Chapitre 68
Chapitre n°68 – Harrier
Traducteur/Checker : SP76
Étonnamment, le jeune boss était réceptif à l'idée. « J'ai toujours voulu voir la Coalition de mes propres yeux. Mon père me rabâche toujours les oreilles avec la puissance des gangs qui opèrent au centre du secteur stellaire. Il est temps que j'y jette un coup d'œil. »
Ves ne s'attendait pas à ce que Dietrich lui propose de venir en personne. « Tu n’es pas obligé de m’accompagner. Je peux me contenter de n'importe quel pilote digne de ce nom. »
« Non, non, non, tu mérites mieux ! Même si je ne suis pas aussi bon que les vieux briscards qui accompagnent mon père depuis des siècles, je peux encore tenir mon rang ! »
Après plusieurs tentatives pour changer d'escorte, Ves abandonna. Au moins, le jeune boss lui proposait de l'accompagner gratuitement. Même si son calibre était loin d'être celui d'un garde du corps valant 10 millions de crédits, il n'était pas une mauviette. Cela devrait suffire.
« Dis, j'aimerais te demander une faveur. » Dietrich sourit avec plus qu'un peu de sournoiserie. « Puisque tu es un créateur un concepteur de luxe, tu dois en savoir beaucoup sur les Méchas, non ? J'aimerais que tu bricoles mon Mécha. Juste une mise au point, rien de bien fou. »
« Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée. Cela prendra du temps, et j'ai besoin de matériaux supplémentaires... »
« Haha, pas de souci. On a tout un tas de pièces détachées. Tu peux prendre tout ce que tu veux, tant que mon Mécha s'améliore. Quant au temps, nous savons tous les deux qu'il ne faudra pas un mois entier pour atteindre Leemar, à moins de prendre les lignes spatiales les moins chères. »
Comme il était plein aux as pour le moment, Ves avait déjà réservé un siège en première classe à bord d'un vaisseau spatial haut de gamme. Dietrich n'avait pas eu besoin de beaucoup d'efforts pour réserver le siège à côté de lui, et de payer le privilège d'emmener son mécha. Naturellement, la machine de guerre allait être mise en sécurité, et rangée dans le hangar du gigantesque vaisseau de passagers.
« Bon, il suffit de se rendre à notre base de Freslin. Tu sais où elle se trouve. Je t’autorise à utiliser tout ce qui se trouve dans notre atelier et notre entrepôt. »
En raccrochant, Ves soupira. On dirait bien qu'il était coincé avec Dietrich. D'ailleurs, ce n'était peut-être pas une mauvaise chose de développer une relation plus étroite avec l'héritier des Baleiniers. Ses hommes pourraient garder un œil sur son atelier en son absence. Il ne faisait pas entièrement confiance à ses systèmes de sécurité automatiques de base pour écarter les voleurs déterminés.
Après un bref voyage à bord d'une navette, Ves arriva à la base délabrée où il avait rencontré Dietrich pour la première fois. Heureusement, Dietrich avait l'air frais cette fois-ci, portant un costume élégant qui mettait en valeur ses muscles. Contrairement à Vincent, le jeune boss était un guerrier dans l'âme. Il ne laissait pas ses excès affecter sa capacité de combat.
« Bon, tu es enfin là ! Laisse-moi t'amener à mon Mécha. Tu vas l'adorer. C'est ma beauté depuis plus de deux ans. C'est un véritable classique ! »
Dietrich entraîna sans ménagement Ves dans l'atelier rouillé. Plusieurs techniciens tachés d'huile effectuaient une maintenance désordonnée sur les Méchas entreposés à l'intérieur. Ils s'approchèrent de l'extrémité de l'atelier, qui révélait la silhouette imposante d'un Mécha moyen.
Dietrich avait raison sur un point. Son Mécha était un "classique". Il s'agissait en fait d'un National Aeromotives Harrier VCX-4B. Bien qu'il s'agissait d'un modèle de la Génération Actuelle, il avait été conçu au tout début de la génération. Il s'agissait d'un modèle ancien, doté de quelques caractéristiques haut de gamme.
National Aeromotives n’était entré sur le marché des Méchas qu'il y a une génération. Ses principaux produits étaient encore des navettes et des avions, de sorte que les connaissances accumulées en matière de vol étaient très importantes. Outre de brèves incursions dans le domaine des Méchas terrestres, comme le César Auguste, tous les autres Méchas fabriqués par NA étaient spécialisés dans le vol.
Le Harrier n'était pas une unité de vol typique, même s'il partageait de nombreuses caractéristiques avec les modèles de première ligne standard.
Il se concentrait principalement sur l'endurance, et dépendait donc du carburant plutôt, que de l'énergie directe, pour maintenir son temps de vol. Son système de vol robuste était capable de passer d'un mode d'économie d'énergie à un mode de vol à haute intensité, au prix d'un poids un peu plus élevé que les autres systèmes de vol.
De ce fait, le Mécha moyen ne portait qu'un blindage assez léger, pour sa catégorie. Cependant, NA avait toujours excellé dans le développement d'armures résistantes à la chaleur, de sorte que le Harrier se comportait plutôt bien face aux armes énergétiques.
Quant à son armement, il s'appuyait principalement sur un fusil balistique pour faire mal. Bien qu'il alourdissait encore plus le Mécha, il permettait au Harrier de consacrer la majeure partie de son énergie à son vol. Le Harrier était capable de transporter une quantité suffisante d'obus, s'il décidait de renoncer à la plupart des armes de mêlée.
Dietrich s'approcha fièrement du pied du Mécha et frappa de la paume contre son armure. « Regarde cette beauté. Tu ne vois pas à quel point je l'ai traitée avec amour pendant tout ce temps ? »
Ves devait admettre que le VXC-4B était bien entretenu. De toute évidence, les techniciens employés par les Baleiniers n’avaient pas osé se relâcher, en ce qui concernait le Mécha personnel de Dietrich. Ce devait être le seul moment où ils gagnent leur salaire.
Comme Ves n'avait que peu d'expérience sur les Méchas finis, il pouvait tout aussi bien profiter de l'occasion pour étudier le Harrier. Il emprunta les outils de diagnostic de l'atelier pour scanner la machine de fond en comble. Les résultats lui indiquèrent que plus d'un quart des pièces du Mécha avaient été remplacées, et que toutes les nouvelles pièces n'étaient pas standardes. En particulier, il était difficile de se procurer des plaques de blindage de remplacement ailleurs qu'auprès de National Aeromotives. Naturellement, les prix de remplacement étaient très élevés.
Grâce à ses compétences en mécanique, Ves remarqua que la personne qui avait réparé l'armure avait quelques compétences, mais qu'elle n'avait pas pris en compte tous les facteurs. Il devina que le centre d'équilibre du Mécha était légèrement désaxé, ce qui affectait une foule de choses qui ne donnaient rien de bon.
« Je vois qu'il a besoin d'un peu de travail. Si ça ne te dérange pas, je vais démonter certaines choses et les remplacer par d'autres. »
« Je t’en prie, Ves. C'est pour cela que je t'ai invitée ici. Tant que tu peux améliorer mon bébé, je suis d'accord avec tout. »
Il était rassurant d'entendre Dietrich accorder autant de confiance à Ves. Pour l'instant, leurs intérêts convergeaient. Les liens entre les deux se resserraient, chacun cherchant à tirer profit de l'autre. Ves voulait s'abriter sous le parapluie des Baleiniers, tandis que Dietrich cherchait à s'attacher les services d'un créateur de haut niveau.
Ves se mit au travail sur le Harrier. Il commença par retirer toutes les plaques remplacées et les mit de côté. Il inspecta ensuite l'intérieur de l'appareil et fit quelques calculs. S'il voulait rétablir le centre d'équilibre, il devait déplacer des objets. National Aeromotives n’avait jamais pu se débarrasser d'une mauvaise habitude : elle avait hérité du penchant de Jason Kozlowski, pour l'entassement de trop de choses dans un espace très réduit.
Heureusement, le Harrier n'était pas si mauvais à cet égard. NA avait certainement essayé de limiter ses habitudes autant que possible, pour que Ves ne risque pas de se cogner contre quelque chose de délicat, lorsqu'il déplaçait quelques composants mineurs.
L'une des limites était que plus d'un quart des composants internes étaient dédiés au système de vol. Ves n'avait pas l'expertise nécessaire pour jouer avec ces composants sans compromettre les capacités de vol. Son expérience en matière de fusils était également trop superficielle pour qu'il puisse modifier l’arme, sans parler de le comprendre complètement.
« Je devrais essayer de combler ce trou une fois que j'aurai un peu de PC à disposition. Je ne peux pas toujours compter sur des connaissances de débutant en matière d'armement, si je veux rester au niveau des créateurs de Méchas de haut niveau. »
Dans l'ensemble, les mécanos avaient fait du bon travail pour maintenir le Harrier en forme. Ves n'avait pas à corriger d'erreurs flagrantes, juste de petites erreurs d'appréciation.
Il ajouta cependant une petite surprise. Ses mains se faufilèrent dans la pochette contenant toutes les gemmes de Lucky et en retirèrent un jaspe sombre. L'apparence de la pierre ronde évoquait un coucher de soleil, mais Ves n'y prêta guère attention. Cette gemme sans prétention avait la propriété d'améliorer l'agilité du Mécha de 1 %. Il l'installa furtivement dans une alcôve bien protégée, là où les techniciens étaient le moins susceptibles de l'inspecter.
« J'espère qu'elle fera son travail. » grommela Ves, en se concentrant sur le remontage de l’armure.
Il apporta les plaques de remplacement à un marteau et les retravailla légèrement, pour qu'elles s'adaptent un peu mieux au Harrier. L'erreur commise par les techniciens était de penser qu'il suffisait de prendre n'importe quelle plaque d'armure au hasard, pesant à peu près le même poids, et de la façonner exactement de la même manière que l'ancienne. En réalité, chaque armure présentait des propriétés différentes, et devait toujours être traitée dans une perspective nouvelle.
Après avoir remis le blindage en place, Ves demanda à Dietrich d'entrer dans le cockpit, et de tester le Mécha. La machine réajustée se déplaçait avec fluidité et grâce, même si le système de vol imposant entravait ses mouvements.
« C'est génial ! C'est comme si toutes mes douleurs avaient disparu. »
L'amélioration était marginale, mais chaque petit détail comptait. Ves et Dietrich était tous les deux satisfaits du travail accompli. Même si les caractéristiques du Mécha n’avaient pratiquement pas changées, Dietrich pilotait son Mécha avec plus de naturel.
Ves se rendit compte que la mise au point des Méchas existants n’était peut-être pas une perte de temps. Il ne lui fallait que très peu d'efforts et d'investissements pour remettre un Mécha en état de marche. Si jamais Ves n'avait plus de commandes, il pourrait faire valoir ses compétences en tant que préparateur de Méchas, et se faire un peu d'argent de poche en retapant ceux des autres, comme le Harrier.
Après s'être assuré que rien ne leur explosait à la figure, Ves prit congé de Dietrich et termina ses autres préparatifs. Il passa au bureau de Sanyal-Ablin, et paya un peu plus d'argent pour que sa suite de sécurité continue de fonctionner, même en cas d'absence prolongée.
« Il est regrettable que vous ayez décliné notre offre de vous escorter jusqu'à Leemar. » ajouta Robyn, après qu'ils eurent réglé cette question. « Bien que les principales routes spatiales de la Coalition soient bien surveillées, rien n'est absolu. Et cela ne prend même pas en compte ce qui peut se passer sur les planètes. »
« J'aimerais vraiment pouvoir engager votre garde du corps, mais ma situation financière ne me le permet pas. » s'excusa Ves, en se levant et en se dirigeant vers la sortie. « Cependant, cela ne veut pas dire que je vous laisserai tomber à l'avenir. Dès que j'aurai un bon volume de ventes, je ne manquerai pas de faire appel à vos autres services. »
« C'est merveilleux, M. Larkinson. Nous sommes toujours prêts à répondre à vos besoins. »
De retour dans son atelier, Ves rangea ses bagages, et s'assura de ranger tous les outils et robots en vrac. Il éteignit l'imprimante 3D et l'assembleur. En éteignant les lumières, Ves se demanda ce qui allait changer à son retour de Leemar.
« J'espère que je reviendrai en tant qu'apprenti triomphant d'un Maître renommé. »
Ves eut une nuit de sommeil agitée, car il avait du mal à contenir son excitation. Toute sa vie, il avait vécu, étudié et travaillé dans la République Brillante. Il n'avait jamais mis les pieds sur une planète au-delà des frontières de son état familier.