Chapitre 1 738
Li Suining se contenta de s’incliner, puis choisit le niveau de détail qui convenait et lui en fit un bref récit. Li Ximing l’écouta sans mot dire, gravant silencieusement tout dans sa mémoire afin d’en discuter plus tard en détail avec Liu Changdie.
Pourtant, tandis qu’il regardait le jeune homme parler avec une assurance tranquille, les soupçons commencèrent à germer en lui. Il n’a ni éveillé de capacité divine ni ne possède de graine de talisman. Comment a-t-il pu résister à ma Capacité Divine du Destin ? Si je le soumets à son emprise, ne tombera-t-il pas entre mes mains ?
De plus, des doutes subsistaient dans son cœur, mais il n’avait d’autre choix que de se hâter vers la Mer Orientale. Bien entendu, il devait prendre certaines dispositions avant son départ.
Il sourit et déclara : « Je dois me rendre à la Mer Orientale pour te procurer des matériaux spirituels… mais mon fourneau à pilules est toujours ici, sur la montagne. Pourrais-tu le surveiller pendant que tu étudies tes écritures du Dao des formations ? »
Li Suining n’avait aucune intention de refuser. Il hocha vivement la tête et accepta la tâche avec solennité. Li Ximing plongea la main dans sa manche, matérialisa un éventail rituel grâce à sa capacité divine et le lui tendit.
Il lui expliqua d’un ton grave : « Je vais te confier quelque temps le rôle d’assistant en alchimie. Il te suffira d’insuffler ton mana dans cet éventail et d’entretenir la flamme du fourneau jusqu’à mon retour. »
« Oui ! »
Li Suining prit la chose très au sérieux et hocha solennellement la tête. À l’instant où il donna son assentiment, une lueur secrète brilla dans les yeux de Li Ximing. Dissimulant sa main dans sa manche, il forma un sceau, et la Lumière des six directions jaillit.
Ce n’était autre que [Radiance sous le Ciel] !
Leur échange semblait n’être qu’une simple formalité, mais dès que cette relation de commandement et d’obéissance fut établie dans [Radiance sous le Ciel], son pouvoir mystique réagit aussitôt et plaça Li Suining sous la surveillance de la Capacité Divine du Destin !
Au moindre ressentiment ou signe de déloyauté chez Li Suining, Li Ximing le sentirait sur-le-champ ! L’éventail d’or qu’il tenait à la main réagirait alors immédiatement et le réduirait en pièces.
La Lumière des six directions, incolore, scintilla doucement au bout de ses doigts, ce qui permit à Li Ximing de se détendre quelque peu.
D’après la réaction de [Radiance sous le Ciel], il me respecte sincèrement. Il semble aussi que son attachement à la famille soit authentique, sans la moindre trace de tromperie… On dirait… que cet enfant a dû faire une rencontre extraordinaire…
Si, en vérité, Li Suining avait fait une rencontre extraordinaire en lien avec la Voie de la Gouvernance Céleste, Li Ximing n’aurait pas seulement été soulagé : il aurait dû se demander si cette rencontre ne cachait pas quelque problème. Quoi qu’il en soit, sous l’influence de [Radiance sous le Ciel], il pouvait laisser ses inquiétudes de côté pour le moment.
À première vue, c’est un bon enfant… Je ne dois pas lui faire de tort. Il faudra s’en contenter pour l’instant. À mon retour, je l’enverrai en retraite. Nous pourrons en discuter à fond quand Zhouwei sortira de la sienne.
Il quitta aussitôt la montagne, puis ordonna à Li Minggong de sceller la grande formation du mont Zhijing et d’en interdire l’accès à quiconque. « Va inviter le Maître taoïste Nanwu à venir monter la garde à ma place… Il s’est passé quelque chose en Mer Orientale. Je serai bientôt de retour. »
Alors seulement, il s’éleva à la hâte dans le ciel, chevauchant le vent, et pénétra dans le Grand vide.
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La nuit était sombre et lugubre.
Des nuages noirs recouvraient le ciel au-dessus de la Porte Chengyun, sans la moindre trace de lumière irisée. Un jeune homme au visage légèrement pâle se tenait sur une haute terrasse, les yeux levés vers le ciel nocturne. Sa longue robe, ornée de plumes blanches et de motifs ésotériques sombres, frémissait doucement dans le vent et lui conférait une allure quelque peu oppressante.
Ce n’était autre que le Maître Daoïste Changyun, maître de la Porte Chengyun. Il se tenait en silence sur la terrasse, sans prononcer un mot. Le vent furieux se contentait de lui agiter les cheveux, tandis que son regard d’une gravité insondable restait fixé au loin.
À ses côtés se tenait un autre jeune homme vêtu de noir, tout aussi impassible au milieu du vent violent. Il dépassait le Maître Daoïste Changyun d’une tête entière et tenait une longue lance, dont la pointe reposait au sol. Sa capacité divine bouillonnait autour de lui, lui donnant une présence imposante.
Après un temps indéterminé, le jeune homme à la lance baissa les yeux et le prévint : « Monseigneur, cette personne vous a demandé de ne laisser personne vous voir cultiver une technique aussi secrète… »
Changyun secoua calmement la tête. « Nous n’en aurons plus l’occasion après cela, Chonggong. »
Le Maître Daoïste à la lance n’était autre que Zhong Qian, le maître de secte de la Porte Chengyun !
Il avait atteint le Royaume du Manoir Pourpre depuis peu, mais sa capacité divine dégageait déjà une puissance immense. Ses traits étaient acérés et imposants. Lorsqu’il avait rencontré Li Xuanfeng, des années plus tôt, son visage gardait encore quelques traces de jeunesse ; elles avaient désormais entièrement disparu, remplacées par la majesté et le calme d’un cultivateur du Royaume du Manoir Pourpre.
Changyun tourna la tête vers lui et dit d’un ton posé : « La guerre est sur le point d’éclater dans le sud. Ils finiront donc par m’y envoyer. Ils font semblant de ne rien savoir et espèrent nous contraindre à ravaler nos griefs en silence. »
Ses paroles étaient empreintes d’un profond sarcasme, mais son visage ne trahissait pas la moindre déception, comme si la révélation de son secret n’avait rien d’inquiétant.
Un moment plus tard, une lumière blanche et dorée surgit au loin, et un taoïste plein d’entrain en descendit. Il chevauchait toutefois un nuage auspicieux, ce qui donnait à la scène un air plutôt incongru.
« Frère Changyun ! »
Le moine l’interpella en atterrissant sur la terrasse. Il ne fut pas surpris de voir que Changyun savait depuis longtemps qu’il venait.
Après s’être incliné, il dit d’un air quelque peu gêné : « J’ai reçu l’ordre de vous inviter dans le sud pour défendre la rive. »
Zhong Qian tressaillit légèrement à ces mots, mais Changyun sourit et invita le moine à entrer.
Après avoir observé son visage, il secoua la tête. « Maître taoïste Minghui… Ces dernières années n’ont pas dû être faciles pour vous non plus ! »
La gêne de Minghui s’estompa peu à peu, et il poussa un profond soupir. « Vous avez vraiment le regard pénétrant, Maître taoïste. J’ai avancé sur cette rive comme sur une mince couche de glace. Vous convoquer dans le sud aujourd’hui ne pouvait que vous offenser ; naturellement, ils m’ont chargé de cette tâche… »
Après la guerre qui avait permis de fonder l’État, la Famille Li avait eu l’occasion de reprendre des forces, mais Minghui, lui, avait véritablement souffert ces dernières années. On l’avait muté à Shanji, où on lui confiait chaque année toutes les attaques de sondage ! Il avait déjà goûté plus d’une fois à l’Eau-Feu Sans Limites de Tinglan !
Après avoir déversé ses doléances, Minghui jeta un regard furtif à Zhong Qian. Il lui suffit d’un coup d’œil pour distinguer les flammes éclatantes qui bouillonnaient autour de lui, et il fut aussitôt stupéfait par son aura extraordinaire.
Quel destin puissant ! S’il se convertissait au bouddhisme, cet homme accomplirait sans aucun doute de grandes choses !
Tandis que Minghui continuait de l’observer en secret, Changyun ricanait déjà intérieurement. Ch’i Lanyan… Ah, Ch’i Lanyan. J’ai passé tant de temps en retraite, et il a fallu que tu me forces à en sortir ! Très bien, très bien. Un petit cultivateur de la Famille Ch’i obtient l’appui de l’Ordre Profond et se croit soudain capable de commander au vent et à la pluie. Quelle sottise !
Y a-t-il si peu de grands personnages au monde qui soient au courant ? Pourtant, ils ont tous appris à se tenir à carreau et à faire semblant de ne rien savoir. Seul cet imbécile s’est laissé pousser sur le devant de la scène, persuadé d’avoir découvert quelques secrets. Et maintenant, il ose comploter contre la Lignée du Dao de l’Un d’Or…
Comme Ch’i Lanyan l’avait prédit des années auparavant, la Lignée du Dao de l’Un d’Or était bel et bien furieuse. Pourtant, Changyun — ou plutôt Zhang Yun[1], de la Secte de la Plume Dorée — ne voyait dans l’audace de Ch’i Lanyan qu’une marque d’ignorance.
Mon Dao a toujours consisté à comploter contre les autres et à maîtriser tous les camps. Et maintenant, il ose comploter contre moi !
Ses pensées s’assombrirent. Devant lui, Minghui ne put contenir plus longtemps son envie et le dévisagea sans dissimuler sa jalousie. « Maître taoïste, vous avez déjà éveillé trois capacités divines ! Quelle progression stupéfiante. Même les descendants immortels du Royaume du Noyau d’Or ne font pas mieux ! »
Quelle que fût la part de flatterie et de courtoisie dans les paroles de Minghui, Changyun ne put s’empêcher de se sentir piqué au vif. Après tout, il était un agent secret de la Secte de la Plume Dorée : cette remarque lui parut presque sarcastique. Son regard quelque peu sombre se posa à plusieurs reprises sur le moine.
Ce moine sait-il quelque chose ou non… Ses paroles sont si insistantes. Le Temple du Lotus serait-il au courant, lui aussi ? Vu l’identité et le statut de Jinlian… il ne devrait normalement pas avoir accès à ce genre d’informations…
Quoi qu’il en soit, il répondit avec calme : « J’ai simplement eu de la chance. »
Minghui secoua la tête et soupira. « J’ai appris que le Hall d’Or Pourpre de la Famille Yang avait déjà ouvert ses portes. Des troubles finiront tôt ou tard par éclater le long de la rive. Outre cette tâche ingrate, j’ai aussi une ou deux questions à vous poser. »
« Oh ? »
Changyun haussa les sourcils. Le moine avait l’air accablé et réfléchit longuement. Ce ne fut qu’après avoir vu la grande formation se refermer qu’il murmura à voix basse : « Toi et moi sommes amis depuis des années… Connais-tu un moyen de chercher la mort… Apprends-le-moi… »
Zhong Qian, grave et inquiet, ne put empêcher le coin de sa bouche de tressaillir. Changyun fixa Minghui d’un air absent, puis répondit avec une expression étrange : « C’est curieux. Le monde est si vaste et les voies de la survie si peu nombreuses. Comment pourrait-il donc manquer de façons de mourir ? »
1. Nom personnel du Maître Daoïste Changyun. ☜