Chapitre 70
Chapitre n°70 – Départ Précipité
Traducteur/Checker : SP76
À Cumulonimbia, Ves se réveillait, les yeux fatigués. Depuis hier, il avait préparé son départ avec Dietrich. Ils avaient réservé un vol vers l'une des stations spatiales orbitales de Bentheim, et attendaient l'arrivée de leur vaisseau longue distance.
Un appel interrompit ses préparatifs. Ves décrocha, et le visage inquiet de Marcella apparut.
« Ves, t’as bien fait de partir en voyage. Il vaudrait peut-être mieux que tu te fasses discret pendant un mois ou deux. On a des problèmes. »
Ça avait l’air grave. Quelque chose qui dérangeait l'imperturbable Marcella ne devait pas être une affaire banale.
« Que s'est-il passé ? »
« C'est à propos de Vincent Ricklin. Il est devenu fou. Il s'est déchaîné, quand il a montré à sa famille les prouesses de son Marc-Antoine personnalisé. »
Rien que d'entendre à nouveau le nom de Vincent, Ves commençait à regretter d’avoir fait affaire avec lui. Certes, les crédits étaient intéressants, mais s'il avait fait quelque chose d'assez grave pour que Marcella l'appellait dans la matinée, c'était forcément mauvais.
« À quel point c’est grave, et comment est-ce que ça va nous affecter ? »
« Il a essayé de tirer avec ses laser sur l'héritière des Ricklin, une certaine Catelyn. Elle a survécu, je ne sais pas comment, mais beaucoup d'autres aînés n'ont pas réussi à s’en sortir. Vincent s'est joué des gardes et s'est échappé de Bentheim grâce à une navette d'évacuation bien préparée. »
Ça sonnait comme un tas de problèmes. Même si Ves n'était pas impliqué dans cette attaque, le simple fait d'avoir fourni le Mécha à Vincent lui vaudrait d'être surveillé de près.
« Le Corps de Méchas l'a-t-il attrapé ? »
Le froncement de sourcils de Marcella s'accentua. « Non. Il a bénéficié d'une aide qui a retardé les unités d'intervention rapide. Des pirates se sont introduits clandestinement sur Bentheim, et ont causé suffisamment de chaos pour couvrir la fuite de Vincent. Les navires de patrouille à proximité ont tous été paralysés par des explosions, lorsqu'ils ont tenté de poursuivre leurs vaisseaux de fuite. Ils ont réussi à mener l'attaque la plus flagrante contre Bentheim. »
Les nouvelles étaient incroyablement mauvaises, pour tous ceux qui avaient un soupçon d'implication dans les événements.
« Combien de victimes ? »
« Sans compter les Ricklin, plus de 200 personnes sont mortes, dans ce chaos. Les pirates ont été loin d’être subtils. Tu sais les dégâts qu'un Mécha peut faire, dans une ville aussi dense. »
Ce devait être un cauchemar à Bentheim. Le moindre tir de laser pouvait traverser un bâtiment, et anéantir une douzaine de passants innocents. Les blessés devaient se compter par milliers.
« Je ne peux pas rester sans rien faire. » dit Ves, se sentant en conflit. « Même si je me sens mal en ce moment, je suis vraiment innocent. Tu sais que le Marc-Antoine est un Mécha de Dernière Génération. Ce n'est pas vraiment un Mécha d'élite selon les normes actuelles. »
« C'est pourquoi je soutiens tes vacances impromptues. En ce moment, le public est en ébullition, et le Corps de Mécha n'a pas réussi à sécuriser le système stellaire. Les enquêteurs doivent être dans tous leurs états, et ils ne tarderont pas à envoyer quelqu'un chez toi. »
« Je pense que ma famille peut les retenir. Les Larkinson ont toujours été loyaux envers la République, et ils ont leur mot à dire dans les cercles militaires. »
« Eh bien, tu ferais mieux d'appeler ta famille, parce que le spectacle ne fait que commencer. »
Il raccrocha avec inquiétude, et après un bref moment d'hésitation, il appela son grand-père.
Anticipant peut-être son appel, Benjamin Larkinson apparut sur son écran. Son visage imperturbable rayonnait déjà d'assurance, pour Ves. « Je sais ce qui se passe, et je sais que tu es innocent. »
« Merci, grand-père. » Ves soupira, car son assurance le réconfortait. « J'avais l'intention de me rendre à Leemar pour participer à la compétition ouverte là-bas. Pourrais-tu m'aider à préparer mon départ ? Cet événement est très important pour moi et ma carrière, et je ne peux pas me permettre de rater cette occasion parce que je dois rester pour un interrogatoire. »
« Je peux te garantir que les enquêteurs te traiteront équitablement, mais tout départ soudain paraîtra suspect. Je peux les empêcher de te poursuivre, mais tu devras les laisser accéder à tes dossier et à ton atelier, pendant ton départ. »
Comme Ves transportait ses vrais secrets dans son communicateur, il n'avait aucun problème à laisser les autres y jeter un coup d'œil. Sanyal-Ablin avait pratiquement tout vu, lorsqu’ils avaient installé leur système. Laisser le gouvernement jeter un coup d'œil n'avait rien d'extraordinaire.
« Ils peuvent faire ce qu'ils veulent tant que mon atelier reste intact. J'ai encore besoin de gagner ma vie. J'espère que tu pourras leur dire que ce s’ils viennent ici, ils chercheront quelque chose qui n’existe pas. »
« Oh, crois moi, je ne les laisserai pas détruire ton entreprise. » Benjamin sourit. « J'ai gardé un œil sur toi, et je peux t’affirmer que tu nous rends fier. La dernière chose que je veux, c'est que ton travail acharné soit gâché. Ne t'inquiète pas. Je demanderai quelques faveurs, et j'essaierai d'étouffer tous les soupçons qui pèsent sur toi. C'est juste que certains soupçons ne disparaîtront jamais. »
Son grand-père avait raison. Le fait que son deuxième Mécha jamais produit soit impliqué dans un violent incident terroriste allait être une tache noire dans son dossier. Mais Ves ne se laissa pas abattre. Il avait encore la possibilité de se racheter, s'il travaillait dur.
« Que pensez-tu que les enquêteurs feront, si je reviens quelques mois plus tard en tant qu'apprenti d'un Maître créateur de Méchas ? »
Les yeux du vieil homme s'écarquillèrent. Même un haut fonctionnaire militaire comme lui n'était qu'une fourmi face à un vénérable Maître. « Tu verras que de nombreux obstacles disparaîtront comme neige au soleil. Le prestige d'un Maître n'est pas à négliger. Même un apprentissage occasionnel auprès d'une personne aussi éminente découragera tous les ragots. »
En fin de compte, c’était une question de pouvoir et de soutien. Si Ves avait étudié dans un établissement d'élite de la Coalition Vendredi, il n'aurait jamais eu à s'inquiéter d'être détenu pendant des jours.
« J'espère revenir triomphant, grand-père. »
« Va donc. Déploie tes ailes, et découvre les mondes au-delà de la République. C'est un endroit tumultueux, au centre du secteur stellaire. Tu verras beaucoup de richesses et de merveilles. N'oublie pas que toute cette richesse et ce pouvoir reposent sur des bases solides. »
Après que Benjamin mit fin à l'appel, Ves fit quelques préparatifs supplémentaires. Il envoya un message à Robyn, pour lui dire que le SASS devait laisser tous les enquêteurs officiels pénétrer dans son atelier sans contestation. Il envoya ensuite un autre message au jeune boss pour lui résumer la situation, et lui dire de se rendre immédiatement au spatioport.
« Bon, il faut qu’on y aille. Allons-y Lucky. »
L'homme et le chat se retournèrent pour regarder l'atelier une dernière fois, avant de monter dans la navette. Ves parcourut les nouvelles, pendant que son taxi filait vers le port spatial. Les images diffusées par les chaînes d'information au reste de la République montraient que Bentheim avait sombré dans le chaos.
Son ouverture en tant que système portuaire nuisait à la sécurité de la planète. Trop de mercenaires aux affiliations douteuses y étaient entrés. Certains d'entre eux s’étaient avéré être des pirates déguisés qui avaient réussi à déjouer les contrôles de sécurité rigoureux de Bentheim.
Pire encore, dans sa chasse aux pirates, la Garde planétaire, trop zélée, a parfois frappé des mercenaires qui n'étaient pas impliqués dans l'assaut prémédité d'aujourd'hui. Les batailles menaçaient de s'étendre, et de faire encore plus de victimes.
Ce qui faisait le plus mal à Ves, c’était les images occasionnelles de ce qui avait déclenché cette embuscade. Le Marc-Antoine hautement modifié, avec le paquet et tout le reste, avait levé ses canons laser pour tirer directement sur un groupe de passants sans défense. Les chaînes d'information avaient immortalisé le bref enregistrement en essayant de l'envoyer au reste du secteur stellaire.
« Bon sang. Je peux oublier l’esthétique, la simple implication de Vincent sera un point noir ineffaçable dans mon dossier. »
Comme il s'empressa de le suggérer à son grand-père, son seul moyen de se racheter était d'atteindre ses objectifs sur Leemar. Ce n’était qu'en obtenant une sorte de soutien formidable qu'il serait capable d'endurer l'examen minutieux.
Les commentateurs et les experts spéculaient déjà sur l'influence qui avait attaqué la République. Personne ne croyait vraiment qu'une bande de pirates sans nom avait planifié, financé, armé et exécuté ce raid complexe tout seul. De nombreux républicains pointaient du doigt les monarchistes du royaume de Vesia, malgré l'absence de preuves convaincantes de leur implication.
Même Ves trouvait cette théorie convaincante. En tant que citoyen de la République Brillante, il avait été élevé dans l'idée que le Royaume de Vesia était leur ennemi juré. Seuls les Vésiens avaient des motifs suffisants pour s'attirer les foudres de la République.
« Hé, Ves. Sale journée, pas vrai ? » Dietrich le salua enfin une fois arrivé au spatioport. Le jeune boss avait l'air plutôt calme en ce moment, car il s'inquiétait du bien-être des Baleiniers de Walter. « Je me sens un peu mal de laisser mes camarades derrière moi. »
« Nous ne seront partis que pour 2 mois. Une guerre n'éclatera pas si tôt. »
En fait, Ves n'avait aucune idée de ce qui se passait, en coulisses. Il avait juste dit cela pour rassurer son garde du corps. Les deux jeunes hommes embarquèrent avec empressement dans un grand transport de passagers à destination de Bentheim, avec leurs robots-bagages flottants. En outre, Ves avait emmené Lucky, toujours curieux, tandis que Dietrich avait déjà rangé son Mécha dans un conteneur, à bord du navire.
Le navire n'était qu'à moitié rempli cette fois-ci, une bizarrerie attribuée à l'attaque. Certains cherchaient la sécurité dans le grand nombre de Bentheim, mais la plupart des habitants pensaient qu'il valait mieux rester sur leur planète tranquille et sans importance, et éviter la cible géante que représentait Bentheim. Après tout, les Vésiens ne cachaient jamais leur désir d'engloutir le système portuaire.
Le voyage jusqu'à Bentheim fut bref et sans histoire, à l'exception des mesures de sécurité supplémentaires. Le transport devait s'arrêter dans l'espace pour permettre aux inspecteurs d'examiner chaque passager et chaque cargaison. L'un des inspecteurs s'arrêta brièvement lorsqu'il scanna Ves, mais les instructions qu'il reçut l'obligèrent à continuer.
Les personnes qui examinèrent le Mécha de Dietrich ajoutèrent des sceaux supplémentaires à sa machine. Cela ne l'empêchait pas de l'utiliser en cas d'urgence, mais il faudrait au moins une demi-heure à un technicien expérimenté pour le rendre prêt au combat.
En arrivant au spatioport de Bentheim, ils rencontrèrent une immense émeute. Des dizaines de soldats maintenaient la paix en essayant de ramener les émeutiers à un semblant d'ordre. Ves ne pouvait compter que sur la force de Dietrich pour se faufiler dans la foule.
« C'est de la folie ! » cria Ves à Dietrich, alors qu'ils attendaient derrière une ligne. Ses paroles étaient à peine audibles dans le brouhaha paniqué des conversations. « Il y a tellement de gens qui cherchent un refuge plus sûr ! »
« Il vaut mieux que ces lâches s'en aillent. Ce ne sont que des sacs de viande inutiles. »
Finalement, ils firent usage de leur accès prioritaire à l'embarquement, et entrèrent dans une zone beaucoup plus ordonnée. Seuls les plus fortunés pouvaient s'offrir des billets de classe affaires, qui leur permettaient de voyager sur une ligne spatiale de première qualité. Ves et Dietrich regardèrent par le hublot le mastodonte qui les transportait hors de la République.
LA TORCHE DE L'AVANT-GARDE
Townsends Spacelines
Le nom patriotique faisait référence à un événement ou à un mythe survenu au début de l'histoire de la République Brillante. Bien que la République ait subventionné la construction du vaisseau, les propriétaires de l'ensemble de la ligne résidaient dans la Coalition.
Marcella recommandait vivement cette ligne à Ves. L'énorme vaisseau de passagers sillonnait les voies spatiales de la République à tous les autres États de troisième rang, jusqu'à ce qu'il atteigne la limite de l'espace de la Coalition. Il parcourait le même chemin pour revenir, escorté par un petit contingent de Méchas capables de se déplacer dans l'espace.
Naturellement, toute cette sécurité, ce luxe et cette rapidité avaient un prix. Ves et Dietrich avaient déboursé chacun 150 000 crédits brillants, et ce uniquement pour la classe affaires. Le vaisseau de passagers proposait des niveaux encore plus extravagants, avec des piscines privées et des salles d'entraînement ultramodernes.
« En route pour de nouvelles aventures. » murmura Ves, en serrant Lucky contre lui, et en suivant Dietrich, tout excité, à bord du magnifique navire.