Chapitre 1 732
Diyan murmura : « Le Temple du Grand Konghai, la Raksha du Shun du Sud, la Porte du Fléau Non-Né… »
Li Ximing attendit qu’il les eût tous nommés avant de demander avec inquiétude : « Ces gens connaissent-ils l’état du Grand Maître Daoïste ? »
Diyan resta un instant interdit, puis éclata de rire et répondit : « Tu dépeins ma situation bien plus sombre qu’elle ne l’est en réalité ! »
Ce Maître Daoïste avait l’air assez effrayant quand son visage se fermait, mais son sourire adoucissait étonnamment ses traits et lui donnait l’air bien plus jeune. On pouvait vaguement retrouver chez lui le même sourire chaleureux et décontracté que chez Kuangyu.
Il poursuivit : « Cette coupole abrite un trésor spirituel né de l’union des Trois Yangs, le [Vaisseau porteur de l’aube manifestée à l’Origine]. Grâce à lui, je peux quitter cet endroit. Il me suffit de revenir à temps pour reconstituer les Trois Yangs. Même combattre n’est pas impossible, bien que cela risque facilement d’aggraver le conflit entre mes capacités divines. »
Il sourit et ajouta : « De toute façon, il y a peu de chances qu’un combat éclate… Mes capacités divines sont parachevées. Si je me tiens simplement dans le Grand vide, quel petit vaurien oserait seulement ouvrir la bouche ?! »
Li Ximing esquissa alors un sourire gêné. Il était considérablement soulagé, et un faible espoir s’éveilla même en lui. « Si le Grand Maître Daoïste intervenait… je crains que même Wei Xuanyin n’ose se mesurer à vous ! »
« Wei Xuanyin ? » Le sourire de Diyan s’accentua. « Xuanlou[1] et moi nous sommes affrontés au moins une centaine de fois, avec des victoires et des défaites de part et d’autre. C’est simplement que sa [Robe sans pourpre] est difficile à cultiver, tandis que j’ai achevé ma dernière capacité divine assez tôt. Cela fait très, très longtemps que nous ne nous sommes pas revus. »
Li Ximing ne s’était jamais douté que Diyan eût de tels liens avec Wei Xuanyin et en resta un instant stupéfait. Mais, à la réflexion, cela lui parut tout naturel. Après tout, même le maître du Dao de la Victoire Pure était son ami. Qu’il compte Wei Xuanyin parmi ses amis n’avait rien d’étonnant.
Pourtant, aux yeux de Li Ximing, Wei Xuanyin restait un ennemi ; mieux valait donc ne pas s’attarder sur le sujet. Il sortit prestement de sa manche la perle limpide et dit : « Lors de la grande bataille de Tingzhou, je dois la vie au talisman du Grand Maître Daoïste ! J’en ai épuisé toute la puissance ; il ne reste que cette perle vide, que je vous rends… »
« Ce Bœuf héraut sans entraves était vraiment redoutable. » Diyan rangea négligemment la perle transparente et hocha la tête. « C’est un trésor transmis par Qusi. On peut dire que c’est un petit bibelot assez intéressant. »
Li Ximing le remercia à plusieurs reprises. Diyan, lui, semblait quelque peu las. Il sortit un morceau de pierre de bronze de la taille de la paume, mince comme du papier et lisse comme un miroir, dont la surface était couverte de runes complexes, puis le lui tendit. « Cet objet peut entrer en résonance avec moi. Garde-le précieusement. Si le Roi de Wei a un jour des instructions à transmettre, il lui suffira d’envoyer quelqu’un au mont Qusi. »
Li Ximing comprit ce qu’il voulait dire, mais son esprit était encore accablé de pensées. Le cœur troublé, il prit l’objet en silence, le remercia, puis descendit les marches pour repartir.
L’eau, le feu, le yin et le yang continuaient d’alterner leur éclat, mais l’état d’esprit de Li Ximing avait complètement changé.
Qusi…
Absorbé dans ses pensées, il descendit les marches profondes et découvrit que Kuangyu l’attendait en bas depuis tout ce temps.
« Compagnon taoïste Ximing ! »
Une pointe de curiosité perçait dans sa voix. Comme Li Ximing ne semblait rien avoir subi, elle comprit que l’entretien dans la salle s’était plutôt bien passé et poussa secrètement un soupir de soulagement. Elle s’approcha pour le guider, mais il restait plongé dans ses pensées.
Il joignit les mains et dit : « Je m’en remets désormais à vos bons soins ! »
Hein ?
Kuangyu fut d’abord prise au dépourvu, puis s’empressa de lui rendre son salut, l’air quelque peu étrange. Li Ximing ne s’en aperçut pas. Un instant plus tard, il revint soudain à lui, comme s’il sortait d’un rêve.
« J’ai failli oublier l’affaire de la Terre dorée ! »
L’une des raisons pour lesquelles il était venu à Qusi avait été de se renseigner sur la Terre dorée et de se préparer à affronter Guangchan à l’avenir. Mais Diyan lui avait fait une telle impression que ses pensées s’étaient embrouillées et, dans son trouble, il avait relégué l’affaire de Guangchan au second plan.
Il se ressaisit aussitôt et demanda : « Lors de la bataille de Tingzhou, Guangchan a déployé des moyens extrêmement puissants et s’est beaucoup appuyé sur la Terre dorée. De quel genre de trésor s’agit-il ? »
Kuangyu détourna le regard, pensive, puis répondit : « Il y a un Temple du Grand Konghai non loin d’ici. Ximing, en as-tu entendu parler ? »
« Bien sûr. »
Li Ximing avait entendu parler du Temple du Grand Konghai pour la première fois par Jiao Zhongzi, de la Raksha du Shun du Sud. À l’époque, la terre bouddhiste du Temple du Grand Konghai était instable ; son maître, Jinghai, avait donc délibérément envoyé Baoqing à la mort afin de la stabiliser, avant de se réincarner lui-même. En raison de leur inimitié, Li Ximing n’avait jamais oublié cette affaire.
À sa grande surprise, Kuangyu poursuivit : « Zhaojing, t’es-tu déjà interrogé à leur sujet ? Les terres bouddhistes appartiennent clairement aux Maîtres de dharma, qui les dirigent avec des Maha à leurs côtés et des générations de disciples sous leurs ordres. Pourtant, il existe quelques Maha et Êtres Miséricordieux, comme ceux du Temple du Grand Konghai, qui n’ont aucun Maître de dharma au-dessus d’eux.
« Les cultivateurs d’autrefois disaient : [Par la pureté, cherchez le merveilleux et fondez une Terre dorée ; dans le Bois de santal, un Maître de dharma atteint le Dao]. Une Terre dorée est un lieu où résident la pureté et le bois de santal. C’est le fondement même sur lequel s’édifient les vastes royaumes du Dharma et les terres bouddhistes. Le Temple du Grand Konghai est en soi la [Terre dorée de Konghai] !
« Tu dois comprendre que même si un Maha cultive jusqu’au titre de Liangli et devient officiellement le maître de l’une des Sept Formes du Dharma, qui ignore qui est le véritable maître ? Les Maîtres de dharma sont les vrais maîtres de ces terres bouddhistes. Mais lorsque les Êtres Miséricordieux et les Maha atteignent le Dao grâce à une Terre dorée, ils ne répondent qu’à eux-mêmes. »
Li Ximing s’exclama, stupéfait : « C’est une terre bouddhiste à part entière ? Guangchan a vraiment obtenu une chance inouïe ! Cela signifie donc qu’il pourrait devenir Maître de dharma ! »
Kuangyu semblait elle aussi profondément émue. Elle déclara solennellement : « Zhaojing, écoute-moi… Ces [Terres dorées] sont des trésors de l’ancien Dao bouddhiste. Autant de branches qu’ont engendrées les anciens cultivateurs bouddhistes à l’époque, autant de Terres dorées existent encore aujourd’hui.
« Certaines se manifestent, d’autres restent cachées, et nul ne peut discerner la logique de leurs apparitions. Chacune peut soutenir une terre bouddhiste entière, et chaque fois qu’une Terre dorée apparaît ou disparaît, cela suffit à alarmer les Maîtres de dharma du [Bois de santal] !
« On dit qu’à l’origine, les terres bouddhistes des Sept Formes du Dharma n’étaient chacune qu’une simple Terre dorée. Ce n’est qu’après que leurs occupants eurent atteint le rang de Maître de dharma, agrandi leurs royaumes du Dharma et absorbé de nombreuses autres Terres dorées qu’elles devinrent aussi vastes et stables qu’aujourd’hui. »
Elle poursuivit : « À l’époque, Jinghai obtint la [Terre dorée de Konghai]. Au prix d’une cultivation ardue et en accumulant du destin, il passa d’un seul coup du rang d’Être Miséricordieux à celui de Maha et éleva la [Terre dorée de Konghai]. J’ai entendu dire qu’elle imposait de nombreuses limites, mais, Zhaojing, rien n’empêche de la considérer comme une petite terre bouddhiste à part entière !
« Grâce à cet immense destin, il devint également l’un des plus éminents parmi les Maha et fonda sa propre lignée. »
La femme cligna doucement des yeux, ses prunelles bleu-violet brillant, puis reprit : « Mais Guangchan, lui, est différent.
« La [Terre dorée de Konghai] avait disparu sans laisser de traces, et Jinghai était devenu Maha en secret, à l’insu de tous, gagnant ainsi le droit d’agir de façon indépendante. Mais la Terre dorée de Guangchan lui vient du [Roi Invaincu de la Clarté] ; le Royaume du Grand Véhicule du Dharma le surveille donc de près depuis longtemps. Ce sont les autres qui l’ont élevé à sa position actuelle !
« Dès le départ, le Royaume du Grand Véhicule du Dharma a soutenu Guangchan dans le but d’annexer la [Terre dorée de la Défense ornée]. À tout le moins, il compte la placer sous son contrôle et en faire sa huitième Terre dorée !
« Nul ne sait comment les choses évolueront. Même si Guangchan a plus de chances que les autres Maha d’atteindre le rang de Maître de dharma, ses chances restent infimes. Il est loin d’être aussi prometteur que Jinghai, le maître tant convoité de la [Terre dorée de Konghai] ! »
Li Ximing se détendit un peu, mais, en entendant la suite de ses explications, il releva la tête, stupéfait, et demanda : « Le Royaume du Grand Véhicule du Dharma possède déjà sept Terres dorées ?! »
Kuangyu haussa les sourcils et répondit d’un ton grave : « C’est précisément pour cela que, parmi les Sept Formes du Dharma, lui seul ose se prétendre un royaume du Dharma ! »
1. Titre taoïste de Wei Xuanyin. ☜