Chapitre 1 670
La Famille Li connaissait ce nom mieux que quiconque. Le [Manuel de l’Origine radieuse du Palais d’or], l’un des premiers arts de cultivation que leur famille avait obtenus, avait été rédigé par ce cultivateur en personne ! On l’attribuait au Manoir Immortel de Zhaoyuan, ce qui signifiait que Cui Mu l’avait écrit avant de quitter le manoir pour entrer au service de l’empereur.
De plus, le [Manuel de l’Origine radieuse du Palais d’or] avait été offert par le miroir !
Voilà plus d’un siècle que la Famille Li n’avait découvert la moindre trace des origines d’un art du Yang Brillant transmis par le miroir ! Li Zhouwei se mit aussitôt sur ses gardes, sa vigilance atteignant son paroxysme.
Il fronça légèrement les sourcils et demanda : « Mais cela ne me paraît pas cohérent. Si le maître de la Secte de Dongli était un personnage de l’époque de Wei, comment aurait-il pu survivre aussi longtemps avant de devenir le maître de la Secte de Dongli ? Aurait-il été un Vrai Monarque ?
— Quel était le royaume de cultivation de Cui Mu de Dongli ? »
À cette question, Cui Changyan jeta un regard quelque peu embarrassé à son Maître taoïste.
Cui Changfu répondit à sa place : « Si Votre Altesse pose la question en ces termes… Avant la chute de la dynastie, il occupait un poste qui lui conférait par emprunt le rang de Vrai Monarque. Après la chute de la dynastie, il n’était plus qu’un Maître taoïste. »
Li Zhouwei releva légèrement la tête, les pupilles dilatées. Ayant déjà entendu le dragon raconter ce genre de choses, il comprit parfaitement ce que voulait dire Cui Changfu et demanda : « Le système d’un État immortel… peut-il soutenir un Vrai Monarque ?! »
Cui Changfu hésita un instant, puis secoua la tête. « Le maître de secte était un génie comme la Famille Cui n’en voyait qu’un par siècle. Il fut choisi pour cultiver au Manoir Immortel et, lorsqu’il entra au service de l’empereur, il avait déjà atteint le stade de perfection des capacités divines. »
« À l’apogée de la dynastie céleste du Grand Wei, deux postes d’autorité existaient. Leurs titres changeaient selon l’empereur, mais leurs fonctions restaient pour l’essentiel les mêmes. Sous le règne de l’empereur Gong de Wei, l’un était celui de [Ministre privé qui repousse les calamités et exalte les lettres], l’autre celui de [Général luan qui soumet les barbares et chasse les démons].
— Investi de l’autorité attachée à son poste, le Ministre privé pouvait emprunter un Poste d’Or lorsqu’il gouvernait le royaume, tandis que le Général luan pouvait en emprunter un lorsqu’il menait des campagnes à l’étranger. Tous deux exerçaient cependant le pouvoir d’un Vrai Monarque… »
Li Zhouwei écouta, les sourcils froncés, tandis que Cui Changfu poursuivait : « Le dernier Ministre privé du Grand Wei ne fut autre que notre maître de secte. C’est précisément parce qu’il avait autrefois possédé le pouvoir d’un Vrai Monarque qu’il jouit d’une longévité extraordinaire, put gagner l’État de Yue et y fonder une secte.
« Ces deux postes d’autorité étaient prestigieux, mais s’accompagnaient de nombreuses contraintes pesantes. Il fallait non seulement atteindre le stade de perfection des capacités divines avant même de pouvoir prétendre à l’un ou à l’autre, mais, une fois le poste obtenu, la voie du Dao se trouvait coupée. Il n’était alors plus possible de devenir véritablement un Vrai Monarque, et toute son existence se retrouvait liée au destin de l’État…
« Lorsque le Grand Wei s’effondra, l’illustre Général luan périt à Mobei. Notre maître de secte, lui, réussit à sauver sa vie grâce au serment de sang de la Famille Cui et à certains moyens issus de sa conduite du Dao. Il conserva par la suite quelques pouvoirs atypiques dépassant le stade de perfection des capacités divines, mais son énergie vitale avait déjà été gravement atteinte. Son existence était pire que la mort. Il ne pouvait plus parcourir le monde librement et, au combat, il ne faisait même pas le poids face à un cultivateur au sommet du Royaume du Manoir Pourpre. »
Une pointe d’amertume se dessina sur le visage parcheminé de Cui Changfu. « Nous ne l’avons appris que plus tard… À la fondation de la Secte de Dongli, sa puissance divine semblait sans limites. Tout le monde croyait qu’il s’était relevé des ruines de son ancienne voie et avait obtenu une certaine position au sein du Yang Brillant… »
Li Zhouwei ne manifesta ni accord ni désaccord, tandis qu’il songeait : Qui sait quelle part de vérité contenait ce que « tout le monde croyait » ? Le Nord a peut-être délibérément laissé faire, avant de frapper à trois reprises pour balayer tous ceux qui, dans le monde, demeuraient loyaux à la maison impériale des Li de Wei. Heureusement, ils n’ont mis ce plan à exécution que plus tard, pour cultiver le Yang Brillant.
Cui Changfu poursuivit d’une voix grave : « Maintenant que Dongli est tombée, tout a depuis longtemps disparu dans la poussière. Après tout, seuls les Grottes célestes qui ne se sont pas encore effondrées et les héritages qui recèlent encore des avantages à découvrir attirent l’attention du monde… »
Li Zhouwei se plongea dans ses pensées. Dongli…
Il demanda : « Comment ce seigneur a-t-il trouvé la mort ? »
Cui Changfu prit un air grave et répondit : « Nous n’avons aucun récit détaillé. Cependant, après avoir comparé les témoignages transmis de génération en génération par les anciens de Chongzhou avec les nombreux écrits laissés par l’État de Wei, nous avons échafaudé quelques hypothèses. Il ne se remit probablement jamais de ses blessures graves et finit par mourir en méditation ! »
Il soupira avant d’ajouter : « Bien que la Grotte céleste du Feu oriental ait produit nombre de talents remarquables, ses relations avec les différentes lignées du Dao de la mer étaient alors tendues, au point qu’elles attaquèrent même la porte de la montagne de la secte. Son Excellence ne se montrait jamais, ce qui enhardit les lignées du Dao des mers extérieures à pousser leur avantage. Pendant ce temps, une autre lignée du Dao du Yang Suprême s’était établie au Jiangnan et étendait peu à peu son influence. Dongli était assiégée par les problèmes, à l’intérieur comme à l’extérieur.
« C’est alors que le Maître taoïste Donghuo, qui avait longtemps gardé la mer, périt près des récifs de Suzhu. Ce Maître taoïste cultivait le Dao du Feu Radiant et possédait des capacités divines stupéfiantes ; il avait même atteint le stade de perfection des capacités divines… Le phénomène qui accompagna sa chute ébranla le ciel et la terre : les mers alentour bouillirent tandis qu’une pluie incessante de flammes maléfiques s’abattait. Aujourd’hui encore, le Feu Radiant prospère dans cette région, et d’innombrables récifs salins recouvrent les eaux.
« Après la chute du Maître taoïste Donghuo, la Secte de Dongli ne put plus maîtriser sa situation désastreuse. Les cultivateurs stationnés à Chongzhou se retirèrent les uns après les autres, et plusieurs ancêtres que ma famille y avait envoyés périrent à leur tour, successivement. À partir de là, nous ne reçûmes plus aucune nouvelle… »
Après l’avoir écouté un moment, Li Zhouwei ne put s’empêcher de soupirer, ému. « Votre illustre famille a veillé sur la Mer Orientale pendant de longues années. Cela n’a vraiment pas dû être facile ! »
Cui Changyan, toutefois, se méprit sur ses paroles et s’empressa de s’expliquer : « Notre branche de Chongzhou était à l’origine issue de Zhaoyuan, mais lorsque le désastre s’abattit sur l’État, toute communication avec le Manoir Immortel de Zhaoyuan avait déjà cessé, et le [Ciel Radieux de Wei] était scellé… Nous ne pouvions même plus contacter les cultivateurs de l’État de Wei qui se trouvaient sur le continent ; naturellement, nous perdîmes nous aussi tout contact…
« Plus tard… le Qi… les rebelles du Qi fondèrent leur État et plongèrent le Nord dans le chaos. Ce n’est pas que nous ne pouvions pas rentrer… Nous n’osions pas rentrer ! »
Li Zhouwei but une gorgée de thé, une pointe de doute dans le regard. « Racontez-moi les événements qui ont entouré l’essor et la chute du Qi. »
Cui Changyan marqua une brève pause et s’apprêtait à parler lorsque Cui Changfu toussa et prit la parole à sa place : « Ce n’est qu’un cultivateur du Royaume de l’Établissement de la Fondation, et il n’est guère qualifié pour parler d’histoire ancienne. Permettez-moi de vous l’expliquer… »
Il soupira. « L’empereur du Qi, Qiji Tanluo, dont le nom han était Shi Chang, naquit à Mobei et servit comme général sous les Wei. Excellent archer à cheval, c’était un guerrier vaillant et rompu au combat. Lorsque les ancêtres de ma famille pacifièrent Mobei, le seigneur Shi se distingua et fut nommé général chargé de pacifier le Nord. Il fut un temps en poste dans la région de Hetao.
« À l’époque, la famille Helian n’était qu’une petite tribu xiongnu[1]. C’est uniquement parce que Shi Chang promut leur ancêtre, Helian Bo, alors qu’il était en poste dans la région de Hetao que le clan royal Tiefu vit plus tard le jour. »
Cui Changfu observa le visage de Li Zhouwei et hésita à plusieurs reprises avant de reprendre : « À l’époque, l’un des ancêtres de ma famille… servait sous ses ordres, dans la même armée. Shi Chang se montrait extrêmement obéissant et humble. Comme le général en chef portait lui aussi le nom de Cui, il cherchait délibérément à gagner les faveurs de mon ancêtre. Quand celui-ci voyageait en char, Shi Chang l’accompagnait, le fouet à la main. Parfois, lorsqu’il s’adressait à mon ancêtre, il se désignait même comme votre serviteur… »
Li Zhouwei haussa les sourcils et demanda, surpris : « De quel ancêtre s’agissait-il ? »
Cui Changfu eut l’air quelque peu gêné, mais son expression trahissait aussi une nostalgie teintée du constat que les temps avaient bien changé. « Son nom ne devint jamais célèbre, et il n’atteignit même pas le stade de la capacité divine… Pourtant, l’homme qui avait jadis marché devant lui en portant un fouet et en se disant son serviteur finit empereur. Cela montre bien à quel point les affaires du monde sont imprévisibles ! »
Li Zhouwei garda le silence, et Cui Changfu poursuivit : « Voilà pourquoi ma famille sait certaines choses sur ce qui s’est passé… À l’époque, un jeune homme faisait fréquemment des allées et venues dans la tente de Shi Chang. Son niveau de cultivation n’était pas particulièrement élevé, il n’en était qu’au Royaume de l’Établissement de la Fondation, mais son allure était élégante et distinguée. On le connaissait sous le nom de Taoïste Shanqing.
« Plus tard, lorsque le Qi instaura son règne impérial, il devint précepteur impérial de l’État et cultiva jusqu’au sommet de la capacité divine. À la chute du Grand Qi, il disparut sans jamais laisser de nouveau la moindre trace… »
« Le Taoïste Shanqing… »
Li Zhouwei médita un instant sur ce nom, tandis que Cui Changfu reprenait : « En effet… Les méthodes de cet homme étaient terrifiantes ! »
Une trace de haine passa sur le visage du vieil homme, qui expliqua : « L’ancien État exerçait un contrôle extrêmement strict sur ses territoires. Non seulement les différents pouvoirs étaient séparés, mais des Maîtres immortels issus des Manoirs Immortels étaient également nommés pour superviser les régions.
« Bien que le Yang Brillant eût perdu son éclat du jour au lendemain et que les armées impériales eussent été vaincues, les nombreux cultivateurs postés dans tout le royaume par les Manoirs Immortels prirent rapidement les choses en main et usèrent de leurs pouvoirs de cultivateurs pour réprimer les troubles. La situation commençait déjà à se stabiliser…
« Pourtant, ce Taoïste Shanqing traita le peuple comme du bétail, franchit trois passes fortifiées, ouvrit la route de Guanlong et rassembla les gens de Wei afin que l’empereur du Qi les enterrât vivants. Après la chute du palais impérial, il traqua les membres du clan impérial des Li et usa d’un art pour voiler la lumière céleste, permettant à l’empereur du Qi d’humilier le Yang Brillant à loisir… Certains descendants de la maison impériale furent massacrés comme du bétail, d’autres bouillis vivants dans des chaudrons et dévorés. Leurs cris de détresse ébranlèrent les cieux.
« Bien qu’il l’eût dissimulé par son art, le Yang Brillant était en fin de compte un Dao qui se manifestait ouvertement dans le monde. À chaque mort de l’un de ces nobles personnages, le ciel s’illuminait forcément pendant trois secondes avant de s’assombrir de nouveau, puis de s’illuminer encore. Cela se produisit plus de fois qu’on ne pouvait en compter… »
Li Zhouwei écoutait avec une attention soutenue, sa tasse immobile en l’air. Soudain, il demanda : « De quelle lignée du Dao ce précepteur impérial était-il issu ? »
Cui Changfu répondit à voix basse : « Du Métal Dui ! »
1. 匈奴 (Xiongnu) désigne une ancienne confédération nomade qui vivait dans la steppe eurasienne orientale et entra fréquemment en conflit avec les premières dynasties chinoises. ☜