Chapitre 92
Chapitre n°92 – Doubles Problèmes
Traducteur/Checker : SP76
Après deux heures de traque minutieuse, Lovejoy avait réussit à livrer 4 pièces. Comparé à ses concurrents, c’était un résultat honorable. Il avait eu pas mal de chance, car il avait rencontré deux autres Méchas légers qui transportaient leurs pièces. Comme ces machines avaient toutes été précipitées prématurément sur le champ de bataille, Lovejoy les détruisit facilement, grâce aux capacités supérieures de son Mécha.
Cependant, le match était désormais entré dans sa phase intermédiaire. Les Méchas de mauvaise qualité avaient cessé d'affluer. Ayant nécessité au moins deux fois plus de temps pour sortir des ateliers, la deuxième vague de Méchas surpassait largement les premiers arrivés.
« C'est trop effrayant ! Ça commence à être bondé, ici. », marmonna-t-il, en se retirant prudemment d'une pièce nouvellement apparue. Trois Méchas de milieu de partie se disputaient sa possession. Un Mécha léger usé comme sa Licorne n'avait aucune chance contre l'un d'entre eux. Il connaissait ses limites.
« Je n'ai toujours pas assez de pièces. »
Même s'il pouvait céder face aux rencontres les plus dangereuses, il devait tout de même se battre pour obtenir des pièces. Sans au moins 2 ou 3 pièces supplémentaires, ses chances d'accéder au tour suivant risquaient d’être très minces.
Il traversait la forêt avec précaution. À présent, de nombreuses zones avaient subi les dégâts des combats. Le sol était brûlé, et de nombreux arbres avaient été renversés. Des Méchas cassés jonchaient le sol comme des jouets. Beaucoup d'entre eux n'avaient subi que des dégâts légers avant de s'effondrer complètement.
« Heureusement, celui qu’a fait ce Mécha n'est pas complètement idiot. Je peux encore tenir quelques heures. »
Le seul problème qu'il rencontrait était qu’il devait se ravitailler assez souvent. Les quelques dépôts disséminés sur le champ de bataille étaient tous situés dans des zones très visibles. Il devait toujours surveiller ses arrières, au cas où il tomberait dans une embuscade.
Ses capteurs émirent un bip, l'alertant de la présence d'une pièce à proximité. Il guida la Licorne vers l'avant, et se faufila prudemment à travers le feuillage. Il repéra une pièce non réclamée appuyée contre une falaise.
« Je suis vraiment seul ici ? » se demanda Lovejoy, en regardant autour de lui avec méfiance.
Ça semblait trop beau pour être vrai. Avec un pistolet laser dans une main, et une épée dans l'autre, sa Licorne s'accroupit derrière un bosquet dense et attendit patiemment. Il réduisit la puissance de ses systèmes, afin que la signature thermique de son Mécha se fonde dans l'environnement.
« À moins que quelqu'un ne pilote un éclaireur dédié, personne ne devrait me détecter. »
Sa prudence s'avéra prophétique, car un Mécha léger bien construit s'approcha de la pièce une minute plus tard. Le Mécha semblait être un tirailleur à l'allure redoutable. Ses deux canons de poignet possédaient une puissance de feu suffisante pour faire fondre la Licorne en peu de temps, mais cela entraînerait en contrepartie une surchauffe catastrophique. Néanmoins, le tirailleur n'était pas une proie facile, mais une machine bien construite, qui avait nécessité au moins 4 heures de travail.
Après avoir scruté les environs, le tirailleur n'avait manifestement pas détecté la Licorne. Il ramassa la pièce et s'éloigna en trottinant.
« Je le fais ou pas ? » Lovejoy réfléchissait attentivement. S'il sautait sur le tirailleur, il avait de bonnes chances de lui porter un coup fatal. D'un autre côté, un tirailleur léger était l'un des pires types de Méchas, pour sa Licorne. Il décida d'annuler son embuscade.
« Quelle malchance. J'ai trouvé une pièce pour finalement la laisser à quelqu'un d'autre. »
Lovejoy avait l'impression d'avoir trahi son Mécha. Il aurait dû se battre contre ses concurrents de manière franche et honnête. Toutes ces manœuvres furtives, pour au final reculer face à un adversaire redoutable, ne faisaient que l'irriter davantage. Quand avait-il déjà agi de manière aussi lâche ?
Ses capteurs détectèrent une agitation sur la rive d'une rivière. Son Mécha fit rapidement demi-tour et s'approcha du bruit. D'après son intensité, il comprit que le combat était particulièrement intense. Seule une bataille pour des pièces pouvait mener à un combat aussi acharné.
« Deux pièces ! » s'exclama Lovejoy, en s'approchant du bord d'une bataille confuse entre 5 Méchas différents. Il devina que deux paires de coureurs et de poursuivants s'étaient percutés, puis qu'un autre Mécha s'était joint à eux.
Ce qui le fit retenir son souffle, c’était que tous les Méchas étaient des poids moyens. Ils excellaient dans les combats frontaux, mais leur vitesse n'avait rien de remarquable. Comme les Méchas devaient consacrer toute leur attention au combat, les détenteurs initiaux des pièces les avaient laissé tous tomber sur le côté.
Le cadet élabora un plan audacieux pour s'emparer des pièces avant de s'enfuir. S'il parvenait à se faufiler entre les Méchas en combat, ils ne pourraient jamais le rattraper.
« 10 secondes. Si j'arrive à esquiver toutes leurs attaques pendant 10 secondes, je m'en sortirai sans encombre. »
Il était sûr de pouvoir éviter les armes de mêlée, mais il avait moins confiance face aux projectiles. Alors que les Méchas engagés dans la bataille commençaient à accumuler les dégâts, une opportunité pour Lovejoy se referma rapidement. Il devait faire un choix.
« Rah et puis merde ! »
La Licorne jaillit des arbres et s'approcha progressivement de la pièce la plus proche. Parmi les 5 Méchas en combat, l'un d'eux remarqua le nouveau venu, mais ne put réagir. Quant aux autres, ils étaient trop occupés à se neutraliser mutuellement, et ne remarquèrent le nouveau venu que lorsqu'il fut à portée de la pièce.
« Oh non, pas question ! » s'écria le pilote d'un tireur, en tirant un rayon laser sur la Licorne.
Le Mécha léger réussit à attraper une pièce, mais fut touché de plein fouet à la taille. Ses jambes fonctionnaient encore, mais un autre coup mettrait définitivement fin à sa mobilité. Lovejoy serra les dents et contourna les robots en combat afin de s'approcher de la 2e pièce.
« Attrapez ce voleur ! »
« Il est trop rapide ! »
La Licorne reçut encore deux coups, mais ceux-ci ne firent qu'égratigner son armure. Lovejoy choisit le bon moment pour passer à l'action, alors que tous les Méchas souffraient d'un manque de munitions, ou d'une surchauffe importante. Après s'être baissé pour ramasser la 2e pièce, la Licorne prit la poudre d’escampette.
Même les commentateurs, qui regardaient depuis les tribunes, avaient remarqué cette attaque audacieuse, bien que les pilotes ne puissent pas entendre leurs paroles.
« Le cadet Lovejoy va le payer cher ! Il a osé voler deux pièces à un groupe de Méchas à l'air sérieux. Va-t-il pouvoir échapper à leurs griffes ? »
« Aïe ! Une de ses jambes a été touchée ! Mais attendez ! Le Mécha continue de courir à toute allure ! Incroyable ! »
« Il s'est échappé ! Les Méchas moyens ont perdu la trace du petit malin. Quelle tragédie ! Ils se sont battus si longtemps, pour finir avec rien d'autre que des dégâts. Leurs chances de s'en sortir sont désormais quasi nulles. »
En réalité, même si la Licorne semblait fonctionner à pleine capacité, les dégâts étaient bien plus graves que ne le pensaient les observateurs. Le rythme imposé par le Mécha augmentait la charge sur la jambe endommagée, ce qui réduisait sa durée de vie effective. Lovejoy n'avait d'autre choix que de continuer à courir à toute vitesse pour semer ses poursuivants.
« Ça devrait suffire », dit Lovejoy, épuisé, en poussant un profond soupir. Il baissa les yeux vers sa jambe et constata que les dégâts étaient assez importants. « Elle ne tiendra pas très longtemps, mais je devrais au moins pouvoir tenir assez longtemps pour livrer mes pièces. »
Lovejoy avait fait beaucoup de sacrifices, pour obtenir son butin de guerre. Il jeta directement son pistolet et son épée afin d'alléger son fardeau.
À ce stade de la bataille, il pouvait récupérer n'importe quelle arme sur un Mécha cassé, à condition qu'elle soit simple. Les armes plus sophistiquées étaient généralement équipées de contrôles d'identité, qui les verrouillaient contre les utilisateurs non autorisés.
Après avoir récupéré un couteau abandonné, la Licorne se dirigea prudemment vers le point de livraison le plus proche. Comme il transportait deux fois plus de pièces que les autres, il essaya de camoufler au mieux son butin. Il creusa un peu de terre et salit les pièces autant que possible, avant de casser un tronc d'arbre et de les fourrer dans une large entaille.
« Cela ne trompera personne qui s'approchera, mais au moins je ne trahirai pas le jeu par les reflets. »
La plupart des pilotes n'étaient pas disposés à se battre contre un Mécha s'il ne transportait pas de pièces. Un tel combat était inutile, et ne contribuait pas beaucoup à augmenter leur score. Cependant, il y avait de nombreuses exceptions.
Un lapin à l'air innocent bondit sur le chemin de la Licorne. Malgré son apparence fragile, Lovejoy s'arrêta, pris d'un frisson. Le Mécha quadrupède avait manifestement subi une épreuve difficile. Son armure était complètement usée, car il avait subi de nombreux coups obliques. Ce que Lovejoy trouva particulièrement remarquable, c’était que malgré son aspect sordide, il avait réussi à éviter les dommages critiques.
Son pilote devait être un véritable génie.
« Ton Mécha n'a aucune chance contre le mien. Tu peux dégager de mon chemin, s'il te plaît ? »
Une voix douce et suave s'échappa du Mécha lapin. « Pas avant que tu ne me montres ce que tu tiens dans tes mains. »
« Ce n'est qu'un morceau de bois que j'ai ramassé par hasard. C'est une bonne distraction, si je le jette sur des salauds odieux comme toi. »
« Très drôle. N'hésite pas à me le lancer alors. Tu pourras t'entraîner à viser. »
Lovejoy n'abandonnerait jamais ses pièces cachées. « Va-t'en. C'est ton dernier avertissement. »
Le pilote du Mécha ennemi resta silencieux, mais sa présence même était une provocation. Il ne s'écarterait pas sans se battre.
Le pire dans cette situation, c’était que Lovejoy reconnaissait la voix. Richard Lovell était l'un des meilleurs pilotes de l'Académie Abelard. Son classement oscillait toujours parmi les trois premiers. Un pilote aussi monstrueux pouvait faire des miracles avec n'importe quel machine, et encore plus avec ce lapin.
La confrontation attira même l'attention de la foule.
« On dirait que nous allons voir le premier pilote face au 16e. »
« J'ai remarqué ce Mécha léger. Il cache non pas une, mais deux pièces dans cette bûche ! »
« Comment Lovell a-t-il repéré ces pièces ? »
« Qui sait, mais je suis sûr que des étincelles vont jaillir. »
« J'ai entendu parler de Lovell et Lovejoy. Ils se sont affrontés à plusieurs reprises, en raison de la similitude de leurs noms. Ils étaient toujours ennemis, à l’entraînement. »
Le cadet Lovejoy avait en effet combattu à plusieurs reprises contre Richard Lovell. Il avait perdu plus de 90 % du temps. Même avec un Mécha supérieur, il ne baissait pas sa garde.
Le Mécha lapin fit le premier mouvement. Il bondit en avant d'un puissant saut qui surprit la Licorne. Lovejoy fit une embardée, tout en lançant la bûche sur le lapin. Le bois fragile ne parvint pas à égratigner le lapin, mais cette distraction suffit à Lovejoy pour faire pivoter son Mécha et frapper le lapin qui venait d'atterrir.
« Tu es trop jeune pour me prendre au dépourvu. » dit calmement le cadet Lovell, tandis qu’il donnait un coup de patte contre la prise.
Après avoir repoussé le couteau, le lapin bondit vers lui et évita étonnamment un coup de pied en claquant des mâchoires contre la partie endommagée de la jambe de la licorne. Il était trop faible pour arracher toute la jambe, mais il réussit à aggraver la blessure.
« Espèce d’enfoiré ! Je ne te laisserai pas me priver de mes chances ! » rugit Lovejoy, en devenant fou furieux. Les dégâts subis par sa jambe avaient tellement empiré qu'il ne tiendrait pas plus d'une heure, voire moins s'il sollicitait trop son membre. Cependant, il ne pensait pas à préserver sa jambe et essayait frénétiquement de démolir le Mécha lapin.
Même le cadet Lovell fut surpris, par cette soudaine férocité. Il tenta de piloter son lapin hors de portée autant que possible, mais il souffrait encore des limites de son introduction précipitée sur le champ de bataille. Le lapin repoussa les attaques du mieux qu'il put, et réussit même à porter un autre coup en tirant avec le laser intégré dans sa bouche.
La Licorne encaissa le coup de plein fouet et ne subit que des dégâts au niveau de sa cage thoracique. Le laser n'avait finalement pas assez de puissance pour la transpercer d'un seul coup. Lovejoy ne donna pas au lapin une autre occasion de tirer, car il finit par l’atteindre.
Avec une efficacité brutale, la Licorne appuya sur la tête de son adversaire avec un bras, et le trancha avec le couteau de l'autre. Le couteau trancha les deux oreilles, ainsi qu'une bonne partie de sa tête.
Ce mouvement soudain fit perdre son équilibre à la Licorne. Le cadet Lovell réussit à éloigner son lapin et bondit comme un fou dans les buissons.
« Ouais ! Va te faire voir ! » cria Lovejoy, même s'il renonça à poursuivre le robot blessé.
Son expression s'assombrit, lorsqu'il lut le rapport détaillé des dégâts subis par la jambe déchiquetée de la Licorne. Son intégrité structurelle était sur le point de céder. Elle ne pouvait plus supporter autant de poids. Afin de conserver sa forme, la Licorne était contrainte de marcher.
« J'ai deux pièces. Tant que je réussis à les livrer, j'ai encore une chance raisonnable d'atteindre le top 100. »
Le lapin avait gravement compromis ses chances de survie. Certaines années, 6 pièces suffisaient pour passer le cap. Cependant, cela n'était pas garanti, pour la compétition de cette année. Le cadet Lovejoy faisait face à une bataille difficile.
« Tout d'abord, je dois finir de livrer ces fichues pièces. »