Chapitre 1 688
Li Suining s’apprêtait à répondre quand une lumière dorée inonda soudain son champ de vision. Tout se brouilla tandis que l’origine véritable en lui s’agitait avec violence. Une chaleur lui coula du nez, et le Noyau du Vide, dans son qihai, se mit à monter et descendre, vibrant sans fin.
Li Zhouming s’était déjà levé et était sorti. Endurant le violent malaise, Li Suining fit un pas dehors et leva les yeux vers le ciel !
Dans l’immensité éclatante, une étoile éblouissante venait soudain de s’élever dans le ciel !
L’Étoile de la cultivation et des arts martiaux… L’empereur du Grand Song est monté sur le trône ! C’est vrai… Cela s’est produit à cette époque précise. Mais, à l’époque, j’étais en retraite et ma technique de cultivation était loin d’être aussi sensible aux fluctuations du Grand vide…
Cette familière sensation d’impuissance, comme s’il se tenait sous le regard des immortels et des dieux, l’envahit de nouveau et fit grincer des dents à Li Suining. Au fil de ses longues années de cultivation, il avait rejoué cette scène précise d’innombrables fois, sans jamais parvenir à oublier ce qui avait suivi.
Le Grand Song est-il vraiment digne de confiance ? Quelle est la sincérité des bonnes dispositions entre les familles Li et Yang ?
La Famille Yang et Yang Zhuo ne pouvaient être confondus. Mais Yang Zhuo était avant tout un membre de la Famille Yang. Jusqu’au bout, il était resté leur égal. La Famille Li, en revanche, appartenait au Roi de Wei. Si les familles Yang et Li venaient à s’allier ou à s’affronter, cela finirait par opposer la Famille Yang au Roi de Wei.
La justice des Enfers se sert de ma famille, et il est fort possible qu’elle se serve aussi de Yang Zhuo. Avec les méthodes de cet immortel, même si un Vrai Monarque Tianwu apparaissait en personne, il ne lui serait pas facile d’échapper à son emprise… Mais, pour la justice des Enfers, Yang Zhuo reste, quoi qu’il arrive, plus fiable que le Roi de Wei.
C’était précisément pour cette raison que, même après la défaite de la Famille Li et son exil aux confins du sud, même après la mort de Li Zhouming et sa transformation par l’Eau pure, Yang Zhuo était toujours resté sur son trône impérial. Jusqu’au jour où Li Suining lui-même succomba, il ne vécut jamais assez longtemps pour connaître le sort de l’empereur ou celui de son digne Prince héritier.
Il fallait aussi noter que les rapports entre l’empereur du Grand Song et le Roi de Wei étaient loin d’être chaleureux. On pouvait même les qualifier de distants. L’empereur l’avait certes comblé de récompenses et lui avait publiquement accordé à plusieurs reprises des promotions, mais on pouvait compter sur les doigts d’une main le nombre de fois où ils s’étaient réellement rencontrés.
Le Grand Song… est à la fois le plus grand protecteur de ma famille et la chaîne qui nous entrave…
Il inspira lentement, tourna le regard vers le lac et dissimula les émotions qui se lisaient dans ses yeux.
« L’ère de la [Pacification et de la Gloire martiale] est sur le point de commencer. »
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Des sommets montagneux s’élevaient les uns après les autres, drapés de nuages dérivants. Le Qi pourpre circulait dans les airs, serpentant entre des rangées de palais majestueux.
Au sommet, la plus haute Terrasse pourpre flamboyait d’un éclat doré. Le Qi pourpre dévalait comme une cascade, puis se rassembla peu à peu pour prendre la forme d’une femme vêtue de violet.
Elle paraissait remarquablement jeune, comme si elle n’avait obtenu sa capacité divine que tout récemment. Le regard fixé sur l’horizon, elle hésitait, rongée par l’inquiétude.
La lune s’est couchée, le soleil se lève. C’est l’heure entre les ténèbres et l’aube.
Elle contempla l’horizon en silence, une minuscule lueur blanche s’y reflétant dans ses pupilles. Après avoir longtemps hésité, elle tira enfin de sa manche un talisman violet. D’un léger mouvement de deux doigts, elle s’avança dans un voile de lumière pourpre.
Le royaume secret de la terre bénie était englouti dans une mer infinie d’un violet profond. On n’y distinguait rien d’autre qu’un trône de jade et une petite estrade. Le Maître Daoïste fit deux pas en avant ; une teinte jaune d’automne émergea peu à peu de la brume.
Une femme vêtue de robes jaune d’automne était agenouillée au milieu du Qi pourpre. Malgré sa beauté, son visage portait les marques de la fatigue et des motifs verts ornaient le coin de ses yeux. Les mains jointes devant la poitrine, elle faisait circuler silencieusement sa capacité divine.
Ce n’était autre que la Maîtresse Daoïste Tinglan.
Entendant quelqu’un approcher, la femme tourna légèrement la tête et demanda : « Wenqing ? »
Le Maître Daoïste en robe violette s’agenouilla à ses côtés, un demi-pas derrière elle, et dit doucement : « Une étoile brillante est apparue en plein jour, et l’aura spirituelle a changé. D’après les chroniques anciennes, cela annonce la [Pacification et la Gloire martiale]… Cette étoile… c’est l’Étoile de la cultivation et des arts martiaux. »
La Maîtresse Daoïste Tinglan garda le silence. Elle ne parvint pas à réprimer deux quintes de toux ; un léger rouge lui monta aux joues avant qu’elle ne réponde : « Rien d’étonnant. Cela montre seulement à quel point ils sont impatients ! »
Le Maître taoïste Wenqing baissa la tête. Sa voix teintée d’inquiétude, elle dit : « Je me demande… où se trouve le Grand Maître Daoïste… Dans la situation actuelle, nous avons vraiment besoin de quelqu’un comme lui… »
Avant qu’elle ait pu finir, Tinglan secoua la tête. Se couvrant la bouche d’une main, elle avala une pilule médicinale. Des volutes de Qi blanc jaillirent aussitôt autour d’elle, puis elle déclara enfin : « Saviez-vous qu’une inscription laissée par notre ancêtre se trouve derrière ce siège immortel ? »
Le Maître taoïste Wenqing marqua une pause, puis hocha la tête tandis que Tinglan poursuivait à voix basse : « Cultiver le Vrai avant d’atteindre l’immortalité. Ne pas s’impatienter ni parler à tort et à travers. Rechercher le royaume ultime de l’Essence pourpre, embrasser le Yin[1] et entrer en sommeil. »
Le Maître taoïste Wenqing leva les yeux et vit un pâle sourire apparaître sur le visage de Tinglan. « À mon retour du nord, j’ai enfin compris. Et maintenant, c’est encore plus clair. Le “Vrai” de “cultiver le Vrai avant d’atteindre l’immortalité” ne renvoie pas au “Vrai” de la Faction de la Voie véritable. Il renvoie à l’Essence véritable. De même, “atteindre l’immortalité” ne désigne pas les immortels des Positions dorées. Cela désigne l’immortalité de l’Origine immortelle. C’est la nature de notre Dao : [l’Essence Immortelle du Qi Pourpre de la Culture Céleste]. »
Elle toussa doucement et leva les yeux. « Ce n’est qu’après avoir cultivé avec succès [l’Essence véritable de Tianwu] que s’ouvrira la voie vers [l’Essence pourpre de la Culture céleste]… Mon oncle martial… Mon oncle martial a embrassé le Yin et est entré en sommeil… dans l’attente de ce jour… »
Le Maître taoïste Wenqing la regarda sans comprendre. Tinglan baissa les yeux et dit : « Voilà pourquoi il ne faut pas s’impatienter… ni parler ! »
Réprimant le désir qui lui étreignait le cœur, le Maître taoïste Wenqing ne put que demander : « Alors, que devons-nous… »
Tinglan s’était déjà relevée. D’une voix calme et distante, elle déclara : « Parmi les enseignements doctrinaux des différentes sectes, tant l’Essence de la Culture céleste que celle de Tianwu vénèrent l’[Écriture de Taihua], qui dit : [Tianwu équilibre le yin et le yang à gauche ; la Culture céleste gouverne la lumière et les ténèbres à droite]. Non seulement elles équilibrent le yin et le yang, mais elles se tiennent elles-mêmes au cœur de leur interaction. Lorsque les deux coexistent, la Culture céleste est yin, tandis que Tianwu est yang. »
Elle se tourna vers sa cadette et toussota. « C’est inévitable. La Culture céleste et Tianwu sont indissociablement liées. L’Essence véritable favorise ceux qui cultivent notre voie. Maintenant que Tianwu est apparu dans le monde et occupe une position éminente, la Terre Bénie de la Fumée Pourpre ne peut se permettre d’ignorer la réalité. »
Le Maître taoïste Wenqing ouvrit de grands yeux, alarmée. Comprenant enfin la gravité de la situation, elle se releva et fronça les sourcils. « Comment cela pourrait-il être acceptable ?
« Nous avons déjà cédé la totalité du Jiangnan. Cela… ne suffit-il toujours pas ? Faut-il aussi dissoudre la Porte et placer tout le monde sous les ordres de la Famille Yang ? En quoi cela serait-il différent de la destruction de la Porte ? »
La Maîtresse Daoïste en robe violette ne pouvait tout simplement pas accepter une affaire d’une telle ampleur. Son expression se durcit, empreinte de résolution, et elle dit froidement : « Notre Porte a hérité de l’orthodoxie du Dao du Yang Suprême ! Même si elle doit périr, ce sera la Porte immortelle qui tombera et ses Maîtres Daoïstes qui mourront. Nous ne déshonorerons jamais nos ancêtres ! »
Sans même parler du fait que la Porte de la Fumée Pourpre était gouvernée conjointement par les clans Kan et Wun, sa propre lignée du Dao, ses arts de cultivation et ses innombrables disciples incarnaient tous la fierté de la lignée du Dao du Yang Suprême. Il était tout naturel que le Maître taoïste Wenqing ne parvienne pas à se résoudre à céder.
Tinglan se contenta de secouer la tête et la rassura calmement : « [L’Essence véritable] n’est pas le [Yang Brillant]. Ils n’ont aucune raison de vous faire descendre des montagnes pour exiger de vous loyauté et piété filiale. De plus, [l’Essence Immortelle du Qi Pourpre de la Culture Céleste] appartient à une lignée errante du Dao Immortel, et la Porte de la Fumée Pourpre elle-même est symbole de prospérité et de bon augure. Ce qu’ils veulent, c’est la Porte immortelle elle-même. Ils ne pousseront pas notre Porte à sa perte.
« Tianwu et la Culture céleste sont naturellement en accord. Ils n’aboliront pas notre lignée sans raison. Tout au plus ouvrirons-nous les portes de notre montagne et obéirons-nous aux ordres du Souverain exalté. Tianwu a toujours fait preuve d’une tolérance exceptionnelle envers le Dao Immortel. N’avez-vous pas l’exemple de la Haute Secte de Wanlin sous les yeux ? »
Ce n’est qu’alors que le Maître taoïste Wenqing laissa échapper un soupir de soulagement, même si un sentiment de perte persistait dans son cœur. Le regard de Tinglan, quant à lui, demeurait vide et froid.
Mais la dignité de la lignée du Dao du Yang Suprême est-elle vraiment préservée ainsi…
Comment le Maître taoïste Wenqing aurait-elle pu ne pas comprendre ? Elle ferma les yeux très fort et resta agenouillée longtemps avant de murmurer : « Notre… Notre lignée du Dao du Yang Suprême leur a déjà cédé tout le Jiangnan… Et cela ne suffit toujours pas. Ils exigent encore que nous nous soumettions. »
Tinglan secoua lentement la tête. Son regard se fit toujours plus froid. Elle aida Wenqing à se relever et répondit d’un ton égal : « La lignée du Dao du Yang Suprême par-ci, la lignée du Dao du Yang Suprême par-là… N’avez-vous pas entendu dire que l’éclat du Yang Suprême s’arrête ici ? Tous ceux qui sont arrivés jusqu’ici y sont parvenus en cédant. La Famille Sima, la Famille Li, la Famille Chen, toutes. Aucune n’a trouvé cela honteux. Certaines se sont même réjouies d’avoir l’occasion de se soumettre…
« En fin de compte, votre lignée a trop longtemps dominé les autres. Vous aimiez distribuer des matériaux spirituels à tout-va pour montrer la noblesse du Yang Suprême. Après être restés si longtemps au sommet, vous avez oublié comment plier le genou. »
Une légère rougeur passa sur le visage de la femme en robe jaune d’automne. Après avoir calmé la capacité divine qui circulait dans son corps, elle dit doucement : « L’an dernier, il s’est agenouillé devant moi. Aujourd’hui, je m’incline devant lui. Même le Fils du Véritable Dragon sans cornes, si éminent fût-il, a été tué par la Saisie profonde ! Même un Vrai Monarque n’a pu échapper à un tel sort. Si aujourd’hui nous sommes nous-mêmes épargnés par l’exécution et que toute notre Porte obtient la clémence, quel grief nous resterait-il à nourrir ?! »
1. Le Yin évoqué ici se rapporte à l’aspect Yin de l’Eau de la Vallée. ☜