Chapitre 79
Chapitre n°79 – Vie Étudiante
Traducteur/Checker : SP76
Pour quelques centaines de cols, Klaus autorisa Ves à lui poser des questions sur sa vie sur Leemar. Pendant que Dietrich montait à bord du navire et regardait l'horizon en sirotant une bière, Ves trouva un morceau de ferraille au hasard et s'assit à côté du propriétaire du bateau.
« Première question : c'est quoi ce bateau ? »
Klaus haussa les épaules. « Comme je l'ai dit, les élèves doivent construire leur propre logement. Soit il flotte, soit il vole. Le problème, c'est que nous devons récupérer ou financer la création à partir de nos revenus à Leemar. L’ITL fonctionne pratiquement sur un système de crédit interne, que tout le monde appelle le leem. Sans leems, je ne peux pas acheter de composants sur le marché interne, ni accéder aux zones de ferraille où je peux récupérer les pièces cassées. »
Il s’avérait que la transaction qu'ils venaient d'effectuer avait déjà été enregistrée par les IA sophistiquées qui géraient et appliquaient le système de crédit interne. Les 10 000 cols que Klaus avait reçus furent automatiquement convertis en 10 000 leems sur son compte d'étudiant.
« Je vois. Les riches ne peuvent donc pas simplement acheter tout ce qui est disponible en utilisant le portefeuille de leurs parents ? »
« Hah ! Si seulement. Les vêtements antigrav sont une exception. Il y a des classes et des installations exclusives qui ne sont accessibles qu'aux volants. Un marcheur comme moi peut encore rêver. Même si je récupère assez de leems pour m'acheter une tenue, je n'ai pas les moyens de payer les frais d'inscription. Crois-moi, les étudiants les plus riches ont bien d'autres moyens de gagner facilement des leems. »
Cela semblait remarquablement inefficace, pour Ves. À Rittersberg, tant que Ves payait ses frais de scolarité, il n'avait pas à s'inquiéter, alors il s’était pleinement investi dans ses études.
« Je sais à quoi tu penses. Pourquoi est-ce que je m’emmerde à ramper au sol tous les jours pour une poignée de leems, alors que j'aurais pu m'en sortir facilement dans la République de Terach ? »
« Eh, grillé. »
Klaus sourit et fit un geste vers son bateau délabré. « J'ai construit ce bateau de mes propres mains. Bien que je sois en train d’accumuler des leems, j'ai toujours ma propre fierté. Malgré la concurrence acharnée, je parviens à rester à flot. Sais-tu que 70% des premières années abandonnent au cours du semestre ? La vie est dure, dans l'archipel, mais ceux qui s'en sortent obtiennent plus qu'un simple diplôme. »
En regardant fixement Klaus, Ves reconnut dans ses yeux un esprit combatif particulier. L’ITL favorisait manifestement l'émergence d'une mentalité particulière. « Je suppose que le diplôme ouvre aussi beaucoup de portes. Je t'envie de pouvoir étudier des sujets exotiques que je n'ai pas pu toucher chez moi. »
« Merci. Nous sommes à Leemar, l'un des centres de développement mécanique du secteur stellaire. Il n'y a pas beaucoup d'autres endroits dans le secteur qui peut rivaliser avec la quantité de R&D que cet endroit produit chaque jour. »
Dommage que Klaus ait refusé d'entrer dans les détails de ce qu'il avait appris. De toute évidence, l’ITL punissait sévèrement les étudiants qui parlaient de ce qu'ils avaient appris à des étrangers.
« Alors, des conseils pour la compétition ouverte de demain ? »
« Hmm, bonne chance pour ça. » Klaus sourit. « Tu n'imagines même pas le nombre de personnes en compétition. Je ne pense même pas que les Maîtres soient sérieux, lorsqu'il s'agit de trouver un disciple prometteur. Sinon, comment expliquer que sur 50 000 participants, ils n'en forment en moyenne que trois ou quatre ? »
« Tu penses qu’ils ont d’autre idées en tête ? »
« Évidemment ! Je suppose qu'ils veulent évaluer l'état général des jeunes créateurs du secteur Komodo au fil du temps. Ils enregistrent tout ce que tu fais et le mettent dans une base de données pour l'étudier. J’ai même eu la chance d’y accéder, pour un travail de recherche. Tu n’imagines même pas le nombre de conneries qu'ils mettent sur papier. Je parie qu'ils savent même combien de poils de nez tu as. »
Tous deux frissonnèrent un peu. Même si cela paraissait farfelu, ils ne pouvaient pas exclure l'idée d'une initiative visant à enregistrer le plus de choses possible.
« Alors, que puis-je faire pour augmenter mes chances d'entrer dans le top 5 ? » demanda Ves, sans même prendre en compte l'énorme probabilité de ne pas être pris en compte. Il n'était plus le Ves du passé, qui ne possédait que quelques compétences médiocres.
« Je ne sais pas vraiment. Si tu veux mon avis, essaie de mettre en avant ta philosophie et d'attirer l'attention d'un maître qui y correspond. Tu vas te taper une tonne de discours, sur la philosophie de création demain, alors je ne vais pas te l'expliquer. Reste à l'écoute et travaille dur. »
« Donc, si je n’ai pas une solide philosophie, je n’ai aucune chance ? »
« Ouais. » Klaus secoua la tête. « Beaucoup d'étudiants ont compris que les Maîtres ne veulent adopter un disciple nominal que s'ils choisissent quelqu'un dans la foule. Ils ne veulent pas faire l'effort de te tenir la main et de façonner ta philosophie, alors que tu es déjà assez vieux pour avoir un apprenti. Ils préfèrent garder leur énergie pour leurs propres descendants, ou pour des génies prometteurs au début de leurs études. »
C'était logique. Un Maître pouvait orienter la mentalité d'un jeune étudiant dans n'importe quelle direction, en adaptant ses enseignements. Quant à ceux qui avaient déjà obtenu leur diplôme, ils étaient plus figés.
« Cela dit, ne sous-estime pas la valeur d'un disciple nominal. Tu auras accès à des livres exclusifs et à des conseils que tu ne peux obtenir nulle part ailleurs. Ce sera peut-être pas de conseils personnels de la part du maître, mais t’auras au moins accès à une petite partie de sa base de connaissances interne. C'est de la recherche de pointe sur des sujets dont tu ne peux que rêver. »
Pour un jeune créateur normal, cela pouvait ressembler à un rêve. Pour Ves, ça l’intéressait peu. Comment la puissance du système pourrait-elle être comparée à celle d'un seul maître ?
Après avoir terminé leur discussion sur la vie étudiante à l’ITL, Ves et Dietrich partirent se coucher. Le bateau ne disposait que de quelques cabines exiguës, qui ressemblaient plus à des placards qu'à de véritables chambres à coucher. Après une nuit de sommeil inconfortable, ils se rafraîchirent avec une douche sonique bon marché, et se préparèrent à se rendre sur la place centrale, où allait se tenir la cérémonie d'ouverture.
« Bonne chance pour la compétition, Ves. » Klaus lui tapa dans le dos, lorsque Ves sortit du bateau. « Ça va être l'enfer, alors persévère. Sans volonté, tu ne pourras pas atteindre la finale. »
« Qu'en est-il de nos compétences et de nos connaissances ? »
« Les personnes qui apprennent vite sont rares. Si l'Institut technologique Leemar voulait seulement nous inculquer le plus de connaissances possible, il n'exclurait pas autant d'étudiants chaque année. La galaxie est dure, il faut se battre pour obtenir ce que l'on veut. »
C'était un point de vue profond que Leemar pouvait se permettre de défendre en raison de son immense popularité. Ves hocha la tête, et partit à la recherche d'un moyen de transport.
Heureusement, contrairement aux étudiants, les visiteurs tels que Ves et Dietrich étaient autorisés à monter à bord d'une grande navette qui les conduisait directement sur les lieux du défilé. Ves regarda par la fenêtre et aperçut de nombreux bateaux, en contrebas. La plupart volaient élégamment dans les airs, mais environ un quart d'entre eux flottaient mollement sur l'eau.
« Je ne pourrai pas rester à tes côtés, lorsque la compétition commencera. » dit Dietrich en mordant dans une pomme. « Mais ne t'inquiète pas, je t'encouragerai dans les tribunes. »
« Tu as déjà beaucoup aidé, lors de l'attaque du Saint Hearst. D'après ce que j'ai entendu, ta présence a été essentielle pour empêcher les pirates d’écraser les Méchas de garde. »
« Oui, mais j'ai été salement amoché. Ces pirates étaient des opportunistes. S'ils s’étaient battus à mort, je suis sûr que le seul moyen de m'enfuir aurait été de m'éjecter de mon cockpit. »
Ves se sentit déprimé, en entendant les paroles de Dietrich. Il avait un peu perdu confiance, en lui après la bataille. Se comparer aux normes d'un citoyen de second rang était un poison.
« Eh bien, ne noies pas ton chagrin. J'ai encore besoin de vous pour le voyage de retour. »
« Je sais, je sais. Je suis plus inquiet pour mon Mécha, honnêtement. J'espère que les techniciens locaux ne lésineront pas sur les réparations juste parce que c’est gratuit. »
Alors qu'ils approchaient du site, Ves aperçut de nombreuses navettes arrivant de différentes directions. La plupart d'entre elles avaient l'air aussi moyennes et utilitaires que celle qu'il avait empruntée. Quelques-unes avaient l'air plus petites et plus chics, témoignant de la richesse du passager. D'autres encore semblaient tout à fait uniques et farfelues. Une navette imitait même un dragon avec ses ailes et tout le reste.
Ce qui l'impressionnait le plus, c'était les navettes qui descendaient directement d'orbite. De toute évidence, tous les arrivants n'étaient pas obligés d'attendre à la périphérie. Ces fils et filles privilégiés dormaient confortablement dans leurs vaisseaux jusqu'au jour du début de la compétition, où ils pouvaient tranquillement monter à bord de leurs navettes privées et descendre directement vers la parade sans passer par la sécurité.
Dès qu'ils atteignirent enfin les vastes aires d'atterrissage, les deux hommes débarquèrent en même temps que les autres passagers. Ils remarquèrent une jeune femme portant un uniforme particulier qui leur fit signe de quitter la zone de la navette. Elle portait un uniforme violet royal orné de quelques symboles étranges et d'une ceinture bleu foncé.
« Bienvenue à l'Institut technologique de Leemar. Je suis Amy Dubois, étudiante en deuxième année à la Faculté de Développement Mécanique. Je suis ravie de vous voir tous ici ! Maintenant, si vous pouvez me suivre, je vais vous emmener sur le terrain de la parade, où tout le spectacle va commencer ! »
L'étudiante avait l'air si jeune et enjouée que les visiteurs avaient du mal à croire qu'il s'agissait d'une étudiante en création de Méchas. Comme Amy se comportait très différemment de Klaus, Ves pensa qu'elle faisait partie de ces enfants riches qui bénéficiaient de nombreux privilèges. Si elle n’était pas en train de guider un groupe d'arrivants de classe inférieure, elle serait sûrement en train de voler au-dessus de leurs têtes, comme certains autres guides et visiteurs.
Une fois qu'ils eurent quitté la périphérie, où toutes les navettes étaient garées, ils s'approchèrent d'un dernier point de contrôle où des gardes équipés d'exosquelettes vérifiaient minutieusement chaque passager. Heureusement, Lucky pouvait encore entrer dans la navette, à condition de porter son collier. Ves passe déjà le chat à Dietrich, qui le tenait comme s'il n'avait jamais porté d'animal auparavant.
« Lucky est très intelligent, tu n'as donc pas à t'inquiéter. Il sait qu'il ne peut pas rester à mes côtés pendant la compétition. »
« D'accord, mais s'il me pisse dessus, je le jette par-dessus bord. »
La sécurité autour du terrain était omniprésente. Ves avait déjà repéré des centaines d’exosquelettes qui patrouillaient sur le terrain. Ce qui l'impressionnait le plus, c'était qu'ils n'utilisaient aucun robot. C'était logique, car n'importe quel robot pouvait être piraté ou manipulé. Mais cela augmentait quand même les frais.
En tant que Mecque des Méchas, les forces de sécurité en utilisaient également. Avec ses yeux avertis, Ves reconnut la plupart d'entre eux comme des Méchas GA avancés. Il s'agissait de modèles de première ligne haut de gamme, qui ne perdaient pas de terrain face au principal Corps de Méchas du groupe Carnegie. Ce qui l’impressionnait le plus, c’était que les Méchas des officiers ressemblaient à des modèles NG. Il n'y avait pas deux Méchas NG qui se ressemblaient.
« Ce doivent être les œuvres personnelles des maîtres ! » s'exprima un créateur de la foule, ce qui poussa tout le monde à admirer l'ingénierie exquise de ces engins.
Après avoir passé un dernier contrôle de sécurité, ils traversèrent une sorte d'écran de sécurité qui leur bloquait également la vue. Une fois de l'autre côté, tout le monde retint son souffle et leva les yeux.
Une statue massive, aussi haute qu'un vaisseau, se dressait, défiant, en levant ses armes vers le ciel.
« C'est un Fléau ?! »
« C'est pas illégal ? »
« Il a l'air d’avoir fondu. Je ne pense pas qu'il soit encore fonctionnel. »
Amy frappa dans ses mains pour attirer l'attention du groupe. « En effet ! Notre bon vieux Colosse est une machine qui a survécu à une explosion nucléaire de proximité. Je peux déjà vous dire que le camp qui a lancé la bombe a été impitoyablement anéanti par l’ACM, mais pas avant que ce gros morceau ne soit réduit en bouillie. Les Rubarthiens ont décontaminé l'épave et l'ont reconstituée du mieux qu'ils pouvaient. Pour une raison ou une autre, ils l'ont faite parader pendant quelques décennies avant de nous le vendre, une fois qu'ils s'en sont lassés. Une histoire intéressante, non ? »
Alors que le groupe reprenait sa marche, chacun s'arrêta de parler, et pensa à la statue qu'il représentait. Pour chacun d'entre eux, c'était la première fois qu'ils se trouvaient face à l'une des plus grandes créations de l’industrie. Certains visiteurs se sentaient tout petits, tandis que d'autres se sentaient poussés à travailler dur pour concevoir un jour quelque chose de semblable.
Ves, quant à lui, ne pensait qu'à la bombe atomique. « Il y a toujours quelque chose de plus grand que les Méchas. Ces machines ne sont pas le summum de la guerre. Du moins, pas encore. »
Il se demandait s'il pourrait un jour créer un Mécha capable de résister à une bombe atomique.