Chapitre 956
Comme les vaisseaux-mères des hommes-sable continuaient de les poursuivre, la flotte rescapée ne pouvait pas s’attarder. Les Épéistes passèrent leurs appels en premier, puis ce fut au tour des Vandales flagrants.
Bien sûr, ils ne s’attendaient à aucune confidentialité lorsque les Vandales flagrants envoyèrent divers messages chiffrés et incompréhensibles à des adresses de communication obscures, enregistrées aux quatre coins de la galaxie.
Néanmoins, très peu de gens seraient capables de déchiffrer ces messages, et cela suffisait.
Ves savait que le major Verle avait sans aucun doute informé les autorités compétentes de leur situation. Il ignorait quelle aide elles leur enverraient, mais elle finirait certainement par arriver !
Peu avant que la flotte rescapée, renforcée par le Saffron Poke, ne repasse en vitesse supraluminique, Ves passa un bref appel au Jaded Sword.
« Bonjour, Ves. Pourquoi m’appelles-tu cette fois-ci ? » demanda Ketis.
« Tu peux me connecter au nœud d’intrication quantique du Saffron Poke ? J’aimerais aussi envoyer quelques messages à des gens de chez moi. »
Elle fronça les sourcils. « Nous ne sommes pas censés laisser des particuliers accéder au réseau galactique. C’est mauvais pour la sécurité des données, tu sais. Le major Verle nous a dit de bloquer toutes les demandes individuelles, sauf s’il les autorise en personne. »
« Allez, Ketis, tu sais qui je suis. Est-ce que je trahirais les Vandales flagrants ou négligerais la sécurité des données ? Je dois régler de toute urgence quelques affaires personnelles. S’il te plaît ? »
Heureusement, la conceptrice de méchas épéiste se laissa toucher par ses émotions. Ses supplications eurent vite raison de ses réticences.
« D’accord, je vais voir ça avec la commandante Dise. C’est la seule à pouvoir déverrouiller l’accès au nœud d’intrication quantique. »
Après quelques minutes de discussion avec la nouvelle cheffe des Épéistes, Dise finit par autoriser Ves à se connecter, compte tenu de leurs arrangements privés.
« J’espère que vous n’abuserez pas de ce nouvel accès, le prévint Dise. Si vous nous conduisez par inadvertance dans une embuscade, les conséquences seront désastreuses pour nous tous. »
« Je sais ce que je fais. Ne vous inquiétez pas. »
Une fois les codes d’autorisation obtenus, Ves mit fin à son appel avec le Jaded Sword et en lança un nouveau vers le Saffron Poke.
Après quelques secondes d’authentification, il parvint enfin à se connecter.
Dès que son communicateur de la CFA se connecta au réseau galactique, il ne put pas passer son appel tout de suite. À la place, son appareil se bloqua et échangea automatiquement une quantité considérable de données avec une destination inconnue !
[Redirection de la connexion vers le réseau de la flotte galactique… Connexion établie… Synchronisation des données et téléversement des journaux… Vérification des versions de l’appareil… Téléchargement des mises à jour obligatoires…]
Ves contempla son communicateur avec inquiétude ! Il venait de se connecter au réseau exclusif de la flotte de la CFA sans lui demander son avis ! Cela le préoccupait profondément : sa connexion était protégée par un chiffrement puissant de la CFA, qui empêchait les fouineurs de savoir ce qu’il envoyait, mais cette protection ne s’appliquait pas à la CFA elle-même !
Ves n’était pas assez stupide pour stocker sur son communicateur de la CFA des données sensibles concernant les Vandales flagrants ou la mission, mais il n’avait pas pu effacer tous les journaux.
Heureusement, la CFA appliquait des règles de sécurité des données extrêmement strictes et n’enregistrait donc jamais rien dans les sections restreintes. Il restait toutefois quelques journaux et dossiers concernant la remise en service de son identité falsifiée à bord d’un cuirassé de la CFA porté disparu !
Ves eut presque envie de vomir. Il eut beau appuyer sur tous les boutons, son communicateur de la CFA refusait de se déconnecter. Même l’activation de son brouilleur de signal ne servit à rien : son communicateur de la CFA contournait d’une manière ou d’une autre les interférences. Il bloquait tout le reste, sauf la connexion directe du communicateur au nœud de communication quantique du Saffron Poke, qui contournait entièrement les canaux de communication habituels du Bouclier d’Hispania.
L’émetteur-récepteur amélioré intégré à son Squalon avait une portée suffisante pour atteindre la corvette ! De plus, la programmation du nœud de communication quantique traitait les communications de la CFA différemment des communications ordinaires !
« Maudite CFA ! Arrêtez de détourner mon communicateur ! »
Les processeurs rapides de son communicateur installèrent à toute vitesse les nouvelles mises à jour, malgré leur taille et leur complexité. Ves ne pouvait rien faire contre le matériel dépassé de son appareil, mais son logiciel, lui, connut une transformation radicale et fut entièrement mis à jour !
[Mises à jour terminées. Recherche de nouvelles mises à jour… Téléchargement des mises à jour obligatoires pour le XV-99… Installation des mises à jour… Mises à jour terminées. Bienvenue sur le réseau de la flotte galactique, lieutenant-commandant réserviste Longhorn. Vous avez des messages en attente dans votre boîte de réception.]
Ves observa d’un air écœuré la projection de la nouvelle interface élégante de son communicateur de la CFA. Il la toucha du bout du doigt ; l’appareil ne sembla rien remarquer d’anormal et ne déclencha aucune alarme. Il vérifia les paramètres de son Squalon et y repéra rapidement de nombreux ajouts et améliorations.
Il appréciait ces mises à jour, mais ne savait pas vraiment ce qu’elles impliquaient pour lui. Il ne pouvait tout de même pas continuer à se faire passer pour quelqu’un d’autre ? Le Starlight Megalodon n’existait même plus !
« Avec un peu de chance, je passerai inaperçu dans la masse. La CFA compte des milliards, voire des billions de membres et de personnes à leur charge. Ils ne vont sûrement pas prêter attention à mon entrée dans leur immense réseau, si ? »
Il n’en était pas tout à fait convaincu, mais le mal était fait. Ves chassa de son esprit les conséquences de cette connexion et reprit son plan initial.
À la suite de ces modifications forcées, son communicateur de la CFA, désormais à jour, se connectait au réseau de la flotte galactique avec un chiffrement ultramoderne et une priorité élevée. Ce réseau fonctionnait indépendamment du réseau galactique ordinaire géré par le Consortium des communications, que tout le monde croyait aussi percé qu’une passoire.
« Tant que ça ne me dérange pas que la CFA écoute, le réseau de la flotte galactique est probablement bien plus sûr que celui du Consortium des communications. »
Après s’être familiarisé avec l’interface moderne, il parvint enfin à envoyer quelques messages de communication à plusieurs comptes dormants qu’il avait créés auparavant. Comme les Vandales flagrants, Ves avait préparé ses propres moyens de communication chiffrés. Calsie, qui dirigeait la Société des Méchas Vivants à sa place, et Melkor, à la tête des Avatars du Mythe, les consultaient régulièrement.
Il leur suffirait de consulter les boîtes de réception de ces comptes et de recevoir ses messages chiffrés pour pouvoir les déverrouiller à leur manière et découvrir ce qu’il attendait d’eux. Si plus d’une semaine s’écoulait sans qu’ils ouvrent les messages, les comptes les supprimeraient automatiquement de leur boîte de réception.
« J’espère que Calsie et Melkor sauront suivre mes instructions. Je détesterais que la Société ou les Avatars du Mythe soient touchés par la guerre. »
Toutes les entreprises et toutes les compagnies de mercenaires devaient contribuer d’une manière ou d’une autre à l’effort de guerre. La République Lumineuse ne les traitait pas aussi durement que ses propres soldats, mais ils devaient tout de même participer à la défense de l’État.
« Je devrais m’arrêter là. »
Ves était tenté d’explorer le réseau galactique et de vérifier si la Société faisait toujours des affaires, mais il ne voulait pas prolonger cette connexion plus que nécessaire. Qui savait ce que ce communicateur de la CFA devenu incontrôlable ferait ensuite !
Après avoir coupé la connexion, il reprit le contrôle total de son équipement. Soulagé, Ves vérifia que son communicateur ne maintenait aucune connexion clandestine avec le nœud d’intrication quantique du Saffron Poke.
Moins d’un quart d’heure plus tard, tandis que la flotte rescapée passait en vitesse supraluminique, Ves examina prudemment toutes les nouvelles mises à jour de son équipement. Les logiciels de presque tous les systèmes de la CFA qu’il portait avaient connu une transformation radicale.
« Au moins, je n’ai plus à m’inquiéter des pirates informatiques. » Ves eut un rire sans joie. « En revanche, je suis presque certain que la CFA peut fouiner quand elle le souhaite. C’est trop risqué de continuer à utiliser ce communicateur. Je vais devoir le remiser une fois rentré chez moi. »
Le problème, c’était que son Squalon XV-99 ne fonctionnerait pas sans autorisation, et que seul ce même communicateur de la CFA pouvait la fournir !
À la réflexion, Ves n’aurait probablement pas besoin de porter le Squalon dans sa vie civile quotidienne. Il possédait toujours le générateur de bouclier offert par maître Olson, ce qui suffirait à le protéger des tentatives d’assassinat.
« Si un jour quelque chose de grave m’arrive, je pourrai toujours ressortir mon équipement de la CFA et le remettre. Comparé à une menace contre ma vie, ce n’est pas bien grave si la CFA récupère quelques journaux épars qui finiront probablement dans une base de données oubliée. »
Il lui suffirait de ne jamais porter d’équipement de la CFA à proximité du Système ni de tout autre secret sensible. Les mises à jour obligatoires l’avaient déjà suffisamment alarmé quant à sa vulnérabilité aux forces extérieures et lui avaient rappelé que toute connexion de communication était intrinsèquement vulnérable.
Pas étonnant qu’un homme comme Skull Architect préfère communiquer à distance au moyen de cristaux Tzianti.
Comme Ves n’avait pas grand-chose à faire, ayant déjà délégué la plupart de ses responsabilités, il explora nonchalamment les nouvelles fonctionnalités de son communicateur et de son Squalon, au cas où il aurait besoin d’y recourir en pleine crise. Même si ces mises à jour forcées lui déplaisaient, il devait reconnaître qu’elles amélioraient considérablement les performances de son équipement.
« De simples mises à jour logicielles peuvent faire une énorme différence dans tant de domaines ! »
Ves admirait la façon dont la nouvelle programmation optimisait les performances de matériel ancien et apportait de nombreuses fonctions inédites. Cela lui rappela Alloc Brandstad, le Concepteur de méchas compagnon disparu au combat pendant l’opération Detemen.
Cette pensée assombrit son humeur. Ves n’avait pas passé beaucoup de temps sous la supervision d’Alloc, mais celui-ci lui avait appris à apprécier tout ce qu’un bon logiciel pouvait apporter aux performances d’un mécha.
Ves regrettait de ne pas exceller dans ce domaine. Sa philosophie de conception l’empêchait également d’approfondir cette discipline pourtant essentielle.
Au fil du temps, la flotte des Épéistes flagrants quitta discrètement le territoire des hommes-sable et repassa dans ce qu’on appelait la « frontière peu profonde ». Le nombre de vaisseaux-mères des hommes-sable qui les suivaient après leurs passages en vitesse supraluminique chuta brutalement.
Les amiraux des hommes-sable qui contrôlaient les vaisseaux-mères comprirent tous que s’aventurer dans l’espace humain devenait de plus en plus dangereux.
Seuls quelques vaisseaux-mères des hommes-sable n’avaient pas reçu le message, mais les Épéistes flagrants se souciaient peu de ces retardataires.
Le seul inconvénient de cette poursuite persistante était que les Vandales flagrants et les Épéistes ne pouvaient pas s’arrêter pour exploiter un astéroïde et refaire une partie de leurs réserves qui s’amenuisaient.
« Ça ne peut pas durer. » Ves consulta les niveaux de carburant en baisse du Bouclier d’Hispania et du Regard de la Gorgone. « Nous serons à sec dans deux semaines, voire moins ! »
Lorsque Ves évoqua le problème au major Verle lors d’une réunion privée, le commandant ne manifesta aucune inquiétude.
« Nous nous occupons déjà de nos problèmes de carburant et de ravitaillement, monsieur Larkinson. Nous avons déjà pris des dispositions avec les Épéistes pour tout régler. Pour l’instant, nous ne pouvons pas nous permettre la moindre fuite ; vous devrez donc garder votre curiosité pour vous. »
« Très bien, monsieur. » Ves savait que le major ne lui dirait rien, même s’il faisait partie de son cercle rapproché. Il y avait des secrets que Verle ne pouvait révéler à personne. « Permettez-moi de vous poser une question. J’ai repensé à ce que vous m’avez dit la dernière fois sur la possibilité de conserver tout l’équipement que j’ai obtenu de la CFA. »
« Ah ? Dites-moi ce que vous avez en tête. »
Ves lui expliqua brièvement ses intentions, ce qui fit changer d’expression au major.
« Je ne pense pas que mes supérieurs apprécieront votre solution, même si vous, vous en serez satisfait. Cependant, au vu de l’ampleur de votre contribution, je suis disposé à fermer les yeux sur vos manigances. »
« Merci, monsieur. C’est tout ce que je demande. » Ves poussa un soupir de soulagement.
« Au fait, même si je n’ai pas pu transmettre d’informations très détaillées par le nœud d’intrication quantique du Saffron Poke, j’ai déjà envoyé un rapport élogieux sur vos performances aux institutions compétentes. Je ne sais pas exactement ce qui vous attendra une fois rentré chez vous, mais la République Lumineuse ne lésine pas lorsqu’il s’agit de récompenser des performances exceptionnelles. »
« Ah, merci, monsieur. » Ves ignorait ce que cela lui apporterait concrètement, mais il espérait au moins obtenir un poste confortable à l’arrière pour le reste de la guerre.
« Je ne vous dis pas cela pour flatter votre ego, mais parce que nous pourrions avoir besoin une dernière fois de votre dévouement. » Le major Verle prit un air grave. « Voyez-vous, les Épéistes ont reçu des renseignements de leur réseau d’alliés et d’amis : les Dragons du Vide rassemblent une force d’intervention rapide pour nous intercepter avant que nous rejoignions nos alliés.
À en croire tous les indices, il semble peu probable que nous puissions éviter une nouvelle bataille ! »