Chapitre 877
Les Vesiens accentuèrent la pression sur les Épéistes flagrants. Les méchas des Meandering Monkeys prenaient désormais davantage de risques pour infliger de sérieux dégâts aux éclaireurs des Épéistes flagrants, tandis que les méchas légers des Guerriers de Hostland refaisaient leur apparition.
« Les Vesiens se préparent au combat ! »
« Les Meandering Monkeys ont cessé de faire dans la dentelle. Ils cherchent à mettre nos méchas hors de combat ! »
Les méchas légers épuisés des Épéistes flagrants avaient beaucoup souffert ces derniers jours. Ves avait dû renvoyer les méchas légers sur le terrain après de rapides réparations de fortune, et leurs pilotes avaient subi une pression considérable.
Les pertes commencèrent à s’accumuler. Les méchas subissaient non seulement de sérieux dégâts, mais certains étaient aussi détruits !
Heureusement, les pilotes de mécha avaient pu s’éjecter à temps, et personne n’avait perdu la vie. Mais les méchas légers vesiens réduisaient toujours en ferraille les épaves à terre avant de repartir.
Autrement dit, même si des renforts vandales ou épéistes arrivaient à la rescousse des escouades en difficulté, les épaves étaient irrécupérables. Chaque fois qu’on en déposait une devant Ves, il ne pouvait que secouer la tête, impuissant, et envoyer les débris au recyclage.
Le déclin manifeste des méchas légers vandales et épéistes faisait monter la tension dans le camp. En prélude à la bataille décisive, les fréquentes escarmouches entre les méchas éclaireurs remplissaient en quelque sorte le même rôle qu’un duel entre champions avant une grande bataille rangée.
La victoire ou la défaite d’un seul champion n’influait pas vraiment sur la capacité de combat de l’un ou l’autre camp, mais elle avait d’énormes répercussions sur le moral !
Pour l’heure, le « duel » entre les méchas légers vesiens et ceux des Épéistes flagrants s’étirait sur plusieurs jours, prolongeant les souffrances du camp perdant. Les mauvaises nouvelles s’accumulaient, tandis que les bonnes se faisaient rares.
Le camp n’étant pas très grand, tout le monde pouvait voir les méchas légers endommagés rentrer de patrouille. Le résultat des escarmouches sautait donc aux yeux de tous.
Ves supposait qu’il se passait exactement l’inverse dans le camp vésien. Chaque fois que les Meandering Monkeys et les Guerriers de Hostland rentraient de leurs missions de harcèlement, ils devaient sans doute exhiber leurs exploits avec l’entière bénédiction de leurs supérieurs.
De telles actions remontaient le moral et galvanisaient les pilotes de mécha vesiens en vue du combat.
Ainsi, si le changement de moral d’un seul camp pouvait sembler inquiétant sans plus, l’écart qui se creusait entre les deux finissait par produire un effet alarmant !
« Les Vesiens nous démantèlent méthodiquement, en commençant par notre confiance. Ils ne s’en prennent à nos méchas légers que pour atteindre leur véritable objectif ! Bande de salauds retors ! »
Le pire, c’était que même si les Vandales et les Épéistes comprenaient les intentions des Vesiens, que pouvaient-ils faire ? S’ils rappelaient leurs patrouilles de méchas légers et se retranchaient près du camp, ils laisseraient les Vesiens observer en détail leurs forces de combat, non ?
En outre, les Vesiens pouvaient facilement arroser le camp de tirs laser à longue portée et endommager les ateliers ainsi que d’autres installations essentielles.
Alors, même s’ils savaient que les Vesiens leur faisaient subir un sale coup, les Épéistes flagrants étaient forcés de jouer le jeu, car toutes les autres solutions à leur disposition auraient conduit à des conséquences encore pires !
« Les Vesiens nous préparent pour l’abattoir. »
« Bon sang, pourquoi n’attaquent-ils pas déjà ? Qu’ils mettent fin à nos souffrances ! »
« Je ne comprends pas pourquoi on se terre ici. Pourquoi ne pas passer à l’attaque ? »
« Imbécile ! Qui attaquerait alors qu’on n’y voit rien ? Si on fonce dehors à la va-vite, on tombera droit dans leur piège ! »
Le choix rationnel et prudent de maintenir le statu quo que fit la Capitaine Byrd donnait malgré elle l’impression qu’elle manquait de cran.
Les Vandales ne laissaient jamais leurs ennemis les traiter comme des punching-balls ! D’habitude, c’était plutôt l’inverse !
Leur instinct offensif était gravé dans leur tradition martiale. Garder une position statique et se tenir sur la défensive allait à l’encontre de leur conduite habituelle sur le champ de bataille.
En temps normal, les Vandales flagrants avaient l’initiative et pouvaient attaquer ou battre en retraite à leur guise. Cette fois, la mission les avait contraints à rester sur une Super-Terre où la mobilité de tous était fortement limitée. L’environnement entier leur était hostile depuis le départ, les plaçant dans cette impasse où leurs forces ne pouvaient s’exprimer, tandis que leurs faiblesses étaient exposées aux yeux de l’ennemi.
Les Épéistes de Lydia partageaient les mêmes caractéristiques que les Vandales. Elles étaient certes un peu plus habituées à traverser des planètes sauvages, mais elles aussi avaient sous-estimé les épreuves qu’elles devraient endurer sur Sept.
Toutes ces privations avaient gravement sapé leur moral et leur confiance en elles. Les Épéistes avaient au moins traversé de nombreuses crises par le passé, et leur entraînement avait porté leur volonté à des sommets inouïs ; elles continuaient donc à croire en elles-mêmes.
Quant aux Vandales, ils s’effondraient comme s’ils avaient perdu l’usage de leurs jambes. Ves n’en pouvait vraiment plus. Ils se montraient si sûrs d’eux et si arrogants face à un adversaire faible, mais dès qu’ils affrontaient une menace vésienne sérieuse, ils se transformaient en poules mouillées.
C’était typique des brutes qui s’en prenaient aux faibles et craignaient les forts !
La Capitaine Byrd finit par prendre conscience du problème qui affectait ses hommes, mais que pouvait-elle faire ? Remonter le moral des troupes n’avait jamais été une priorité pour elle, et ses discours maladroits et guindés ne faisaient qu’accroître leurs doutes au lieu de les apaiser.
Plus grave encore, les Vandales avaient perdu le seul officier de mécha compétent capable de remonter le moral de tous. L’absence de la Capitaine Orfan, pilier de leur confiance, tombait au pire moment.
Ils n’auraient pas dû se hâter d’envoyer les groupes d’exploration et de renfort sans sécuriser le camp principal !
À présent, à cause des incidents qui avaient frappé la Capitaine Orfan, Qilanxo, les transports rapides, les Protecteurs Endurants et l’Asterias lorsqu’ils s’étaient trop approchés du Starlight Megalodon, les Épéistes flagrants risquaient de devoir combattre sans leur aide !
Les méchas vesiens avaient beau avoir renoncé à leurs efforts précédents pour économiser leur énergie et faire pression sur les Épéistes flagrants, ils ne pouvaient pas poursuivre indéfiniment ces actions coûteuses.
À un moment ou à un autre, les Vesiens devraient passer à l’action. Et ce moment était presque arrivé pour les Épéistes flagrants.
Certains officiers de mécha plus perspicaces sentirent approcher l’heure décisive. Ils rassemblèrent le courage qui leur restait en prévision de la bataille la plus importante de leur carrière.
Ves s’employa à préparer les méchas pour l’affrontement imminent. Il n’avait même plus besoin de remettre les techniciens de mécha au pas : ils savaient aussi bien que lui que leur travail pouvait faire pencher la balance lors du choc à venir !
Au cours d’une de ses rares pauses, Ves reçut soudain une visite inattendue. Il décida aussitôt de le recevoir dans un bureau fermé, en activant son brouilleur de signal pour couvrir toute la pièce.
« À ta tête, Jimmy, on dirait que tu as quelque chose d’urgent à me dire. »
Ces derniers temps, Ves n’avait pas eu le loisir de se préoccuper d’autres affaires et avait cessé de voir Talkative Jimmy. L’insistance avec laquelle celui-ci avait demandé un entretien l’inquiétait tout de même un peu.
« Mes gars et moi avons gardé un œil sur quelques types louches. On ne les a pas encore pris en flagrant délit, mais certains ont des comportements suspects. »
« Ça concerne aussi notre pilote expert ? »
« Le Vénérable Karol Xie est absorbé par les réparations de son mécha. Il n’a rien fait de particulier ces derniers temps, mais ses flagorneurs ne le quittent pas. »
Ça ne signifiait pas que le pilote expert étranger restait sans rien faire. Ves plissa les yeux, méfiant. « Qu’est-ce que ton instinct te dit ? »
Talkative Jimmy était peut-être bon à rien dans ses fonctions habituelles, mais Ves ne pouvait pas lui reprocher son sens des relations humaines. Chacun avait ses points forts, et Jimmy savait bien juger les gens.
Ves croyait même que Talkative Jimmy pouvait être un agent de Flashlight, bien que l’homme fût beaucoup trop incompétent dans d’autres domaines. Soit il jouait son rôle à la perfection, soit il était tout simplement ce qu’il semblait être. Ves était incapable de trancher.
« Mon instinct me dit que ce brusque changement d’habitudes est dû à quelque chose de nouveau, répondit Talkative Jimmy d’un ton grave. Sans le brouilleur de signal, je n’aurais pas osé exprimer le moindre doute sur le pilote expert. Tu sais ce que j’en pense ? Je parierais qu’un espion vésien a réussi à s’infiltrer dans notre camp et, d’une manière ou d’une autre, à retourner notre propre pilote expert contre nous !
Il n’a jamais vraiment adhéré aux Vandales, de toute façon, et son comportement pendant notre marche à travers la planète a toujours été louche. Il y a quelque chose qui cloche chez lui, j’en suis absolument certain ! »
« C’est une accusation grave. Tu as des preuves ? » demanda Ves.
« Non. C’est juste une intuition, mais je ne suis pas le seul à penser ainsi. Tous mes copains qui ont gardé un œil sur le Vénérable sont du même avis. Il reste dans son coin depuis tout ce temps et n’a encore rien fait. Tu ne trouves pas ça bizarre ? »
Ves marqua une pause. À bien y réfléchir, même le Vénérable Rixt O’Callahan n’aurait pas ignoré cette chute alarmante du moral. Les pilotes experts avaient généralement tendance à rester distants et difficiles d’accès pour éviter d’être assaillis par des fans enragés,
« Dans une situation pareille, un héros comme le Vénérable Xie aurait dû nous soutenir. Au lieu de s’enfermer dans sa Danseuse Pâle, il aurait dû se mêler aux hommes, estima Ves. Son inaction va à l’encontre des intérêts des Vandales. »
Ça ne signifiait pas que le Vénérable Xie avait l’intention de poignarder les Vandales dans le dos, mais son manque d’efforts pour enrayer le déclin avait de quoi inquiéter. Les pilotes experts étaient les atouts maîtres des régiments de méchas puissants. Outre leur rôle de combattants suprêmes, ils servaient aussi de symboles.
Les Vandales avaient peut-être simplement mis son inaction sur le compte de ses origines étrangères ou de son manque d’habitude à travailler avec un régiment de méchas, mais Jimmy voyait les choses autrement.
Ves faisait grand cas de son intuition et, cette fois, elle lui indiquait que Jimmy croyait à ce qu’il disait. Mais pouvait-il aussi se fier à l’intuition de Jimmy ?
Toute la question reposait sur le bien-fondé des conjectures et des ouï-dire de Jimmy. Ves pouvait-il vraiment croire ce dernier lorsqu’il disait que le Vénérable Xie préparait peut-être quelque chose de néfaste ?
« Tu as un homme infiltré dans son entourage ? » demanda Ves.
« Pas du tout. » Jimmy secoua la tête. « J’ai essayé d’y envoyer quelques copains, mais cet étranger est très strict quand il s’agit d’accepter des gens dans son cercle. On a essayé pendant des mois, mais aucun de nous n’a réussi à gagner sa confiance. »
Leurs options s’en trouvaient considérablement limitées. À ce stade, Ves voulait accéder aux interfaces neurales de la Danseuse Pâle et au simulateur personnalisé pour effacer les preuves de ses méfaits. Quoi qu’il arrive lors de la bataille à venir, Ves ne pouvait vraiment laisser aucune trace du travail qu’il avait effectué à la demande du major Verle.
« Il faut que j’accède à son mécha, dit simplement Ves. Tu peux m’y conduire ? »
Jimmy fronça les sourcils. « Tu n’es pas le concepteur en chef ? Pourquoi tu ne vas pas là-bas tout simplement ? »
Ves ne pouvait pas lui expliquer que le Vénérable Xie se méfiait probablement de lui. Peut-être que ses actes avaient directement poussé le Vénérable Xie à changer de camp !
Après quelques minutes de plus à discuter à voix basse, Jimmy quitta le bureau sans qu’ils aient trouvé de solution. Ni Ves ni Jimmy ne savaient comment réagir à la possibilité que leur propre pilote expert les trahisse.
Jimmy lui avait déjà dit que ses « copains » et lui avaient prévu quelque chose pour les autres types louches, mais ils ne pouvaient pas s’en prendre à un pilote expert.
Et puis, le Vénérable Xie mangeait et dormait pratiquement dans le cockpit de la Danseuse Pâle. Il agissait avec une prudence extrême et ne quittait jamais son mécha, prétextant qu’il devait pouvoir se jeter dans la bataille à tout moment.
Ves se disait que le pilote expert se méfiait peut-être de toute nouvelle tentative de falsification de l’interface neurale de la Danseuse Pâle. Tant que le Vénérable Karol Xie dormirait pratiquement dessus, Ves ne pourrait pas s’y faufiler pour en altérer davantage l’interface neurale !
La visite de Jimmy avertit Ves qu’il n’avait plus le temps d’hésiter.
Il devait prendre les devants avant que la situation ne lui explose à la figure.