Chapitre 14
Oberon et Kaelen semblaient apprécier leurs plats respectifs, Obi plus que Kaelen, dévorant sans relâche ses morceaux de foie ; ils ne s’échangeaient pas un mot, n’avaient aucune manière à table et ressemblaient davantage à des animaux qu’à des êtres civilisés.
Obi jetait parfois un rapide coup d’œil à Kaelen, remarquant ses dents qui ressemblaient davantage à celles d’un animal qu’à celles d’un homme.
Finalement, c’est celui qui ressemblait physiquement le plus à un animal qui prit la parole.
« Eh bien… »
Oberon ne daignait même pas l’écouter, trop occupé à dévorer le morceau de foie qu’il tenait entre ses mains. Celui qui avait qualifié son allié de bête plus que d'humain était ironiquement celui qui ressemblait le plus à un animal à cet instant.
« Obi. »
Même en l’appelant, il ne semblait pas l’avoir entendu, arrachant avec force un morceau de foie avec ses dents comme un véritable sauvage.
Kaelen se contenta de soupirer et, d’une voix plus forte, l’appela à nouveau.
« Oberon. »
Cette fois, le jeune homme sembla enfin l’avoir entendu, interrompant son repas pour se tourner vers Kaelen.
« Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Tu m’écoutes enfin. Comment cette chose est-elle arrivée ici ? »
« En volant. »
Une réponse laconique qui suivit presque aussitôt la question. Au début, Kaelen crut qu’il s’agissait d’une énième mauvaise blague d’Obi ; ce n’était pas la première et ce ne serait sûrement pas la dernière, mais en voyant son allié reprendre son dîner après ce qu’il venait de lui dire, il se mit à douter de la véracité de ses propos.
« Ce n’est pas encore une de tes mauvaises blagues ? »
Une fois de plus, Obi interrompit son repas pour revenir à la discussion avec Kaelen, même si c’était davantage à cause d’un détail dans la question de son allié.
'Mes blagues ne sont pas mauvaises, c’est toi qui n’as aucun sens de l’humour.'
« Non, ce n’est pas une blague, sérieusement, il est venu ici en flottant — ou en nageant peut-être — dans les airs. »
Pour Obi, qui avait déjà assimilé l’absurdité de l'environnement où il était, ces mots ne lui faisaient plus aucun effet, mais pour Kaelen, qui venait à peine de se réveiller, il n’avait jamais rien entendu d’aussi absurde de toute sa vie ; il affichait une expression de grande confusion, ce qui est normal quand on t’annonce qu’une créature de deux cents tonnes est arrivée sur la terre ferme en volant.
« Tu t’y habitueras. »
« Tu t’y es habitué ? », dit Kaelen, le visage crispé par l’incompréhension de la situation et des paroles d’Obi.
« Non, mais j’espère m’y habituer. »
'Parce que je deviens fou, ou peut-être que devenir fou, c’est s’y habituer ?'
Kaelen se mit à observer intensément le cadavre d’où provenait la viande qu’il venait de manger, comme s’il réfléchissait à une idée. Obi s’en rendit compte et s’attendait déjà à entendre une nouvelle idée farfelue de la part de son allié.
« Tu as aussi dit qu’on n’avait aucun moyen de remonter là-haut, que nos pieds étaient notre seul moyen de transport. »
« Oui, ce sont mes propos », répondit Obi en haussant un sourcil, le regard tourné vers Kaelen.
« Si ces créatures peuvent voler, ne pourrions-nous pas les utiliser comme montures, en plus de les manger ? »
Oberon se contenta de soupirer en posant sa nourriture sur le sol humide face à l’idée de Kaelen.
'Je le savais, je m’attendais à cette question.'
« Bon, je t’ai jugé trop vite pour ton idée d'avant qui me semblait absurde et qui s’est avérée être une solution, alors cette fois-ci, je te dirai simplement : comment comptes-tu apprivoiser une baleine volante hybride d’une pieuvre ? »
Kaelen prit un petit moment avant de répondre.
« Il n’est pas nécessaire que ce soit un adulte ; vu notre taille et notre poids, un petit nous suffirait. »
Obi prit un air stupéfait face à l’idée ingénieuse de son allié.
« Waouh ! »
« Quoi ? »
« Je ne pensais pas que tu pouvais être aussi cruel. »
Obi traitant quelqu’un de cruel, comme s’il n’avait pas lui-même utilisé son propre allié comme cobaye en plus de l'avoir utilisé comme coussin pendant qu'il souffrait.
Plusieurs fois il avait même réfléchi au pour et au contre de le garder en vie.
'On peut même plus rigolait.'
Kaelen se contenta de hausser un sourcil, imitant le geste qu’Obi faisait quand quelque chose le surprenait.
« Mais ce n’est pas une mauvaise idée, seulement, encore une fois, comment comptes-tu en trouver un ? Et puis, tu penses vraiment qu’il ne sera pas protégé par ses parents ? »
« On n’aura pas d’autre choix que de se battre. »
L’expression d’Obi était cette fois-ci difficile à cerner ; il était à la fois surpris par la réponse et contrarié.
« Se battre contre un être de cette envergure ? Tu t’entends parler, au moins ? Je te rappelle comment t'as fini face à un caniche ? »
« Tu as une épée et, avec ton ingéniosité, on trouvera sûrement quelque chose. »
En entendant les paroles de Kaelen, Obi, bien qu’assis, dégaina son épée devant lui, regardant à nouveau son reflet dans la lame.
« Kaelen, je ne sais même pas m'en servir, en plus t'as vu la différence de taille ? Je vais à peine lui donner quelques démangeaisons au dos. »
'Le combat le plus difficile que j’ai livré, c’est par pure chance que j’en suis sorti vivant ; je ne suis même pas sûr qu’on puisse appeler ça un combat.'
« Tout le monde naît avec plus ou moins de talent, mais personne ne naît doué pour le combat. Que tu le veille ou non tu devras apprendre si tu veux pas mourir. Pour l’instant, nous avons de quoi manger pendant plusieurs jours. Je ne peux pas t’aider à améliorer ta technique à l’épée, car je n’utilise pas d’armes pour me battre, mais je peux t’aider à travailler ta coordination et tes réflexes. Ainsi, nous pourrons aussi aller chasser si nous n’avons plus rien à manger. »
« Le problème, ce ne sont pas mes réflexes, Kaelen, c’est simplement la différence de taille. Peu importe notre vitesse de réaction, si l’une de ces créatures décide de nous mettre en pièces, nous ne pourrons pas nous échapper. Il est impossible d’esquiver un être de cette taille. »
Kaelen fronça les sourcils face au raisonnement de son allié, mais se contenta de soupirer, acceptant la part de vérité qu’il contenait.
« Mais rien ne nous oblige à nous battre nous-mêmes. », dit Oberon.
Ces mots surprirent légèrement Kaelen, qui se concentra encore davantage sur les paroles d’Obi.
« Si on met de côté l’idée de remonter là-haut, quoi qu’il arrive, il faudra bien qu’on trouve à nouveau de quoi manger. La chasse n’est pas juste une option, c’est la seule qui s’offre à nous. »
« C’est quoi ton plan ? »
« Les faire se battre entre eux ou faire en sorte que le colosse là-bas les tue d’un seul coup. »
Kaelen commençait déjà à s'animer face aux paroles d'Oberon.
« Et comment comptes-tu y arriver ? »
« Je n’en ai pas la moindre idée. »
Une fois de plus, Obi avait sorti une réponse qui n’était pas sèche, mais presque comique.
Kaelen afficha une expression qu’Obi ne lui avait jamais vue auparavant ; comme si il jugé intensément celui-ci.
« Ah, mais je trouverai bien quelque chose. Il y a assez de nourriture pour au moins une semaine, voire deux, donc j’ai le temps. »
« D’accord. »
Kaelen reprit son dîner, mangeant en silence un morceau de viande de baleine.