Chapitre 3 726
L’enthousiasme suscité par l’achèvement du quatrième nouveau mécha expert de maître du Clan Larkinson ne retombait toujours pas !
L’importance de cette nouvelle machine était impossible à surestimer. Ce n’était pas seulement un puissant moteur de combat, elle promettait aussi d’apporter un soutien considérable aux méchas ordinaires déployés par les Sentinelles Vivantes, et peut-être par d’autres légions de méchas.
Si la victoire finale du Bataillon Larkinson dans la Ligue G-Aena avait révélé l’incroyable talent de la commandante Casella Ingvar pour le combat, l’ajout d’un mécha expert adapté et compatible lui permettrait de reproduire cet exploit, dans une certaine mesure !
À présent, de nombreux pilotes de mécha se demandaient dans quelle mesure ce nouveau mécha expert de commandement pouvait accroître la puissance de combat des méchas ordinaires.
Il était difficile de l’estimer avec précision, pour de nombreuses raisons. Les performances précédentes de la commandante Casella étaient aussi dues à une résonance forcée, qui produisait souvent une déferlante de puissance plus violente que la résonance véritable.
Pourtant, même si la commandante Casella ne parvenait pas à mobiliser autant de puissance dans son état actuel, elle restait une jeune pilote experte !
Tant qu’elle continuerait à piloter sa nouvelle machine, sa force de résonance grandirait à coup sûr à pas de géant. C’était là l’un des principaux avantages du pilotage d’un mécha expert de maître !
« Alors, tu as choisi le nom de ton mécha expert ? » demanda Ves à la commandante Casella.
La pilote experte, ravie, hocha la tête en continuant de caresser la surface extérieure de sa nouvelle partenaire de combat. « Minerva est un bon nom pour mon mécha, patriarche. Je l’ai déjà associé à cette appellation dans mon esprit et je ne vois pas pourquoi je devrais en choisir une autre. En plus, Minerva l’accepte tout à fait. C’est un honneur de porter le nom d’une ancienne déesse humaine de la guerre. »
Ves tressaillit. Là, c’était aller trop loin. Lorsqu’il avait imaginé le concept du mécha, il l’avait simplement baptisé Projet Minerva, afin de donner à lui-même et aux autres concepteurs de méchas impliqués une image mentale forte de ce puissant mécha de commandement. Les noms avaient un poids psychologique, et l’un des meilleurs moyens de faire parler d’un nouveau mécha consistait à l’associer à un mythe puissant !
Pourtant, il n’avait jamais sérieusement envisagé de conserver ce nom. Appeler un mécha du nom d’une déesse avait quelque chose d’un peu arrogant. Cette distinction était d’ordinaire réservée à des méchas bien plus grandioses, comme les méchas as des superpuissances de premier rang.
Cependant… lorsque Ves jeta un nouveau regard admiratif à son dernier chef-d’œuvre, il ne trouva pas que l’appeler Minerva faisait injure à ce nom puissant.
Il existait déjà très peu de méchas experts de maître. Chacun se distinguait des méchas experts ordinaires, et beaucoup avaient réussi à former des pilotes as qui s’étaient ensuite illustrés par des exploits légendaires !
Aussi Ves ne rejeta-t-il pas le nom aussi catégoriquement qu’auparavant. Ce qui le gênait, c’était surtout le risque de donner à tort l’impression que lui et son clan s’en prenaient aux véritables dieux.
Il y avait une différence entre donner à un mécha le nom d’un dieu mythique et laisser les gens prendre Minerva pour l’incarnation véritable de l’ancienne déesse romaine de la guerre !
Bien qu’un tel phénomène lui déplût, Ves savait parfaitement à quel point il était facile de céder à la superstition.
L’ancien Empire Vulcan avait clairement prouvé que l’existence fictive de Vulcan suffisait à laver le cerveau de milliers de milliards de nains et à en faire des fanatiques haineux des grands peuples !
Ves avait peut-être choisi de donner vie à Vulcan, mais il ne l’avait fait que pour tirer parti de la crédulité des nains.
Avec un « auxiliaire » aussi pratique que l’Empereur de Fer, qui prêchait l’évangile de Vulcan pour des raisons stratégiques, reprendre une marque déjà connue faciliterait sans aucun doute la récolte d’une grande quantité de retours spirituels par l’incarnation !
À ses yeux, cela ne posait pas de problème, car Vulcan ne faisait que tirer parti du peuple nain.
Même s’ils étaient humains, d’une certaine manière, les nains ralliés à l’Empereur de Fer comptaient tous se séparer de la civilisation humaine ; il était donc acceptable de les traiter comme des non-humains.
Ce que Ves ne pouvait pas accepter, c’était de créer un jour une situation semblable pour les humains. Un mécha aussi remarquable que Minerva attirerait forcément beaucoup d’admiration, en particulier chez les Larkinson, dont la vie dépendait des performances de ce mécha expert de commandement !
Il haussa les épaules. Une fois lancé, ce phénomène était impossible à arrêter. À l’ère des méchas, on les vénérait, et les plus puissants attiraient encore davantage l’attention du public. Qu’il appelle la nouvelle machine de Casella Minerva ou lui donne une appellation aussi ennuyeuse que M-12346, l’attrait d’un puissant mécha expert était irrésistible !
Quoi qu’il en soit, après avoir accepté à contrecœur d’enregistrer le nom choisi par la Commandante des Sentinelles, la femme aborda un autre sujet.
« Minerva et moi avons hâte de voir ce dont nous sommes capables, monsieur. Quand pourrons-nous partir en mission pour la première fois ? »
« Patience, commandante. Nous venons d’achever une fabrication qui a duré sept jours. Nous ne sommes pas en état de superviser un essai sur le terrain pour l’instant. En plus, nous devons examiner Minerva attentivement maintenant qu’elle a atteint sa forme actuelle. Retrouvons-nous dans douze heures. Nous en profiterons pour préparer une séance d’essais plus élaborée.
« Comme ton mécha expert excelle à renforcer les autres méchas alliés, il faut voir combien tu peux en améliorer. C’est une information cruciale pour planifier nos prochaines batailles. »
Casella hocha la tête, comprenant la nécessité. La Commandante des Sentinelles devait connaître les limites de ses propres capacités. Elle avait beau avoir une intuition de ses aptitudes, elle ignorait de combien son nouveau mécha expert pourrait les amplifier grâce à la résonance. Seul un essai concret permettrait d’y voir clair.
Ves et ses compagnons Larkinson n’avaient plus besoin de rester dans l’atelier. Le Projet Minerva appartenait à l’origine au Clan Larkinson ; il organisa donc son transfert à bord de l’Esprit de Bentheim.
Les concepteurs de méchas subordonnés du professeur Benedict étaient déjà en train de nettoyer l’atelier. Voilà une corvée de moins dont il aurait à se soucier.
Alors que les Larkinson s’apprêtaient à partir, Ves échangea quelques mots avec le professeur Benedict, une dernière fois.
« Vous, les Larkinson, êtes vraiment remarquables. » Le Senior avait dans la voix une pointe de perplexité. « Vous êtes un jeune concepteur de méchas et votre clan n’est pas très ancien non plus, pourtant vous ne cessez de me surprendre. Votre vitalité, à la fois forte et abondante, est votre plus grand atout. Chérissez-la et tâchez de ne pas la laisser s’étioler au fil des ans. »
Un peu perplexe, Ves hocha néanmoins la tête avec reconnaissance. « Merci pour ce compliment. Vous êtes vous aussi un excellent concepteur de méchas. J’ai hâte de collaborer avec vous sur le Projet Mars. Avec un mécha expert entièrement tourné vers le combat, nous n’aurons pas à faire autant de compromis. »
Minerva était un mécha expert qui devait répartir ses ressources entre puissance de combat et utilité. Il était inévitable que la nouvelle machine de la commandante Casella soit en retrait sur le plan de la puissance brute.
Le Projet Mars promettait d’être différent ! En consacrant cent pour cent de sa conception aux applications de combat direct, ses concepteurs de méchas pourraient à coup sûr en faire un puissant champion du champ de bataille, sans égal !
Comme des enfants dans un magasin de bonbons, Ves et le professeur Benedict échangèrent des sourires impatients.
« Nous avons de nombreuses raisons de nous réjouir de notre prochain grand projet, mais ne nous emballons pas. Le Système des veines magmatiques et les nombreuses autres innovations que je prépare ne pourront voir le jour sans les préparatifs nécessaires. Je n’ai pas encore réussi à réunir tous les exotiques rares de haute qualité dont j’ai besoin pour construire ces systèmes spéciaux. »
Le prometteur Système des veines magmatiques devait faire du Projet Mars le principal atout de combat de la flotte expéditionnaire, mais sa réalisation aurait forcément un coût élevé.
Tout système de combat remarquable exigeait un soutien spécifique ! Même la conception la plus ingénieuse ne pouvait mener un mécha que jusqu’à un certain point. L’emploi d’exotiques puissants aux propriétés inhabituelles variées était indispensable !
Quand ils eurent fini de discuter, Ves prit congé du professeur Benedict et regagna son vaisseau amiral.
Ves et Gloriana se blottirent l’un contre l’autre. Pour l’instant, aucun désaccord ni divergence d’opinion ne pouvait les séparer. Ils venaient d’atteindre leur objectif le plus ambitieux pour ce projet de conception. Comment auraient-ils pu ne pas être heureux ?
« Maman ! »
Mieux encore, Aurelia s’ébattait joyeusement sur leurs genoux. Le bébé semblait ressentir le bonheur de ses parents et s’en réjouir à son tour.
« Miaou, miaou. »
« Miaou. »
Lucky et Clixie, installés de part et d’autre du couple, étaient eux aussi satisfaits. Ils étaient assez intelligents pour comprendre que le Clan Larkinson s’était encore renforcé. Avec Minerva pour veiller sur tout le monde, les ennemis auraient bien plus de mal à menacer leurs vies !
Ves caressa la tête de sa fille. « Ne regarde pas ta mère tout le temps. Tu m’as déjà oublié ? Je suis ton papa ! Dis papa ! »
Aurelia marqua une pause, puis tendit la main vers le visage de Ves. « Papa ! »
« Oui ! Tu m’as appelé papa ! Quelle gentille fille ! »
Gloriana leva les yeux au ciel devant la scène. « N’oublie pas qu’elle a dit “maman” en premier. Tu passeras toujours après moi, Ves. »
« Tu n’as pas besoin de me le rappeler tous les jours. »
Tout en continuant de jouer avec Aurelia, Ves se mit à réfléchir à la manière dont ils devraient l’élever au cours des mois et des années à venir.
« Devrait-on lui trouver des camarades de jeu ? »
« Je m’en occuperai », répondit aussitôt Gloriana. « Ne t’en fais pas. J’ai déjà étudié une liste d’enfants nés de couples éminents. Ils ne sont pas nombreux à posséder de puissantes lignées dans notre clan, mais ils feront l’affaire. »
Ves n’excellait pas dans ce domaine ; il était donc bien content de confier cette tâche à son épouse. Elle y tenait manifestement davantage et ferait à coup sûr les choses avec soin.
« Ce qui m’inquiète davantage, c’est sa scolarité, reprit son épouse. Il lui faudra encore quelques années avant de recevoir ses premières leçons, mais je ne veux pas la mettre dans une école ordinaire à bord de l’Esprit de Bentheim. »
« Nous n’avons pas beaucoup d’autres options, lui répondit-il. Dawn City a de plus grandes écoles, puisqu’il s’agit d’un vaste centre de population civile, mais il serait peu pratique d’embarquer notre fille sur un autre vaisseau. Je ne veux pas l’envoyer dans une école virtuelle de luxe pour les élites. Je ne veux pas qu’elle se coupe des membres de notre clan. »
Il s’attendait à ce que Gloriana s’y oppose et le convainque d’inscrire Aurelia dans une école d’élite. Pourtant, elle fit une autre proposition.
« Si nous vivions à Davute, il serait facile de l’inscrire dans une académie coûteuse. Puisque ce n’est pas possible, je pense que nous devrions engager un groupe de tuteurs hautement qualifiés pour instruire en personne Aurelia et nos futurs enfants. »
« Ça… me semble être une bonne idée. »
En tant qu’humain de basse extraction, Ves savait qu’il manquait cruellement de savoir-vivre et de bien d’autres compétences que les membres de la haute société tenaient pour acquises.
Comme son talent de concepteur de méchas lui avait toujours permis de gagner le respect des autres, cela n’avait jamais été un problème. Mais il ne voulait pas transmettre cette lacune à sa fille.
Engager des tuteurs réputés et compétents semblait être un bon moyen de donner à Aurelia les connaissances nécessaires pour exceller dans la voie qu’elle choisirait.
Les meilleurs étaient déjà rattachés à diverses institutions d’enseignement d’élite, mais il devait y en avoir bien assez de compétents qu’on pouvait convaincre de donner des cours particuliers à une enfant en échange d’un généreux salaire.
Bien sûr, à leurs yeux, les sommes nécessaires pour les engager étaient élevées, mais elles ne représentaient presque rien pour le Clan Larkinson !
Comme ces tuteurs d’élite pourraient aussi instruire d’autres enfants de familles éminentes du clan, il valait largement la peine de dépenser quelques crédits MTA par an pour en engager plusieurs et faire progresser le clan !
Ves acquiesça. « D’accord, faisons comme tu le dis, mais ne les engage pas toute seule. Nous ne pourrons probablement pas les faire monter à bord avant de retourner à Davute, et cela risque de prendre du temps. N’oublie pas d’en tenir compte. »
« Je sais ce que je fais, Ves. »