Chapitre 6
Dans son long moment de réflexion, de confusion par rapport aux étrangetés de la zone où il était apparu et où il marchait, tout cela avait disparu pour laisser place à une forte émotion de joie : Oberon avait enfin trouvé de l'eau, et bien plus encore.
La salle était assez petite, s'approchant de l'espace de la cellule où il s'était réveillé. Mais contrairement à celle-ci, cette pièce était remplie de couleurs, pour être exact de champignons bioluminescents de toutes les couleurs, lui donnant une atmosphère fantastique.
Les champignons poussaient sur les quelques étranges rochers, sur les murs recouverts de mousse, et entouraient la petite flaque d'eau.
De la végétation poussait aussi du toit, créant des lianes qui gouttaient sur la flaque en résonnant comme un fort écho.
L'émotion que ressentait Oberon était tout simplement incontrôlable : il avait trouvé de l'eau et, en plus, de quoi manger. Courant vers l'intérieur et se mettant à genoux devant le lac pour prendre quelques gorgées : une, puis une deuxième, puis une troisième, il ne s'arrêtait pas, succombant au besoin instinctif de son corps qui n'avait pas été hydraté durant des jours. C'était déjà impressionnant qu'il ait pu supporter cela durant autant de temps.
Mais quand il fut sur le point de porter l'eau à nouveau vers ses lèvres, il recula d'un coup avec horreur.
« MERDE !!! C'est... c'est un CORPS !!! »
Il cria, les échos de sa propre voix faisant résonner ses dires comme une confirmation sinistre.
Il s'approcha à nouveau du lac, mais cette fois il ne portait pas une expression de joie mais de peur, qui créait des larmes de sueur sur son visage déjà assez pâle à cause de tout ce qui lui était arrivé depuis son premier réveil.
En regardant de plus près dans le lac, il le vit... Un corps... Bon, on ne pouvait plus vraiment l'appeler ainsi car il ne restait plus que le squelette, mais le plus étrange était qu'il avait des racines qui entraient dans ses os.
Oberon ne s'en était pas rendu compte la première fois à cause de l'excitation, mais maintenant il le voyait : c'était assez discret, mais toute la salle était remplie de racines qui, d'une certaine façon, semblaient converger vers le cadavre.
« Bordel, qui a construit ce lieu ? Pourquoi il y a un corps ici ? Pourquoi toutes ces cellules ? »
Mais Oberon n'avait pas de réponse, et personne ne la lui donnerait là où il était. Même s'il y avait beaucoup de choses étranges, la mort restait aussi simple que toujours : un cadavre ne lui parlerait jamais.
'J'espère bien.'
Il regarda à nouveau les champignons, se rendant compte qu'il ne pouvait tout simplement pas les manger. Premièrement parce qu'ils avaient poussé grâce au cadavre d'une certaine façon, et deuxièmement parce qu'il n'avait aucune idée desquels étaient comestibles et de ceux dont il ne fallait absolument pas s'approcher.
Réfléchissant à cette dernière partie, il décida de reculer pour prendre une distance de sécurité.
« Bien sûr, c'était bien trop beau... J'espère qu'au moins l'eau est potable. Je n'ai rien senti d'étrange dans le goût, elle était même assez fraîche. »
En regardant plus attentivement le lieu où il se tenait, il put voir une espèce de chiffon, une hache et quelques minerais.
Voyant cela, il s'approcha en premier de la hache avec un nouvel élan d'excitation.
Oberon coexistait d'une façon très étrange avec un monstre, la semi-bête. Même si elle n'avait pour le moment montré aucun signe d'agressivité, cela restait un grand danger qui pouvait facilement le tuer.
Le seul souvenir de leur rencontre où elle mangeait un cadavre humain était suffisant pour le terrifier encore aujourd'hui. Oberon savait à quel point il avait besoin d'une arme.
Malheureusement pour lui, la hache était extrêmement rouillée, le simple fait d'avoir essayé de la soulever du sol l'avait complètement détruite.
« Je vois qu'on ne me fera pas de cadeau », dit-il dans un soupir d'exaspération, déplaçant son regard vers le tissu.
'Ça devait être une sacoche, mais maintenant elle est inutilisable.'
Puis il regarda les quelques matériaux au sol.
'Finalement, le monde n'est pas si cruel.'
Après des heures très occupées et un moment de sommeil, Oberon se dirigea vers le seul être avec qui il pouvait discuter.
Il n'était pas réjoui face à cette idée, mais il ignorait tout des dangers qu'il y aurait sur son chemin pour rentrer chez lui. Il lui faudrait un allié... ou au moins un bouclier.
En arrivant devant la cellule de cette bête, Oberon perturba son sommeil en poussant bruyamment la porte rouillée.
Puis, il resta immobile, paralysé par ce qu'il voyait. Il ne savait pas quoi dire, quels seraient les mots les plus justes pour décrire ce que ses yeux observaient. Eh bien, la bête bipède anthropomorphe qui le terrifiait rien qu'en la regardant s'était transformée en un jeune adulte d'environ un mètre quatre-vingts, avec des cheveux châtains qui ressemblaient plus à une crinière lui descendant jusqu'à mi-dos et lui couvrant les yeux.
Son physique était excellent, sans graisse, avec des abdos, un torse et des bras bien dessinés ; c'était le physique d'une personne qui s'était entraînée pendant deux ou trois ans. Oberon avait même du mal à réprimer cette jalousie qui naissait en lui. Il avait même l'air beau : son visage était passé d'un aspect qu'aucune femme, même aveugle, n'aurait voulu approcher à celui d'un top-modèle.
Ses avant-bras — qui étaient visuellement le point fort de son physique — n'avaient plus la forme de ballons et ressemblaient davantage à ceux d'un culturiste ; ils étaient recouverts d'une pilosité de la même couleur que ses cheveux, et il en allait de même pour ses pieds. Il faut préciser que le bas de son corps était couvert d'un pantalon, qu'il avait sûrement pris sur le cadavre qu'il dévorait. On ne voyait que ses pieds : ils étaient grands, d'une pointure avoisinant le quarante-sept environ. Oberon trouvait cela un peu drôle de voir qu'ils avaient des coussinets.
'C'est vraiment lui ? Je veux dire, on n'était que deux, non ?'
Celui qui avait auparavant pris la forme d'une bête anthropomorphe se réveilla comme si toute cette situation ne lui causait pas le moindre souci, ouvrant la bouche comme s'il s'agissait d'un réveil matinal classique.
« Oh ! Tu es revenu. Qu'est-ce qui t'amène ici cette fois-ci ? », dit-il en se grattant le dos, dévoilant un torse marqué de nombreuses cicatrices et une peau bronzée tirant vers l'olive.
Vous ne pouvez même pas imaginer à quel point Oberon était envieux : alors qu'il devait survivre en mangeant des insectes et qu'il passait ses journées à suivre un cloporte pour trouver de l'eau, lui mangeait et dormait sans le moindre souci.
« Je pars en exploration pour trouver... quoi que ce soit. »
Oberon ne savait pas vraiment ce qu'il cherchait, juste qu'il n'y avait plus rien dans la grotte. Rester plus longtemps ne ferait qu'empirer sa situation, il devait partir tant qu'il avait encore de l'énergie.
« En plus, je n'ai plus d'insectes mangeables. Tu viens avec moi ? »
« Bon, je n'ai plus de viande à manger non plus. Laisse-moi juste me préparer. »
Le semi-bête se dirigea vers les trois corps sans vie, ces trois enfants qui ne réagissaient plus. Même s'il avait pris une forme humaine, Obi se rendit compte que la peur qu'il éprouvait à son égard n'avait pas disparu, même si elle avait un peu diminué. Prenant son courage à deux mains, il expira profondément pour tenter de ralentir les battements effrénés de son cœur et regarda la bête sous forme humaine qui lui tournait le dos.
« C'est toi... c'est toi qui les as tués ? »