Chapitre 10
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Traducteur/éditeur : Ceaseless
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◈ Le Fou Gendre du Grand-Duc du Nord ◈
Chapitre 10 : Tom l’Ordinaire
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« La nourriture, c’est important. Surtout quand on est encore en pleine croissance. Mange autant que tu peux et deviens grand et fort. »
Galahad regretta bientôt d’avoir dit ça.
Damian avait englouti l’équivalent de cinq tables de nourriture sans quitter sa chaise. Capitaine Crochet, qui s’était fait tout petit jusque-là, arborait maintenant un grand sourire dès qu’il s’adressait à Galahad.
« Vous n’avez jamais mangé de votre vie ? »
« Ça fait longtemps que je n’ai pas mangé. »
« Bon, mange à ta faim. Non, à moitié seulement. »
Galahad claqua la langue et balaya du regard la taverne bondée.
« Mettez-le là-dedans. Ah ! Vous pouvez pas le poser correctement, espèce de fils de pute ?! »
« Je t’ai dit que la tête était plus lourde ! Change de place, putain ! »
Les hommes que Capitaine Crochet avait appelés emportèrent les inconscients et les morts comme s’ils débarrassaient des bagages. D’après ce que Galahad avait entendu, ils avaient tous cherché les ennuis. Le nettoyage des cadavres coûtait une pièce d’argent.
À cet instant, la porte de la taverne s’ouvrit à la volée. Gilbert entra en époussetant la neige de ses épaules.
Ses sourcils se froncèrent à la vue de la taverne maculée de rouge. Son visage exprimait un profond agacement.
À l’apparition soudaine du chevalier, les hommes qui transportaient les corps se raidirent aussitôt. Même dans un tel bazar, ils semblaient savoir qu’on ne pouvait pas faire comme si un chevalier n’existait pas.
Capitaine Crochet se précipita vers Gilbert.
« Messire chevalier ! Ces salauds ont fait ça ! Ils ont massacré des gens et mangé sans payer ! Ce sont de véritables ordures ! »
« Je n’ai pas payé ? »
« La ferme, sale bâtard de mage ! »
Galahad claqua la langue, incrédule. Capitaine Crochet avait encaissé le paiement pour la nourriture et le nettoyage des cadavres, puis était allé le dénoncer à Gilbert.
« Quels ennuis avez-vous encore causés ? »
demanda Gilbert en se massant les tempes.
« Des ennuis ? On était tranquillement assis quand ces salauds nous ont attaqués à l’épée. On a failli mourir. Heureusement que Damian nous a sauvés. Pas vrai, Damian ? »
« Ouais ! C’est délicieux ! »
« Avale ce que tu as dans la bouche avant de parler. Tu en mets partout. »
Damian hocha vigoureusement la tête.
« … Messire chevalier ? »
Capitaine Crochet cligna des yeux. Gilbert évita délibérément son regard.
« Vous dites que je n’ai pas payé ? »
« … Quoi ? Quoi ?! »
« Alors cette pièce d’argent dans votre poche, vous me l’avez volée ! Messire Gilbert, arrêtez ce salaud ! »
« Hi ! J’ai eu tort ! Monseigneur, j’ai eu tort ! »
Capitaine Crochet se jeta aussitôt à terre. Le sang rouge qui n’avait pas encore été nettoyé éclaboussa le sol sous lui.
« Messire Gilbert, fouillez ses poches. Il m’a volé ma pièce d’argent ! Coupez-lui un autre bras, comme ça il sera équilibré ! »
Au soupir de Gilbert, Capitaine Crochet paniqua et sortit précipitamment la pièce d’argent. Gilbert la prit avec une expression profondément réticente.
« Alors, où est l’autre que vous aviez promis de m’amener ? »
« Il a attrapé froid et il est mort. »
« Hmm. Dommage. Il nous en faut encore un. Capitaine Crochet, il y a quelqu’un d’utile dans le coin ? »
« Il y en avait un, mais… »
« Pourquoi tu parles au passé ? Lui aussi est mort d’un rhume ? »
Au lieu de répondre, Capitaine Crochet indiqua le sol du regard.
Les hommes qui traînaient le cadavre borgne affichèrent un sourire gêné.
Ah. Il venait juste de mourir.
« Il n’était pas très utile, celui-là. Il lui manquait un œil. Les yeux sont le miroir de l’âme, alors c’est très important. Capitaine Crochet, vous avez déjà capturé un Démonide ? »
« Non, monsieur ! »
Pris de panique, Capitaine Crochet s’enfuit à l’intérieur comme si sa vie en dépendait.
Un homme toussa alors avec rudesse. Dans le coin le plus éloigné, il était recroquevillé en boule comme un cloporte.
Si Galahad n’avait pas été aussi observateur, il ne l’aurait peut-être pas remarqué.
*Il a ses deux bras, ses deux jambes, et son visage est intact…*
Recalé.
Galahad se leva lentement de sa chaise.
* * *
Comme son nom l’indiquait, Tom était un homme du Nord parfaitement ordinaire. Il était de taille moyenne et avait une apparence banale, au point qu’on disait qu’on avait du mal à se souvenir de lui, même après l’avoir vu plusieurs fois.
Son surnom était Tom l’Ordinaire.
Récemment, des problèmes avaient éclaté dans le peloton de Tom, et il avait dû être muté. C’était pour cette raison qu’il attendait au château.
Tom était assis dans la taverne, inquiet à propos de l’ordre d’affectation qu’il devait recevoir le lendemain. Il se demandait où on l’enverrait et si les gens là-bas seraient corrects.
Puis un homme qui était manifestement un noble entra dans la taverne, accompagné d’un garçon un peu plus petit que lui, et les ennuis commencèrent.
Une bagarre éclata, et le garçon bondit sur ses pieds. La tête d’un homme s’envola dans les airs.
Tom plaqua sa tête contre la table.
Quand il rouvrit les yeux, la taverne s’était changée en ragoût rouge plein de morceaux.
Tom se recroquevilla autant que possible. C’était son talent spécial. Il avait survécu plusieurs fois sur le champ de bataille grâce à cette méthode…
« Enchanté. Je m’appelle Galahad, commandant de l’Unité des opérations spéciales. »
L’homme s’était retrouvé devant lui sans qu’il sache comment, et lui tendait la main.
Tom la serra à la hâte. La main de l’homme était glacée, au point de le faire tressaillir.
« Première classe Tom ! »
« Pourquoi attendez-vous ici ? Vous êtes blessé ? »
La voix de l’homme avait quelque chose d’étrange. L’écouter donnait à Tom une sensation de chatouillement et l’apaisait curieusement.
« Non, monsieur ! J’attends seulement parce que mon peloton a changé. Je recevrai mon affectation demain ! »
« Ah, vous attendez. Vous savez vous battre ? »
« Non, monsieur ! »
« Je vois. Félicitations. À partir d’aujourd’hui, vous faites partie de l’Unité des opérations spéciales. »
« … Pardon ? »
Tom cligna plusieurs fois des yeux. Avait-il bien entendu ? La conversation avait pris un tour si étrange qu’il n’arrivait pas à suivre.
« Faites vos bagages. Les Démonides nous réclament. »
« Non… Je crois qu’il y a un malentendu. Je ne suis qu’un simple première classe. »
« Je sais. Votre mana aussi est parfaitement ordinaire. »
« Quoi ? Qu’est-ce que vous voulez dire… ? Alors pourquoi… ? »
« Après avoir choisi tout le monde, je me suis rendu compte qu’ils avaient tous beaucoup trop de personnalité. Il me fallait quelqu’un d’ordinaire comme moi. »
Tom cligna des yeux en regardant l’homme qui se disait ordinaire.
Le garçon couvert de sang qui dévorait de la viande était effrayant, mais cet homme mettait Tom encore plus mal à l’aise. Il y avait entre eux une distance qui semblait impossible à combler.
« Il nous manque aussi une personne. »
Pour une raison ou une autre, cela ressemblait à la véritable explication.
« Bienvenue, Tom. »
Tom n’eut pas le choix.
« Première classe Tom ! Merci, monsieur ! »
Tom ravala ses larmes.
« Maintenant, va faire connaissance avec les membres de ton unité. »
Comme s’il se laissait traîner, Tom s’assit à la table et déglutit.
Il était assis à la même table que messire Gilbert, le héros du front. À côté de lui, un garçon couvert de sang déchirait de la viande crue à pleines dents.
Au centre se trouvait le gendre du Grand-Duc, l’homme qui était devenu ces derniers temps la personne la plus célèbre du château.
Cette compagnie ne convenait pas du tout à Tom l’Ordinaire.
« Voici Tom. Tom, comme tu es le dernier arrivé, tu es le plus jeune. »
« Pourquoi recruter un soldat ordinaire ? Il va mourir bientôt. »
« … Je vais mourir ? »
« Tom, les humains meurent tous un jour. Ce qui compte, c’est de savoir si cette mort aura de la valeur, non ? »
« … Je vais mourir ?! »
« Ne t’inquiète pas. Maintenant que tu as rejoint l’Unité des opérations spéciales, ta mort sera glorieuse et pleine de valeur. »
Tom poussa un petit cri. Il allait mourir. Tom voulait vivre longtemps.
« Je crois qu’il y a un malentendu. Je suis vraiment un simple première classe. Je ne suis pas fait pour l’Unité des opérations spéciales. »
« Je t’ai dit de ne pas t’inquiéter. Dans notre unité, il y a même une ancienne servante. »
« … Une servante ? »
« Une servante qui est sacrément nulle pour faire le ménage et la vaisselle. C’est ton aînée. »
Tom resta sans voix. Il n’arrivait pas à communiquer avec cet homme, et pourtant, d’une façon étrange, il se laissait convaincre. S’il y avait une servante, ça irait peut-être ?
« Alors, quelles missions l’Unité des opérations spéciales doit-elle accomplir ? »
« Je vais vous le dire puisque vous êtes membres, maintenant. Gardez ça pour vous. »
Galahad prit soudain un air grave, et Tom déglutit.
Le Grand-Duc lui-même avait créé cette unité. Elle n’avait évidemment rien d’une force ordinaire. Son nom même la désignait comme une unité chargée de missions spéciales.
Quel genre de mission incroyable pouvaient-ils bien avoir à accomplir…
« Notre mission est d’empêcher la destruction du continent. »
*… C’est beaucoup trop incroyable !*
Les yeux de Tom s’écarquillèrent au point de sembler prêts à lui sortir des orbites.
Un silence tomba après les paroles tranquilles de Galahad. Même Damian cessa de manger.
« Vous plaisantez encore ? »
Gilbert protesta avec un temps de retard.
Tom, lui, ne parvint pas à rire.
Pour la première fois, Galahad avait le regard grave en prononçant ces mots.
« Ah, je vais aux toilettes. Gilbert, pourquoi vous levez-vous ? Je suis un homme qui va se marier. Restez assis. »
Gilbert, qui s’apprêtait à se lever pour suivre Galahad, grimaça et se rassit.
« Commandez tout ce que vous voulez ! On a plein d’argent ! »
Galahad lança ces mots avec aplomb avant de quitter la taverne.
« Commandez encore. On va plumer ce salaud. »
Gilbert fit un geste de la main. Damian leva aussitôt de nouveau la sienne.
La table fut à nouveau couverte de plats.
*Il va encore tout manger ?*
Damian mangeait comme un forcené. C’était incroyable qu’une si petite carcasse puisse contenir autant de nourriture.
Gilbert sirotait du vin en surveillant la porte, tandis que Tom, coincé entre eux, restait assis sans savoir quoi faire.
À la table, on n’entendait que Damian qui déchirait la viande à pleines dents. Tom tenta quelques plaisanteries en guettant leurs réactions, mais aucun des deux ne répondit.
Quand Tom se tut à son tour, seul le silence subsista.
La table était devenue ainsi simplement parce que Galahad était parti.
Tom attendit désespérément le retour de Galahad.
Le problème, c’était que…
Galahad ne revenait toujours pas, même après un long moment.
« Pour l’addition… »
Le tavernier s’approcha avec hésitation, les observant prudemment.
« Ce putain de salaud… »
Le visage de Gilbert se déforma en une grimace féroce.
Tom se recroquevilla de toutes ses forces pour devenir le plus petit possible.
* * *
*Ça doit être par ici.*
Galahad plissa les yeux et fixa le chemin devant lui.
Le Bureau du renseignement de l’Empire s’étendait sur tout le continent. Ce n’était pas pour rien qu’on disait qu’il faisait bouger le continent.
Galahad connaissait l’emplacement de toutes les planques du Bureau du renseignement disséminées sur le continent. Il avait travaillé dur et longtemps pour obtenir ces informations.
Le Bureau du renseignement changeait rarement l’emplacement de ses planques. Cela tenait à la fois à sa conviction de n’avoir aucun rival et à une paresse profondément ancrée.
*La voilà.*
Galahad tira profondément sur sa Cigarette de mana.
La planque se trouvait à l’extrême limite des faubourgs du château. Le vent y soufflait particulièrement fort, comme si un trou béant s’ouvrait juste à côté.
On distinguait des vestiges de maisons aux alentours, mais elles s’étaient toutes écroulées. L’endroit ne semblait pas habité.
Parmi elles se dressait une petite maison. Les bâtiments de part et d’autre s’étaient effondrés sur elle, la dissimulant si habilement qu’on ne la remarquait pas sans regarder de près.
La neige s’était amoncelée en épaisse couche devant la porte. Galahad l’examina.
La porte avait l’air si délabrée qu’elle semblait prête à tomber en morceaux au moindre coup. En son centre se trouvait une petite rainure. On aurait dit une simple entaille, mais c’était en réalité un dispositif de sécurité de haute précision.
Une planque du Bureau du renseignement ne pouvait s’ouvrir qu’en appliquant contre la porte l’appareil magique qui lui correspondait.
Le système exploitait les différences de vitesse d’écoulement du mana dues aux variations de sa concentration.
Si l’on forçait la porte, une alarme retentissait à l’intérieur et tout était brûlé.
Comme il était pratiquement impossible de calculer la quantité de mana requise par l’appareil magique, c’était la méthode de sécurité la plus avancée qui existait.
*C’est toujours la même.*
C’était exactement la méthode que Galahad avait proposée lors de l’examen d’entrée du Bureau du renseignement.
Il n’en avait présenté que les principes fondamentaux, puis le Bureau du renseignement avait repris l’idée et l’avait perfectionnée. Évidemment, Galahad n’en avait tiré aucun crédit.
*Des salauds comme ces profs corrompus.*
Galahad jura tout bas en faisant jouer ses doigts.
Cette méthode de sécurité avait un minuscule défaut.
Si un mage connaissait la concentration de mana de l’appareil magique et parvenait à la reproduire, il pouvait facilement contourner le système.
Mais la concentration du mana était un secret d’État. On ne pouvait pas simplement la mémoriser et l’emporter avec soi, et même parmi ceux qui la connaissaient, les mages capables d’en reproduire la concentration sans appareil magique étaient encore plus rares.
Bien sûr, Galahad faisait partie de ces mages rarissimes.
*Le mana, ici, est…*
Galahad posa la main sur la rainure et se concentra un instant. Le mana afflua dans sa paume.
Si Galahad se souvenait mal, ou si l’Empire avait remplacé l’appareil magique de cette planque, de graves ennuis pouvaient survenir.
Le Bureau du renseignement enverrait l’Inspection. C’étaient vraiment des gens épouvantables. La situation deviendrait sans aucun doute un énorme casse-tête.
Cela dit, Galahad n’avait aucune chance de se tromper, et l’Empire n’avait pas pu se mettre soudainement à travailler assez sérieusement pour changer ses planques.
*Comme prévu.*
Clic.
Au son agréable du mécanisme, la porte s’ouvrit lentement.
« Qu… Qui êtes-vous ? »
Un homme à l’air idiot cligna des yeux et posa la question.
Galahad prit un air sévère, comme s’il était venu inspecter la planque.
« Et vous, qui êtes-vous ? »
« … Pardon ? »
« Vous venez de me demander qui j’étais ? »
« Je… »
Face à la question sèche de Galahad, l’homme s’interrompit. Il devait être désorienté. Aucun visiteur n’était prévu, et pourtant Galahad avait ouvert la porte et était entré.
« Vous n’avez pas reçu le rapport ? Il a pourtant dû être envoyé à l’aube. »
Galahad plissa les yeux et le réprimanda.
Il lui soufflait une explication possible. Peut-être n’avait-il pas reçu le rapport parce qu’il n’avait pas fait son travail.
L’homme allait douter. Peu de gens avaient assez confiance en eux pour ne pas vaciller.
« Ah… Non ! J’ai complètement oublié ! Il y a tellement de travail ces derniers temps ! Non ! Rose a dû le recevoir. On a tellement de choses à faire en ce moment ! Entrez, je vous prie. Elle doit vous attendre. »
« Rose ? »
« Ah, c’est ma supérieure. Moi-même, j’ai été affecté ici il n’y a pas longtemps. Il y a tellement de choses à mettre en ordre en ce moment que je suis débordé. Ha ha… »
L’homme continua de s’excuser en se dirigeant vers l’intérieur. Galahad jeta un regard nonchalant aux alentours avant de le suivre.
Toc, toc.
« Rose, un visiteur du quartier général est arrivé. »
D’une manière ou d’une autre, Galahad était devenu un visiteur. La porte s’ouvrit dans un grincement.
La pièce ressemblait à un bureau, avec des livres et des documents empilés de tous côtés. Une femme était assise au milieu.
Elle avait de remarquables cheveux rouge sombre et des yeux rouges.
*Rose… Comme c’est intéressant.*
Le coin de la bouche de Galahad frémit légèrement.
« Un visiteur ? »
La femme haussa les sourcils en regardant Galahad.
Galahad l’examina lentement. Ses longues mains n’avaient pas de callosités. Elle n’avait pas de cernes sous les yeux. Ses cheveux brillaient d’un éclat sain.
Elle prenait grand soin d’elle. Comme une aristocrate de la capitale.
« Vous êtes Galahad ? »
La femme avait une voix nasillarde.
« C’est bien moi, Galahad. Mais Rose… C’est votre vrai nom ? Il est aussi joli que votre visage. »
Galahad sourit et s’assit en face d’elle.
« Oh, merci, mais c’est un nom d’agent. »
La femme enroula une mèche autour de son doigt et lui adressa un lent sourire.
Galahad eut un petit rire et fouilla dans sa poche.
« Ça vous dérange si je fume ? »
« Bien sûr que non. Je vous en prie. »
« Vraiment ? Merci. »
Galahad ravala le goût âcre dans sa bouche et glissa une Cigarette de mana entre ses lèvres. Tac. Une flamme jaillit sur son doigt. Par-delà celle-ci, il aperçut la femme qui souriait de toutes ses dents.
Galahad ajusta son mana en la regardant. La flamme au bout de son doigt grandit, puis rapetissa. Elle retrouva sa taille initiale.
La cigarette s’alluma.
*Ça devrait aller.*
Il tira profondément dessus. Ses poumons se remplirent. Son mana se mit à tourner en réponse et son esprit s’éclaircit. Comme un cœur qui battait, son mana enfla avant de se stabiliser.
C’était aussi sacré qu’un chevalier revêtant son armure.
« Vous pourriez jeter ça pour moi ? »
« Pardon ? Oui ! »
Tap, tap.
Galahad tendit sa cigarette terminée à l’homme et en glissa une nouvelle entre ses lèvres.
*Ça devrait suffire.*
Galahad expira un épais nuage de fumée.
« Depuis combien de temps êtes-vous ici ? »
« Ça doit faire un an, je crois ? »
« Pas très longtemps. Ça doit être dur de vivre dans un endroit aussi froid et arriéré après avoir connu la capitale. »
« Tout cela est pour l’Empire. »
« Vraiment ? Vous avez épousé l’Empire, vous aussi ? »
« Le mariage n’est pas fait pour moi. »
« Je vois. Ces derniers temps, je me suis surpris à penser comme vous. »
La femme éclata de rire. La façon dont elle se couvrait la bouche avait un charme provocant.
« Oh là là. »
Galahad marmonna tout bas.
Un instant, le silence s’installa. La femme fredonnait doucement, apparemment de bonne humeur, tandis que l’homme glissait dans sa poche le mégot qu’il avait reçu.
Galahad tapota sa cigarette. Une odeur de citron chassa la senteur désagréable.
« Bien. »
Ses calculs terminés, Galahad prit la parole d’un ton calme.
La femme et l’homme le regardèrent en même temps.
« Où est la véritable Rose ? »
L’homme pencha la tête à la question de Galahad.
« Elle n’est pas juste devant vous ? »
« C’est un secret, mais les noms d’agents sont choisis pour être aussi éloignés que possible de leur propriétaire. Comme ça, on a plus de mal à s’en souvenir. »
Galahad désigna les cheveux et les yeux rouges de la femme. Son sourire se figea.
Tac.
Une flamme jaillit de nouveau de son doigt. Sa chaleur attira le mana.
« Deuxième point : une affectation dans une planque du Nord est rarement la première. En général, on passe d’abord par une autre région. Pourtant, vous êtes venue directement de la capitale. C’est très étrange. Mais ça peut arriver. »
La femme ouvrit la bouche pour répondre, mais Galahad leva la main pour l’arrêter.
« Vous pourriez m’écouter encore un peu ? Merci. Troisième point : vous saviez que j’appartenais au Bureau du renseignement. Si vous ne me connaissiez que comme Galahad, le futur mari d’Adrianna, vous ne resteriez pas aussi calme en voyant un civil découvrir une planque. »
Un mince filet de fumée s’échappa de la bouche de Galahad. La femme fronça les sourcils.
« Vous me connaissez comme agent du Bureau du renseignement. Les supérieurs ne vous l’auraient jamais révélé. Je n’en ai peut-être pas l’air, mais je suis un agent plutôt utile. J’ai droit à un traitement spécial. »
« Vous avez beaucoup d’assurance. »
« Ce n’est pas de l’assurance, c’est une évaluation objective. Fermez donc la bouche. C’est un point important. Bon, le Bureau du renseignement fait l’imbécile depuis quelque temps, alors il est possible que vous sachiez qui je suis. Le problème, c’est ce qui vient après. »
La femme fit tourner un doigt, comme pour lui dire de continuer. La concentration du mana augmenta encore. Un vif intérêt s’alluma dans les yeux de Galahad.
« Vous savez qui je suis, et pourtant vous souriez en me rencontrant dans une planque. C’est ce qui n’a aucun sens. D’ordinaire, on pleure et on supplie pour avoir la vie sauve. Ou on attaque le premier. Mais vous ? »
Galahad toussota. La fumée s’échappa de ses lèvres par à-coups.
« Intéressant. »
Le sourire de la femme s’élargit à nouveau.
« Moi, je ne trouve pas ça intéressant. C’est des heures supplémentaires non payées. Je vais donc vous poser la question encore une fois. Qui êtes-vous ? »
À sa question posée calmement, la femme ricanait.
En un instant, son visage se fendit comme un masque qui se brisait. Une pointe acérée en jaillit.
*La pire des situations.*
Galahad claqua la langue et croisa les doigts.
Boum !
Un claquement sec retentit dans l’air et projeta des étincelles. Crépite ! Le visage hideusement fendu de la femme s’illumina d’un éclat orange.
Une longue langue serpentiforme jaillit entre ses lèvres fendues à la verticale.
« Vous étiez une Démonide. »
« Oh, vous m’avez démasquée ? »
La femme parla d’une voix sensuelle, teintée de rire.
« Vous êtes très malin. Je parie que votre cerveau sera délicieux. »
Sa langue bifide remua avec élégance, comme pour le provoquer.
La concentration du mana augmenta rapidement. Elle semblait poisseuse sur sa peau.
Dans cette atmosphère prête à exploser au moindre mouvement…
« Vous ! Vous n’étiez pas Rose ?! »
L’homme s’écria stupidement.
Cette situation le rendait fou.
Galahad ricana et claqua des doigts.
C’étaient des heures supplémentaires non payées.
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