Chapitre 15
Kaelen goûta à l'eau obscure au sol, la savourant pour savoir si elle était finalement potable.
Oberon, lui, regardait juste vers le colosse devant lui, l'épée à la main. En fait, plus que le colosse, il regardait la tour qu'il avait l'air de garder.
'Qu'est-ce qu'il y a à l'intérieur de cette chose pour qu'un colosse d'une telle taille soit son gardien ?'
Il se posait sérieusement cette question. Peut-être aurait-il des réponses sur tout ce qui l'entourait, sur l'être qui l'avait amené, sur la Malice qui était encore une substance dont il ne savait pas comment l'activer pour l'utiliser et qui, en plus, d'une certaine façon, était une clé.
'La Malice.'
C'était peut-être le mystère le plus proche qu'il pourrait découvrir.
Il se tourna vers les corps des trois enfants qui étaient toujours là, posés à côté d'un monolithe.
Ces trois enfants avaient perdu la vie de façon étrange. Kaelen lui avait dit que le faux héraut avait lui aussi utilisé la Malice sur l'un des enfants qui avait l'air de peu à peu perdre sa force.
La façon dont Kaelen avait réussi à soigner sa blessure était tout aussi étrange.
'La Malice doit avoir un lien avec la notion de vie ou peut-être d'énergie ?'
Le jeune homme soupira. Il ne pouvait que théoriser avec le peu d'informations qu'il avait ; tant qu'il n'aurait pas de nouvelles infos, il ne ferait que tourner en rond.
Bien sûr, toute cette réflexion ne dura que quelques secondes. Il tourna à nouveau son regard vers son allié qui avait l'air d'avoir fini sa dégustation.
À chaque fois qu'Oberon le voyait en action, il n'arrivait pas à ne pas penser que c'était une aubaine d'avoir avec lui un laboratoire avec des pattes.
« Et donc ? » demanda Obi.
« C'est… potable. »
« Ta réponse n'a pas l'air très convaincante. »
Mais Oberon avait bien trop soif. Il avait fait boire à Kaelen il y a des jours l'eau obscure et il n'avait pas l'air d'avoir de symptômes, en plus du fait que lui-même lui avait dit de façon peu convaincante qu'elle était potable.
Il réunit ses deux mains pour prendre de l'eau du sol et la colla à sa bouche, la buvant goulûment.
La sensation de sentir comment l'eau descendait jusqu'à l'estomac était l'une des sensations les plus agréables qu'Obi pouvait ressentir, tout le contraire du goût de l'eau.
'Elle a un goût très fade et insipide, je comprends mieux l'expression de Kaelen.'
Ils prirent tous les deux le temps de boire et de se détendre ; il le fallait bien après tout ce qu'ils avaient passé.
Ils n'eurent aucune conversation.
Kaelen regardait l'état des corps des enfants, pendant qu'Obi, lui, était encore plongé dans ses pensées sans même le vouloir.
'Peut-être est-ce une substance de transformation de la matière ou de transmission d'énergie.'
Et après quelque temps, ils finirent tous deux par vouloir s'endormir.
Kaelen, roula sa crinière en boule pour s’en faire un coussin, un usage qui surprit Oberon.
'Ingénieux.'
Mais lui aussi voulait s'endormir et n'avait plus la jambe de son allié comme coussin. Il n'allait certainement pas se rabaisser à lui demander de lui prêter sa jambe ; Kaelen devait avoir comme idée que son allié était inoffensif, il n'y avait pas de raison qu'il pense qu'il était en plus de cela, pathétique… plus de ce qu'il en pensait du moins s'il le pensait déjà.
Il s'assit alors, dos collé à un monolithe, et sans autre option, il décida de dormir dans cette inconfortable position.
« Qu'est-ce que l'art du combat ? » posa comme question Kaelen.
Tous deux étaient debout en ce moment. Ils avaient mangé, bu et eu un repos convenable ; les conditions étaient assez bonnes pour Kaelen pour qu'il commence à enseigner à son jeune allié. Celui-ci portait dans sa main droite l'épée. Il avait mal dormi, horriblement mal dormi.
Mais cela ne l'empêchait pas d'être attentif face aux enseignements de le semi-bête.
« L'art du combat, tu dis ? »
Obi prit un temps avant de répondre, cherchant une réponse qui pourrait convenir à son enseignant.
« Quelque chose comme démontrer sa force à son adversaire et ainsi se positionner comme son supérieur dans la chaîne alimentaire. »
Oberon donna cette réponse avec confiance, mais l'expression de Kaelen suffit à lui faire savoir qu'il était complètement à côté de la plaque.
« J'ai demandé l'art du combat, pas à quoi servent les combats. Tu as en partie raison sur cela… et à la fois tu as complètement tort. Oui, le combat peut servir pour protéger, pour démontrer sa force, son existence, mais tout cela sont des combats dits personnels. Dans un combat entre deux êtres, ce qui le guide, c'est le désir. »
« Le désir ? » dit Oberon, confus.
« Oui, le désir de tuer. Si tu veux protéger quelqu'un, tu dois tuer celui qui le met en danger. Si tu veux démontrer ta supériorité, tu dois tuer celui qui te fait te sentir inférieur. Si tu veux démontrer ton existence, tu dois tuer assez pour te hisser au sommet de la chaîne. Ainsi, c'est celui qui a le désir le plus fort de tuer l'autre qui a le plus de chances de gagner le combat. L'art du combat est guidé par le désir pour lequel on combat, et il n'y a pas de désir plus pur que celui de vouloir arracher la vie à ton adversaire. »
Oberon écoutait attentivement chaque phrase que prononçait Kaelen.
Le désir avait toujours été ce qui avait guidé l'évolution, et lui plus que personne le savait : c'est parce que l'homme avait toujours désiré plus qu'il était arrivé au sommet de la chaîne.
Mais Kaelen lui jeta un regard au corps des enfants, il avait parler de tuer pour protéger, il avait tuer et pourtant il avait pas réussi au final.
Il revint vers Oberon, reprenant la ou il en était.
« Mais ça, c'est ce qui guide les combats. L'art du combat en lui-même est défini par trois piliers absolus. »
Kaelen prit du temps avant de continuer pour être sûr qu'Obi l'écoutait, levant un doigt face à lui.
« Le corps en est l'un d'eux. Vitesse, agilité, flexibilité, force, équilibre, résistance, cardio, voilà les points qui définissent ce pilier. C'est indéniable qu'il y ait des points faibles et des points forts dépendant de la personne, mais tout combattant doit avoir un niveau adéquat, car les combats sont imprévisibles. »
Il prit du temps en sortant un second doigt.
« Après, il y a l'esprit. La ruse, l'adaptation, l'ingéniosité, la planification, le guide, le calcul. Les fondements même de ton art est défini en grande partie par comment tu penses. »
Oberon écoutait attentivement, essayant d'assimiler toutes les paroles de Kaelen. Ce n'était pas difficile : le semi-bête était étonnamment bon pour faire assimiler facilement.
« Alors, à ton avis, quel est le troisième pilier ? »
Cette question mit en pause les pensées d'Obi, qui commença à réfléchir à la question.
'Corps, esprit… que pourrait être le troisième pilier ? Peut-être quelque chose entre les deux ?'
Oberon eut l'air d'avoir trouvé une réponse et tourna la tête vers son enseignant.
« Les sens ? »
Cette réponse lui était venue grâce aux nombreuses conversations avec son père qu'il avait avant de partir chasser : il lui éclatait les oreilles à toujours lui dire de prendre soin de ses yeux, que les sens d'un chasseur doivent être aussi aiguisés, voire plus, que la bête qu'ils veulent chasser.
Cette réponse, contrairement à celle qu'il avait donnée précédemment, avait l'air d'être la correcte au vu du léger sourire que montrait Kaelen.
« C'est correct. Le troisième pilier et connecteur des deux autres, ce sont les sens. L'ouïe, le goût, le toucher, la douleur, l'odorat et encore d'autres… mais surtout la vue. »
Dans cette dernière partie, Kaelen montra ses yeux complètement jaunâtres.
« Les sens font le pont entre le corps, l'esprit et la situation présente, et il n'y a pas de meilleur sens que la vue. »
« Comment ça ? », dit Obi voulant contredire cette idée.
« La créature qui est la cause de notre situation présent n'avait pas l'air d'avoir le sens de la vue. »
« Oui, et ta bien vue aussi qu'il a pris du temps a nous remarquer, ce temps aurait pue lui être fatal. En plus il faut prendre en compte l'environnement. »
Oberon en était conscient, il y a tout simplement des environnements ou la vue est inutilisable, après tout la vue est un sens qui pouvait facilement devenir inutilisable dans des zones sombre ou avec forte lumière.
« La vue est t'un sens si important que tous les combattants en sont dépendants, c'est pour cela que les meilleurs essaient de se débarrasser de cette dépendance qui peut devenir mortelle. Oui, les autres sens sont importants, je ne dis pas le contraire, mais aucun d'eux n'est aussi bon pour réunir l'information présente aussi rapidement que la vue. »
'Les sens récoltent l'information, l'esprit guide et le corps exécute.' Pensa Oberon.
« Ça, ce sont les piliers fondamentaux de l'art du combat. Chacun se développe à sa façon, celui du corps étant généralement le plus facile entre les trois. »
« Pourquoi cela ? » Obi connaissait peut-être déjà la réponse, mais mieux valait confirmer auprès d'un vrai combattant.
« Les sens se développent au fur et à mesure des combats, et l'esprit, lui, se développe sous une pression répétée. Voilà pourquoi. »
Oberon ne l'aurait pas défini exactement ainsi, mais c'était fondamentalement ce qu'il pensait.
Kaelen fit quelques pas, se positionnant à cinq pas en face d'Obi.
« Attaque-moi », dit-il sans hésitation.
Oberon fut confus momentanément.
« C'est pour me juger ou un truc du genre ? »
« Ouais. »
Il prit l'épée à deux mains, regardant momentanément le colosse avant de foncer vers Kaelen avec une attaque chargée.
'Il suffit d'être suffisamment éloigné, j'ai une meilleure alonge.'
Mais en seulement deux mouvements, Kaelen stoppa l'épée à deux mains et fit tomber Obi au sol d'un low-kick.
« Je sens que ça va être long », dit le jeune homme maintenant au sol.