Chapitre 1 731
Diyan conserva une expression calme en observant Li Ximing en silence.
Il lui avait déjà tout expliqué, et Li Ximing finit par prendre ses paroles à cœur. Avec sa conduite du Dao, non seulement il ne trouvait aucune faille dans le raisonnement de Diyan, mais il pouvait en suivre le fil du début à la fin sans le moindre accroc.
Il a résolu d’obtenir la Position intercalaire. Si Zhouwei réussit, il pourra emprunter la voie légitime du Dao orthodoxe et obtenir sa position en s’alignant sur lui. Si Zhouwei échoue, il cherchera alors le Dao au péril de sa vie.
Li Ximing garda le silence un instant, puis déclara : « Dans ce cas, si senior m’a fait venir à plusieurs reprises, je présume que vous souhaitez me faire part d’une affaire importante. »
Les vents écarlates et dorés qui traversaient la grande salle s’apaisèrent aussitôt. Diyan s’avança et répondit : « Je ne me permettrais pas de prétendre vous donner des conseils. Qusi se trouve dans la mer extérieure, et si elle a pu survivre jusqu’à aujourd’hui, c’est précisément parce qu’elle a peu pris part à la campagne visant à éradiquer le Yang Brillant. Si les grands d’en haut consentent tacitement à ce que je vous rencontre aujourd’hui, c’est aussi parce que je peux contribuer à faire avancer l’affaire du Yang Brillant…
— Au bout du compte, cela leur profite. Je ne souhaite dire qu’une chose au prince impérial. Dans le monde tel qu’il est aujourd’hui, moi, Yin Huan, je suis la même voie que le Roi de Wei. Il aurait été plus judicieux d’en parler directement avec lui, mais, puisqu’il est un Qilin blanc, il ne convient pas qu’il pénètre dans ce [Hall des Trois Yangs réprimant le Rayonnement]. J’ignore quand j’aurai l’occasion de le rencontrer ; je dois donc vous prier, Votre Altesse, de lui transmettre mes paroles. »
Ses pupilles frémirent légèrement, puis il poursuivit : « Si le Roi de Wei consent à me faire confiance, j’aimerais qu’il garde un œil sur trois personnes. »
L’expression de Li Ximing se fit grave, mais il n’osa pas donner son accord sans réserve. Il se contenta de répondre : « Je lui transmettrai vos paroles fidèlement. »
Diyan haussa les sourcils. « Le premier est Yin Lie[1], le favori du Petit Yang occidental, souverain du Royaume de Xiangxiong, porteur de la Bannière profonde du Cheval du vent et maître du Dao de la Victoire Pure. J’ai jadis été en bons termes avec lui, et notre amitié a duré cent ans.
— Bien que son Dao de la Victoire Pure relève du Dao démoniaque, il convoite le Petit Yang. Le moment venu, il pourra devenir un allié du Roi de Wei. »
La voix de Diyan s’abaissa. « Le Petit Yang occidental est farouchement opposé à Luoxia, et leur inimitié est d’une profondeur stupéfiante. Même s’il ne fait aujourd’hui que feindre la soumission, il ne refusera pas une occasion de contrecarrer les grands desseins de Luoxia. »
Le visage de Li Ximing s’assombrit. Surpris, il hésita un instant avant de répondre : « Mon clan a failli entrer en conflit avec le Dao de la Victoire Pure. Même si nous ne les avons pas encore rencontrés face à face, l’un de mes amis a déjà été blessé par ses membres. »
Diyan se méfia aussitôt. Il fit un pas grave en avant et déclara d’une voix sombre : « Mieux vaut renoncer à tout ce à quoi vous pouvez renoncer. Le Petit Yang occidental se fait discret, désormais, et n’a plus rien de son ancienne arrogance. De nos jours, il n’agit que lorsqu’il n’a absolument pas le choix. Vous empêtrer avec lui pourrait vous coûter la vie. »
La scène étrange dont Fuxuan avait été témoin revint aussitôt à l’esprit de Li Ximing, qui en fut d’autant plus bouleversé après coup. Il garda le silence tandis que Diyan faisait quelques pas, anxieux, puis secouait enfin la tête avant de reprendre : « Le deuxième est un homme de l’ouest du Shu. Son nom de famille est Shangguan, et son prénom, Mi. C’est le cadet d’un ami proche. Si une grande guerre éclate entre Shu et Song et qu’il tombe entre les mains du Roi de Wei, je vous prie de lui épargner la vie et de le mettre à son service. »
Li Ximing releva aussitôt la tête et répondit gravement : « Par égard pour la faveur du Grand Maître taoïste… Tingzhou fera certainement… »
Mais Diyan leva la main pour l’interrompre avant qu’il eût terminé. « Ce n’est pas uniquement pour me faire plaisir. La Famille Shangguan est originaire de Guanlong et faisait partie des Six Noms. Elle portait le titre noble de Luanfu et était un vassal loyal de Wei, adepte du Feu Radiant.
— Même si elle a depuis changé de lignée du Dao, Shangguan Mi lui-même est exceptionnellement doué. Malgré son jeune âge, sa conduite du Dao est déjà très profonde, et son Tonnerre divin est redoutable. Si le Roi de Wei parvient à rallier ne serait-ce que cet ancien vassal, il en tirera assurément de grands bénéfices. »
Li Ximing comprit alors. Il demanda aussitôt : « Mais si les deux États entrent en guerre, avec la Cultivation et les Arts martiaux au-dessus d’eux, comment un simple Maître taoïste pourrait-il faire défection ? Et même s’il était capturé au combat, tout son clan demeurerait sur ses terres… »
Diyan répondit : « Ce n’est pas difficile. La Famille Shangguan est installée dans les trois préfectures de Huayan, à l’ouest de Tongmo. Si les deux États entrent un jour en guerre, une fois la région conquise, il sera naturellement possible de tenir tout son clan sous contrôle. Quant à ce que vous disiez de la Cultivation et des Arts martiaux qui les dominent… »
Un sourire moqueur se dessina au coin des lèvres de Diyan. « Il est vrai que la Cultivation et les Arts martiaux les dominent, mais lequel des deux deviendra finalement l’[Essence véritable] ? C’est bien plus difficile à dire. Tant que l’un ou l’autre n’aura pas atteint le Dao, la puissance de ces deux empereurs sera loin d’être aussi terrifiante que vous le croyez. »
Li Ximing grava ces paroles dans sa mémoire, mais ne s’aventura pas sur un sujet aussi lourd. Diyan marqua une pause, puis reprit à voix basse : « Il reste une dernière personne. C’est un cadet à moi, un descendant direct de la Famille Yin nommé Yin Juexi. Vous l’avez vu tout à l’heure. »
Li Ximing comprit aussitôt. « Celui qui cultivait devant la salle ? »
Diyan hocha la tête et répondit doucement : « Exactement. Il cultive depuis de nombreuses années et se trouve maintenant à un moment crucial, celui où il cherche à acquérir une capacité divine. Je ne saurais dire exactement quand il sortira de sa retraite, mais, vu le temps écoulé, cela ne devrait plus tarder. Il pourra entrer au service du Roi de Wei comme vassal. »
Li Ximing écouta, partagé entre des sentiments complexes, puis soupira. « Comment pourrait-on faire de lui un simple vassal ?! »
Diyan se tourna légèrement. « Rien n’est indigne du Roi de Wei. »
Voyant Diyan garder un instant le silence, comme accablé par la mélancolie et la douleur, Li Ximing soupira et demanda : « Puisque le Mont Qusi… »
Diyan secoua la tête. « Je parle de moi, pas du Mont Qusi. »
Li Ximing se tut brusquement. Diyan contempla la flamme au sommet de la lampe de bronze, puis poursuivit lentement : « À l’époque, lorsque notre ancêtre Yin Quan approchait de la fin, il était profondément inquiet. Les quelques descendants qu’il laisserait derrière lui n’avaient qu’une cultivation rudimentaire, mais possédaient des trésors précieux. Il se rendit donc jusqu’à la Mer Méridionale pour chercher un vieil ami, le Patriarche Qu Jie, et lui confia toute sa fortune, l’héritage de sa vie et ses descendants de sang.
« Le Patriarche Qu Jie était un ancien cultivateur du Dao orthodoxe. Il ne toucha pas même à la moindre parcelle des nombreux objets spirituels et trésors précieux qui lui avaient été confiés. Il prit même les descendants de Yin Quan comme disciples et les instruisit avec grand soin… C’est uniquement grâce à cela que ma famille put traverser les générations et finir par hériter du Mont Qusi. »
Li Ximing comprit aussitôt. Comme prévu, l’expression de Diyan devint grave. « La Famille Yin est la Famille Yin, et Qusi est Qusi. Le Mont Qusi représente non seulement le labeur de trois générations de ma famille, mais aussi l’héritage et la bonté transmis par nos prédécesseurs dans cette lignée du Dao. On ne peut y renoncer à la légère… Prenez Kuangyu, par exemple. Elle est une héritière officiellement reconnue du Mont Qusi ; sa position est donc différente. »
Ce n’était pas difficile à comprendre. Li Ximing présenta ses excuses à plusieurs reprises pour son indiscrétion.
Pas étonnant que les cultivateurs de Qusi aient toujours gardé une certaine distance. Tout ce qu’ils ont fait, c’est essayer de m’amener ici pour rencontrer Diyan. Au bout du compte, tout ce qui concerne le Yang Brillant relève des affaires personnelles du Grand Maître taoïste. Cela n’a rien à voir avec la lignée du Dao elle-même et pourrait même la mettre gravement en péril…
Et pourtant, non seulement les disciples du Mont Qusi ne lui en veulent pas, mais ils semblent tous le soutenir. Le Grand Maître taoïste qui se tient devant moi doit jouir d’un prestige extraordinaire.
D’un seul coup, tous les doutes qui lui restaient s’éclaircirent et trouvèrent leur réponse. Li Ximing comprit aussitôt pourquoi le Mont Jingyi s’était séparé de la Mer Méridionale pour s’établir loin de là, dans la Mer Orientale. Il comprit aussi pourquoi, bien qu’appartenant à une lignée du Dao qui s’en était détachée, Xuan Yi était resté aussi proche du Mont Qusi que s’il était un condisciple, et continuait de se comporter en frère aîné.
La séparation du Mont Jingyi était probablement une mesure de précaution, prise par crainte que l’affaire du Yang Brillant ne dégénère et finisse par détruire le Mont Qusi…
Il comprit, mais Diyan sembla deviner ses pensées. Il s’avança encore et déclara : « Inutile d’y voir plus que de raison. Le Mont Qusi a lui aussi tout à gagner à se rapprocher du Roi de Wei. Dans l’Antiquité, la [Mer du Lac du Sud] était appelée [Terres aquatiques du Lac du Sud]. Elle renferme de nombreuses terres au trésor, une Vertu de l’Eau abondante et de hautes cimes immortelles. Ceux qui les détiennent sont trop peu nombreux pour contrôler un lieu pareil. Pour l’heure, seules mes capacités divines permettent de tenir les autres en respect.
« Liaoluo se trouve au stade intermédiaire du Royaume du Manoir Pourpre depuis de nombreuses années. Si Tingzhou peut nous accorder quelques décennies de répit et lui permettre de franchir l’étape suivante, le Mont Qusi pourra compter sur quelqu’un à l’avenir… Même s’il échoue, nous serons tout de même épargnés par plusieurs décennies de conflits meurtriers… »
Voilà pourquoi le Mont Qusi avait approché Li Ximing à plusieurs reprises auparavant. À présent qu’il l’entendait, il lui semblait en effet qu’on faisait d’une pierre deux coups.
Pourtant, Li Ximing sentit que quelque chose clochait et demanda, non sans inquiétude : « Grand Maître taoïste, inutile de m’appeler “Votre Altesse”. Je ne mérite vraiment pas un tel titre de la part d’un Maître taoïste dont les capacités divines sont parvenues à la perfection. J’ai peur que cela ne raccourcisse mes jours… Quant au Mont Qusi, Tingzhou fera certainement tout son possible pour l’aider. Mais quand vous dites “les autres”, de qui parlez-vous… »
1. Le nom de famille de Yin Lie s’écrit 殷, tandis que celui de Yin Huan s’écrit 尹. Les deux noms de famille s’écrivent avec des caractères différents, mais se prononcent tous deux Yin. Le seul autre personnage portant le nom de famille 殷 jusqu’à présent est Yin Baiyue (殷白月). Les personnages portant le nom de famille 尹 sont Yin Xinyu (Maître taoïste Kuangyu), Yin Huan, Yin Ni et Yin Quan. ☜