dans une taverne de si bon matin… Quoi ? Qu’est-ce qui t’est arrivé ?! »
Gwen se précipita vers Galahad et l’attrapa. Sa familiarité le prit légèrement au dépourvu.
« M-mais qu’est-ce qu’il y a ? Quelqu’un t’a tabassé ?! Qui ça ?! Même si tu es désagréable, comment peut-on s’en prendre à quelqu’un à ce point ?! »
« J’ai gagné, alors calme-toi. Et qu’est-ce que tu racontes, avec “désagréable” ? »
« Tu n’as pas besoin de le cacher parce que tu es un homme ! Tout le monde a des problèmes ! Les autres servantes me harcèlent aussi, elles disent que je ne suis qu’un poids mort parce que je ne sais pas faire le ménage ! »
« Ce n’est pas juste la vérité, plutôt que du harcèlement ? »
« Même si tu es désagréable, comment peut-on faire une chose aussi horrible ?! »
« Tu viens de me traiter de désagréable deux fois. »
Raisonner avec elle ne servait à rien. Les yeux de Gwen se remplirent soudain de larmes tandis qu’elle examinait ses blessures.
« Snif… Attends ici. Je vais chercher une serviette pour te nettoyer. »
Elle ne le croyait clairement pas du tout. Gwen disparut à l’intérieur.
Galahad était perplexe. Moi, me faire tabasser… ? J’avais vraiment cette tête-là ?
« J’ai l’air du genre à me faire tabasser ? »
« Tu as l’air fragile. »
« Vous êtes tous bâtis comme des armoires à glace. Dans la région centrale, on me trouvait plutôt baraqué, moi aussi. »
« Ah bon ? »
Gwen revint bientôt avec un linge détrempé. Malgré ses protestations, elle se mit à lui essuyer le corps avec obstination.
« Tu n’as pas besoin d’en faire autant. »
« Mon salaire est dix fois plus élevé. Je dois travailler dix fois plus dur. »
« C’est vrai. Frotte plus fort. »
« Mais qui est cet enfant ? »
Gwen demanda cela en essuyant les gouttes de sueur sur son front.
« Ah, voici ton cadet, Damian. »
« … Mon cadet ! Vraiment ? J’ai toujours rêvé d’avoir un cadet ! »
Damian inclina la tête et les yeux de Gwen se mirent à briller. Elle avait l’air d’avoir reçu un cadeau.
« Toi aussi, tu es orphelin ? »
« Non. J’ai une mère. C’est une prostituée. »
« Oh, quelle chance. »
Tom arriva peu après.
« Lui aussi, c’est mon cadet ? »
« Tom, première classe, au rapport ! »
« Ouah ! Deux cadets ! J’ai enfin des cadets ! »
Gwen se redressa fièrement et installa Tom et Damian de part et d’autre d’elle.
Galahad ignora la conversation étourdissante qui se déroulait à côté de lui et se concentra sur son mana. Il ne le maîtrisait toujours pas.
‘Le mieux serait de tout décharger d’un coup.’
Il semblait préférable de libérer le mana déchaîné en une seule fois. Mais comme il ne pouvait pas en maîtriser la puissance, il devrait le faire à l’extérieur du château.
Il était temps de se mettre en route.
Le temps ne jouait pas en faveur de Galahad.
« Nous devrions bientôt aller voir mon épouse. »
Tous acquiescèrent d’un air grave.
* * *
Un bon nombre de soldats s’étaient rassemblés devant la porte intérieure du château.
Ils semblaient intrigués par l’Unité des opérations spéciales. Des rires éclatèrent parmi les soldats à leur vue.
« C’est pas une servante, là-bas ? Ils emmènent une servante sur la ligne de front ? Ils sont dingues. »
« C’est Damian, celui qui dévore des pelotons. On dit qu’il en a déjà dévoré dix. »
« Alors c’est lui, le capitaine mage ? On dirait qu’il s’est déjà fait tabasser quelque part. »
Des paroles acerbes fusaient de toutes parts.
Galahad passa nonchalamment une main dans ses cheveux. Des étincelles jaillirent de ses doigts. Son mana incontrôlable l’agaçait naturellement. Il le réprima et examina son unité.
Il ne fallait pas qu’ils perdent courage dès le départ.
« Ils m’ont prise pour une servante ! Une servante ! Je dois vraiment pas avoir l’air d’une soldate ! Parce que je suis une servante ! »
Gwen était ravie qu’on l’ait prise pour une servante, et Damian ne semblait pas avoir une seule pensée en tête.
‘Ils ne se laissent pas du tout atteindre.’
Tom avait le visage crispé, mais ce n’était pas très important.
« Puisqu’ils nous regardent tous, autant leur montrer une magie impressionnante. »
« Nous ne sommes pas dans la région centrale. Pour eux, la magie ne vaut pas mieux que la crasse des Démonides. »
« Si leur opinion est mauvaise, il faut la faire changer. »
Galahad claqua la langue devant la tentative de Gilbert de le retenir. Il voulait décharger ce mana.
« Quel vermisseau ose convoiter dame Adrianna ?! »
Une voix grave retentit devant eux. Elle portait si bien que chaque mot parvint aux oreilles de Galahad.
Les soldats surpris s’écartèrent rapidement. Un homme colossal s’avança dans l’ouverture.
Peut-être ne sentait-il pas le froid, car il ne portait qu’un vêtement de fourrure qui couvrait à peine ses parties intimes.
Son immense corps musclé était entièrement à découvert et couvert de cicatrices. Il portait une hache aussi grande qu’une personne ordinaire et, chose étrange, même son manche était en fer.
Ses yeux chargés d’intentions meurtrières fixaient Galahad. La peau de ce dernier le picota.
« Laissez-moi deviner. Vous voulez dire que c’est Hermun ? »
Gilbert acquiesça, l’air mal à l’aise.
« Oui, c’est Hermun. Il vient du premier bataillon et voue une loyauté démesurée à dame Adrianna. Il a déjà arraché la langue de quelqu’un qui avait tenu des propos obscènes sur elle. »
Arraché sa langue. Terrifiant.
« Mais pourquoi cet homme me fusille-t-il du regard ? »
« Vous posez vraiment la question ? »
« Ah, parce que je vais l’épouser ? Quelle jalousie laide. »
« Vous l’avez dit un peu fort. »
« Espèce de salaud ! »
Hermun abattit sa hache au sol.
Boum !
Le grondement évoquait l’explosion d’une bombe.
« Il est incroyablement fort. »
« C’est vraiment le moment de l’admirer ? »
« Il faut reconnaître les autres pour être reconnu à son tour. »
Galahad toussota. Il faisait semblant d’être détendu, mais l’irritation commençait à monter en lui.
« Ce n’est pas le moment de plaisanter. Hermun est une force reconnue du premier bataillon. »
Bang !
Hermun frappa de nouveau le sol avec sa hache. Plusieurs soldats perdirent l’équilibre et tombèrent. C’était une force absurde. Ce salaud avait bouffé des tendons de Démonide ou quoi ?
« Gilbert ! Écarte-toi ! Tu protèges un salaud d’impérial ?! »
« C’est un ordre de Son Altesse le Grand-Duc. »
« Je m’en fiche ! J’en prendrai la responsabilité, alors bouge ! »
Gilbert se tourna vers Galahad. Ses yeux se plissèrent légèrement.
« Vous envisagez de relever le défi ? »
« Hmm, non. »
« Tant mieux. Ça tombe bien, j’allais justement pisser. »
« C’est dangereux. »
Devant l’avertissement sérieux de Gilbert, Galahad se gratta la joue.
Dangereux… Pour moi ? Contre ce primitif à moitié nu armé d’une hache de fer ?
Galahad lâcha un rire incrédule.
« Je me le demande depuis un moment : pourquoi les gens d’ici méprisent-ils les mages ? »
Il était sincèrement curieux.
Il était naturel que les Démonides méprisent les mages. En pratique, les Démonides étaient les prédateurs naturels des mages.
Mais même les voyous des tavernes d’ici méprisaient les mages. Il pouvait comprendre qu’on les déteste, mais pas qu’on les prenne de haut.
C’était impensable dans la région centrale.
« Parce que les mages sont faibles au combat. »
« Mais quels mages avez-vous donc rencontrés ? Cela dit, si un mage a rampé jusqu’au Nord, j’imagine le niveau. »
« ……… »
« Pourquoi vous me regardez comme ça ? »
« Hum. »
« Je n’ai pas rampé jusqu’ici. On m’y a traîné. »
« Oui, je sais. Mais vous vous êtes quand même débattu face à ce seigneur, non ? »
« C’est parce que c’était un Démonide. Les Démonides sont un mauvais adversaire pour la magie. »
Bang ! Bang ! Bang !
Sans doute pour montrer sa force, Hermun continuait de marteler le sol avec sa hache. Les soldats lui répondaient par des huées et des acclamations.
« Ça ne va pas. Je vais devoir montrer l’exemple et améliorer l’image des mages. Je vais montrer à ces ignorants à quel point les mages sont terrifiants. »
« Vous êtes sûr que ça ira ? »
« Je suis le capitaine. Le capitaine est censé être le plus fort, tu sais ? »
« … Vous êtes dans un sale état. »
C’était vrai. Le saignement s’était arrêté, mais il avait perdu beaucoup de sang et avait la tête qui tournait ; son mana, lui, se déchaînait. Malgré tout…
« Avec un seul doigt, je peux battre un primitif à moitié nu armé d’une hache de fer. »
Galahad s’avança et examina lentement le primitif.
Il n’était pas enveloppé d’aura et ne portait pas d’armure de cuir.
‘D’où lui vient toute cette confiance ?’
Galahad fit claquer légèrement ses doigts. Des étincelles jaillirent dans tous les sens.
Il ne maîtrisait pas son mana. Le sang de Démonide qu’il avait bu continuait de le faire s’emballer.
‘Je ne maîtrise pas du tout la puissance.’
Galahad fixa le primitif qui se frappait la poitrine, puis hocha la tête.
Il comptait tout décharger d’un seul coup, histoire de se sentir mieux.
‘La neige s’est arrêtée.’
Galahad leva les yeux au ciel.
La neige avait cessé, mais de longs nuages sombres couvraient le ciel.
Tous ces regards fixés sur lui, et son unité qui reculait un peu.
‘Il faut que ce soit spectaculaire.’
Galahad fit claquer deux fois ses doigts.
Grâce au primitif qui attendait gentiment, il récita même une incantation pour la première fois depuis longtemps.
* * *
« N-ne devrait-on pas l’arrêter ? Il n’est pas en état ! »
« C’est bien Hermun… ? Celui qui a battu un Démonide à un concours de force… ? »
Gilbert fronça les sourcils en entendant les inquiétudes fuser derrière lui.
Ils avaient raison. Hermun n’était pas un adversaire facile.
Rien que d’appartenir au premier bataillon prouvait qu’il était capable, dans le Nord.
En revanche, Galahad avait peiné même contre un Monstre seigneurial incomplet.
Galahad était aussi dans un état épouvantable. Quoi qu’il ait fait au milieu de la nuit, il était couvert de blessures et son dos portait de nombreuses marques de brûlure.
En toute logique, Gilbert aurait dû l’arrêter, mais que pouvait-il faire maintenant que Galahad s’était avancé ?
« Khahahaha ! L’impérial a perdu toute peur ! »
Hermun laissa échapper un rire rauque. Il semblait ravi à l’idée de trancher la tête de Galahad.
« Le Fou ! Le Fou ! »
Le cri monta en boucle de toutes parts. Personne ne doutait qu’Hermun trancherait la tête de Galahad.
‘Ça sent mauvais.’
L’Unité des opérations spéciales était déjà devenue la risée de tous avant même d’avoir commencé. Si son capitaine perdait ici aussi, sa réputation toucherait à coup sûr le fond.
La réputation était extrêmement importante sur le front. Si Galahad perdait, l’Unité des opérations spéciales risquait d’être anéantie dès le départ.
Galahad demeura immobile, comme s’il n’entendait ni les huées ni les inquiétudes autour de lui.
Contrairement à d’habitude, son visage était légèrement crispé. Son aisance habituelle avait disparu. Une irritation vive s’y attardait.
« Moi, Hermun du premier bataillon, je défie en duel l’impérial qui ose se pavaner en prétendant être le promis de dame Adrianna ! »
‘Un duel. Il y a réfléchi, finalement.’
Gilbert fronça les sourcils. Il s’était demandé pourquoi Hermun avait attendu tranquillement que Galahad et lui terminent leur conversation. Voilà donc ce qu’il cherchait à faire.
Dans le Nord, le duel était sacré. N’importe qui pouvait en lancer un, et personne ne pouvait imposer de désavantage en fonction de son issue.
« Un duel ! Un duel ! »
Des acclamations fusèrent de toutes les directions. Ils le pressaient de se dépêcher et d’arracher la tête de ce mage maudit et répugnant. Une épaisse intention meurtrière déferlait de partout.
Galahad leva alors la main droite. Les huées bruyantes s’apaisèrent peu à peu.
Quelque chose chez Galahad poussait les gens à se concentrer sur lui.
« Puis-je poser une question ? »
« … Quelle question un homme sur le point de mourir pourrait-il poser ?! Offre-moi donc ton cou sans faire d’histoires ! »
« Donc, je peux la poser. Alors, dites-moi : êtes-vous un Démonide ? »
Gilbert en resta bouche bée.
Demander à quelqu’un s’il était un Démonide, dans le Nord… C’était une insulte pire que d’insulter ses parents ou son épouse.
Même les soldats qui huaient encore à voix basse se turent devant cette question inimaginable.
« Comment a-t-il pu dire une chose aussi horrible… ! »
Même Gwen, qui s’inquiétait pour lui, balbutia sous le choc.
Crr… crr…
Les muscles d’Hermun se tordirent dans un craquement terrifiant. Ça tournait mal. Gilbert agrippa la poignée de son épée.
Au besoin, il interviendrait pour mettre fin à l’affrontement. Son honneur en pâtirait, mais l’ordre d’Adrianna passait avant tout.
« À votre réaction, je suppose que non. Vous n’êtes pas un Démonide, vous ne portez pas d’armure de cuir et vous n’avez pas d’aura. Qu’est-ce qui vous donne l’assurance de vous jeter sur moi ? »
« … Espèce de salaud !! »
Hermun s’accroupit. Ses jambes épaisses se tendirent dans un craquement. Le sol sous ses pieds s’enfonça légèrement.
Cette intention meurtrière dense se répandit autour de lui. Les soldats blêmirent.
Hermun prit son élan.
Boum !
Le sol s’effondra sous lui dans un grondement et son immense corps fut projeté en avant.
« Désolé, mais je ne maîtrise pas la puissance en ce moment. Tâchez de l’encaisser. »
Galahad fit claquer ses doigts. Le geste était minuscule, mais il attirait tous les regards.
Une petite étincelle jaillit des doigts de Galahad. Elle rebondit entre ses doigts, puis grossit à toute vitesse.
La magie manquait de finesse. Galahad fronça les sourcils, comme s’il peinait à la maîtriser. Les étincelles qui se répandaient grossirent encore, jusqu’à tourbillonner bientôt autour de tout son bras.
On aurait dit qu’elles dévoraient Galahad. Des lignes noires se gravèrent en tous sens sur sa peau.
Galahad ouvrit la bouche. Des étincelles jaillirent d’entre ses lèvres.
« Châtiment divin. »
Le murmure de Galahad résonna distinctement. Les étincelles qui l’entouraient jaillirent vers le ciel, puis disparurent en un instant.
Patatras !
Hermun l’avait déjà rejoint en un éclair et sa hache se dressait haut dans les airs. Les muscles épais de son bras se gonflaient tandis qu’il la tenait. Un rugissement jaillit de sa bouche.
« Je vais t’arracher la tête et m’asperger de ton sang ! »
Hermun abattit sa hache sur Galahad. Tout laissait croire que celui-ci allait être fendu en deux.
Le ciel trembla alors légèrement. Les nuages sombres qui le couvraient se fendirent. Une immense étincelle jaillit entre eux.
La foudre.
Elle déchira le ciel et s’y répandit à toute vitesse.
Il ne lui fallut qu’un instant pour atteindre le sol.
Pendant un instant, tout devint limpide. Hermun, souriant tandis qu’il abattait sa hache, Galahad devant lui, l’air agacé, et les soldats horrifiés…
La foudre courut le long de la hache d’Hermun. Son corps fut noyé dans une lueur blanche.
On aurait vraiment dit que les cieux avaient rendu leur jugement.
Kraaaaaa-boum !
Le bruit retentit après coup.
La foudre ne dura qu’un instant, mais cet instant sembla interminable.
Bientôt, le monde limpide ralentit et s’assombrit de nouveau.
Clang.
La hache roula sur le sol.
Hermun se tenait là, carbonisé.
Ses cheveux brûlés, raides et dressés sur sa tête, ne laissaient voir que le blanc de ses yeux, et sa peau était couverte de marques noires.
Une fumée grise, pareille à un mirage de chaleur, s’élevait de tout son corps.
« Ah… »
Hermun émit un petit son avant de tomber face contre terre.
Il n’y eut ni huées ni acclamations.
Seul un lourd silence demeura.
Hermun était tombé sans même l’avoir touché…
« Ouf. Ça fait du bien. C’était Hermun, c’est ça ? Merci. Je me sens un peu plus léger grâce à vous. »
Ayant retrouvé son aisance habituelle, Galahad sourit et tapota légèrement Hermun, comme pour lui dire de se relever.
Ce décalage étrange fit tressaillir les soldats, qui reculèrent un à un.
« … Les mages sont toujours aussi forts ? »
À la question de Tom, Gilbert secoua la tête.
Bien sûr que non.
Gilbert n’avait pas méprisé les mages sans raison.
Les mages n’étaient pas forts.
Galahad, lui, était un monstre.
‘Mais qu’est-ce qu’il est, au juste ?’
Le regard de Gilbert se fit glacial.
* * *
‘Elle est vraiment enthousiaste.’
Jamit, agente du Bureau du renseignement, sourit légèrement en voyant la nouvelle recrue s’agiter d’excitation.
« Tu es si heureuse d’avoir rejoint le Bureau du renseignement ? »
« … Pardon ? Oui ! Je suis incroyablement heureuse ! »
Jamit eut un sourire amer devant cette réponse tonitruante. À bien y réfléchir, elle aussi avait été comme ça autrefois. Ça devait être quand elle l’avait rencontré.
‘Qu’est-ce qu’il m’avait dit, déjà… ?’
[Priez pour ne plus jamais me croiser. Ce ne sera pas une bonne chose.]
Au début, Jamit avait cru qu’un sale petit morveux se donnait des airs, mais c’était à sa façon un conseil sincère. Vu le rôle qu’il jouait au Bureau du renseignement, c’était parfaitement logique.
« Je deviendrai un agent comme Galahad ! »
La nouvelle recrue s’écria soudain d’une voix pleine d’enthousiasme.
Jamit fronça les sourcils.
‘Comment ose-t-elle se comparer à Galahad alors qu’elle n’est qu’une bleue ?’
[Jamit, maîtrise ton humeur.]
À cette plaisanterie qui semblait venir de nulle part, Jamit expira doucement.
C’est vrai. Que pouvait bien savoir cette bleue ? Elle n’avait aucune idée de ce que signifiait devenir un agent comme Galahad.
« … Mieux vaut ne pas prononcer ce nom à la légère. »
« Pardon ? »
Jamit sourit avec amertume devant le visage surpris de la recrue.
‘Je lui ai fait trop peur ?’
« … C’est juste mon idole. Je suis désolée. »
Une idole. Galahad rirait s’il entendait ça. Le coin des lèvres de Jamit se releva légèrement.
« … J’ai fait quelque chose de mal ? »
La recrue posa timidement la question, au bord des larmes.
Jamit sourit et secoua la tête.
« Non, le thé était chaud. J’ai froncé les sourcils sans m’en rendre compte. Bon, je vais te donner un nom d’agent. Tu m’as dit que tu t’appelais James, c’est ça ? Le nom d’agent de James sera… »
James déglutit. On aurait dit un chiot devant un os.
Jamit répondit avec un sourire malicieux.
« Galahad. »
Un nom qui n’allait vraiment pas à James.
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