Chapitre 1 784
Diyan murmura : « Le Temple du Grand Konghai, la Raksha du Shun du Sud, la Porte du Fléau Non-Né… »
Li Ximing attendit qu’il les eût nommés avant de demander avec inquiétude : « Ces gens connaissent-ils l’état du Grand Maître Daoïste ? »
Diyan resta un instant interdit, puis éclata de rire et répondit : « Vous donnez à ma situation un tour bien plus désespéré qu’elle ne l’est en réalité ! »
Ce Maître Daoïste avait l’air assez effrayant quand son visage se faisait glacial, mais dès qu’il souriait, ses traits s’adoucissaient de façon inattendue et il paraissait beaucoup plus jeune. On distinguait vaguement chez lui le même sourire chaleureux et décontracté que celui de Kuangyu.
Il reprit : « Cette coupole abrite un trésor spirituel né de l’union des Trois Yangs, appelé le [Vaisseau porteur de l’aube manifestée à l’Origine]. Grâce à lui, je peux quitter cet endroit. Il me suffit de revenir à temps pour reconstituer les Trois Yangs. Je peux même me battre, bien que cela risque d’aggraver facilement le conflit entre mes capacités divines. »
Il sourit et ajouta : « De toute façon, il y a peu de chances qu’une bataille éclate… Mes capacités divines sont parachevées. Si je me tiens simplement dans le Grand vide, quel misérable vaurien oserait ouvrir la bouche ?! »
Li Ximing lui adressa alors un sourire gêné. Il se sentit considérablement soulagé, et une faible lueur d’espoir s’éveilla même en lui. « Si le Grand Maître Daoïste intervenait… je crains que même Wei Xuanyin n’ose se mesurer à vous ! »
« Wei Xuanyin ? » Le sourire de Diyan s’accentua. « Xuanlou[1] et moi nous sommes affrontés au moins une centaine de fois, avec des victoires et des défaites de part et d’autre. C’est simplement que sa [Robe sans pourpre] est difficile à cultiver, tandis que j’ai achevé ma dernière capacité divine assez tôt. Cela fait très, très longtemps que nous ne nous sommes pas revus. »
Li Ximing ne s’était jamais attendu à ce que Diyan ait un tel lien avec Wei Xuanyin ; il en resta un instant stupéfait. Mais, à la réflexion, cela lui parut soudain tout naturel. Après tout, même le maître du Dao de la Victoire Pure était son ami. Qu’il compte Wei Xuanyin parmi ses amis n’avait rien d’étonnant.
Pourtant, aux yeux de Li Ximing, Wei Xuanyin demeurait un ennemi ; mieux valait donc ne pas s’attarder sur le sujet. Il sortit aussitôt de sa manche la perle limpide comme du cristal et dit : « Lors de la grande bataille de Tingzhou, je dois la vie au talisman du Grand Maître Daoïste ! J’en ai épuisé tout le pouvoir ; il ne reste que cette perle vide, que je vous rends… »
« Ce Bœuf héraut sans entraves était vraiment redoutable. » Diyan rangea nonchalamment la perle transparente et hocha la tête. « C’est un trésor transmis par Qusi. On peut dire que c’est un petit bibelot fort intéressant. »
Li Ximing le remercia à plusieurs reprises. Diyan, quant à lui, semblait quelque peu las. Il sortit un morceau de pierre de bronze de la taille de sa paume, mince comme du papier et lisse comme un miroir, dont la surface était couverte de runes complexes, et le lui tendit. « Cet objet peut entrer en résonance avec moi. Gardez-le précieusement. Si le Roi de Wei a un jour des instructions à transmettre, il lui suffira d’envoyer quelqu’un au mont Qusi. »
Li Ximing comprit ce qu’il voulait dire, mais ses pensées pesantes ne l’avaient pas encore quitté. Le cœur bouleversé, il accepta l’objet en silence, le remercia, puis prit les marches pour redescendre.
L’eau, le feu, le yin et le yang continuaient d’alterner dans leur éclat, mais l’état d’esprit de Li Ximing avait entièrement changé.
Qusi…
Perdu dans ses pensées, il descendit les marches profondes et découvrit que Kuangyu l’avait attendu tout ce temps en contrebas.
« Compagnon taoïste Ximing ! »
Sa voix avait une pointe de curiosité. Comme Li Ximing ne présentait rien d’anormal, elle comprit que l’entretien dans la salle s’était raisonnablement bien passé et poussa secrètement un soupir de soulagement. Elle s’avança pour le guider, mais Li Ximing était encore plongé dans ses pensées.
Il joignit les mains et dit : « Je m’en remettrai désormais à vos conseils ! »
Hein ?
Kuangyu fut d’abord surprise, puis s’empressa de lui rendre son salut, l’air un peu étrange. Li Ximing ne s’en aperçut pas. Un instant plus tard, il revint soudain à lui, comme s’il sortait d’un rêve.
« J’ai failli oublier l’affaire de la Terre dorée ! »
L’une des raisons qui l’avaient poussé à venir à Qusi était de se renseigner sur la Terre dorée et de se préparer à affronter Guangchan à l’avenir. Mais Diyan lui avait fait une impression si profonde que ses pensées s’étaient embrouillées et que, dans son trouble passager, il avait relégué l’affaire de Guangchan au second plan.
Il se ressaisit aussitôt et demanda : « Lors de la bataille de Tingzhou, Guangchan a déployé des méthodes extrêmement redoutables et s’est largement appuyé sur la Terre dorée. De quel genre de trésor s’agit-il ? »
Kuangyu détourna le regard, l’air songeur, puis répondit : « Il y a un Temple du Grand Konghai tout près. Ximing, en avez-vous entendu parler ? »
« Naturellement. »
Li Ximing avait entendu parler du Temple du Grand Konghai pour la première fois par Jiao Zhongzi, de la Raksha du Shun du Sud. À l’époque, la terre bouddhiste du Temple du Grand Konghai était instable ; son maître, Jinghai, avait donc délibérément envoyé Baoqing à la mort afin de la stabiliser, avant de se réincarner lui-même. À cause de l’inimitié qui les opposait, Li Ximing n’avait jamais oublié l’affaire.
À sa grande surprise, Kuangyu déclara : « Zhaojing, vous êtes-vous déjà interrogé à leur sujet ? Les terres bouddhistes appartiennent clairement aux Maîtres de dharma, qui les gouvernent, tandis que des générations de disciples vivent sous leur autorité. Pourtant, il existe quelques Mahas et Êtres Miséricordieux, comme ceux du Temple du Grand Konghai, qui n’ont aucun Maître de dharma au-dessus d’eux.
« Les anciens cultivateurs disaient autrefois : [Chercher le merveilleux dans la pureté et former une Terre dorée ; un Maître de dharma atteint le Dao au sein du Bosquet de santal]. Une Terre dorée est un lieu où résident la pureté et le santal. Elle constitue le fondement même des vastes royaumes du dharma et des terres bouddhistes. Or, le Temple du Grand Konghai est lui-même la [Terre dorée de Konghai] !
« Vous devez comprendre que même si un Maha cultive jusqu’au titre de Liangli et devient officiellement le maître de l’une des Sept Formes du Dharma, qui ignore qui est le véritable maître ? Les Maîtres de dharma sont les véritables maîtres de ces terres bouddhistes. Mais lorsque les Êtres Miséricordieux et les Mahas atteignent le Dao grâce à une Terre dorée, ils ne répondent qu’à eux-mêmes. »
Li Ximing lâcha, stupéfait : « C’est une terre bouddhiste à part entière ? Guangchan a vraiment eu une chance inouïe ! Cela signifie-t-il qu’il pourrait devenir Maître de dharma ? »
Kuangyu paraissait elle aussi profondément émue. Elle dit d’un ton grave : « Zhaojing, écoutez-moi… Ces [Terres dorées] sont des trésors de l’ancien Dao bouddhiste. Il existe aujourd’hui autant de Terres dorées que les cultivateurs bouddhistes de l’Antiquité ont produit de branches.
« Certaines sont manifestes, d’autres cachées, et rien ne permet de prévoir leur apparition. Chacune peut soutenir une terre bouddhiste entière ; chaque fois qu’une Terre dorée apparaît ou disparaît, cela suffit à alerter les Maîtres de dharma du [Bosquet de santal] !
« On dit que les premières terres bouddhistes des Sept Formes du Dharma n’étaient chacune qu’une simple Terre dorée. Ce n’est qu’après que leurs occupants eurent atteint le rang de Maître de dharma, étendu leurs royaumes du dharma et absorbé de nombreuses autres Terres dorées qu’elles devinrent aussi vastes et stables qu’aujourd’hui. »
Elle poursuivit : « À l’époque, Jinghai obtint la [Terre dorée de Konghai]. Au prix d’une cultivation ardue et grâce à l’accumulation de destinée, il passa d’un seul coup du rang d’Être Miséricordieux à celui de Maha et éleva la [Terre dorée de Konghai]. J’ai entendu dire qu’elle s’accompagnait de nombreuses limites, mais, Zhaojing, rien n’empêche de la considérer comme une petite terre bouddhiste à part entière !
« Grâce à cette immense destinée, il devint aussi l’un des Mahas les plus éminents et fonda sa propre lignée. »
Les yeux bleu violacé de la femme clignèrent légèrement tandis qu’elle disait : « Mais Guangchan, lui, est différent.
« La [Terre dorée de Konghai] avait disparu sans laisser de trace, et Jinghai était devenu Maha discrètement, à l’insu de tous ; il avait ainsi acquis le droit d’agir de façon indépendante. Mais la Terre dorée de Guangchan lui vient du [Roi Invaincu de la Clarté] ; depuis longtemps, le Royaume du Grand Véhicule du Dharma le surveille de près. D’autres l’ont hissé à sa position actuelle !
« Dès le départ, le Royaume du Grand Véhicule du Dharma a soutenu Guangchan dans le but d’annexer la [Terre dorée de la Défense ornée]. À tout le moins, il entend placer la [Terre dorée de la Défense ornée] sous son autorité et en faire sa huitième Terre dorée !
« Nul ne sait comment les choses évolueront. Même si Guangchan a plus de chances que les autres Mahas d’atteindre le rang de Maître de dharma, ses chances restent infimes. Il est loin d’être aussi prometteur que Jinghai, le maître si convoité de la [Terre dorée de Konghai] ! »
Li Ximing se détendit un peu, mais, après avoir entendu la seconde partie de ses explications, il releva la tête avec stupeur et demanda : « Le Royaume du Grand Véhicule du Dharma possède déjà sept Terres dorées ?! »
Kuangyu haussa les sourcils et répondit d’un ton grave : « C’est précisément pourquoi, parmi les Sept Formes du Dharma, il est le seul à oser se proclamer royaume du dharma ! »
1. Titre taoïste de Wei Xuanyin. ☜