Chapitre 1 684
Li Zhouwei fronça les sourcils tandis que Li Ximing lui racontait tout ce qui s’était passé. Ces nouvelles poussèrent l’homme aux yeux d’or à se lever et à méditer longuement.
« Voilà donc pourquoi le Maître Daoïste du Mont Qusi se montrait si enthousiaste… »
Ce ne fut qu’un moment plus tard que Li Zhouwei releva la tête et sourit. « Un calcul astucieux, et audacieux. »
Li Ximing secoua la tête, impuissant. Li Zhouwei reprit : « Après tout, notre famille ne manquera certainement pas de bénéfices à l’avenir. Ils ont perdu le rayonnement du Yang Suprême et se trouvent désormais dans une position délicate ; il leur faut donc traverser cette époque troublée. Leur vieux Maître Daoïste est remarquablement prévoyant, même si ce délai de trente ans me paraît plutôt prudent.
— Même si moi, Li Zhouwei, je meurs sans obtenir la place que je convoite, ce que je laisserai derrière moi durera bien plus de trente ans. »
Li Ximing répondit : « Comment pourrais-je ne pas le comprendre ? Kuangyu me l’a clairement dit depuis longtemps : leur vieux Maître Daoïste ne tiendra plus très longtemps. Nos deux camps peuvent combler leurs lacunes respectives. En acceptant Guo Nanwu aujourd’hui, chacun obtient ce dont il a besoin… À tout le moins, cela nous épargnera bien des ennuis.
— Quant à ces trente ans… ils ne font que jeter une pierre pour tâter le terrain. »
Li Zhouwei hocha alors la tête pour lui-même et sourit. « Cela tombe bien. Je suis rentré si précipitamment que je n’ai pas eu le temps de rendre visite à la Raksha du Shun du Sud. Si cet homme se montre digne de confiance, nous pourrons aussi lui confier cette affaire. »
Li Ximing répondit gravement : « Il en va de même pour l’affaire concernant Qingyan… Mais si le Mont Qusi est digne de confiance, ce n’est peut-être pas le cas de Guo Nanwu. Nous n’avons aucune influence dans la Mer Méridionale et ne pouvons surveiller ses clans. De plus, s’il est prêt à renoncer à toute dignité, à s’enfuir et à se cacher dans quelque coin reculé du monde, comment pourrions-nous retrouver un cultivateur du Royaume du Manoir Pourpre comme lui ? Confions-lui d’abord de petites tâches et éprouvons plusieurs fois son caractère. »
Voyant que Li Ximing savait où poser les limites, Li Zhouwei se rasséréna. Li Ximing secoua toutefois la tête et ajouta : « Une chose me préoccupe… Quand je cultivais ma technique secrète, il y a des années, j’ai pu m’inspirer du trésor spirituel [Carte de la Rivière Huai], ce qui a grandement favorisé ma cultivation… Alors, quand Jiangqian a commencé à cultiver aujourd’hui, je lui ai apporté les [Deux Rites lumineux du Feu stratifié]. »
Une ombre de doute passa sur son visage. « Mais les [Deux Rites lumineux du Feu stratifié] n’ont guère aidé sa cultivation… »
À l’époque où Li Zhouwei avait cultivé sa technique secrète, il l’avait menée à bien d’un seul trait, sans jamais se demander si un trésor spirituel avait pu y jouer un rôle. Cette possibilité ne lui était donc jamais venue à l’esprit. Mais sa maîtrise du Dao était désormais considérable et, après un instant de réflexion, il répondit : « J’ai moi aussi vu ce trésor spirituel. La [Carte de la Rivière Huai] n’est pas un objet ordinaire. À l’origine, ce n’était pas un trésor de très haut rang, mais elle porte une inscription tracée par le Vrai Monarque Shangyao, et c’est de là que vient sa profondeur… »
Li Ximing comprit enfin. Avec un sourire crispé, il dit : « Tôt ou tard, nous nous emparerons de cette chose ! »
Li Zhouwei secoua la tête avec amusement et demanda : « Grand-oncle, avez-vous suivi l’affaire du [Livre impérial de l’Éclat pourfendu aux dix mille chars] ? »
« C’est une affaire importante. Comment aurais-je pu l’oublier ? » Li Ximing sourit. « Selon le [Livre impérial de l’Éclat pourfendu aux dix mille chars], il faut réunir le [Qi de l’Éclat du Souverain humble].
« Il faut le recueillir dans un lieu imprégné de l’aura de la position éminente d’un clan ou d’un Qi impérial concentré ; un endroit où des armées ont été défaites et leurs armes enfouies dans le sable ; où un personnage illustre a été humilié puis exécuté ; ou encore une salle où l’on a reçu un mandat avant d’entrer au service de l’État, pour en purger le territoire de ses ennemis honnis. Des milliers et des milliers de personnes doivent y revêtir leur armure et rendre hommage, avec l’aide des conditions célestes du Yang Brillant. Même ainsi, il faut six mois pour en recueillir un seul filet. »
Li Zhouwei y réfléchit gravement, puis fronça les sourcils. « Il faut vraiment se donner toute cette peine ? »
L’expression de Li Ximing devint étrange. « Ce n’est pas nécessaire. J’ai enquêté grâce à ma capacité divine et envoyé des gens examiner chaque endroit. Autour du grand Lac Moongaze, au moins quatre montagnes et salles répondent aux critères. Il y en a même… même une sur la rive nord. »
Li Zhouwei hocha aussitôt la tête. « C’est vrai… Le Lac Moongaze a traversé un siècle baigné de sang et de larmes. Il a largement mérité un filet de ce Qi. »
Toujours plongé dans ses pensées, Li Ximing répondit : « Après les avoir tous comparés, j’ai conclu que le Qi impérial devait être plus puissant que les autres. Le grand Jueting fut la résidence de générations de rois ; il est donc plus noble et plus commode que les autres lieux. J’ai choisi d’y recueillir le Qi.
— D’après le temps nécessaire, cela ne devrait pas prendre plus de trois ou quatre ans. »
Li Zhouwei n’était pas pressé. Sa cultivation avait progressé à une vitesse prodigieuse, et il n’avait maîtrisé le [Souverain en Péril] que tout récemment. L’excès était aussi néfaste que le manque. Même avec son destin, il ne pouvait supporter d’affiner des capacités divines les unes après les autres, sans interruption.
Il se contenta de hocher la tête. « Je vous laisse vous en charger, grand-oncle. »
L’expression de Li Ximing se compliqua encore. « À vrai dire, le mont Meiche, derrière nos terres ancestrales, pourrait lui aussi convenir… Mais ce n’a jamais été une terre au trésor, et son Qi est quelque peu stagnant. Il serait probablement difficile de l’y recueillir.
— C’est là… que l’ancêtre de la deuxième lignée… le Seigneur Tongya, est tombé. C’est là que mon deuxième oncle a reçu le commandement… »
Li Zhouwei garda le silence un instant, puis déclara : « J’ai juré de tuer Cen Lufu. »
« Ah ! »
Depuis la chute de la Porte de Changxiao, Li Ximing n’avait pas réussi à apaiser le trouble qui l’habitait, et l’affaire des dragons n’avait fait qu’accroître son anxiété. À présent, ces quelques mots lui serrèrent la gorge d’émotion.
Il serra les dents. « Quand donc ces épreuves prendront-elles fin ? En apparence, nous prospérons comme de l’huile versée sur un feu ardent, et pourtant des dieux nous surplombent ; où que nous nous tournions, quelqu’un cherche à nous compliquer la tâche. C’est vous qui avez le plus souffert, accablé jusqu’à devoir songer au roi démon des frontières méridionales… »
Li Zhouwei secoua la tête. « Grand-oncle, ce n’est pas ainsi qu’il faut voir les choses. Même si le grand courant du monde m’emporte, je ne peux laisser nos ancêtres sans vengeance ! Si le jour vient où la tâche dépasse mes forces, je donnerai ma vie sans hésiter, et nos descendants poursuivront cette vengeance. »
Il avait prononcé ces mots pour réconforter Li Ximing, et ils semblèrent effectivement apporter quelque réconfort au vieil homme. Pourtant, Li Ximing soupira en son for intérieur ; ces paroles ne firent qu’assombrir davantage son cœur. Il dissimula ses sentiments, se leva et rangea l’[Essence de l’Intention pourpre accordée].
« Je vais régler mon état sur-le-champ. Que je parvienne ou non à obtenir cette capacité divine dépendra de cette tentative ! Je ne peux me permettre la moindre erreur. »
Li Zhouwei hocha la tête et l’accompagna hors de la montagne. Ce ne fut qu’alors qu’il s’immobilisa en silence au milieu de la pluie de fleurs tourbillonnante.
Le jeune homme aux yeux d’or se tenait là, les mains croisées derrière le dos, le regard froid. Autrefois, je croyais qu’aucun de mes enfants ne pourrait survivre ; j’ai donc choisi de ne pas figurer dans la généalogie du clan. Mais à présent… je crains que notre clan tout entier ne puisse être anéanti sans difficulté !
Il tendit doucement la main. Les motifs dorés brodés sur sa manche scintillèrent sous la lumière céleste, tandis qu’un ou deux pétales de gardénia se posaient dans sa paume.
Grand-oncle, il ne restera rien que nos descendants puissent venger. Je tuerai Cen Lufu parce que chaque fardeau que je porte et chaque but auquel je m’accroche doivent trouver leur accomplissement entre mes mains. Je ne me bats pas pour le passé, ni seulement pour le présent, ni même pour trois ou dix générations. Je me bats pour un rayonnement qui ne faiblira pas pendant dix mille générations.
Près de deux mille ans ont passé… Le Yang Brillant est une lignée du Dao instable, enfermée dans une inimitié réciproque avec ceux qui vivent sur la montagne, une lignée du Dao à laquelle le Mont Luoxia a consacré près de deux mille ans d’efforts minutieux. Ils ne toléreront pas qu’on la bouleverse davantage, pas même légèrement.
Je refuse de croire que Luoxia et les dragons n’aient rien prévu pour le Yang Brillant. Je ne crois pas non plus que ni le Palais du Dragon ni la montagne ne comptent de grands cultivateurs pratiquant le Yang Brillant. Il n’y a pas de retour en arrière. Si le père tombe et que son fils ne peut prendre sa place, quelqu’un d’autre le fera. Même s’il ne peut s’y installer fermement, il s’en approchera d’abord et attendra, le cœur brûlant d’ambition. Qu’il puisse ou non s’emparer de cette place, tant qu’il la convoite, comment les enfants de son précédent détenteur pourraient-ils être autorisés à vivre ?
Après tout…
Il marmonna avec une pointe d’autodérision : « Tant que la place a un maître, qu’importe qui l’occupe ? »
Froufrou…
Une brise légère balaya les montagnes, emportant tous les pétales blancs qui reposaient dans sa paume. Le jeune homme disparut, ne laissant derrière lui que les fleurs blanches frémissantes et la montagne immortelle, figée dans un silence de mort sous la lumière céleste. La grande formation se referma lentement, immobilisant tout ce qu’elle contenait dans un instant révolu.
La lumière céleste au-dessus de la montagne demeura paisible, mais les nuages à l’est tourbillonnaient sans cesse, prenant tour à tour la forme de serpents entrelacés, puis celle d’eaux et de feux qui s’affrontaient. Le rayonnement de la Fusion du Feu s’affaiblit peu à peu et fut bientôt repoussé vers le nord.