Chapitre 811
Malgré les jurons véhéments des pilotes d’essai, la plupart parvinrent à survivre aux tests d’endurance.
Certains pilotes de mécha échouèrent.
D’autres réussirent.
Ves comprit que la réussite dépendait avant tout des prédispositions génétiques et de la volonté. Ceux dont l’esprit s’adaptait mieux à leur mécha et qui étaient dotés d’une volonté plus ferme résistaient davantage aux interférences extérieures.
Les pensées polluantes des nains étaient comme un virus. Elles ne représentaient une menace sérieuse pour les pilotes de mécha que si leur esprit était fragile.
Malheureusement, de nombreux pilotes de mécha vandales et épéistes n’étaient guère favorisés par leurs prédispositions génétiques. Les soldats du rang affichaient pour la plupart des aptitudes génétiques inférieures à la moyenne ; l’immense majorité ne pouvait donc pas compter sur son talent de pilotage pour résister aux intrusions dans leur lien homme-machine.
Quant à la volonté, peut-être dix pour cent seulement des pilotes de mécha vandales avaient l’esprit assez solide pour tenir dix bonnes minutes.
Ves ne s’attendait pas à ce qu’une lutte mentale dure aussi longtemps sur le champ de bataille. C’était déjà très bien si un pilote de mécha pouvait résister assez longtemps à la pression étrangère pour tuer sa source ou s’éloigner hors de portée de l’attaque.
« Les Épéistes sont probablement les plus aptes à supporter la douleur. »
Pour confirmer son hypothèse selon laquelle la volonté était le facteur décisif, il emprunta quelques pilotes d’essai parmi les Épéistes. Les femmes ne vinrent pas de leur plein gré, car elles avaient entendu toutes les histoires horribles sur ce qui se passait dans son laboratoire.
Cela n’avait toutefois aucune importance. La commandante Lydia accepta le test et estima que ses Épéistes avaient besoin d’être endurcies.
Les résultats correspondaient effectivement à ses attentes. Même les Épéistes les plus fragiles d’esprit faisaient mieux que le pilote de mécha vandale moyen. Leur entraînement rigoureux et leur discipline leur permettaient de supporter les pensées étrangères émises par les nains captifs sans que leurs performances en pâtissent presque.
Lorsque Ves présenta tous les résultats lors d’une réunion de commandement, la Capitaine Byrd observa les pilotes de mécha présents et secoua la tête.
Les pilotes de mécha semblaient tous abattus pendant que Ves faisait son rapport. Ils voulaient toujours l’éviter comme la peste !
« Vous dites que votre meilleur résultat, jusqu’ici, est une réduction de l’intensité de quatre-vingts pour cent, dit la Capitaine Byrd. N’y a-t-il aucun moyen de rendre nos pilotes de mécha totalement immunisés contre cette attaque ? »
Ves grimaça. Il détestait laisser un travail inachevé, mais son incapacité ne lui laissait guère le choix. « C’est peu probable. Je suis déjà bien au-delà de mon domaine de compétence, d’où tous ces essais et ces erreurs. Maintenant que j’ai appliqué toutes les solutions de base qui me viennent à l’esprit, je vais devoir prendre des risques démesurés pour trouver une solution encore meilleure.
Je ne pourrai plus exclure le risque de lésions cérébrales permanentes. »
À cette évocation, tous les pilotes de mécha paniquèrent un peu. Aucun ne voulait que ses expériences se poursuivent !
« Ça suffit ! cria la Capitaine Orfan. Quatre-vingts pour cent, c’est assez ! Nous sommes assez solides pour supporter le reste, pas vrai, les gars ? »
« Je suis d’accord avec vous, madame ! »
« Ouais ! »
« Si on perd le contrôle de nos méchas, ce sera notre faute ! »
Ves observa les officiers des méchas et esquissa un sourire. En silence, il en élimina au moins la moitié. D’après ce qu’il avait compris de ses tests, il fallait un esprit concentré et déterminé pour supporter l’influence d’un troisième esprit dans le lien homme-machine.
Cela signifiait qu’une personne comme la Capitaine Orfan serait effectivement capable d’en supporter la tension. Elle débordait d’assurance !
Pour les autres pilotes et officiers de mécha, Ves se montrait bien moins optimiste. Certains étaient plutôt compétents, tandis que d’autres n’avaient pas l’état d’esprit nécessaire pour exceller dans leur profession.
L’une des principales faiblesses des Vandales flagrants avait toujours été le manque de personnel qualifié et talentueux.
Les Épéistes souffraient du même problème, mais la différence, c’était que la commandante Lydia repérait les perles prometteuses des confins et les formait avec une brutalité sans faille jusqu’à en faire l’élite des pirates.
En matière de volonté, d’assurance et de capacité à imposer sa force, les Épéistes surpassaient en réalité les militaires !
Ves trouvait cela assez pitoyable ! En tant que membres d’un régiment de méchas militaires, les Vandales ne répondaient pas aux normes. Leur esprit de corps peu conventionnel pouvait les souder, mais ne cherchait pas vraiment à unir leurs esprits pour n’en faire qu’un !
Quant aux Épéistes, on avait extirpé une grande partie de leur individualité jusqu’à les faire entrer dans le même moule. Elles étaient des Épéistes avant tout, et des individus ensuite.
Les Vandales, eux, étaient d’abord des salauds égoïstes, et des salauds vandales ensuite.
Ce qu’il avait appris sur la volonté grâce à ses expériences lui avait beaucoup appris sur la nature des pilotes de mécha.
Le contraste entre les Vandales salauds et les Épéistes disciplinées lui avait montré que la volonté n’était pas une qualité innée. Elle pouvait s’entraîner !
Ves devina que c’était peut-être pour cette raison que les pilotes experts émergeaient presque toujours des rangs militaires. Ils apparaissaient rarement parmi les mercenaires ou les équipages pirates.
Cependant, l’existence de groupes comme les Épéistes de Lydia montrait que l’armée n’avait pas le monopole de la discipline et de la volonté inculquées aux pilotes de mécha.
Si Ves accordait tant d’attention à la question, c’était parce qu’il comptait exploiter les connaissances acquises. Une fois rentré chez lui, il prévoyait de réorganiser les Avatars du Mythe et d’essayer d’en faire une force personnelle d’élite, si son cousin Melkor ne l’avait pas déjà fait.
Bien qu’il eût développé un certain attachement aux Vandales flagrants, Ves n’aimait pas leur indiscipline. Il ne voulait pas que ses gardes du corps personnels soient aussi négligents et peu fiables que les Vandales. Il préférait de loin façonner sa suite pour en faire un groupe plus digne de confiance, à l’image des Épéistes, capables de suivre les ordres sans traîner les pieds.
Quoi qu’il en soit, la Capitaine Byrd devait maintenant décider s’il fallait poursuivre les recherches ou s’arrêter là. Compte tenu de l’opposition farouche des autres pilotes de mécha et des conseils de Ves, elle n’eut d’autre choix que de laisser le problème à moitié résolu.
« Très bien. Nous nous en tiendrons à ce stade. Monsieur Larkinson, veuillez installer progressivement cette interface neurale modifiée dans nos méchas, un par un. Chaque mécha doté de la nouvelle interface devra subir des tests approfondis avant de reprendre ses fonctions habituelles. Est-ce clair ? »
Il hocha la tête. « Oui, madame. Puis-je partager cette innovation avec les Épéistes ? »
« Je vous en prie. Ce sont nos alliées et elles ont davantage besoin de ces nouvelles interfaces neurales que nous. »
Grâce à cette avancée, les pilotes de mécha de mêlée des Épéistes n’auraient plus peur d’affronter les autochtones au corps à corps.
Ves n’en avait toutefois pas fini. « Capitaine Byrd, j’ai une autre suggestion. J’aimerais maintenir le centre de tests en activité et garder tous les nains captifs. Mes expériences m’ont appris que les pilotes d’essai soumis à plusieurs tests d’endurance deviennent de plus en plus capables de résister aux influences extérieures.
J’aimerais faire de cette expérience un exercice régulier et soumettre chaque Vandale à ce qui reviendrait à un entraînement de discipline mentale. »
« Non ! Arrêtez de nous torturer, espèce de concepteur de méchas cinglé ! »
« Non, je vous en prie, non ! »
« Arrêtez ! Vous avez obtenu ce que vous vouliez ! »
Ves et la Capitaine Byrd firent tous deux la sourde oreille aux protestations des officiers de mécha.
En officier calme et raisonnable, la Capitaine Byrd ne se laissait pas détourner par ces préoccupations mesquines. « Quels en sont les avantages ? »
Ves devait choisir ses mots avec soin. Il avait beaucoup de soupçons, mais ne pouvait parler que de ce qu’il savait avec certitude. « Il est peu probable que les performances de nos pilotes de mécha s’améliorent directement, mais leur tolérance à la douleur, physique comme mentale, ne cessera de croître. Ils pourront ainsi garder l’esprit clair et ne pas se laisser distraire par la douleur ou les dégâts de combat.
En outre, ils pourront garder leur sang-froid si l’un des autochtones tente de prendre le contrôle de leur mécha. »
Ces seuls avantages semblaient incroyablement attrayants à la Capitaine Byrd, même si les pilotes de mécha qui auraient à subir cette torture n’étaient pas du même avis.
« Et quels sont les inconvénients ? »
« Il faudra transporter le centre de tests et le mécha d’essai. Nous devrons également héberger les nains captifs plus longtemps. Je ne sais pas s’ils conserveront leur force et leur férocité pendant une captivité prolongée. Il faudra peut-être remplacer les plus anciens captifs par de nouveaux pour offrir à nos pilotes de mécha un bon exercice mental. »
Certains nains captifs s’étaient un peu trop habitués au confort de leur captivité. Au lieu de lutter pour survivre dans la nature, l’ancien chef et ses guerriers passaient tranquillement leur temps dans leurs cellules, où on leur apportait régulièrement de quoi manger.
Ves avait remarqué que l’intensité de leurs attaques avait baissé ces derniers temps lorsqu’il amenait les nains captifs devant le mécha d’essai.
Comprenant qu’il avait trop ménagé ces nains autrefois féroces, il commença à modifier leur routine pour leur rendre un peu de leur sauvagerie. En fait, il confia cette tâche à Ketis, qui semblait particulièrement faite pour ça.
Tout sourire, elle entreprit de leur rendre la vie difficile. Non seulement les réveillait-elle à des heures aléatoires dans leurs cellules, mais elle y envoyait aussi des agents de sécurité pour les intimider ou les rouer de coups.
Pour leur rendre la vie pénible, elle réduisit leurs rations. Au lieu de trois sachets nutritifs par jour, ils n’en avaient plus qu’un seul.
C’était une véritable torture pour ces nains, qui avaient besoin d’une énorme quantité de calories pour se maintenir, surtout parce que leurs cellules se trouvaient hors de portée des champs antigravité.
Pour les inciter à se montrer cruels, elle les faisait s’affronter lors de combats improvisés. Le vainqueur recevait un sachet nutritif supplémentaire pour la journée, tandis que le perdant devait regarder son rival engloutir avec envie ce précieux repas.
Les méthodes impitoyables mais efficaces de Ketis poussèrent certains nains à sombrer dans une frénésie plus intense, mais elles brisèrent aussi les plus faibles, qui finirent par abandonner. À présent, cinq captifs étaient devenus des pantins traumatisés.
Le centre de tests avait besoin de sang neuf !
« Si vous pensez que c’est faisable et sans danger, j’approuverai », trancha enfin la Capitaine Byrd, malgré l’opposition de presque tout le monde. Leurs jérémiades l’avaient tellement agacée qu’elle finit par exploser. « Silence ! Êtes-vous des Vandales ou des poules mouillées ? Vous ne comprenez pas que c’est une occasion rare d’exercer votre esprit ?
Nous devons être aussi forts que possible lorsque nous finirons par rencontrer les autres forces au Starlight Megalodon, et c’est l’un des seuls moyens de nous renforcer ! »
« Mais, Capitaine, c’est de la torture ! Nos nerfs vont lâcher si nous subissons cette pratique barbare. »
Ves prit la parole. « Techniquement, vos nerfs risquent fort d’être soumis à une grande tension et surmenés pendant un certain temps, surtout si vous faites cet exercice trop souvent. Mais c’est comme pour l’entraînement musculaire. Si vous vous entraînez trop dur, votre corps lâchera. Si vous ne vous entraînez pas assez, il ne sera pas suffisamment stimulé pour progresser.
Pour l’instant, nous avons trouvé le juste équilibre : l’intensité est assez élevée, mais pas au point de risquer des lésions cérébrales permanentes. »
« Et vous vous basez sur quoi ?! »
« Sur moi. »
« Vous nous avez dit vous-même que vous n’étiez pas un expert dans ce domaine ! Vous êtes concepteur de méchas, pas médecin ! Qu’est-ce que vous connaissez aux cerveaux ?! »
« Tous les médecins que j’ai consultés ont conclu que les pilotes d’essai ayant participé à mes expériences allaient bien. Cela devrait suffire comme preuve. »
Naturellement, les officiers de mécha restèrent farouchement opposés, mais leurs objections n’y changèrent rien. Ils devaient tous obéir aux ordres ! Si la Capitaine Byrd leur ordonnait de faire ces exercices, ils n’avaient pas le choix : ils étaient militaires !
Comme Ves, elle savait que la plupart d’entre eux manquaient de fermeté et de volonté. Si les Vandales parvenaient à renforcer la résilience mentale de leurs pilotes de mécha par ces moyens non conventionnels, leurs chances de réussite augmenteraient sans aucun doute !
En fait, Ves voulait poursuivre cette activité en partie parce qu’il soupçonnait qu’elle pourrait même servir à discipliner ses propres forces.
S’il parvenait à simuler artificiellement la tension mentale singulière et omniprésente que les nains captifs imposaient aux pilotes de mécha, il pourrait mettre au point l’appareil d’entraînement idéal pour renforcer la résilience mentale des pilotes de mécha sous ses ordres !
Avec une telle méthode d’entraînement, ses Avatars du Mythe pourraient égaler la résilience mentale des Épéistes sans nécessairement devoir suivre dix ans d’entraînement intensif.
Bien sûr, c’était une méthode très stupide et simpliste pour entraîner la résilience mentale. Elle ne faisait qu’augmenter la tolérance du pilote de mécha à la douleur mentale. Elle ne disciplinait pas son esprit, ne renforçait pas son sentiment d’appartenance à son unité et n’apportait aucun autre avantage.
Les Avatars du Mythe devaient toujours suivre un régime d’entraînement intensif, mais cette méthode supplémentaire leur donnerait l’avantage sur la plupart des groupes privés.