Chapitre 872
Lorsque les Vandales préparèrent l’équipement du groupe d’exploration, ils songèrent à maintenir le contact. Les interférences étaient si fortes qu’il était impossible de recevoir des signaux sans fil à plus de quelques kilomètres ; le seul moyen de rester en communication était donc d’utiliser un support matériel.
Le chef Dakkon et quelques autres ingénieurs conçurent un petit robot-araignée. Il était aussi petit que la paume d’une main et pouvait franchir des pentes très raides, mais la vitesse n’était pas son fort. Même s’il devait être relativement résistant à l’effet de dégradation, en réalité, il ne s’agissait que d’un robot bon marché, conçu pour être aussi petit et peu coûteux que possible tout en restant capable de traverser un terrain accidenté.
Peu importait. Les Vandales en produisirent des milliers en un rien de temps et les rangèrent dans des caisses qui en contenaient des centaines. Une fois pliés, ils prenaient très peu de place : les transports rapides pouvaient donc facilement les emporter tous.
À peu près toutes les heures, le groupe d’exploration en lâchait deux et les programmait pour qu’ils rejoignent des points de dépôt précis, assez éloignés du campement temporaire.
La plupart n’y parviendraient pas. Ils seraient écrasés sous le pied de ces petits dieux égarés qui parcouraient les étendues clairsemées de la zone rouge, retardés de plusieurs semaines, bloqués dans une fosse ou un terrain difficile, voire abattus par des forces rivales qui repéreraient les robots-araignées !
Mais chaque robot-araignée qui atteignait un point de dépôt transmettait aux Vandales et aux Épéistes restés en arrière des nouvelles précieuses sur la situation.
« Le taux de survie des robots tourne autour de trente pour cent jusqu’ici. Pas mal. C’est mieux que ce qu’on espérait. » Le chef Dakkon se félicita de son propre travail.
« Ça ne fait qu’un jour, fit remarquer Ves. Les robots n’ont pas une grande distance à parcourir. Une fois qu’ils auront atteint le Starlight Megalodon, qui sait si nous en recevrons encore un seul ? »
« J’ai confiance en mes robots. Ce sont de petites bêtes pleines de ressources. »
À ce moment-là, la Capitaine Byrd convoqua un petit groupe d’officiers mécha et de chefs pour les informer de ce que le groupe d’exploration avait rencontré jusqu’alors. Tous étaient impatients de découvrir ce que la fameuse zone rouge leur réservait.
Une projection s’anima. La Capitaine Byrd résuma les premiers rapports. « Comme nous nous y attendions, le terrain est de plus en plus accidenté. Cela pourrait s’expliquer en partie par un impact majeur survenu dans le passé, comme le crash d’un cuirassé de la taille d’une ville dans la région. Toutefois, les irrégularités du terrain pourraient également être dues à de fortes perturbations de l’espace-temps.
Le pire, c’est que ces fortes perturbations se poursuivent peut-être et constituent toujours un grave danger. »
Tous prirent un air grave, Ves compris. Lors de la campagne de la Planète Lumineuse, il avait été témoin des horreurs provoquées par les bizarreries de l’espace-temps. Quiconque était victime d’un pli de l’espace-temps ou d’un phénomène du même genre risquait de subir un sort pire que la mort !
La projection passa à diverses plantes extraterrestres et à d’étranges animaux pris pour proies par de robustes petits dieux.
Le Docteur Tillman prit la parole à son tour. « Jusqu’ici, nous n’avons repéré aucun sauvage ni aucune tribu de sauvages, mais la zone rouge abrite quelques créatures extraterrestres et petits dieux. Les exobêtes extraterrestres semblent être les vestiges de la faune indigène de la planète, qui a survécu au processus de terraformation.
La raison la plus probable de leur présence dans la zone rouge est que son environnement ne convient pas à la vie terrestre. »
En somme, la zone rouge donnait aux Épéistes flagrants un aperçu de Seven avant l’intervention humaine.
« Les bestioles extraterrestres sont-elles dangereuses ? »
« Nous ne le pensons pas, mais mieux vaut ne pas tenter le diable. Leur chair est presque certainement immangeable pour les humains ordinaires, et elles sont remarquablement adaptées à la forte gravité. Comme elles sont de petite taille, elles ne devraient pas représenter une trop grande menace pour une personne à pied correctement armée et protégée. »
Le reste de la réunion fut consacré à diverses observations sans lien entre elles. Par exemple, les Protecteurs Endurants conçus par Ves résistaient bien, tout comme l’Asterias de Mayra. Les deux méchas avançaient avec stabilité et assurance sur le terrain accidenté, et supportaient les fréquentes distorsions de l’espace-temps avec un stoïcisme à toute épreuve.
En fait, les transports rapides améliorés avaient déjà connu quelques dysfonctionnements, alors que ce n’était que le premier jour !
Le visage du chef Dakkon se renfrogna lorsqu’il prit connaissance de ces piètres résultats. Ce n’était peut-être qu’une mauvaise journée pour ses transports rapides, mais cela révélait tout de même une faiblesse potentielle. Sans les transports et les provisions qu’ils acheminaient, jusqu’où le groupe d’exploration pourrait-il aller ?
« Avons-nous repéré des signes de la présence de nos rivaux ? »
« Aucun pour l’instant, mais ce n’est qu’une question de temps. »
En raison des circonstances de plus en plus étranges, le groupe d’exploration ralentit jusqu’à avancer à pas de tortue. Il pensait pouvoir atteindre le Starlight Megalodon en une seule journée, mais à mesure qu’il s’enfonçait dans la zone rouge, divers dangers se mirent à surgir.
« C’est un cratère d’arme ? »
« Une explosion puissante a creusé ce cratère. Même maintenant, il dégage d’importantes quantités de radiations. Le danger n’est pas immédiat à distance, mais le groupe d’exploration est déjà tombé sur des dizaines de cratères semblables. D’autres cicatrices laissées par des armes plus exotiques parsèment également la région. »
Même plusieurs centaines d’années plus tôt, la CFA avait fait usage d’un vaste arsenal d’armes avancées. Comme l’Âge de la Conquête l’avait amplement démontré, ses vaisseaux de guerre pouvaient infliger des dégâts dévastateurs à n’importe quelle planète, pour peu qu’ils ne s’imposent aucune limite.
Heureusement, les traces de bataille montraient que les canons lourds n’avaient pas été utilisés. Une seule torpille à antimatière aurait pu transformer toute la zone rouge en un immense cratère !
« D’après les traces de combat, les survivants du Starlight Megalodon ont probablement fini par s’affronter, déclara la Capitaine Byrd. Nous ignorons la nature du conflit et qui en est sorti vainqueur, mais nous n’avons aucune chance si l’un des groupes de survivants braque sur nous ces armes dévastatrices. »
Ils savaient déjà qu’une partie du Starlight Megalodon était toujours opérationnelle, bien qu’il eût subi plusieurs millénaires de temps accéléré.
Qui savait comment ses occupants réagiraient quand le groupe d’exploration finirait par arriver à leur porte ? Le laisseraient-ils piller le Starlight Megalodon à sa guise ?
Pourtant, même si leurs chances semblaient minces, les Épéistes flagrants étaient allés trop loin pour repartir les mains vides. Ils devaient au moins tenter leur chance, ne serait-ce que pour satisfaire leurs bailleurs de fonds.
La réunion prit fin et chacun retourna à ses tâches. À en juger par les informations déjà transmises par les robots-araignées, Ves avait l’impression qu’ils n’avaient fait qu’effleurer la surface du problème.
C’était la région la plus dangereuse de la planète. Même les robustes nains, qui semblaient pourtant être partout, l’évitaient comme la peste !
Quatre jours après le départ du groupe d’exploration, le nombre de robots-araignées parvenant aux points de dépôt chuta drastiquement. Le dernier, qui boitait sur trois pattes, informa les forces principales qu’elles étaient en vue du Starlight Megalodon !
Les images floues qu’il avait capturées et stockées dans ses puces de données révélaient l’ombre d’une bête gigantesque, qui avait creusé un profond sillon dans le sol !
Malgré la distance et les interférences atmosphériques, qui ne laissaient entrevoir qu’un aperçu du mythique cuirassé, le camp tout entier explosa de joie.
« Le cuirassé est toujours intact ! »
« Regardez-moi la taille de cette bête ! Ils ne plaisantaient pas en disant que les cuirassés étaient des villes volantes ! »
« Regardez comme le Starlight Megalodon ne s’est pas disloqué à l’atterrissage ! Sa ceinture de blindage principale doit être plus épaisse que plusieurs méchas empilés les uns sur les autres ! »
Tous purent constater que le Starlight Megalodon avait survécu à un atterrissage brutal, en dérapant de biais sur le terrain. Il avait dû subir des contraintes colossales, mais avait tout de même tenu bon dans ces conditions extrêmes.
Et il avait accompli tout cela sur une Super-Terre, qui avait multiplié par six son poids déjà prodigieux !
Sa survie jusqu’à ce jour témoignait de l’excellence de l’ingénierie de la CFA et ne faisait que souligner la puissance des Deux Grands !
Cependant, même si le cuirassé semblait avoir survécu à son atterrissage orbital forcé sur Seven, l’immense vaisseau ne paraissait pas tout à fait normal. Les Épéistes flagrants avaient tous reçu des dossiers détaillés sur la classe du Starlight Megalodon, mais ses contours actuels différaient de son apparence d’origine.
On aurait dit que sa coque s’était couverte d’une foule d’ajouts.
« Qu’est-ce que c’est ? »
« Je n’en sais rien. Du blindage supplémentaire ? »
« Espèce d’idiot ! Tu crois qu’un cuirassé comme le Starlight Megalodon a besoin de blindage supplémentaire ? Sa ceinture de blindage, épaisse comme les remparts d’une ville, est entièrement constituée des variétés de blindage compressé les plus avancées ! »
Certains Vandales supposèrent que ces ajouts pouvaient être des supports d’armes. D’autres pensaient que les survivants avaient construit des structures le long de la coque. Personne ne connaissait encore la réponse : à cette distance, les images ne permettaient tout simplement pas de distinguer autant de détails.
Le groupe d’exploration devait s’approcher.
Au camp, les autres poursuivirent leurs tâches en attendant les prochaines nouvelles.
Seulement… aucun autre robot-araignée ne revint. Une journée standard entière s’écoula sans qu’aucun d’eux n’atteigne les points de dépôt !
Que s’était-il passé ?!
L’incertitude les rongeait tous. Même la Capitaine Byrd devenait irritable. Une seule journée s’était écoulée, mais l’absence de robots-araignées et de nouvelles amenait tout le monde à redouter le pire !
« Comment est-ce possible ? Les Protecteurs Endurants et l’Asterias escortent les transports rapides. On a même envoyé un fichu dieu sacré ! »
« C’est peut-être juste de la malchance. Le terrain devenait plus dangereux à mesure qu’ils approchaient du site du crash, non ? Aucun des robots-araignées ne peut résister aux dangers s’il s’en approche trop. »
Quand deux jours passèrent sans la moindre nouvelle, l’inquiétude de tous redoubla. Ves lui-même perdit un peu de son sang-froid. La conception de son Protecteur Endurant avait-elle échoué pour une raison quelconque ? Les méchas n’avaient-ils pas fait le poids face à une force supérieure ?
La Capitaine Byrd convoqua Ves à un entretien privé et lui demanda son avis.
« Il y a trop d’inconnues, capitaine. Nous ignorons ce que le groupe d’exploration a rencontré, commença Ves. Il y a peut-être des menaces là-bas, venant de nos rivaux ou de quelque chose qui vit sur cette planète, qui expliqueraient l’absence de nouvelles. Malgré tout, j’ai confiance en ma conception. Je refuse de croire que l’un de nos rivaux ait pu déployer une force de méchas écrasante. »
« Et s’ils avaient déployé des Dieux Sauvages ou des dieux sacrés ? fit remarquer la Capitaine Byrd. Après tout, nous avons réussi à nous assurer les services d’un dieu sacré, tandis que les Emprisonnés dressent une douzaine de Dieux Sauvages pour en faire de la chair à canon. »
« Même dans ce cas, les bêtes divines sont extrêmement lentes, madame. Si le groupe d’exploration tombe sur elles, mes Protecteurs Endurants pourront facilement les cuire au laser. »
Ves n’avait pas grand-chose à ajouter, si ce n’est qu’il croyait en sa propre conception. Les Asterias de Mayra n’étaient pas mal non plus. Ils n’auraient pas dû tomber aussi facilement, quoi qu’il soit arrivé.
Finalement, la Capitaine Byrd lui transmit un ordre. « J’ai discuté de la situation avec la commandante Lydia et nous avons décidé de préparer un groupe de renfort. Il ne comptera aucun fantassin et aura uniquement pour mission de suivre les traces du groupe d’exploration afin de déterminer ce qu’il est devenu. Pouvez-vous fabriquer six Protecteurs Endurants dans les plus brefs délais ? »
Ves fronça les sourcils, mais à peine. « Cette demande est plutôt inattendue, mais je suis sûr de pouvoir réaffecter assez de ressources et de main-d’œuvre pour mener la tâche à bien. En revanche, je ne pense pas pouvoir livrer six nouveaux méchas en moins de six semaines. Nos imprimantes 3D et les autres équipements dysfonctionnent à cause de l’effet de dégradation. Même les tâches de routine prennent trois fois plus de temps.
Êtes-vous certaine de vouloir attendre aussi longtemps, capitaine ? »
« Tant que nous avons des ressources en réserve, je veux que vous prépariez des méchas supplémentaires. Même si le groupe d’exploration a été anéanti, nous devons découvrir ce qui s’est passé ! »