Chapitre 93
Chapitre n°93 – Méchas Anormaux
Traducteur/Checker : SP76
Le champ de bataille était envahi de Méchas, actifs ou hors service. La plupart des créateurs avaient envoyé leurs créations sur le terrain. Même s'ils n'en avaient pas envie, ils avaient dû envoyer leurs Méchas, afin d'avoir une chance de gagner quelques pièces.
Si la dernière vague de Méchas était beaucoup plus solide, la qualité de leurs pilotes s'était détériorée. Cela conduisit à des situations absurdes, comme celle où le lapin d'Alyssa Fill démolit 2 ou 3 Méchas qui avaient bénéficié d'un temps de création deux ou trois fois plus long.
Un tiers de la foule ne prêtait aucune attention aux autres Méchas, suivant avec frénésie les méthodes ingénieuses du cadet Lovell. Sa performance prouvait que si la qualité avait beaucoup d'importance, un pilote hors pair était capable de faire des miracles même avec le pire matériel. Même s'il n'avait pas réussi à gagner beaucoup de pièces, son avenir s'annonçait déjà radieux.
Le Mécha léger de Barakovski entra également en scène. Machine à la construction exceptionnelle, il faisait figure de géant parmi les légers, dès son arrivée sur le champ de bataille. Son pilote sut tirer parti des outils à sa disposition. Tout en laissant généreusement la place aux Méchas mieux armés, il traquait impitoyablement les légers en piteux état qui parvenaient à survivre tant bien que mal. Grâce à cette stratégie, le Mécha léger remportait facilement quelques pièces.
D'autre part, des Méchas lourds étaient également entrés en scène. Leur armure impressionnante et leur puissance de feu prodigieuse dissuadèrent de nombreux Méchas de les affronter. Se laisser entraîner dans un combat frontal serait toujours une perte. Ces Méchas lourds se contentaient de se déplacer lourdement, et chaque fois qu'ils trouvaient une pièce non réclamée, ils la ramassaient et se rendaient au point de livraison sans rencontrer de résistance.
Quant à la Licorne, le cadet Lovejoy était contraint de se faufiler comme un rat et d'éviter toute rencontre, à cause de son état. Avec une jambe presque paralysée, Lovejoy devait ramper à travers les terrains les plus désolés, afin d'éviter les zones encombrées du champ de bataille.
« J'y suis presque. Plus qu'un kilomètre à parcourir », marmonna-t-il, en restant vigilant et attentif à ses capteurs ainsi qu'à son intuition. « Cette dernière partie va être la plus difficile. Le point de livraison se trouve en plein milieu d'une plaine ouverte. »
Les points de livraison étaient déterminés de manière semi-aléatoire. Le champ de bataille comptait plusieurs milliers d'endroits potentiels que les systèmes régissant le match pouvaient transformer en point de livraison. Tous ces endroits étaient relativement ouverts et accessibles, ce qui signifiait que certains pilotes sournois pouvaient attendre dans les buissons à proximité.
Après s'être approché petit à petit, Lovejoy ne sentit aucune embuscade à proximité, mais cela ne voulait pas dire grand-chose. Tous les cadets avaient appris à minimiser leurs émissions en réduisant leur chaleur au minimum afin de fondre leur signature thermique dans l'environnement. Certains pilotes extrêmes aimaient éteindre complètement le réacteur, ce qui signifiait qu'ils étaient complètement exposés, si quelqu'un les remarquait avant qu'ils ne deviennent actifs.
Lovejoy devait prendre une autre décision. Il décida de se précipiter vers le point de livraison sans réserve.
La Licorne déboula à découvert et courut aussi vite qu'elle le pouvait, sans laisser sa jambe s'effondrer complètement. La pression sur la jambe blessée augmenta, mais ses actions prouvèrent sa valeur, puisqu'il réussit à esquiver un petit projectile cinétique.
« Ha ha, tu crois que ce coup de pistolet va m'arrêter ? ! » railla Lovejoy, en faisant légèrement dévier son Mécha sur le côté. « Tu es nul en tir ! »
Si son agresseur pilotait un Mécha performant, il allait certainement payer pour ses paroles. Mais d'après les tirs dispersés, Lovejoy avait déjà déterminé que le Mécha de son agresseur n'avait rien d'impressionnant. Avec une grâce digne d'un danseur ivre, la Licorne atteignit le point de livraison et lâcha l'une de ses pièces, gardant l'autre dans le tronc. La pièce s'éleva avec succès dans les airs, ce qui signifiait que Lovejoy avait gagné un autre point.
« Ha ha, tu arrives trop tard ! Continue à tirer si tu veux, mais tu as déjà perdu toute chance de voler mes pièces ! »
L'agresseur cessa de tirer avec son pistolet. Lovejoy supposa que le Mécha ennemi s'était retiré, même s'il ne le voyait toujours pas sur ses capteurs. Il sourit, satisfait de son bluff. Cet idiot pensait qu'il n'avait qu'une seule pièce, et ignorait que la deuxième était toujours bien à l'abri dans son tronc.
« Je t'ai bien eu. » Il rit, et retourna dans la forêt d'un pas assuré.
Dans la zone d'attente, Ves poussa un soupir de soulagement nerveux, lorsque son pilote réussit à relever ce défi. Même s'il ne pouvait pas communiquer avec son pilote, il sentait tout de même un lien avec lui.
Leurs deux avenirs étaient désormais liés. Le succès de Lovejoy rejaillissait sur Ves, tandis que ses propres exploits permettaient à Lovejoy d'atteindre de nouveaux sommets.
« Bonjour Ves. »
« Patricia ! Tu as aussi terminé ton Mécha ? »
« Il vient d'entrer sur le champ de bataille. » répondit la femme, en montrant l'endroit où il avait atterri. « Je sais qu'il est arrivé un peu tard, mais je suis sûre qu’il pourra combler son retard. »
Ves baissa les yeux et resta bouche bée, face à ce spectacle. Son ancienne camarade de classe avait conçu et assemblé un Mécha lourd araignée. Non seulement il était très lourd, et donc très lent, mais il transportait également une tonne de lance-missiles. Il ne comprenait pas pourquoi elle avait recours à un armement aussi extrême.
L'énorme Mécha araignée arma ses missiles tout en déployant un puissant ensemble d'antennes. Après avoir activé ses puissants scanners actifs, il verrouilla une série de robots, et tira la moitié de ses tubes de missiles d'un seul coup. Une pluie torrentielle de projectiles guidés s'éleva dans le ciel, avant de s'abattre sur les cibles désignées.
7 robots à proximité furent instantanément désintégrés. Deux d'entre eux transportaient des pièces, qui tombèrent à la destruction de leurs transporteurs.
11 autres robots subirent des dommages importants. Cette attaque soudaine anéantit instantanément le moral de leurs pilotes. Leur seule préoccupation était désormais de s'éloigner le plus possible. Aucun des Méchas n'osa s'approcher de l’araignée pour l'affronter, même s'il était loin d'être invincible à courte distance.
« Quelle attaque ! C'est le coup le plus meurtrier que j'ai vu jusqu'à présent dans ce match. » s’extasia le commentateur, en diffusant le replay de l'attaque. « Regardez ces survivants. Ils sont complètement terrifiés ! L'un d'eux a même jeté sa précieuse pièce ! »
Grâce à ses puissants capteurs, le Mécha araignée rampa lentement vers les pièces tombées au sol. Même s'il lui fallut un certain temps pour récupérer les trois pièces, personne ne songeait à lui voler son butin.
Un seul Mécha volant tenta de s'approcher, mais il reçut rapidement une pluie de missiles antiaériens en plein visage. Le robot tomba rapidement du ciel, tel un oiseau abattu en plein vol. Tous les autres pilotes qui rôdaient à proximité frissonnèrent et s’éclipsèrent.
« C'est un Mécha incroyablement dominateur. »
« Je sais. » Patricia sourit modestement, comme une mère regardant son fils se produire sur scène. « J'ai passé plus de six mois à l’imaginer. Même s'il aura quelques difficultés à se réapprovisionner, tant qu'il aura des missiles, il devrait dissuader tous ses adversaires. »
De nombreux créateurs étaient venus avec un projet bien développé, pour le combat libre. Ils avaient peut-être passé des mois à calculer chaque détail afin d'optimiser son efficacité. Cependant, bon nombre de ces créateurs trop préparés étaient devenus nerveux, ou avaient commis des erreurs, une fois sur scène. Beaucoup d'entre eux avaient finalement présenté des Méchas qui n'étaient pas à la hauteur de leurs capacités théoriques.
Patricia s’en était manifestement tenue à ses plans, et avait réussi à présenter un Mécha redoutable. Ves admirait sa capacité à garder son sang-froid et à livrer un produit cohérent.
Il avait également une autre raison de se réjouir de l'arrivée de son robot imposant. Plus celui-ci tuait d'adversaires, plus la pression sur Ves et Lovejoy diminuait. Avec moins d’adversaires sur le terrain, ils avaient plus de chances d'atteindre le top 100.
« Heureusement, ton Mécha se trouve de l'autre côté du champ de bataille. Je détesterais voir le mien se faire bombarder par tes missiles. »
C'était peut-être de la chance, mais la Licorne n'attirait jamais l'attention des redoutables Méchas qui dominaient actuellement le terrain. Ceux conçus par des pointes tels que Barakovski et Patricia étaient manifestement supérieurs à la moyenne des Méchas de milieu de partie.
Beaucoup de leurs créateurs n'avaient réussi à passer les qualifications que par chance. Maintenant qu'ils devaient rivaliser sur leurs propres mérites, leurs bases fragiles se révélaient être leur perte. Peu importe le nombre d'heures qu'ils passaient sur leur création, ils ne pouvaient jamais rattraper les véritables talents.
C’était aussi pour cette raison que lorsque Lovejoy rencontrait occasionnellement un autre Mécha, il s'en sortait sans être endommagé. La plupart des Méchas mal construits n'étaient pas capables de toucher quoi que ce soit, avec leurs armes à feu, car leurs membres étaient trop mal coordonnés et déformés. Les taux de réussite catastrophiques de la plupart des Méchas en jeu prouvaient pourquoi le contrôle qualité et la certification étaient essentiels.
Néanmoins, certains étaient équipés d'armes à tir rapide. Ces armes n'étaient peut-être pas très puissantes, mais leur cadence de tir élevée leur permettait de toujours toucher quelque chose, si elles étaient pointées dans la bonne direction.
La Licorne avait subi des dégâts importants sur l'ensemble de son châssis. La plupart de son armure était désormais réduite à l'état de gruyère. Sa réactivité avait considérablement diminué.
La Licorne atteignit la dernière ligne droite, alors qu'il était sur le point de s'effondrer. Il ne lui restait plus qu'une petite distance à parcourir, pour livrer sa dernière pièce, portant son score à six. La question était de savoir si cela suffirait pour entrer dans le top 100.
Il ne lui restait plus qu'un dernier obstacle à franchir. Trois Méchas se battaient pour une pièce transportée par un volant tombé au combat. Ils avaient dû l'abattre, lorsqu'il avait survolé la zone.
Contrairement à la situation précédente, les trois Méchas retenaient leur agressivité. Ils se faisaient face avec vigilance, mais ne faisaient aucun geste. Lovejoy trouvait la situation louche.
« Qu'est-ce qu'ils attendent ? Est-ce qu'ils se méfient d’autres ennemis comme moi ? Ou est-ce juste trop gênant pour eux de se battre alors qu'ils sont trois ? »
Quelle qu'en soit la raison, la Licorne était au bout du rouleau. Plus il attendait, plus il risquait de s'éteindre de force. Il ne pouvait pas laisser cela se produire.
Après un moment de réflexion, il décida de déclencher le conflit. Il leva calmement son pistolet laser cabossé, et tira quelques coups inefficaces. La lentille de focalisation était fissurée, les rayons n'étaient donc pas très concentrés ni très droits.
Cette attaque soudaine effraya les 3 Méchas, qui mirent leur plan à exécution. Ils étaient déjà sur le point de tirer. Les rayons laser errants les poussèrent à s'attaquer les uns les autres, avant que leur cerveau ne comprenne qu'un spectateur avait tiré le premier.
Telle une souris se faufilant entre deux chats en colère, la Licorne s'approcha en boitant, même si les robots avaient pris conscience de sa présence. Le tronc parvint à dissimuler le fait qu'il cachait une pièce, mais après une ou deux secondes, les combattants reconnurent cette vieille astuce.
« Il en a une ! »
Au moment où deux des Méchas tournèrent leurs armes vers la Licorne, le troisième se précipita sur la pièce tombée. Cela détourna l'attention des deux qui s'apprêtaient à attaquer la Licorne, ce qui perturba l'attention de tout le monde. Cette circonstance fortuite donna à la Licorne suffisamment de temps pour se rapprocher du point de livraison.
Au moment où une balle solide frappait son torse, il réussit à lancer la pièce, juste assez pour qu'elle atterrisse sur le point de livraison. Alors que le Mécha finissait par se désactiver en raison des dégâts catastrophiques subis par son réacteur exposé, la pièce se mit à briller et à voler dans les airs.
« J'ai réussi. »