Chapitre 87
Chapitre n°87 – Banquet
Traducteur/Checker : SP76
Maintenant que de nombreux créateurs et ceux qui les avait accompagné avaient quitté les lieux, la zone d'habitation temporaire fit l'objet d'une rénovation très appréciée. Les appartements bon marché et pratiques laissèrent place à des villas compactes, pouvant accueillir jusqu'à vingt résidents. L’ITL équipa également les villas de toutes sortes de commodités, des thés les plus rares, aux stations de divertissement les plus sophistiqués.
Ves ne revit Dietrich que brièvement, avant qu'un guide étudiant ne s'approche de lui.
« Monsieur Larkinson ? »
« C’est bien moi. »
« Notre institution vous invite à assister à un banquet avec vos collègues. »
Cela semblait intéressant. Ves accepta l'invitation, et suivit le guide vers une salle somptueuse, flottant au loin. Un tapis roulant flottant amenait les invités comme Ves, qui ne disposaient pas de vêtements antigravité, jusqu'à l'entrée. En regardant autour de lui, il remarqua que beaucoup plus de marcheurs avaient réussi les qualifications, mais il en déduisit que la plupart d'entre eux avaient été portés par leurs groupes.
Néanmoins, même s'ils étaient éliminés le lendemain, ils avaient tout de même l'honneur de se présenter devant des milliards de personnes. Grâce à leur statut d'anciens participants ayant passé les qualifications, ils pouvaient tirer parti de ce prestige pour acquérir richesse et statut social. Personne ne méprisait l'Institut Technologique de Leemar, en particulier son célèbre concours annuel.
La salle à manger était somptueuse. Une musique calme et relaxante s'échappait des instruments d'une poignée de musiciens. Les grandes tables offraient suffisamment d'espace pour tous les invités. Un ensemble de tables plus grandes et plus somptueuses était placé à l'avant, réservé uniquement aux Maîtres, et aux visiteurs les plus éminents.
Bien que la salle semblait simple, Ves reconnut les matériaux précieux utilisés pour fabriquer le mobilier. Même un obus ne pourrait les détruire. Cette extravagance subtile impressionna tous les créateurs issus de milieux modestes.
Une petite projection s'alluma devant lui pour l’amener à son siège. En tant que créateur inconnu originaire d'un État reculé, son siège se trouvait près du fond. Il regarda autour de lui, et aperçut Barakovski près de l'avant.
Si leurs sièges étaient classés par rang, elle entrait facilement dans le top 20. Quant à Ves, il était regroupé avec les marcheurs et les profiteurs. Il s'assit sans faire d'histoires, et attendit ses voisins de table.
« M. Larkinson ? » appela une femme derrière lui.
Il se retourna, et vit un visage familier. « Patricia Schneider ? »
Il ne s'attendait pas à rencontrer une connaissance de la République Brillante. Patricia avait toujours été une figure énigmatique, lorsqu'il étudiait à Rittersberg. C'était une génie qui excellait dans tous les domaines. Tous ses camarades de classe regrettaient qu'elle ne soit pas partie étudier à Leemar, ou dans une autre institution de second rang réputée.
La voir ici était un revirement remarquable. Ves regarda autour de lui, et ne repéra aucun autre ancien participant de la Coupe Fusion.
« Ça ne sert à rien. Nous sommes les seuls de la République à nous être qualifiés. » dit-elle, en prenant place à côté de lui. « Je dois dire que je pensais que tu avais du potentiel, mais que c’était un peu tôt pour tenter le concours de Leemar. C'est une agréable surprise, de voir à quel point tu as progressé. »
Contrairement aux autres créateurs présents dans la pièce, Ves sentait que Patricia n'avait que de la bienveillance à son égard. Il appréciait sa volonté de venir vers lui. La franchise désinvolte à laquelle il était habitué dans la République lui manquait.
« J'ai beaucoup progressé, depuis notre dernière rencontre. J'ai toujours pensé que ma dernière victoire était davantage due à la chance et aux circonstances. Maintenant que j'ai rattrapé mon retard, je suis sûr de pouvoir te battre à la loyale. »
« Vraiment ? » Patricia lui sourit mystérieusement. « Qui sait de quoi demain sera fait. Je dois encore me venger de ce qui s’est passé à la Coupe Fusion. »
« Ha ha, je n'avais pas vraiment le choix. Ma carrière était en jeu. »
D'une certaine manière, Ves se montrait beaucoup plus confiant avec Patricia. Avant, il la considérait comme une déesse intouchable, dont le talent en création surpassait celui de tous les autres étudiants de la fac de Rittersberg. Grâce au Système, Ves avait tellement progressé que sa confiance en lui avait considérablement augmenté. Il ne se considérait plus comme inférieur à l'ancienne princesse de la classe.
Patricia haussa les sourcils. « J'ai entendu dire que tu avais lancé un nouvel atelier sur une planète rurale. Il faut du courage, pour faire ça. Sans un investissement important, il est très difficile de créer une entreprise indépendante. »
« Heureusement, l’ACM offre aux indépendants comme moi un espace pour exercer leur activité. Sans les licences, je dois tout faire à partir de zéro. »
Les licences étaient devenue le moyen le plus populaire pour faire des profits, dans l'industrie, après la création de l’ACM. Cette organisation gigantesque avait pratiquement contraint toutes les entreprises à commercialiser leurs développements qui n'étaient pas à la pointe de la technologie. De plus, l'espionnage industriel était très répandu, et les inventeurs avaient donc décidé de légaliser et de monétiser l'acquisition de leur technologie.
La diffusion de la technologie profitait finalement à l'ensemble du secteur. Tout le monde avait accès à des normes minimales uniformes. Plus personne n'était obligé de réinventer la roue. Cela réduisait également les obstacles pour les start-ups, comme l'atelier de Ves, et empêchait les grandes entreprises de dominer le secteur.
Après quelques minutes de bavardage, ils se turent tous lorsque les Maîtres entrèrent dans la salle. Tout le monde regardait ces éminents Maîtres avec des yeux pleins d'espoir. Sur les cinq qui avaient manifesté leur intérêt pour prendre un nouvel apprenti, seuls quatre étaient présents. Maître Null avait refusé de venir, probablement pour éviter que des espions n'enregistrent ses gestes. Même les fugitifs les plus discrets pouvaient être identifiés, s'ils apparaissaient trop souvent en public.
Le professeur Edith Marshall se leva de son siège, et s'adressa à la foule. « Félicitations pour avoir passé les qualifications. Au cours des deux derniers jours, les Maîtres et moi-même avons assisté à des performances remarquables. Vous pensez peut-être que les épreuves de qualification semblent trop arbitraires et fantaisistes. »
Quelques concepteurs gémirent, se remémorant les épreuves infernales des deux derniers jours. Les duels transparents et les duels en groupe avaient été particulièrement éprouvant, pour certains.
« En réalité, un vrai créateur doit faire face à de nombreuses situations différentes. Le meilleur n'est pas nécessairement celui qui produit les meilleurs modèles. Chez Leemar, nous considérons que le créateur idéal est celui qui sait s'adapter. Ce n'est qu'en prospérant dans les circonstances les plus difficiles que vous pourrez survivre à la tempête qui s'annonce. »
Ces paroles inquiétantes suscitèrent un murmure d'inquiétude parmi la foule.
« Certains d'entre vous sont peut-être déjà au courant des troubles qui grandissent dans notre secteur. Nous ne sommes pas les seuls. Ces troubles se sont propagés chez nos voisins, et ils vont bientôt engloutir tout l'espace humain. Les armées seront mobilisées, et des Corps de Méchas entiers seront lancés dans la bataille. Le sang qui coulera teindra de nombreuses planètes en rouge. »
Un beau créateur assis près de l'avant de la table se leva et interrompit courageusement le doyen. « Il existe un dicton célèbre parmi les créateurs. Le temps de la guerre est le temps de notre vie ! »
Beaucoup de gens sourirent à cette remarque, mais Ves et Patricia gardèrent un visage sévère
« Bien dit ! Nous développons des instruments de guerre, et ce n'est qu’en périodes troublées que nous sommes demandés. Un Mécha n'est pas un produit figé dans le temps et l’espace. Nous recevons souvent des demandes de modification afin de s'adapter à un environnement planétaire spécifique, ou de contrer un modèle populaire utilisé par l'ennemi. Les duels de Méchas simulés auxquels vous avez assisté jusqu'à présent ne sont qu'une simplification du grand jeu qui se joue entre les plus grands créateurs. »
Quelques maîtres acquiescèrent, donnant du poids aux paroles du professeur Marshall. Grâce à une base industrielle sophistiquée, n'importe quel État pouvait produire ou modifier en masse un nombre important de Méchas.
Si un ennemi privilégiait les lasers, il était possible de réagir en modélisant un Mécha résistant à l'énergie dirigée. Un tel changement pouvait être effectué en quelques jours, s'il était de petite envergure. À plus grande échelle, même une entité massive comme la Coalition Vendredi était capable de remplacer et de remettre à neuf l'ensemble de ses Méchas en quelques mois.
Les capacités d'une industrie soutenue par toute la puissance d'un État étaient terrifiantes. Même la République Brillante avait constitué une réserve formidable, afin de faire face à l'agression imminente du royaume de Vesia. Si la guerre finissait par éclater, Ves s'attendait à être enrôlé, afin de mettre ses compétences au service de la supervision de ces super-usines.
« Avant de commencer à servir les chefs-d'œuvre préparés par nos cuisiniers, j'ai encore une chose à dire. Quand je vous regarde, je suis stupéfait par la diversité de vos origines. Certains d'entre vous sont fiers d'être diplômés de cette école. D'autres ont étudié ailleurs dans la Coalition, tandis qu'une petite partie d'entre vous a même gravi les échelons à partir d'origines plus modestes. »
En tant que rares créateurs issus d'un État de troisième rang, Ves et Patricia savaient bien sûr que les autres étaient plus nombreux qu'eux. Les ressources et les connaissances dont bénéficiaient ceux issus d'un État de second rang éclipsaient largement les meilleurs efforts d'une institution de troisième rang. Les deux ne pouvaient même pas s'en approcher.
Ves n'avait obtenu le droit d'assister au banquet que grâce au Système. Il se demandait comment quelqu'un qui fréquentait la même université que lui avait réussi à le suivre. Patricia avait sûrement ses propres secrets. C'était l'une des raisons pour lesquelles Ves avait essayé de se lier d'amitié avec elle. En tant qu'égaux de même force, ils pourraient peut-être coopérer un jour.
Le professeur Marshall appuya sur un bouton de son communicateur, ce qui fit apparaître une projection au-dessus des tables. Elle projetait le nom d'une société célèbre, sous lequel étaient énumérés de nombreux avantages.
« La Société Clifford est le club le plus exclusif du Groupe Carnegie, pour les créateurs de Mécha. Nos règles permettent à tout créateur ayant passé les qualifications de rejoindre nos rangs très prisés. »
La plupart des personnes présentes connaissaient déjà la Société Clifford. Tout le monde pouvait postuler, mais en pratique, seuls ceux qui n'étaient liés à aucune influence majeure rejoignaient réellement le club. Les véritables élites avaient déjà signé des contrats d'exclusivité avec leurs soutiens.
« Quelles que soient vos origines, vos affiliations ou votre état d'origine, nous sommes un groupe neutre qui sert la Coalition au nom du Groupe Carnegie. Les autres partenaires de la Coalition ont certes leurs propres sociétés, mais nous sommes les plus accueillants. Ayant attiré de nombreux créateurs influents au fil des ans, notre influence s'étend à l'ensemble du secteur stellaire de Komodo. Où que vous résidiez, notre société est en mesure de vous apporter son soutien à tout moment. »
Le professeur énuméra les nombreux avantages dont bénéficiaient les membres. Ils offraient une plateforme ouverte, où l'on pouvait discuter librement avec d'autres membres. Ils proposaient un petit échantillon de matériel pédagogique exclusif, dont certains éléments étaient introuvables sur le réseau, quel que soit le nombre de cols que l'on était prêt à dépenser. La société organisait même de nombreuses réunions, où différents créateurs rencontraient fréquemment de nouveaux visages.
« Tu vas y adhérer ? » murmura Patricia à son oreille.
« Oui. C'est l'une des raisons pour lesquelles j'ai pris la peine de me rendre jusqu'à la Coalition. La Société Clifford jouit d'une excellente réputation, dans le secteur. Je n'ai pas beaucoup de ressources sur lesquelles m'appuyer pour m’améliorer. Rien qu'avec sa bibliothèque, la Société est une alternative viable à l’ACM. »
Elle secoua la tête, en entendant ses paroles. « Rejoindre la société n'est pas gratuit. Officiellement, tu ne pourras plus aider aucune influence hostile à la Coalition Vendredi. Officieusement, tu deviendras un homme du Groupe Carnegie. Les autres partenaires de la Coalition te fermeront leurs portes, sans parler du fait que tu seras surveillé de près par l'Hégémonie Hexadrique. »
« Ayant essayé de faire cavalier seul, j'ai rapidement compris à quel point j'étais vulnérable. N'importe quel conglomérat peut m'éliminer, s'il me considère comme une nuisance. La seule façon d'assurer ma sécurité, c’est de m'associer à une influence plus importante. »
Une fois que le professeur Marshall eut terminé son discours, les communicateurs de tout le monde émirent un bip. Ils avaient tous reçu un dossier complet, contenant une brochure, et un contrat pour la Société Clifford. Ils pouvaient signer le contrat à tout moment, mais ils n'avaient qu'un mois avant son expiration.
Certaines des personnes présentes signèrent immédiatement. D'autres, comme Ves, prévoyaient de l'étudier en détail plus tard. Pour l'instant, il réservait son énergie pour la compétition qui commençait le lendemain.
« Assez parlé. Mettons-nous au travail ! »