Chapitre 94
Chapitre n°94 – Résultats
Traducteur/Checker : SP76
Peu de gens remarquèrent les dernières manœuvres brillantes du cadet Lovejoy. Comparé aux Méchas éblouissants qui détruisaient leurs rivaux à gauche et à droite, un Mécha usé comme la Licorne attirait peu l'attention. Il avait discrètement rempli sa mission pendant les quelques heures qui lui restaient à vivre.
Ves faillit tomber à genoux, lorsqu'il vit la stratégie de son pilote porter ses fruits.
« Tu as de la chance que ça ait marché », remarqua calmement Patricia, comme si ce coup n'était rien de plus qu'un jeu d'enfant. « La qualité de ton pilote et de ton Mécha donnait très peu de chances de réussite à ce plan. Ça n'a marché que parce que les pilotes ennemis ont merdé. »
Il savait qu'elle avait raison. Même si son pilote connaissait clairement son métier, il n'était pas aussi exceptionnel que ceux du top 10. Lovell, classé premier, continuait de bondir sur le champ de bataille avec son Mécha lapin à moitié détruit, tendant des embuscades à des Méchas sans méfiance là où ça faisait mal. Il avait réussi à rassembler la somme incroyable de 8 pièces grâce à son talent.
« Même si j'ai raté le meilleur, je suis assez satisfait de mon pilote actuel. » Ves souriait. Il avait déjà noté les caractéristiques du cadet Lovejoy, et avait même accès à un bref profil. La prochaine fois, il ajouterait une épée à son Mécha, au lieu d'une lance. « Et ton pilote ? Il est classé quelque part dans les 300, non ? »
La différence entre un pilote du top 20 et un pilote du top 300 était énorme. Un pilote moins bien classé obtenait des résultats bien moins bons dans de nombreux domaines. Dans le tour actuel, ce qui comptait le plus, c'était le jugement, et l'intuition au combat. Ceux qui choisissaient judicieusement leurs combats s'en sortaient mieux que ceux qui se lançaient aveuglément dans des combats inutiles.
Étonnamment, Patricia restait indifférente. « Crois-tu que les performances d'un Mécha dépendent des compétences du pilote ? »
« Bien sûr. Le pilote est le cerveau d'un Mécha. »
« Si c'est ce que tu crois, alors c'est ainsi que ton Mécha est construit. »
La phrase était courte et simple, mais elle contenait des implications profondes. Si un créateur estimait que les compétences du pilote étaient primordiales, il concevait consciemment, ou inconsciemment, un Mécha qui permettait à un pilote habile d'exploiter pleinement ses capacités. Si cela pouvait très bien fonctionner avec un Mécha était piloté par un excellent pilote, entre les mains d'un pilote assez moyen, il ne pouvait jamais exploiter tout son potentiel.
« Je vois ce que tu veux dire. Tu t’attendais à recevoir un pilote médiocre, donc tu as fait en sorte que ton Mécha simple à piloter et facile à maîtriser. »
Pas étonnant que Patricia ait osé concevoir un Mécha lourde, pour le champ de bataille. N'importe quel pilote stupide doté d'un cerveau pouvait piloter un Mécha lent et lourd équipé de missiles simples à lancer et oublier. Cela ne nécessitait aucune finesse, ni aucun réflexe.
Un pilote avait seulement besoin d'un jugement correct et d'une bonne connaissance des missiles, pour piloter correctement le Mécha araignée. En tant que cadets d'une académie réputée, tous les pilotes maîtrisaient les bases, y compris ceux classés parmi les 300 meilleurs.
Cependant, il devait y avoir une limite à ce qu'un robot à toute épreuve pouvait accomplir. Ves posa une question pertinente. « Seras-tu capable d'atteindre la finale, avec une telle philosophie ? »
« Les Maîtres ont-ils toujours pris comme apprenti un créateur qui avait atteint la finale ? »
« Ah, pas toujours. »
Dans l'histoire de la compétition, les Maîtres choisissaient généralement quelques disciples parmi les finalistes. Généralement ne signifiait pas toujours. Si les Maîtres aimaient généralement choisir les gagnants, ils accordaient plus d'importance à la compatibilité. Tant qu'un créateur de Mécha avait un minimum de compétences, il pouvait être choisi par un Maître, même s'il n'avait pas passé le premier tour.
C'est aussi pourquoi de nombreux créateurs appréciaient l'opportunité de passer les qualifications. Bien que cela soit extrêmement rare, quelques Maîtres avaient déjà sélectionné des apprentis, parmi ceux qui avaient échoué au début de l'événement principal. Cela donnait à chacun un tout petit espoir, ce qui maintenait la compétition vivante.
Le champ de bataille continuait de faire rage, même après le retrait de la Licorne. Après toute l'excitation du milieu de partie, les dernières heures arrivèrent, avec l'introduction de quelques Méchas exceptionnels. La majorité d'entre eux étaient soit des lourds, soit des moyens bien construits. Même le Mécha léger tueur de Barakovski et le Mécha d'artillerie araignée de Patricia durent céder la place à ces Méchas alpha.
Le Mécha moyen conçu par Carter Gauge attira l'attention de tous. En tant que favori de la compétition, il avait audacieusement consacré un temps considérable sur son Mécha. Celui-ci était construit comme un chevalier hybride. Son excellente épée et son bouclier en faisaient une menace à courte portée, tandis que ses canons précis montés sur les épaules détruisaient tout à distance.
Malgré toutes les attentes, il ne décevait pas. Même avec un pilote classé dans le top 500, le Mécha moyen se déplaçait plus rapidement et frappait plus fort que presque tous les autres. À mesure que son pilote s'habituait à ses capacités impressionnantes, il se transformait pratiquement en bête sauvage. Il attaquait sauvagement tous ceux qui se trouvaient sur son chemin, et volait des pièces à droite et à gauche.
Même les commentateurs se laissèrent entraîner dans l'action. « Regardez cette merveille mécanique ! Il recommence ! C'est la 12e fois qu'il détruit un Mécha, et il n'a pratiquement pas reçu la moindre égratignure ! »
« Quelle doit être la résistance de son armure pour dévier un projectile cinétique aussi puissant ? »
« Je ne sais pas, mais à part l'artillerie, il n'y a pratiquement aucun Mécha capable de dissuader cette machine à tuer. »
Outre le Mécha moyen invincible de Gauge, certains des autres retardataires surpassèrent également les précurseurs. Alors que certains créateurs avaient simplement livré des Méchas décevants, d'autres profitaient pleinement du temps dont ils disposaient pour présenter des Méchas bien blindés et bien armés, qui valaient autant que quatre Méchas de milieu de partie.
La plupart des Méchas de fin utilisaient un blindage compressé avancé qui allait au-delà de la procédure de base maîtrisée par Ves. Il ne maîtrisait que la couche la plus superficielle de la compression d’alliages. Des méthodes plus avancées pouvaient fonctionner avec une plus grande variété d'alliages et fournir un résultat plus efficace en beaucoup moins de temps.
Ves apprit également des créateurs dans la salle d'attente que les meilleures armures subissaient également un traitement chimique hautement confidentiel. Certains produits ajoutés avant ou après le processus de compression interagissaient étrangement avec certains des matériaux exotiques incorporés dans les alliages. Ces réactions augmentaient l'efficacité de la compression, ce qui donnait une armure plus fine, plus légère, mais aussi beaucoup plus résistante.
« Les formules chimiques sont des secrets très précieux. Elles constituent l'un des principaux atouts d'une entreprise. Certaines ont même bâti toute une dynastie autour de leurs formules. » nota succinctement Patricia. « Des départements de recherche entiers peuvent passer des décennies à mettre au point une seule formule. Les plus performantes ont une valeur marchande de plusieurs milliards de cols. »
C'était d'un tout autre niveau. Ce type de technologies de base était un atout très précieux que seules les organisations les plus redoutables pouvaient posséder.
Quelqu'un comme Ves ne pouvait acheter qu'une licence pour les formules obsolètes qui avaient été divulguées depuis longtemps. Même dans ce cas, les prix étaient exorbitants.
Le premier tour se termina à la fin de la journée. Cette fois-ci, le niveau de destruction dépassa celui de l'année dernière. De nombreux Méchas n'avaient pas réussi à rassembler suffisamment de pièces.
Le seuil de réussite s’avéra être d'environ six pièces. Le seul problème était qu'un peu plus d'une centaine de Méchas en avaient livré au moins six. Cela signifiait que certains pourraient réussir et d'autres échouer.
Ves se mordit les lèvres, en attendant anxieusement que les compteurs de points calculent les résultats finaux. Finalement, le tri fut terminé.
VES LARKINSON - REDDY LOVEJOY - 89e
« Oui ! » Il leva les poings. Il avait réussi le premier tour grâce à sa livraison plus rapide que celle de nombreux autres qui avaient rassemblé la même quantité de pièces. Il s'agissait là d'une autre règle mineure qui accordait un traitement préférentiel à ceux qui avaient pris le risque de soumettre leur Mécha plus tôt.
Il regarda les scores des quelques personnes qu'il connaissait. Étonnamment, le duo d’Alyssa Lynch et de Richard Lovell avait obtenu l’impressionnante 32e place. Étant donné que le cadet Lovell avait piloté l'un des pires Méchas du champ de bataille, c'était un exploit incroyablement héroïque.
Quant à Patricia, son lourd s’était hissé dans le top 70. Si son Mécha araignée avait facilement démoli toute opposition, sa vitesse de déplacement était aussi lente qu'un escargot, si bien qu'il avait à peine récolté 7 pièces.
Il vérifia les noms de toutes les autres personnes qu'il connaissait. Il repéra finalement le nom de Barakovski à la 19e place. Elle avait obtenu un bien meilleur résultat que lui, même si elle avait soumis son Mécha léger beaucoup plus tard. Son Mécha bien construit avait traqué de nombreux Méchas mal construits pour leur voler impitoyablement leurs pièces.
Quant à Carter Gauge, il n’avait pas déçu. Son robot moyen était arrivé tardivement, mais son excellence globale s’avéra encore plus tyrannique que le Mécha lourd tueur de Patricia. Quelle que soit la qualité de ses adversaires, tant qu'ils avaient une pièce, ils mouraient rapidement. Grâce à ses capteurs extrêmement optimisés, il n'avait aucun mal à repérer les pièces. En seulement quelques heures, son pilote avait facilement récolté dix-neuf pièces.
« Ce type n'est pas du même niveau que nous », fit remarquer Ves, en regardant le meilleur score. « Il devrait participer à des événements organisés par des super-États de premier rang. Pourquoi s'abaisse-t-il à participer à nos événements ? »
Patricia acquiescça. « Tu as raison, mais c'est un jeu politique. La dynastie Gauge veut étouffer le dynamisme du Groupe Carnegie en mettant en avant ses racines plus profondes. »
Tout cela n'intéressait pas Ves, alors ils abandonnèrent rapidement le sujet.
Maintenant que l'événement principal était terminé, le public commença à regagner ses hôtels. Quelques créateurs furent invités à monter sur scène pour parler de leurs Méchas, mais Ves n'avait aucun intérêt ni aucune attente quant à une éventuelle invitation.
Lorsque Ves retrouva Dietrich à l'entrée du complexe, il lui prit Lucky des mains, visiblement agacé. « Allez, plus que 2 jours avant de rentrer à la maison. »
« Beaucoup de filles l'ont caressé. » expliqua Dietrich pour justifier la mauvaise humeur de Lucky. « Il n'a pas pu se reposer correctement. Mais bon, je ne m'en plains pas. C’est un vrai aimant à meufs. »
Ves secoua la tête. Son animal de compagnie avait peut-être l'air d'un adorable chaton, mais ses griffes pouvaient transpercer une armure solide.
« Que penses-tu de Lovejoy ? Il est classé 16e à l'Académie Abelard. Est-il meilleur que toi ? »
« Je suis un tireur d'élite, et lui un épéiste. Nous avons des spécialités différentes. Ses bases sont très solides. Je dois admettre qu'il a un meilleur temps de réaction que moi. Il me mettrait en pièces, s'il arrivait à portée. Mais il est encore trop inexpérimenté. Aucun pilote débutant n'est bon tant qu'il n'a pas risqué sa vie. »
« Espérons que cela n'aura pas d'importance, car ce ne sont que des cadets. Ils n'ont pas encore obtenu leur diplôme. »
Dietrich secoua la tête et désigna le nom de Richard Lovell. « Tu te trompes. Il y a deux pilotes qui sont différents. Celui-ci est le plus évident. Chacun de ses gestes vise à mettre fin à des vies. »
Cela semblait inquiétant. Ves ne connaissait pas Alyssa Fill. Elle avait courageusement conçu et soumis un projet extrêmement précipité en 2 heures afin de revendiquer le meilleur pilote disponible. Quelqu'un qui prenait un risque aussi audacieux devait avoir de réelles capacités. Son pari avait fonctionné, et elle était désormais la seule à posséder le pilote numéro un, ce qui lui donnait un avantage considérable dans les tours suivants.
Tous les créateurs redoutables s’étaient classés parmi les 100 premiers. Les profiteurs qui avaient passé le dernier tour sans rien faire s’étaient tous fait écrasés, et avaient brûlé devant un public de plusieurs milliards de personnes. Ves était soulagé d'avoir passé le premier tour, mais il était un peu déçu de ne pas avoir obtenu un meilleur score. Les performances impressionnantes de ses rivaux lui avaient appris qu'il était loin d'être le meilleur.
« J'ai un pilote suffisamment bon, et c'est ce qui compte. Peu importe que mon Mécha ait récolté 6 ou 19 pièces. Il suffit d'avoir le meilleur pilote possible pour passer le cap. »
Il attendait avec impatience ce que lui réservait le lendemain.