Chapitre 883
Les Vandales et les Épéistes de Lydia n’étaient plus en proie au doute. À présent que les Vesiens étaient à leurs portes, tous ces pilotes de mécha indisciplinés s’étaient calmés.
Dans une bataille pour la survie, le doute menait à la défaite !
Avec environ quatre à cinq cents méchas déployés de chaque côté, la ligne de front s’étirait sur des kilomètres. Le quartier général provisoire ne parvenait à rester en contact avec tous leurs méchas qu’à l’aide de relais.
Le terrain imposait de nombreuses contraintes aux combats. Les interférences dans l’air, si près de la zone rouge, entravaient les communications et dissuadaient les deux camps de disperser leurs méchas. Il aurait été trop facile de se retrouver isolé et coupé des renforts.
La forte gravité compliquait également les combats. Les Épéistes flagrants avaient précédemment mis en pièces les Tongs du gang des Emprisonnés en encerclant leurs méchas et en détruisant d’abord leurs sacs à dos gravitiques. Privés de leurs champs antigravitationnels personnels, les méchas touchés se retrouvaient contraints de lutter contre une gravité six fois supérieure à la normale.
Cela réduisait pratiquement à néant l’efficacité au combat d’un mécha !
De plus, la forte consommation d’énergie des sacs à dos gravitiques décourageait les affrontements longs et interminables, qui se produisaient généralement lorsque des centaines de méchas s’affrontaient au sol.
En réalité, la plupart des affrontements terrestres s’étalaient sur plusieurs jours. Les batailles dans des jeux virtuels comme Iron Spirit ne donnaient pas une idée fidèle de la manière dont elles se déroulaient habituellement, car leur endurance et leurs réserves étaient soumises à des restrictions artificielles destinées à accélérer les choses.
Si les Vesiens s’étaient résolus à livrer un affrontement frontal, c’était principalement parce qu’ils ne pouvaient pas soutenir la consommation énergétique colossale d’un combat de moyenne intensité qui s’éternisait. Ils préféraient mener une bataille brève et intense, et en finir rapidement pour éviter tout incident lié à leurs réserves d’énergie !
« Quel spectacle grandiose », murmura Ves en voyant les capteurs sismiques continuer à afficher une masse floue d’objets lourds avançant vers les lignes de bataille préparées par les Vandales et les Épéistes de Lydia.
Aucun des deux camps ne chercha à manœuvrer. Les Épéistes flagrants étaient forcés de tracer une ligne à ne pas franchir, puisqu’ils avaient pour mission de protéger le camp et le convoi de ravitaillement. Les Vesiens tentaient délibérément de la franchir, car une confrontation directe répondait à leurs besoins.
Une situation rare se présentait donc : les deux camps réclamaient de plein gré une bataille rangée !
De telles batailles glorieuses entraient régulièrement dans les annales de l’histoire. Peu importait le vainqueur : tant qu’un camp se battait de son mieux, tout le régiment de méchas recevait un immense honneur. Ses exploits seraient consignés dans un récit glorieux, puis ajoutés aux archives, enrichissant à leur tour sa tradition martiale.
Un régiment de méchas doté d’une longue liste de faits d’armes avait bien plus de poids qu’un régiment qui ne pouvait se targuer que de quelques batailles notables !
Une des raisons cachées du complexe d’infériorité des Vandales flagrants avait toujours été leur manque de faits d’armes. Les petits raids sans importance et les opérations d’interdiction commerciale ne méritaient pas de figurer dans un récit de bataille.
Seuls les grands affrontements, comme l’opération Detemen, devenaient des titres de gloire.
Depuis que les Vandales s’étaient lancés dans leur expédition historique au Royaume de Vesia, ils n’avaient cessé de livrer de rudes batailles, au prix de nombreux frères et sœurs tombés au combat.
Mais leur sacrifice n’avait pas été vain ! Non seulement ils avaient accompli leur mission ou survécu, encore et encore, mais ces batailles avaient aussi contribué à l’ascension des Vandales flagrants.
Après la guerre, personne ne mépriserait les Vandales flagrants en les traitant de déchets du Corps des Méchas. Chaque vétéran vandale pourrait facilement rappeler les honneurs qu’il avait gagnés dans sa chair et son sang. Certains régiments de méchas auraient aimé affronter les Vesiens aussi souvent que les Vandales flagrants !
« Regardez nos faits d’armes ! Dites-moi si nous nous sommes battus avec moins de bravoure que les régiments de méchas en première ligne ! »
À présent, nombre de pilotes de mécha vandales se battaient non seulement pour survivre, mais aussi pour laisser derrière eux un héritage !
Le Corps des Méchas traitait toujours généreusement les descendants des pilotes de mécha tombés au combat. Les proches d’un guerrier disparu bénéficiaient d’un traitement de faveur et de subventions. C’était une façon d’encourager les pilotes de mécha à combattre sans crainte et de préserver le soutien de la population à la guerre.
En fait, la République Lumineuse n’avait fait que reprendre cette pratique aux Vesiens. Les gens du peuple vésiens étaient généralement maltraités dans leur société, mais tout changeait lorsqu’un membre de leur famille devenait pilote de mécha.
N’importe quel roturier pouvait devenir chevalier s’il se distinguait au combat ! C’était aussi pour cette raison que les Vandales s’attendaient à ce que les Vesiens se battent tout aussi durement, voire davantage.
Après tout, les Vesiens avaient l’avantage.
« La force principale entre à portée. »
« Cessez le feu. À cette distance, nous ne toucherons presque rien. »
À cause des interférences dans l’air, la portée efficace des armes laser était pratiquement réduite de moitié. Leur puissance ne faisait aucun doute, mais leur précision chutait considérablement au-delà de quelques kilomètres. Avec les systèmes de contre-mesures électroniques intégrés à tous les méchas modernes, seuls cinq à dix pour cent des faisceaux laser atteindraient peut-être leur cible.
Les deux camps s’attendaient à ce que l’issue de la bataille se décide au corps à corps. Cela convenait parfaitement aux Épéistes de Lydia, qui avaient toujours eu une confiance absolue en leur maîtrise de l’épée en mécha.
C’est pourquoi leur ligne principale se composait de méchas des Épéistes de Lydia. Les Devil Razors et les Silver Valencias se distinguaient tout particulièrement. Les modèles conçus par Mayra occupaient tous le premier rang et inspiraient aux autres Épéistes de Lydia une soif de combat sans précédent.
Pour les Épéistes de Lydia, cette bataille entrerait dans la légende !
Quant aux Vandales flagrants, ils avaient placé leurs méchas sur les ailes et à l’arrière. Leur parc de méchas était hétéroclite et manquait de cohésion. Mais cela leur offrait aussi une grande souplesse, et, pour cette bataille, ils avaient décidé de combler les lacunes que les Épéistes de Lydia ne pouvaient pas couvrir.
Ves comparait le déploiement des méchas des Épéistes flagrants à un poing puissant entouré d’ailes. Le poing devait frapper l’ennemi de plein fouet, offrant ainsi aux ailes suffisamment d’occasions de le prendre à revers.
Les méchas des Épéistes de Lydia jouaient donc le rôle le plus crucial. Plus ils tiendraient longtemps face aux Vesiens, plus ils auraient de chances de les tailler en pièces !
Les Meandering Monkeys commencèrent à voltiger au bord de la portée moyenne. Les pilotes des méchas de tir vandales et des Épéistes de Lydia brûlaient d’envie d’envoyer leurs lasers sur ces légers méchas agaçants qui leur avaient rendu la vie infernale pendant la semaine écoulée, mais leurs officiers les retenaient fermement.
« Les méchas des Meandering Monkeys nous provoquent pour nous pousser à tirer. Leurs esquives sont trop habiles pour qu’on les touche à cette distance. Nous ne ferions qu’épuiser nos réserves d’énergie plus vite », insista la Capitaine Byrd.
Les Vandales avaient beau avoir constitué un stock raisonnable de batteries et de cellules énergétiques, cela ne signifiait pas qu’ils pouvaient faire tout ce qu’ils voulaient. Leurs réserves d’énergie étaient elles aussi limitées.
« L’avant-garde des Guerriers de Hostland est en vue ! »
Ves reconnut certains modèles de méchas des Guerriers de Hostland grâce à des images d’archives. Toutefois, la République Lumineuse ne s’était jamais beaucoup intéressée au dispositif militaire du Duché de Hafner. Comme son territoire se trouvait à l’opposé du Royaume de Vesia, ses légions de méchas étaient rarement déployées contre la République Lumineuse.
Ves aperçut donc de nombreux modèles inédits. Les Guerriers de Hostland ressemblaient aux Vandales flagrants en ce qu’ils ne se spécialisaient pas dans un rôle précis. Ils alignaient des méchas chevaliers, épéistes, fusiliers, d’escarmouche légère, d’assaut, de première ligne et bien d’autres encore.
Ils n’alignaient pas non plus de méchas lourds, soit parce qu’ils n’en possédaient aucun, soit parce que leur budget énergétique ne pouvait pas supporter une telle charge.
Malgré cela, leur dispositif de bataille montrait clairement que les Guerriers de Hostland pouvaient tenir tête aux autres régiments de méchas de première ligne !
« La réputation des Guerriers de Hostland ne leur rend pas justice, dit quelqu’un. Ils sont parfaitement équipés pour les batailles rangées. »
Le drame du Duché de Hafner était qu’un régiment comme les Guerriers de Hostland avait rarement l’occasion de déployer toute sa puissance. Ils avaient pour voisins la République de Reinald, un État qui n’avait jamais officiellement déclaré la guerre aux Vesiens.
Cela n’empêchait pas leurs pilotes de mécha indisciplinés de former des bandes de pirates sans aucun lien avec eux et de piller les territoires de Hafner. La plupart du temps, les Guerriers de Hostland divisaient leurs forces et montaient la garde, attendant une attaque qui ne venait presque jamais, tant les Guerriers étaient redoutables dans les affrontements directs.
Les Guerriers de Hostland attendaient donc eux aussi cette bataille avec impatience. Les Vandales flagrants n’avaient peut-être pas une excellente réputation parmi les régiments de méchas, mais, au cours de cette dernière guerre, ils avaient largement prouvé leur bravoure face aux Vesiens. Vaincre les Vandales et leurs redoutables alliés pirates leur apporterait aussi une grande gloire !
À mesure que les Guerriers de Hostland s’approchaient, aucun des deux camps n’envoya d’émissaire. Lors des batailles rangées, la tradition voulait que les deux camps dépêchent des émissaires pour parlementer ou des champions pour se battre en duel à mort.
Aucun des deux camps ne jugeait nécessaire de se plier à ces traditions artificielles. C’était un combat à mort. Si loin dans les Terres de la Tempête et si près du Starlight Megalodon, aucun des deux camps ne pouvait laisser un adversaire s’échapper.
La réussite de leurs missions dépendait de l’élimination de leurs plus grands rivaux à la surface d’Aeon Corona VII !
D’autres forces terrestres pirates rôdaient peut-être dans les environs. Même si l’une d’elles parvenait jusqu’à la zone rouge, les Épéistes flagrants et les Vesiens doutaient qu’elle ait conservé une grande capacité de combat.
Eux seuls régnaient sur le champ de bataille. Mais cette région ne pouvait accueillir qu’une seule couronne.
Aucun des deux camps ne pouvait tolérer plus longtemps la présence de l’autre !
Finalement, la Capitaine Byrd lança le premier ordre : « Méchas Akkara, faites feu sur la ligne ennemie ! »
Les dix méchas lourds équipés de canons réduisaient l’écart de puissance entre les deux camps des Épéistes flagrants. Ils disposaient d’une puissance de feu inimaginable, mais ne pouvaient en tirer pleinement parti qu’avec le temps. Plus tôt ils ouvriraient le feu, plus l’ennemi en souffrirait !
La Capitaine Byrd n’hésita donc pas à engager les Akkara en premier ! Leurs canons laser avaient une portée considérable et leurs systèmes de ciblage étaient tous de premier ordre. Leurs pilotes étaient spécialisés dans le pilotage des méchas lourds comme des méchas de tir, et formaient un groupe d’élite rare parmi les Vandales.
D’épais faisceaux laser traversèrent le champ de bataille à la vitesse de la lumière et brûlèrent aussitôt la coque des méchas ennemis.
À cette distance, une part importante des faisceaux laser atteignit sa cible ! Les Guerriers de Hostland ne s’attendaient pas à essuyer des tirs à cet instant, et la plupart des méchas touchés tardèrent à esquiver sur le côté.
Signatures thermiques élevées détectées chez les Guerriers de Hostland. Ils ripostent !
Les Vesiens ripostèrent rapidement avec des centaines de faisceaux laser plus petits. Les Vandales et les Épéistes de Lydia avaient déjà déplacé leurs méchas, et furent donc moins nombreux à être touchés.
La bataille venait de s’engager pour de bon !
« Méchas de tir, déployez-vous sur les ailes ! »
Tandis que les méchas de mêlée convergeaient lentement les uns vers les autres, les méchas fusiliers des deux camps entamèrent leur danse. Comme lors du combat contre les Tongs du gang des Emprisonnés, le duel entre méchas fusiliers ressemblait à une chorégraphie élaborée.
C’était comme une escarmouche amplifiée, avec plus d’une centaine de méchas de chaque côté. Les méchas de tir des Guerriers de Hostland se révélèrent remarquablement habiles, solides autant dans leur adresse au tir que dans leurs esquives.
En revanche, le niveau des pilotes de mécha de tir vandales variait considérablement. Leurs parcours étaient trop différents, et la plupart avaient suivi leur formation de base en dehors des Vandales.
Néanmoins, la diversité des méthodes employées par les méchas de tir vandales empêchait aussi les Guerriers de Hostland de miser sur une faiblesse précise. Les méchas fusiliers vandales agissaient chacun de leur côté, tout en suivant une stratégie générale qu’on ne pouvait clairement discerner qu’en prenant du recul.
Les méchas de tir vandales s’étalèrent sur les ailes et forcèrent les Guerriers de Hostland à envoyer leurs propres méchas de tir à leur poursuite, sous peine de laisser leurs flancs exposés à des tirs de harcèlement.
Les méchas fusiliers vandales parvinrent à éloigner la majeure partie des méchas de tir des Guerriers de Hostland de la ligne de bataille des Épéistes de Lydia !
« Le reste dépend de vous, les Épéistes de Lydia ! »