Chapitre 67
Chapitre n°67 – Garde du Corps
Traducteur/Checker : SP76
Il appella d'abord Marcella. Si la courtière avait déjà une affaire en cours, alors Ves avait de gros problèmes.
« Ce n'est pas très responsable de partir en voyage comme ça. » dit Marcella, d'un ton glacial. « D'ailleurs, penses-tu avoir une chance ? Le concours Leemar est l'un des concours les plus féroces de tout le secteur stellaire. »
Ves haussa les épaules. Il n'avait aucune chance de gagner quoi que ce soit avant d'améliorer sa mécanique, mais maintenant, c'était différent. « J'ai mes propres avantages. Je pense que ça vaut le coup de tenter ma chance. »
Malgré le harcèlement constant de Marcella, Ves restait déterminé à aller sur Leemar. La courtière finit par lever les bras au ciel.
« Très bien, d’accord. Mais ne me force pas à ton retour à lâcher un “je te l’avais bien dit”. Je vais ralentir et allonger les négociations pour l'affaire en cours. Ce voyage n'est peut-être pas une mauvaise chose. Si tu te démarques et que tu te débrouilles bien chez Leemar, tes affaires prendront du galon. »
Sans le dire, Marcella n'avait pas vraiment confiance en Ves. Bien qu'il l'ait suffisamment impressionné pour faire des affaires avec lui, c'était là rendre compte de son potentiel. Trop peu de temps s'était écoulé pour qu'il puisse vraiment s'épanouir. Sur le papier, il n'avait aucune chance d'atteindre le top 1000 de Leemar.
Marcella prit le temps d'expliquer les nuances de la visite à la Coalition Vendredi. Contrairement à la République Brillante, la Coalition était beaucoup plus vigilante, et examinait les étrangers de manière plus stricte. Les citoyens traitent également assez mal les immigrants des États de troisième rang, du moins jusqu'à ce qu'ils aient fait leurs preuves. En somme, Ves devrait se tenir à l'écart, et ne rien faire qui puisse attirer l'ire de ses hôtes.
« Même si la Coalition Vendredi est l'un des États de second rang les plus faibles de la galaxie, elle a tout de même atteint un niveau que la République Brillante ne pourra jamais atteindre. Ils se considèrent comme les véritables dirigeants du secteur stellaire de Komodo, et n'hésitent pas à montrer leur puissance. »
Ves finit par raccrocher, après avoir reçu une bonne dose d'avertissement de la part de Marcella. Il fronça un peu les sourcils. Avait-il sous-estimé la Coalition ? Elle avait commencé comme un refuge pour les personnes persécutées et faisait encore largement la publicité de ses politiques d'immigration généreuses pour les professionnels talentueux. Pendant des siècles, elle avait ouvertement débauché les meilleurs et les plus brillants des États de troisième rang environnants, laissant les plus petits États comme la République Brillante dans un coin reculé.
« La Coalition a plus à offrir qu'elle n'en a l'air. » conclut-il. Les seules choses qu'il savait sur la Coalition provenaient de livres d'histoire et des séries occasionnelles. Maintenant qu'il y pensait, la République n'osait probablement pas publier de documents critiquant la Coalition.
« Je dois assurer ma sécurité d'une manière ou d'une autre. Voyager seul jusqu'à Leemar en tant que créateur de Mécha est trop dangereux. Même si je n'ai rien d'extraordinaire, quelqu'un pourrait me chercher des noises si je suis seul et sans défense. »
Il n'était pas rare que des créateurs vulnérables se fassent débaucher d'une manière ou d'une autre. Une simple intimidation physique suffisait à faire signer un contrat restrictif à la plupart d'entre eux. Après tout, ils avaient passé leur vie à concevoir des machines de guerre, au lieu d’apprendre à se défendre.
« Je devrais engager un garde du corps. »
Comme Ves s'attendait à ce que son voyage dure jusqu'à 2 mois, le prix de l'embauche d'un garde du corps ne devrait pas être trop exorbitant. « Heureusement, j'ai conclu la vente de mon deuxième Mécha. Je ne suis pas à court de crédits. »
La seule question était de savoir qui engager. Devrait-il aller à Bentheim et engager un mercenaire ? « Peut-être que je n'ai pas besoin d'aller si loin. Si je me souviens bien, la SASS est une société de sécurité originaire d'un État de seconde rang. Peut-être qu'ils étendent la portée de leurs services à la Coalition Vendredi également. Ça vaut le coup d'essayer. »
Il activa son communicateur et contacta le représentant de Sanyal-Ablin. Le joli visage de Mlle Robyn émergea du projecteur avec un sourire.
« Ah, Monsieur Larkinson, c'est un plaisir de vous revoir. Que puis-je faire pour vous ? »
« J'ai prévu de faire un petit voyage à Leemar pour participer au concours de modélisation. J'aimerais savoir si vous pouvez me fournir un garde du corps pour m'accompagner là-bas ? »
Robyn garda son sourire, bien qu'une certaine tension apparaisse dans ses yeux. « Nous proposons des contrats à court terme pour les gardes, mais si vous souhaitez étendre ce service à la Coalition, cela vous coûtera assez cher. Votre garde doit répondre à des critères très élevés, afin de faire face au calibre des adversaires qu'il ou elle peut affronter. »
« Donnez-moi un chiffre. »
Elle marqua une petite pause, le temps de consulter quelques chiffres. « Environ 9,5 millions de crédits pour un contrat de deux mois. »
Il faillit cracher du sang, face à ce prix exorbitant. C'était l'équivalent de la moitié d'un Mécha !
« Avez-vous des options plus abordables ? »
« Aucune que notre société autorise. C'est déjà l'un des devis les moins chers de notre branche. Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais le crédit brillant est une monnaie très faible par rapport au crédit de la coalition. Les taux de change sont défavorables parce qu'il est plus coûteux de faire des affaires dans la Coalition. »
Mlle Robyn n'avait pas tort. Ves savait que la SASS ne cherchait pas à l'arnaquer. La Coalition avait accès à d'abondantes ressources exotiques. Elle utilisait sa population massive pour exploiter ces richesses et développer son armée et son économie.
La disparité des armées de Méchas montrait à quel point la Coalition l'emportait sur presque tous les autres États. Alors que la République Brillante utilisait principalement les Méchas GA les moins chers comme modèles de première ligne, la Coalition disposait des meilleurs Méchas GA comme unités de base.
On racontait que de nombreux commandants d'élite étaient déjà passés aux modèles Nouvelle Génération (NG). Même les meilleurs mercenaires avaient accès à des Méchas qui pouvaient facilement battre les meilleurs Corps de Mécha de la République.
« Laissez-moi réfléchir à mes options pendant un moment. Je vous contacterai plus tard pour vous faire part de ma décision. »
« Très bien, mais je dois vous avertir que vous n'obtiendrez pas un meilleur prix ailleurs. Même si quelqu'un vous proposait une bonne affaire, vous verriez que celui qui sera envoyé ne pourra pas suivre sur le territoire de la Coalition. »
Alors que les deux mirent fin à l'appel, Ves repensa à ses paroles. Elle semblait certaine que Ves ne serait pas en mesure de recruter un garde compétent.
Il envisagea d'appeler Melinda, ou un autre membre de la famille Larkinson, mais s'arrêta net. La plupart des pilotes compétents servaient dans le Corps de Méchas. Il n'était pas possible de leur demander de quitter leur poste pour l'accompagner dans son voyage.
Une simple recherche sur le réseau révélait des prix que Ves avait du mal à supporter. Les mots de Robyn résonnaient dans sa tête, lorsqu'il découvrit que de nombreuses sociétés de sécurité avaient un prix élevé. Exprimé en crédits de la coalition, cela ne semblait pas si mal, mais une fois converti en crédits brillants, c'était suffisant pour épuiser toutes ses économies.
L'une des principales raisons pour lesquelles le prix était si élevé était que les contrats à court terme entraînaient de nombreux frais initiaux. Il était plus économique d'engager un garde du corps sur une longue période, mais Ves ne ferait jamais une telle chose. Il n'en avait tout simplement pas les moyens.
« C'est une question d'argent. Sans crédits, je ne peux pas acquérir de pouvoir significatif. »
Il n'avait même pas voyagé jusqu'à la Coalition Vendredi qu'il pouvait déjà se rendre compte de sa supériorité. Si Ves traduisait les forces relatives de sa puissance économique en force militaire, le résultat était bien sombre.
Ves était peut-être confronté au choix le plus important concernant ce voyage. Personnellement, il pensait que le risque d'être confronté à un raid pirate ou à une autre affaire désagréable n'était pas très grand. Dépenser une quantité excessive de crédits à des achats futurs pourrait s'avérer être un effort inutile.
« Ce n'est pas comme si je sortais des sentiers battus. Leemar est l'une des planètes centrales de la Coalition et les routes spatiales sont bien surveillées. »
Ce que Ves ne pouvait pas supporter, c'était de dépenser 10 millions de crédits pour un garde du corps qui ne l'accompagnerait que pendant deux mois. Peut-être que quelqu'un né avec une cuillère d'argent comme Vincent accepterait le prix sans sourciller, mais Ves avait été élevé dans un environnement frugal. Malgré le salaire généreux de son père, Ryncol ne n’avait jamais rien dépensé. En fait, Ves n'avait toujours aucune idée de l'endroit où son père avait caché ses économies.
En fin de compte, s'il ne doutait pas de l'intégrité du SASS, il n'était tout simplement pas prêt à jeter son argent durement gagné.
Il examina les différentes possibilités qui s'offraient à lui. Presque toutes les sociétés de sécurité réputées proposaient les mêmes prix de base. Certaines entreprises plus louches proposaient des tarifs moins élevés, mais Ves avait lu suffisamment d'histoires pour se rendre compte qu'elles représentaient la plus grande menace pour lui, s'il faisait appel à leurs services.
Il existait de nombreuses arnaques dans lesquelles une personne et ses gardes rencontraient par hasard une bande de pirates qui les dominait. Alors que les deux groupes se comportaient comme des ennemis, elles étaient en fait de mèche. Bien que ce genre de chose ne se produise pas souvent, c'était une possibilité suffisante pour que Ves écarte cette option.
Il voulait avoir quelqu’un de pas cher, loyal, et suffisamment fort pour dissuader les éventuels gêneurs de semer le trouble. « Avec mon budget et les circonstances, j'aurai de la chance si je remplis 2 critères. Mais où est-ce que je vais pouvoir trouver une telle personne ? »
Sa liste de contacts était terriblement réduite. Parmi les noms de sa liste, un groupe avait du potentiel, et encore. Les Baleiniers de Walter étaient peut-être un petit gang qui régnait sur une seule planète rurale, mais ils n'étaient pas hostiles à son entreprise. Ils partageaient un intérêt commun, celui d'aider Cumulonimbia à développer son économie.
Malgré son instinct qui lui disait que c'était une très mauvaise idée, Ves décida de contacter Dietrich, le jeune boss.
« Hé hé ! Regardez qui est de retour ! Quoi de neuf, mon pote ? » Dietrich le saluait par l'intermédiaire de la communication, alors qu'il est en train de faire... quelque chose qui l'obligeait à se débarrasser de tous ses vêtements.
Le sourire de Ves se figea. « J'aimerais te parler d'une affaire, mais si tu es occupé, je peux rappeler plus tard. »
« Oh non, je ne suis pas trop occupé. Je suis le maître du multitâche, bébé ! » Le jeune bosse se vantait, et plusieurs voix enthousiastes applaudissaient en arrière-plan. « Allez, crache le morceau. Je suis toujours à l’écoute. »
Ves regrettait déjà d'avoir contacté Dietrich. Peut-être devrait-il reconsidérer l'offre de Sanyal-Ablin ? Mais lorsque l'étiquette de prix resurgit dans sa tête, son regard se durcit. Il ne voulait pas gaspiller ses précieuses économies.