Chapitre 940
Les Dragons du Vide ! Cette vieille organisation pirate dirigeait la vaste Alliance du Dragon, qui fédérait de nombreuses bandes de pirates sous une même bannière. Avec l’Alliance de Ravienne, elle dominait la Région stellaire de Faris en tant que puissance hégémonique secondaire.
Ves connaissait assez bien les Dragons du Vide. Il les avait rencontrés pour la première fois lors de la mission de Groening, puis une nouvelle fois pendant la campagne de la Planète Lumineuse.
À ces deux occasions, les Dragons du Vide s’étaient révélés être des opportunistes accomplis et des lâches. Pourtant, leur ruse, leur organisation et, surtout, leur penchant pour le lavage de cerveau à grande échelle de chair à canon en faisaient une force avec laquelle il fallait compter.
Pour sa part, Ves considérait les Dragons du Vide comme les pirates les plus redoutables de la Région stellaire de Faris.
À la différence des violents et destructeurs Ravageurs de Ravienne, qui régnaient sur l’Alliance de Ravienne, mal organisée, les Dragons du Vide se distinguaient des autres pirates par leur intelligence et leur rationalité supérieures à la moyenne.
Bien sûr, la barre était très basse, vu la stupidité de la plupart des pirates que Ves avait rencontrés. Pourtant, un simple petit gain d’intelligence suffisait à multiplier leur niveau de menace par cinq, au bas mot !
C’était pourquoi, en apprenant que les Dragons du Vide étaient dans le coup, il pensa aussitôt qu’ils cherchaient à capturer ceux qui avaient fui la surface de la planète. Après tout, les survivants qui avaient réussi à sortir de cet enfer avaient de bonnes chances d’emporter avec eux les objets qu’ils devaient récupérer !
« Comment les Dragons du Vide ont-ils réussi à rallier les officiers du Finmoth Regal ? » demanda précipitamment Ves à Vedette par le canal de communication ciblé. « Réponds-moi vite ! »
« Le Finmoth Regal est perdu depuis que nous sommes arrivés dans ce maudit système. Nous avons repoussé plusieurs vaisseaux des hommes de sable et nous avons failli y rester, sans les Dragons du Vide. À l’heure actuelle, au moins la moitié de l’équipage est de leur côté, tandis que nous autres attendons notre “traitement” ! En plus, une bande de ces pirates surveille tout le monde ! Il faut que tu m’aides avant qu’ils ne me fourrent dans leur machine à laver le cerveau !
Je vous en prie, venez nous sauver ! »
La communication fut rapidement coupée : les agents de sécurité du vaisseau firent irruption dans le bureau de Vedette et le frappèrent avec une matraque électrique.
Ves se tourna vers les trois autres occupants de la navette, la grimace aux lèvres. « On dirait que les Dragons du Vide ont coincé le Finmoth Regal alors qu’il était acculé par les hommes de sable. »
La Capitaine Orfan grimaça. « Le Finmoth Regal a toujours été un vaisseau à problèmes. Il y a eu cette histoire avec l’un de leurs techniciens en chef, et maintenant, ils sont allés jusqu’à devenir pirates ! Hum, sans vouloir vous offenser, les Épéistes. »
« Nous ne sommes pas offensées », répondit froidement Dise. « Beaucoup de pirates espèrent même être intégrés aux Dragons du Vide. Les officiers de haut rang de votre vaisseau ont probablement réussi à échapper au lavage de cerveau, mais les simples matelots finiront sans doute par y passer. »
Ves avait vu de nombreux cas de personnes victimes des méthodes de lavage de cerveau de l’Alliance du Dragon. Celles qui y étaient soumises devenaient facilement influençables, mais aussi plutôt stupides et impulsives. C’était comme si elles perdaient une partie de leur valeur intrinsèque en tant qu’êtres humains.
Ces idiots lobotomisés n’hésitaient pas à sacrifier leur vie dans des charges suicidaires, mais ils étaient incapables d’accomplir la moindre tâche exigeant des facultés intellectuelles supérieures.
C’était probablement pour cette raison qu’un concepteur de méchas comme Loke Vedette avait échappé à la machine à laver le cerveau. Le fait qu’il soit un peu froussard et incapable de faire de mal à une mouche avait sans doute aussi poussé les déserteurs à ne pas s’intéresser à lui.
Restait à savoir ce qu’ils devaient faire de cette nouvelle information. « Je pense parler au nom de tout le monde en disant que, pour le moment, nous ne pouvons rien faire pour le Finmoth Regal. »
« Pourquoi pas ? On a tout cet équipement sophistiqué de l’Alliance de la Flotte Commune, non ? » rétorqua Ketis en plaquant son gantelet contre sa cuirasse. « Si on parvient à monter à bord du transporteur de combat sans se faire repérer, personne sur ce vaisseau ne pourra nous empêcher d’éliminer tous les pirates et les déserteurs ! »
Le lieutenant Dise secoua la tête. « Non, Ves a raison. Regarde l’état de mon équipement. La Capitaine Orfan et moi ne sommes pas en état de nous battre. Même si nous arrivions à tenir tête aux agents de sécurité du vaisseau, il y a un type d’adversaire contre lequel nous ne pourrions rien : leurs méchas. »
Un humain ne pouvait pas combattre un mécha. Ce n’était pas impossible, mais dans la plupart des cas, la différence d’échelle et de puissance était tout simplement trop grande. Une fourmi resterait toujours une fourmi face à un éléphant, même bardée d’équipement de haute technologie.
C’était l’Ère des Méchas ! Prendre le contrôle d’un vaisseau de l’intérieur ne les aiderait pas à se débarrasser des méchas qui cherchaient leur navette ! Tant que ceux-ci resteraient du côté des déserteurs et des Dragons du Vide, s’emparer du Finmoth Regal ne servirait à rien !
« Pour l’instant, notre priorité est d’accomplir notre mission : ramener nos coffres-forts dans l’espace civilisé et les remettre aux bonnes personnes. Pour commencer, nous devons retrouver la flotte, ou au moins embarquer sur un vaisseau ami qui pourra nous sortir d’ici. » La Capitaine Orfan recentra la discussion sur ce qu’ils devaient faire.
« On devrait attendre la flotte, proposa Ves. Inutile d’aller ailleurs, et je suis sûr qu’on peut se cacher des méchas du Finmoth Regal. »
Ils décidèrent de se terrer en haute orbite autour d’Aeon Corona IX et de maintenir en marche les systèmes de contre-mesures électroniques de la navette. L’écart technologique entre les contre-mesures de la navette et les systèmes de détection des méchas du Finmoth Regal était tel que ces derniers ne verraient probablement rien, à moins de s’approcher à moins de cent kilomètres.
La navette de l’Alliance de la Flotte Commune se plaça sans encombre sur une orbite très éloignée de la planète, assez loin pour garder ses distances avec le Finmoth Regal et son escadron de méchas.
Personne ne savait vraiment quoi faire. Dise et Ketis se concertèrent à voix basse sur un canal privé. Pendant ce temps, la Capitaine Orfan continuait de foudroyer du regard l’affichage des capteurs, où les méchas du Finmoth Regal poursuivaient leur quadrillage agressif.
Ves, lui, savait qu’ils étaient fichus s’ils ne parvenaient pas à obtenir une place à bord d’un vaisseau ami capable de voyager plus vite que la lumière. Il braqua donc les capteurs à longue portée les plus puissants de la navette en direction d’Aeon Corona VII et tenta de comprendre ce qui s’était passé lors des combats en orbite.
Même si la navette de l’Alliance de la Flotte Commune était dotée de certains des meilleurs capteurs qu’il ait eu la chance d’utiliser, les vents astraux résiduels qui persistaient dans le vide interplanétaire compliquaient beaucoup l’obtention de relevés précis, surtout à bonne distance.
Les capteurs de la navette avaient néanmoins capté un grand nombre d’émissions provenant de la planète géante et de ses lunes. Les données manquaient de précision et ne permettaient pas à Ves de savoir qui affrontait qui, mais la concentration des émissions en plusieurs points révélait que les flottes étaient toujours intactes, du moins pour le moment.
« Même s’il est difficile de savoir si elles le sont encore, vu le décalage temporel. »
Aeon Corona VII et Aeon Corona IX passaient justement très près l’une de l’autre. Ves n’était donc pas en train d’observer les relevés d’une bataille qui s’était achevée plusieurs jours plus tôt.
« Malgré tout, le fait que ces émissions durent depuis plusieurs heures est très inquiétant. »
Cela signifiait que les flottes en difficulté menaient probablement un combat continu contre un déferlement de vaisseaux des hommes de sable.
Au début, les émissions se concentraient en quelques points, mais après plusieurs heures de combat ininterrompu, certaines commencèrent à se séparer et à s’éparpiller dans différentes directions.
« Une partie des flottes humaines se disperse ! » devina Ves à voix haute. « La flotte des Épéistes flagrants est peut-être du nombre. Impossible de le savoir avec des relevés aussi flous. »
La Capitaine Orfan jura. « Combien de vaisseaux des hommes de sable affrontent-ils ? »
« Je ne sais pas, mais ils doivent être extrêmement nombreux pour que la flotte ait décidé qu’elle avait plus de chances de s’en sortir en se dispersant ! »
Disperser une flotte était un geste désespéré. Un officier supérieur ne donnait un tel ordre que lorsqu’il estimait que maintenir la flotte groupée risquait de la faire anéantir !
Au moins, en envoyant les transporteurs de combat et les autres vaisseaux dans différentes directions, on évitait que les transporteurs rapides comme le Regard de la Gorgone soient ralentis par les vaisseaux logistiques plus lents, tels que le Beggar's Bounty et le Linever Swan.
Bien sûr, rompre les rangs laissait aussi ces gros vaisseaux lents complètement à la merci de la horde des hommes de sable !
L’équipage de ces vaisseaux poussifs, condamnés à se faire rattraper, pourrait sans doute rejoindre les vaisseaux plus rapides à bord de navettes, mais perdre tous ces bâtiments de soutien n’en restait pas moins douloureux.
Comme Ves l’avait lui-même vécu, les flottes ne pouvaient pas réfléchir aussi loin lorsqu’elles n’étaient plus qu’à un pas de la défaite !
Ves ne fut donc pas particulièrement surpris par ce résultat. Il s’intéressa plutôt aux trajectoires des émissions, qui partaient dans des directions différentes.
Certaines montaient, d’autres descendaient, d’autres encore se dirigeaient vers Aeon Corona VIII, mais au moins douze signatures différentes semblaient mettre le cap sur Aeon Corona IX !
« Nous allons bientôt recevoir de la visite ! » prévint Ves. « Amis ou ennemis, je parie qu’il y a parmi eux au moins quelques vaisseaux des Vandales flagrants et des Épéistes qui ont reçu l’ordre de venir nous récupérer ! »
« Ça pourrait aussi être les Dragons du Vide. »
« Oh, s’il te plaît, ne gâche pas mes espoirs. »
« Il faut nous préparer à affronter aussi bien des amis que des ennemis. »
Il fallut un certain temps aux signatures pour atteindre la planète, surtout que les vaisseaux des hommes de sable leur mordaient constamment les talons.
Heureusement, les vaisseaux-mères des hommes de sable étaient généralement dans la moyenne en matière de propulsion subluminique. Leurs petits vaisseaux d’escorte étaient plus rapides, mais ne s’éloignaient jamais beaucoup de leur vaisseau-mère ni de l’amiral des hommes de sable qui les contrôlait.
La situation, extrêmement chaotique, et l’abandon du ballast laissèrent de nombreux vaisseaux à leur sort. Mais leur sacrifice permit à beaucoup d’autres de se dérober aux vaisseaux des hommes de sable qui les poursuivaient.
Peu après ce changement, les combats aux abords d’Aeon Corona VII s’apaisèrent. Les émissions d’armes illuminèrent moins souvent l’espace lointain, au grand dam des capteurs de la navette qui cherchaient à les capter et à les interpréter.
« Les combats sont quasiment terminés, conclut Ves. Les vaisseaux trop lents pour semer les hommes de sable ont tous été rattrapés, tandis que ceux qui sont assez rapides pour distancer les aliens ne sont plus menacés. »
Mais combien de vaisseaux spatiaux avaient survécu ? Combien s’étaient dispersés sans jamais pouvoir retrouver leurs vaisseaux frères ?
Et puis, un grand nombre de méchas avaient forcément été isolés et n’avaient pas pu regagner leurs transporteurs.
« L’activité du Finmoth Regal s’intensifie ! Il décolle ! »
La navette n’était pas la seule à observer la scène de loin. Même si le vieux transporteur de combat, usé et malmené, n’avait pas de capteurs de grande qualité, il en possédait beaucoup, et ils étaient tous plus imposants. Ves ne fut pas surpris qu’ils aient eux aussi réussi à recouper certains indices.
« Le Finmoth Regal et ses méchas n’ont plus beaucoup de temps pour nous capturer ! »
La situation deviendrait très délicate pour les déserteurs si des vaisseaux loyaux des Vandales flagrants entraient en orbite autour d’Aeon Corona IX. Qui savait comment l’un ou l’autre camp réagirait !
Autre complication : les vaisseaux-mères des hommes de sable continueraient à coup sûr de poursuivre les humains. Un combat entre humains ne ferait que leur donner l’occasion de les rattraper !
« Nous ne devrions pas attendre ici leur arrivée. Mieux vaut aller à la rencontre de l’un des vaisseaux qui approchent ! » proposa Ves.