Chapitre 1 744
Le vieux Maître taoïste portait toujours sa robe de plumes blanches, et son apparence avait peu changé. Son allure, en revanche, avait bien perdu de sa superbe. Une férocité sombre et instable flottait dans son regard ; il ne lui restait rien de sa sérénité d’antan.
À la seule vue de Li Ximing, il la réprima et s’écria avec joie : « Confrère taoïste Zhaojing, vous voilà ! »
Craignant de se réjouir trop tôt, le vieil homme l’examina attentivement. Ce ne fut qu’après que Li Ximing eut hoché la tête en souriant et tiré de sa manche le talisman de jade que Yan Dushui comprit.
À la fois ravi et envieux, il dit : « Votre cultivation a progressé à une vitesse remarquable, Zhaojing. »
Li Ximing n’était plus le jeune homme inexpérimenté qu’il avait été ; il se comportait désormais avec beaucoup plus de sang-froid.
Après avoir étudié Yan Dushui un instant, il dit avec un sourire : « Ces dernières années n’ont pas dû être faciles pour vous, Maître taoïste Linyi. »
Tandis que Yan Dushui le conduisait à l’intérieur, il répondit d’un ton sombre : « Les disciples sensés sont morts, et ceux qui restent sont des vauriens ingrats, pourris jusqu’à la moelle. Pas même une capacité divine n’a pu les remettre dans le droit chemin. Hier, j’en ai tué plusieurs pour rétablir un peu d’ordre sur la montagne. »
Si décevants que soient ses disciples et ses cadets, rares sont ceux qui finissent par lever le couperet contre eux. Quelque peu surpris, Li Ximing ne sut d’abord que répondre.
Comprenant que la Porte immortelle de la Vision totale avait considérablement décliné au cours des dernières décennies, il se contenta de dire : « Il n’était sûrement pas nécessaire d’en arriver là. »
Une lueur d’égarement passa sur le visage de Yan Dushui, qui répondit : « Ce n’est pas bien grave. Ce qui m’inquiète davantage, c’est que les veines spirituelles de la Mer du Voile occidental ne prospèrent plus. Le manque de provisions serait supportable, mais de génération en génération, la cultivation s’appauvrit et les enfants dotés d’orifices spirituels se font de plus en plus rares… »
Après avoir traversé de vastes étendues marines, Yan Dushui plongea vers les fonds. Il repéra bientôt une fissure pas plus large qu’un pouce. Tous deux se changèrent en traînées lumineuses, s’y glissèrent et s’enfoncèrent sous terre.
N’ayant rien d’autre à faire, Li Ximing se mit à retourner la situation dans son esprit : Yan Dushui semble approcher de la fin de sa vie… Dans ce cas… je dois prendre mes dispositions à l’avance.
Yan Dushui lui devait le service qu’il avait accepté de lui rendre. Li Ximing avait d’abord prévu de réclamer ce service pour affronter une créature démoniaque du Royaume du Manoir Pourpre et l’offrir en sacrifice. S’il attendait la mort de Yan Dushui, même si le mont Chardon demeurait lié par cette dette, à quoi bon disposer d’un groupe de cultivateurs du Royaume de l’Établissement de la Fondation ?
Jiangqian est lui aussi sur le point de percer. Je dois profiter de la dette de cet homme ! Et justement, j’ai aussi Guo Nanwu !
Ils pénétrèrent dans le Grand vide et, de temps à autre, bondissaient au-dehors lorsque leur chemin se trouvait barré. Après avoir parcouru une distance incalculable, Yan Dushui s’arrêta brusquement. Li Ximing haussa les sourcils et aperçut devant eux une demeure troglodytique. Son entrée était d’une sobriété extrême ; elle n’avait même pas de plaque.
La porte de pierre était entrouverte, et son seuil, d’une hauteur alarmante, arrivait à mi-corps d’un adulte. Une petite niche avait été creusée de chaque côté, chacune abritant une flamme bleu pâle qui vacillait doucement.
Li Ximing prit enfin un air grave. Il balaya soigneusement les lieux de son sens spirituel, mais ne perçut qu’une forme indistincte. Incroyablement, son sens spirituel lui en révélait moins que ses yeux !
C’est donc cela, l’Essence bannie…
Le cœur de Li Ximing se serra lorsque Yan Dushui s’exclama : « C’est ici ! »
Yan Dushui se tourna vers lui et l’avertit d’un ton solennel : « Confrère taoïste Zhaojing, cette demeure troglodytique est entretenue par un trésor. D’ordinaire, tout ce qu’elle contient reste immobile, comme mort. Mais dès que quelqu’un y entre, le trésor se remet aussitôt à brûler. Lorsqu’il sera entièrement consumé, toute la demeure troglodytique disparaîtra en fumée…
« Mes ancêtres sont entrés ici à de nombreuses reprises, et le trésor a tenu jusqu’à aujourd’hui, mais il en a déjà brûlé la moitié. Une fois à l’intérieur, nous ne pourrons pas perdre une seule seconde. Il nous faudra agir vite ! »
Digne d’une relique du tribunal des Enfers…
Li Ximing s’émerveilla en son for intérieur et acquiesça.
Yan Dushui entra, sa silhouette vacillant entre la lumière et l’obscurité. Li Ximing avança lentement, mais s’arrêta devant le seuil démesuré. Il distinguait aussitôt la salle principale de la demeure, plongée dans les ténèbres. Une table et un tabouret se dressaient en son centre ; un bol semblait posé sur la table, avec une pointe de lumière rouge qui y luisait. Tout le reste était sombre et insondable, comme le repaire d’un fantôme.
Le sens spirituel était inutile en ces lieux ; ils n’avaient d’autre choix que de se fier à leur vue brouillée. Yan Dushui lui-même n’était venu que quelques fois et paraissait quelque peu inquiet. Li Ximing, lui, se ressaisit et relia son sens spirituel à l’objet qui se trouvait en lui.
Miroir Immortel !
Une sensation éthérée déferla en lui. En un instant, les ténèbres qui s’étendaient devant lui se dissipèrent comme de la fumée. Mais le seuil, la table de pierre et le tabouret de pierre disparurent eux aussi ! Des blocs de pierre noire délimitaient l’espace devant lui : ce n’était pas une demeure troglodytique. Il ne s’agissait que d’une cavité basse et exiguë, pas plus grande qu’une table !
Au centre de la cavité gisait un fagot de bois de feu pâle et noirâtre. Vu de loin, sa taille et sa forme lui donnaient l’allure d’une niche pour chien. Un crâne d’une blancheur immaculée reposait parmi le bois, tourné vers le haut, la mâchoire relevée et la cavité béante. Sous cet angle, l’endroit ressemblait à un cénotaphe grossier, creusé à la hâte par quelque cultivateur !
Li Ximing déglutit en silence. Il comprenait maintenant d’où venait la demeure troglodytique.
Il s’agit d’un domaine immortel construit dans l’Antiquité… Une petite demeure troglodytique suspendue au-dessus de ce crâne blanchi !
Il comprit. Entendant Yan Dushui l’appeler depuis l’intérieur de la demeure, il entra. Les ténèbres qui se précipitèrent vers lui charriaient un froid glacial. Li Ximing en pinça délicatement une volute entre ses doigts et en resta aussitôt sans voix.
Essence pourpre, Essence froide… Il semble aussi y avoir du Moindre Yin et du Suprême Yin…
Li Ximing baissa les yeux et aperçut dans le bol posé sur la table un bâtonnet d’encens jaune pâle, à peine plus épais que son petit doigt. Il s’immobilisa, surpris, en le voyant.
Il le reconnaissait. Il était presque identique à l’encens profond que Li Zhouwei avait rapporté du Ciel de Wanlin !
La pointe rouge qu’il avait aperçue depuis l’extérieur de la demeure était la braise mourante au bout du bâtonnet. La moitié avait déjà brûlé, tandis que l’autre reposait dans le bol, brisée en un morceau de cendre gris-blanc, parfaitement intact et sans le moindre fragment éparpillé alentour.
Yan Dushui s’approcha de lui, la voix pressante, mêlée de nervosité et d’espoir : « Confrère taoïste ! »
Li Ximing sortit de sa torpeur et le suivit rapidement plus loin. Après avoir parcouru quelques pas dans la salle principale, il aperçut une chambre intérieure.
Cette chambre était extrêmement profonde et étroite, en forme de longue boîte. Son extrémité semblait déboucher sur un vaste espace vide d’où soufflait un vent glacial et sinistre. Celui-ci balayait les morceaux de jade en forme de losange suspendus au plafond, les faisant tinter les uns contre les autres.
Des motifs mystérieux couvraient les deux côtés, accompagnés de décorations étranges et inconnues de toutes sortes. Les murs étaient gravés de nombreux symboles du Dao du Talisman Chamanique, ainsi que d’oiseaux, de bêtes et de fantômes ; ils apparaissaient et disparaissaient dans la brume sombre.
Trois marches s’élevaient dans la chambre intérieure et menaient à une plateforme circulaire dorée, sur laquelle reposait un morceau de bois desséché. Il ressemblait à un mûrier brisé, mort avant d’avoir achevé sa croissance. Son tronc sectionné n’était pas plus épais qu’un poing, mais ses racines étendues en dessous étaient presque aussi larges qu’un plateau de table !
Un petit objet sombre flottait au-dessus de la cassure du mûrier noir. C’était une plume, longue comme un index et épaisse comme un pouce. D’épais motifs dorés s’enroulaient sous sa surface d’un noir de jais. Elle n’avait rien de l’élégance éthérée d’un immortel et inspirait au contraire une terreur instinctive ; elle paraissait profondément maléfique !
Yan Dushui s’était déjà empressé d’avancer. D’un léger mouvement de la main, il sortit avec précaution une boîte de jade vert pâle, couverte de motifs profonds et ouvragés. Elle semblait être un trésor d’une valeur exceptionnelle.
Il la manipula avec le plus grand soin, la déposa entre les mains de Li Ximing et l’exhorta : « Le reste dépend de vous, confrère taoïste ! »
Li Ximing sentit un froid glacial contre ses mains. Lorsqu’il baissa les yeux, ses pupilles se dilatèrent brusquement et son esprit se troubla. Il avait déjà vu ce genre de boîte de jade. Sa famille en possédait même une dont les motifs étaient similaires, pour la plupart exactement identiques !
C’est une boîte provenant du marché de l’île au cœur du lac !