Chapitre 95
Chapitre n°95 – Second Round
Traducteur/Checker : SP76
Le lendemain, les cent créateurs survivants étaient revenus dans l'arène. Cette fois-ci, les terrains avaient été séparés, ce qui signifiait que le deuxième tour ne se déroulerait plus sur un champ de bataille massif.
La veille au soir, Ves avait eu une conversation fructueuse avec Dietrich, sur la manière dont il devait s'y prendre pour concevoir un Mécha destiné à un épéiste. Bien que Dietrich ne fût pas spécialisé dans ce domaine, nombre de ses subordonnés l'étaient, et il possédait une mine de connaissances pratiques.
« Bonjour, Ves », le salua Patricia, dès qu'elle l'aperçut. « Es-tu prêt pour le deuxième tour ? »
« Les duels successifs sont toujours délicats. Ce sera difficile, mais je suis sûr que je peux y arriver. »
Seuls une centaine des meilleurs créateurs venus jusqu'à Leemar avaient survécu, jusqu'à présent. Ceux qui étaient arrivés jusque-là n'étaient pas des mauviettes. Peu importe qui il affronterait, il aurait un combat difficile à mener. Même s'il ne pouvait pas garantir qu'il gagnerait tous les duels, il voulait tout de même se démarquer.
Après avoir ouvert la journée par une brève prestation de quelques musiciens, l'annonceur expliqua les règles du deuxième tour.
« Lors du premier test, nous avons évalué la capacité de nos créateurs à livrer un produit fonctionnel dans des délais impartis. Le deuxième tour porte sur l'efficacité et la longévité. Un créateur doit livrer un produit qui fonctionne le plus longtemps possible avec le moins de coûts possible. »
La projection se transforma en une liste des pièces de base disponibles. Il s'agissait des mêmes vieilleries obsolètes que celles utilisées lors du tour précédent, mais elles étaient désormais accompagnées d'une étiquette de prix. Le montant variait considérablement en fonction de leur qualité.
« Le premier défi consistera à créer un Mécha ne coûtant pas plus de 1000 points en 6 heures. Si vous craignez de ne pas pouvoir atteindre ce montant, ne vous inquiétez pas. Je peux vous assurer que vous souhaiterez que la limite soit plus élevée. »
Ceux qui avaient atteint ce stade étaient tous capables de créer un Mécha correct, dans ce laps de temps. 6 heures, c'était plutôt court, mais pour Ves, qui avait utilisé le système QuickForge pour en avoir un en moins de 3 heures, c'était une éternité.
Les Méchas terminés allaient ensuite affronter 4 adversaires aléatoires dans un environnement standard, avec un intervalle de 2 heures entre chaque combat. Le créateur n’était autorisé à utiliser le système QuickForge que pour effectuer autant de réparations que possible. S’il ne parvenait pas à terminer ses réparations dans ce délai, tant pis pour lui, car de nombreux créateurs étaient confrontés à la même situation en temps de guerre.
Ces quatre duels consécutifs mettaient les créateurs à l'épreuve de multiples façons. Tout d'abord, ils devaient concevoir un Mécha de manière à ce qu'il soit facile à réparer, s'il subissait des dommages. Ensuite, ils devaient faire face à une grande variété de dégâts possibles, et consacrer leur temps limité à la réparation des pièces les plus essentielles.
La situation pouvait devenir assez brutale, à l'approche du quatrième duel. De plus, il arrivait souvent qu'un Mécha subisse tellement de dégâts qu'il ne pouvait plus combattre, ce qui éliminaient d'office le créateur et le pilote.
Dans ce cas, le pilote devait décider lui-même de la manière de se battre. Prendre des risques pouvait permettre de terminer le combat rapidement, mais cela exposait également le pilote à des dégâts difficiles à réparer. Il y avait également la possibilité d'abandonner le duel à tout moment, afin d'éviter d'accumuler des dégâts. Cependant, abandonner trop souvent faisait baisser le classement. Seuls les 25 meilleurs se qualifiaient pour le troisième tour.
Lorsque Ves s'approcha de son système QuickForge, désormais familier, il passa en revue les modèles qu'il avait en tête. La dernière fois qu'il avait créé la Licorne, il l'avait fait en espérant qu'il serait compatible avec n'importe quel pilote.
Cette fois-ci, c'était différent. Il connaissait le pilote. Il avait lu son profil. Il l'avait vu se battre. Le cadet Lovejoy se considérait comme un épéiste, Ves devait donc concevoir un Mécha s’articulant principalement autour de l'utilisation d'une simple épée.
Les Méchas épéistes différaient considérablement des chevaliers standard. Alors que les chevaliers bénéficiaient d'une armure substantielle et d'un bouclier fiable, un épéiste avait moins de masse afin d'accélérer ses réactions.
D'un point de vue tactique, les chevaliers agissaient comme des butoirs de porte. Ils excellaient dans les combats défensifs, où l'ennemi devait passer devant le chevalier pour atteindre ses objectifs. Les épéistes étaient moins performants dans les affrontements frontaux, mais ils donnaient de bons résultats, lorsqu'ils étaient utilisés comme flancs ou en renfort.
Un Mécha épéiste était construit autour de son épée. Ves s'était documenté sur les bases. Un Mécha épéiste s'appuyait sur une combinaison de la puissance mécanique et de son élan pour porter des coups rapides ou puissants. Le Mécha devait être suffisamment lourd pour ajouter beaucoup de masse à un coup engagé, mais il devait également être suffisamment flexible pour manœuvrer comme un duelliste cherchant à prendre le dessus.
« Il y a trop de choses à prendre en compte, avec un Mécha épéiste. », conclut Ves, qui commençait à avoir mal à la tête, à force de jongler avec autant de variables. « Je ne peux pas concevoir un Mécha aussi lourd qu'un Auguste-César, ni aussi léger qu'un Octagone. »
Il devait quitter son territoire familier et concevoir un nouveau Mécha à partir d'un moule différent. Ça allait être un autre modèle précipitée, mais la marge généreuse de 6 heures devrait lui permettre d'obtenir un Mécha correct, cette fois-ci.
Il commença par se construire à nouveau une image mentale. Grâce à ses entraînements fréquents, il était devenu plus habile pour se mettre dans le bon état d'esprit. Il lui fallait à peine plus d'une minute pour atteindre un état de concentration mentale aiguë.
Le profil que Ves reçut décrivait Lovejoy comme un cadet bavard mais assidu. Il s'entraînait beaucoup, mais était frustré lorsque sa progression dans le classement stagnait. Il avait atteint un plafond où il ne pouvait plus progresser assez rapidement.
« Il s'est probablement heurté à des personnes qui ont bénéficié d'améliorations génétiques. », supposa Ves. S'il se retrouvait dans une situation similaire, il s'arracherait les cheveux jusqu'à devenir chauve.
Si le pilote ne pouvait pas s'améliorer, le Mécha pouvait faire toute la différence. Ves repensa à la conversation qu'il avait eue avec Patricia la veille. Soit le Mécha devait s'adapter au pilote, soit le pilote devait s'adapter au Mécha.
« Eh bien, je ne conçois pas un modèle destiné à la production de masse. Je dispose d'informations spécifiques sur le pilote, je n'ai donc pas besoin de simplifier mon Mécha. »
Il imagina un Mécha assez avancé, et mécaniquement complexe. Un danseur tourbillonnant, avec une épée. Un Mécha rapide et agile, mais aussi doté d'une armure stratégiquement placée. Pas assez pour l'alourdir trop, mais suffisamment pour ajouter du poids à chaque coup d'épée. Le modèle devait être suffisamment agile pour faciliter les coups puissants où tout le poids du Mécha était ajouté à l'attaque.
Avec une image précise du Danseur à l’Épée en tête, Ves se mit au travail. Il commença par choisir les composants de base. Afin de maintenir les coûts en dessous de 1000 points, il commença par sélectionner les pièces les plus essentielles.
« Un épéiste est axé autour de son épée, donc la première chose à choisir est l'arme. »
Ves devait admettre qu'il ne savait pas grand-chose, au-delà des bases en matière d'épées. En tant qu'arme de mêlée par défaut, une épée de Mécha était un instrument de destruction lourd et tranchant. Elle devait être suffisamment tranchante pour s’occuper des parties blindées, et suffisamment solide pour supporter le poids de deux Méchas s'affrontant.
« Elle doit être grande et lourde, mais jusqu'où dois-je aller ? »
Le profil ne mentionnait pas le type d'épée préféré de Lovejoy. Il pouvait être spécialisé dans les rapières fines à une main, ou dans les claymores lourdes à deux mains. Finalement, Ves prit une décision et choisit un modèle d'épée longue à une main qui coûtait 100 points.
Une fois le modèle choisi, il conçut le reste du cadre en fonction de l'utilisation d'une épée à une main. Il dépensa 200 points pour une paire de moteurs et de réacteurs puissants, 50 points pour des cellules énergétiques haute performance, 100 points pour des jambes optimisées, pour les performances en rafale, et 250 points pour des bras lourds mais puissants.
Il dépensa la plupart de ses points restants pour les pièces qu'il considérait comme moins prioritaires. Avec 200 points dépensés pour de nombreuses pièces d'entrée de gamme telles que les capteurs, le cockpit et un pistolet laser de secours, il avait complètement épuisé ses économies.
Quant à ses 100 derniers points, il choisir un système d'armure moyen, qui ne se distinguait que par sa facilité de compression.
Une fois toutes les pièces sélectionnées, Ves élabora un modèle de base. Il pouvait se permettre de consacrer plus de temps dessus, il s’assura donc d'optimiser son futur Mécha pour les combats à courte distance et à grande vitesse.
Il modifia de nombreux éléments, comme le renforcement des doigts, afin d'améliorer leur prise sur l'épée. Il réduisit une partie de l'armure arrière du torse afin d'améliorer son agilité. Afin de maintenir l'équilibre globale, il dût également déplacer quelques composants internes, pour que celui-ci n'ait pas tendance à basculer.
Une fois qu'il eut terminé le plan détaillé de sa conception, il activa le module de forge de son système QuickForge. Son temps était un peu compté, en raison de la longueur de la procédure de compression de toutes les plaques d'armure, il se dépêcha donc de nouveau pour la construction, mais de manière moins extrême.
Contrairement à Barakovski, il commença par l'intérieur pour progresser lentement vers l'extérieur. De cette façon, l'intégrité du Mécha pouvait être assurée, tout en lui permettant de réduire la compression de l'alliage s'il venait à manquer de temps.
Heureusement, cela ne fut pas nécessaire. Il passa 2 bonnes heures à former le cadre interne et les composants.
Le système QuickForge fonctionnait beaucoup mieux que l'imprimante 3D d'occasion et le système d'assemblage que son père avait achetés pour son atelier. Le système d'assemblage était même équipé de fonctions automatisées, qui disposaient automatiquement le câblage et les autres infrastructures internes de la manière la plus optimale et la moins intrusive possible.
« Si ma machine d'assemblage était aussi performante que celle-ci, je pourrais assembler deux Méchas par jour, au lieu d'un seul en deux jours. »
Une fois arrivé à la pose du blindage, il put observer comment le système QuickForge les fabriquait en une seule procédure complète. Il fut très impressionné de voir comment divers matériaux liquéfiés se combinaient, sous une pression et une chaleur intenses, le tout sous ses yeux. Une combinaison extrêmement puissante d'électromagnétisme, de gravité, et d'autres formes de technologies inconnues de Ves permettait de contenir le processus.
Tout ce qui comptait, c'était qu'il gardait le contrôle. Malgré les technologies éblouissantes utilisées par la machine, les étapes suivies différaient peu du processus standard.
Son Mécha prit finalement forme, après que les plaques eurent commencé à se fixer à son châssis. Les plaques métalliques traitées avec le niveau de compression le plus rudimentaire brillaient d'un éclat bleu. Une épée qui avait subi une compression légèrement différente vint compléter le tout. Associée aux bras épais et aux jambes fines, elle donnait au Mécha l'impression d'être un guerrier de glace.
Comme Ves avait minutieusement chronométré son travail, il termina quelques minutes avant que les 6 heures ne soient écoulées.
« Chers participants, le temps est écoulé ! Posez votre travail, pendant que votre Mécha se prépare à combattre. Le premier duel commencera dans quelques minutes ! »
Il avait terminé sa part du travail. Maintenant, c'était au tour de son pilote. Il espérait qu'il pourrait faire des miracles, avec le Danseur à l’Épée. Après tout, il avait conçu ce Mécha exclusivement pour lui. Il trouvait seulement regrettable de ne pas avoir acquis de nouvelles connaissances, concernant le mystérieux Facteur X.
« J'ai eu un aperçu de la direction à prendre avec la Licorne. Pourquoi ai-je l'impression d'avoir raté une occasion, avec le Danseur à l’Épée ? »
Peut-être que le temps prolongé avait trop peu de pression sur Ves pour qu'il se sente passionné. Il était un peu confus, pour être honnête. Le Facteur X ne pouvait-il être déclenché que lorsqu'il était pris dans une humeur extrême ? Cela rendait difficile de l'utiliser quand il le voulait. Après tout, s'il pouvait affiner ses pensées, il ne pouvait pas contrôler complètement ses émotions.
« Je vais devoir résoudre cette énigme plus tard. Je dois d'abord me préparer pour les réparations. »