Chapitre 817
Les Vandales tentèrent d’imaginer un autre plan que la dernière idée saugrenue de Ves. Maintenant qu’il avait proposé de surcharger les générateurs d’énergie pour déclencher une explosion si violente que l’onde de choc et les autres émissions atteindraient forcément le camp malgré la distance, une digue avait cédé.
Plusieurs ingénieurs et d’autres personnes qui, d’ordinaire, ne prenaient jamais la parole avancèrent toutes sortes d’idées folles.
Un exobiologiste suggéra de rassembler le contenu de cinq mille barres nutritives et d’y incorporer une bonne dose de métaux et de substances toxiques, capables d’empoisonner à mort même la plus redoutable des exobêtes ! Ils serviraient ces friandises à la gigantesque créature en priant le ciel que l’une d’elles soit assez curieuse pour y goûter, surtout après que les exobiologistes eurent ajouté à la nourriture frelatée de délicieux arômes de viande.
« Ça vaut la peine d’essayer. Faites-le. » La Capitaine Byrd agita la main avec désinvolture.
Bien que l’idée ne semblât pas très prometteuse, elle valait mieux que de recourir à la solution potentiellement catastrophique qui consistait à envoyer tous leurs méchas de mêlée au combat. Des dieux sacrés dotés de vastes pouvoirs de manipulation du terrain, comme le grand Pairixan, pourraient les ensevelir tous sous terre en un instant ! Voilà pourquoi les Épéistes flagrants tenaient tant à garder leurs distances !
En fait, ils avaient depuis longtemps commencé à évacuer tout ce qui pouvait être déplacé facilement, personnes comme matériel. Mais ils ne pouvaient pas emporter aussi vite les nombreuses provisions et les grandes quantités d’équipements lourds, trop longs et difficiles à démonter ; de plus, il leur restait un grand nombre de méchas endommagés, impossibles à déplacer.
S’ils tenaient leur position, c’était parce que ces méchas endommagés revêtaient une importance vitale : ils représentaient directement leur force lorsqu’ils affronteraient leurs véritables ennemis.
Les autochtones et les dieux sacrés n’étaient pas leurs véritables ennemis !
Le bombardement orbital mené par la flotte tardive des Emprisonnés et des Langues rouges avait rappelé aux Épéistes flagrants que leurs véritables ennemis les attendaient toujours. Ceux-ci avaient certainement débarqué leurs forces de méchas terrestres quelque part sur cette immense planète.
Inutile de partir à leur recherche, car tous les chemins menaient à la même destination : le Starlight Megalodon. Le cuirassé que tout le monde croyait inactif avait prouvé qu’ils avaient tous tort.
Le fait que ce bombardement orbital sans scrupules ait provoqué une réaction du Starlight Megalodon laissait entendre que ceux qui dirigeaient le vaisseau prenaient toujours au sérieux la mission de la CFA. L’utilisation massive d’armes de destruction à Sept, au point de dévaster une région entière, pourrait les pousser à lancer une nouvelle torpille à antimatière sur les responsables !
C’était aussi la raison pour laquelle les Vandales n’étaient pas rassurés par l’idée de surcharger un générateur d’énergie. Techniquement, le faire délibérément pour provoquer des destructions massives allait clairement à l’encontre des règles de la CFA.
Ves ne put que hausser les épaules devant leurs hésitations et leurs objections. « Je pense que si le Starlight Megalodon est passé à l’action, c’est parce que le bombardement orbital menaçait de dépeupler toute une région. Si Sept est un terrain expérimental, comme certains d’entre nous le supposent, alors ceux qui dirigent ces expériences ne veulent pas qu’un étranger les réduise à néant.
Ce que nous faisons ne dévastera tout au plus qu’une petite zone et tuera une poignée de dieux sacrés. Samar a encore Pailanon et le reste du Panthéon de Samar occidental pour prendre les choses en main. »
À propos de Pailanon, le frère aîné avait franchi la porte occidentale avec deux dieux sacrés subalternes un peu plus tôt.
« Où en est Pailanon ? Il s’approche de nous ? »
« Le groupe de Pailanon s’est arrêté, madame. » Un observateur qui suivait Pailanon grâce à des drones espions et des méchas de reconnaissance fit son rapport. « Ils gardent leurs distances. »
Personne ne savait pourquoi Pailanon avait quitté la ville pour se diriger vers Pairixan et les Épéistes flagrants.
Une chose était sûre : les Épéistes flagrants ne pourraient probablement pas affronter les deux frères, l’aîné et le cadet, en même temps !
« Je crois qu’il attend. Si Pairixan l’emporte facilement, Pailanon n’interviendra pas et ne l’aidera même pas à nous achever. Si Pairixan rencontre plus de résistance que prévu, alors Pailanon pourrait nous aider à éliminer son petit frère ! Il attend de voir qui l’emportera ! »
« Y a-t-il un moyen de rallier Pailanon à notre cause ? »
Personne ne trouva de réponse, hormis envoyer un mécha de reconnaissance s’approcher du dieu sacré imprévisible. Pourtant, à en juger par son comportement passé et toutes les histoires qu’ils avaient entendues jusque-là, le maître des métaux risquait fort de prendre le contrôle du mécha et de le traiter comme son jouet !
Entre-temps, le transport rapide qui emmenait les nains et l’« émissaire diplomatique » les avait déposés quelque part près des dieux sacrés, avant de s’enfuir à toute vitesse, aussi vite qu’il le pouvait !
Pairixan sembla vouloir arrêter le gros transport brillant, mais plusieurs événements le poussèrent à marquer une pause.
Les Épéistes flagrants interrompirent eux aussi soudainement leurs tirs d’obus et leurs salves laser. Ce changement inattendu prit au dépourvu les dieux sacrés assiégés et leurs cavaliers.
Que se passait-il ? Pourquoi les attaques avaient-elles cessé de s’abattre sur leurs défenses ?
Malgré ce répit provisoire, Qilanxo maintint consciencieusement sa barrière, malgré la ponction constante sur ses réserves d’énergie. Elle resta sur ses gardes, prête à contrer les attaques surprises, comme la première salve des canons d’artillerie. Leurs adversaires ne respectaient pas les règles auxquelles leur espèce s’était conformée pendant des générations !
« Que font les dieux sacrés ? »
« Je crois que l’apparition des nains les a déconcertés, puisqu’ils sont sortis de l’un de nos transports rapides. Ils n’arrivent pas à comprendre que les nains puissent avoir un quelconque lien avec des machines fonctionnelles. »
« Tu veux dire qu’ils nous prennent pour le peuple maudit ? »
« Qui sait ? »
La situation était pour le moins étrange. Lorsque les Épéistes flagrants avaient tenté pour la première fois d’entrer en dialogue avec les dieux sacrés de Samar, ils ne s’étaient présentés qu’à bord de gigantesques méchas. Les étrangers n’avaient jamais montré leur apparence humaine à l’intérieur de leurs méchas !
Ves essaya d’imaginer ce qui se passerait si les nains prenaient la place des Vandales et des Épéistes. Ils pourraient peut-être prendre le contrôle des méchas en adoptant le bon schéma de pensée, mais réussir à établir une interface avec un mécha ne leur donnerait aucune maîtrise des compétences fondamentales nécessaires pour le piloter.
N’importe quel enfant de dix ans ayant passé un test d’aptitude génétique possédait la capacité d’établir une interface avec n’importe quel mécha. En théorie.
Mais tous ceux qui s’y essayaient faisaient aussitôt trébucher leur mécha ou lui faisaient exécuter une autre manœuvre désastreuse. C’était comme si une personne ordinaire prenait le contrôle complet de la barre d’un vaisseau spatial.
Si le mode d’entraînement n’avait pas été activé, le vaisseau aurait pu faire surchauffer son réacteur ou percuter une station spatiale, car la personne à la barre n’aurait pas su quoi faire !
Il fallait dix à quinze ans de formation à la plupart des pilotes de méchas pour être qualifiés à piloter un appareil aussi complexe. Malgré leurs aptitudes innées à établir une interface avec les méchas comme avec les exobêtes, les nains ne pourraient jamais compenser l’absence d’au moins une décennie d’entraînement assidu.
Les nains ne pourraient pas non plus assurer les services d’assistance. Sans même parler de faire fonctionner les machines ou d’entretenir les méchas, ils ne sauraient même pas se servir de la cuisine !
Cette pensée absurde détourna Ves de la première interaction entre les captifs nains et les dieux sacrés.
« Ça marche ! Les nains nous font gagner du temps ! »
À la surprise de certains, les dieux sacrés et leurs cavaliers se lancèrent dans une discussion entre eux après l’apparition soudaine des nains.
Quant aux captifs, quelques-uns remarquèrent qu’ils étaient sortis de leurs cellules et tentèrent aussitôt de s’enfuir !
La vue des nains qui s’éloignaient en courant sur leurs jambes courtaudes amusa les dieux sacrés. Pairixan exerça son pouvoir sur la terre et fit surgir un mur circulaire tout autour d’eux.
Les nains étaient trop petits pour escalader les parois lisses !
« Quelle précision ! »
Certains nains continuèrent machinalement d’essayer d’escalader le mur, tandis que d’autres restaient pétrifiés à la vue de plusieurs dieux sacrés.
Pairixan continua d’avancer, forçant les autres dieux sacrés à le suivre pour rester sous le couvert de Qilanxo.
Quelques minutes passèrent, tandis que les bêtes rugissaient entre elles et que leurs cavaliers prenaient part à la conversation. Ves eut l’impression qu’ils essayaient de comprendre l’apparition soudaine des nains. L’un des cavaliers cria même quelque chose à leur intention, mais ne reçut aucune réponse.
Soudain, Pairixan décida qu’il en avait assez. Il tendit son cou de dragon et engloutit neuf nains regroupés !
Les nains restants crièrent et tentèrent en vain d’escalader le mur de terre ! Pairixan replongea la tête et dévora sans relâche les survivants, avec un plaisir manifeste.
À l’évidence, la viande de nain était au goût des dieux sacrés !
« Bon, au moins, les captifs nous ont fait gagner du temps. »
Même cinq minutes de délai leur étaient d’un grand secours. Le chef Dakkon et les ingénieurs s’empressèrent de désarrimer les générateurs d’énergie, tout en les laissant tourner avec tous leurs dispositifs de sécurité désactivés. La manœuvre était particulièrement difficile à accomplir rapidement, car les générateurs étaient conçus pour s’arrêter de la façon la plus sûre possible en cas de problème.
En somme, les ingénieurs essayaient de pirater les générateurs pour leur faire faire précisément tout ce que leur programmation et leur matériel s’efforçaient d’empêcher !
En vérifiant où en étaient les ingénieurs, Ves comprit qu’il leur fallait encore un peu de temps.
D’une voix grave, la Capitaine Byrd donna l’ordre suivant. « Très bien, envoyez notre diplomate. »
Le Vandale en combinaison qui sortit du transport rapide ne s’était pas porté volontaire pour cette mission. En fait, c’était une sorte de délinquant, qui s’attirait souvent des ennuis à cause de son langage trop libre et de sa tendance à se tourner les pouces.
Les Vandales comptaient plus de gens comme lui qu’il n’était vraiment bon pour eux. Leur productivité laissait beaucoup à désirer et leurs bourdes faisaient souvent reculer les tâches au lieu de les faire avancer. Ils leur causaient plus de problèmes qu’ils ne leur étaient utiles, mais les Vandales n’avaient pas d’autre choix que de continuer à les employer pour gonfler leurs effectifs.
À présent, la seule chance de ce pauvre type de s’en sortir vivant était de baratiner Pairixan pour éviter de se faire dévorer. S’il parvenait à faire gagner assez de temps aux Vandales pour qu’ils terminent leurs préparatifs, lui et les personnes à sa charge seraient largement récompensés.
Quand le pauvre hère, vêtu d’une combinaison de protection et équipé d’un sac à dos gravitationnel actif, s’approcha des dieux sacrés, il faillit tomber à genoux.
« Ne me mangez pas ! »
L’apparition de l’homme fit de nouveau s’arrêter les dieux sacrés. Les nains avaient intrigué ces derniers, mais une fois leur curiosité retombée, Pairixan les avait tous dévorés sans plus s’y intéresser.
Le Vandale qui venait de surgir de nulle part, lui, était différent. Il avait la même stature que les gens bénis, mais portait une combinaison technologique sans équivalent parmi tout ce que les Samarrans avaient vu !
En raison des interférences et de la barrière spatiale qui gênaient la plupart de leurs moyens d’observation, les Vandales ne pouvaient pas comprendre ce que se disaient les cavaliers. De plus, la connexion à distance avec la combinaison du diplomate se brouillait de plus en plus à mesure que les dieux sacrés s’approchaient de lui.
« Le cavalier de Pairixan appelle notre diplomate. »
D’un pas hésitant, le Vandale s’avança lentement, s’efforçant de ne pas regarder les gueules ensanglantées de Pairixan, de Qilanxo et des autres dieux sacrés.
Dès qu’il passa sous la barrière spatiale de Qilanxo, les Vandales perdirent la connexion avec sa combinaison.
« Espérons maintenant qu’il pourra les retenir assez longtemps pour que nous mettions notre plan à exécution. »
Une minute passa.
Deux minutes passèrent.
Trois minutes passèrent.
Grâce à certains capteurs, ils réussirent à apprendre que le diplomate gesticulait avec énergie tout en discutant avec les cavaliers.
Sept minutes passèrent avant que le diplomate ne se retire, à la stupéfaction générale, sans se faire dévorer par le dieu sacré ! Il prit même son temps, reculant à pas lents et mesurés.
Au bout de neuf minutes, les Vandales rétablirent enfin la connexion à la combinaison de protection de leur diplomate.
« De quoi avez-vous parlé ? » demanda aussitôt la Capitaine Byrd.
Les Vandales lui avaient simplement donné quelques consignes sur les sujets à aborder. Aucun d’eux ne pensait vraiment que cela changerait quoi que ce soit, mais au moins, le diplomate aurait de quoi faire durer la conversation.
« J’ai suivi la troisième suggestion, répondit l’homme, visiblement épuisé. J’ai réussi à convaincre Pairixan qu’on pouvait l’aider à tuer son frère aîné ! »