Chapitre 3 722
Lorsque le patriarche Reginald Cross entra dans l’atelier, il s’arrêta pour observer les concepteurs de méchas à l’œuvre.
Ves, Gloriana, Juliet, Sara et le professeur Benedict étaient tous absorbés par leurs tâches respectives !
La fabrication des dernières pièces du Projet Minerva touchait à sa fin, et la production allait bientôt passer à la phase d’assemblage.
Voyant à quel point les concepteurs de méchas étaient productifs, le patriarche Reginald leur adressa un signe de tête approbateur, puis s’avança.
Comme il ne voulait pas perturber leur travail, il se fit discret et veilla à ce que son aura singulière n’affecte aucun des concepteurs de méchas.
« Brutus, lança le patriarche Reginald en saluant son compagnon pilote expert. Qu’en penses-tu ? »
« Comment ne pas être impressionné ? Ma sœur donne toujours le meilleur d’elle-même quand elle remplit la mission à laquelle elle a consacré toute sa vie. Je suis heureux pour la commandante Casella Ingvar, et je l’envie. Elle sera sans aucun doute ravie de recevoir ce mécha. »
Le patriarche Reginald hocha la tête après avoir observé encore un peu les concepteurs de méchas. « Je ne connais rien à la construction des méchas, mais je sens leur esprit combatif. C’est toujours bon signe. Ils ne font pas leur travail machinalement. Ils y mettent tout ce qu’ils ont pour s’adonner à ce qu’ils aiment le plus. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit ça. »
Les deux pilotes experts étaient impressionnés par le spectacle. Comme ils vivaient en permanence à bord de vaisseaux porte-méchas, ils avaient souvent vu des techniciens et des concepteurs de méchas s’affairer à différentes tâches liées aux méchas.
Mais tout cela relevait du travail routinier, qui ne suscitait guère d’enthousiasme chez les ouvriers. À leurs yeux, entretenir ou fabriquer un mécha était une tâche ordinaire. Du moment qu’ils y consacraient le temps nécessaire et ne se relâchaient pas complètement, les méchas qui passaient entre leurs mains étaient en bon état.
Rien ne les obligeait à redoubler d’efforts. Dès lors qu’ils connaissaient les étapes à suivre, il leur était pratiquement impossible de rendre un mécha plus puissant que la normale. Même s’ils avaient le talent nécessaire pour mieux faire, leurs efforts produisaient rarement des différences notables, surtout dans le cas des méchas fabriqués en série.
Les ouvriers ordinaires ne rêvaient même pas de créer un chef-d’œuvre de leurs propres mains ! Les conditions à réunir étaient si exigeantes que même les Seniors ne pouvaient pas en produire un sur simple demande. Pourquoi auraient-ils seulement envisagé de créer une œuvre susceptible de marquer le reste de leur carrière ?
C’était ce qui distinguait tant le groupe de concepteurs de méchas présent. Leurs yeux brillaient et aucun ne semblait s’ennuyer.
De plus, ils se consacraient entièrement à leur travail, comme si chaque geste comptait. Ils se montraient si appliqués et si sérieux dans leur métier que le patriarche Reginald se dit que la confiance qu’il leur accordait était justifiée.
À ses yeux, même les Maîtres concepteurs de méchas ne mettaient pas autant de passion dans leur travail !
Il se souvenait encore de l’époque où les Maîtres, si hautains et si puissants, engagés par l’ancien clan avaient conçu son Bolvos Rage.
Ils avaient fait preuve d’un grand soin et d’un véritable enthousiasme en concevant le mécha as de son père, si puissant, mais avaient traité tous les autres projets comme des commandes plus ordinaires.
Certes, ces concepteurs avaient fait ce qu’on leur demandait, mais Reginald ne les avait jamais vus mettre tout leur cœur et toute leur âme dans la conception et la fabrication du Bolvos Rage. Ces Maîtres distants avaient déjà créé tant de méchas qu’ils ne pouvaient plus s’enthousiasmer à l’idée d’en concevoir un autre, même s’il s’agissait d’un mécha expert.
Comparé à ce qu’il avait connu à l’époque, le soin et l’enthousiasme dont faisait preuve cette bande de jeunes insolents surprenaient véritablement le patriarche Cross.
Leurs capacités de conception avaient beau être moins raffinées que celles de Maîtres ayant des siècles d’expérience, leurs ambitions débridées et leur courage face à l’adversité rappelaient au patriarche Reginald les batailles les plus dures qu’il avait livrées.
Des années plus tôt, lui et ses compagnons Crossers s’étaient battus comme des damnés pour sortir de l’Empire de Garlen et échapper à leurs poursuivants !
Grâce à sa ténacité et à son refus de laisser ses ennemis faire ce qu’ils voulaient, le patriarche Reginald avait vaincu les nombreux adversaires qu’il avait affrontés et trouvé un moyen de faire fuir les derniers membres du Clan Cross vers le Secteur stellaire de Komodo.
Ces temps désespérés appartenaient depuis longtemps au passé, pour lui comme pour ses compagnons vétérans, mais les souvenirs de cette marche infernale les définissaient encore à bien des égards.
Non seulement ils avaient été mis à l’épreuve dans les circonstances les plus difficiles, mais ils avaient aussi compris qu’ils pouvaient vaincre n’importe quel adversaire puissant, à condition de se battre avec assez d’acharnement !
C’était cette attitude qui avait toujours permis au patriarche Reginald d’arracher la victoire aux mâchoires de la défaite.
Il croyait qu’une telle attitude pouvait produire le même résultat dans un atelier de méchas !
C’était pourquoi il ne méprisait aucunement ces concepteurs de méchas Larkinson. Leurs précédents méchas experts témoignaient pleinement de leur passion et de leur volonté de mettre toutes leurs forces dans leur travail !
Si les autres concepteurs de méchas consacraient généralement entre 60 et 90 % de leurs efforts à un projet ordinaire, le patriarche Reginald pouvait toujours compter sur des gens comme Ves et Gloriana pour en fournir au moins 95 % !
Cette proportion augmentait encore lorsqu’ils travaillaient sur des méchas destinés aux membres de leur clan. Leur désir de protéger leur famille était puissant, et un mécha de commandement expert comme le Projet Minerva pouvait influer considérablement sur le nombre de leurs compagnons qui tomberaient à la prochaine bataille.
Quand le patriarche Reginald lui fit part de ses réflexions, le Vénérable Brutus prit un air pensif.
Il baissa les yeux vers le berceau où dormait sa petite nièce. Elle avait l’air particulièrement bien installée, blottie contre Clixie.
« Vous avez raison, patriarche. Maintenant que j’y pense, ma sœur et les autres travaillent sur le Projet Minerva comme s’ils livraient une bataille dont dépendait la survie de notre flotte. »
« C’est évident. Ils vivent tous dans la même flotte que nous. Les méchas qu’ils fabriquent protègent non seulement leur famille, mais aussi leur propre personne. Peu de concepteurs de méchas sont prêts à s’aventurer dans les zones les plus dangereuses de la frontière.
Il est difficile d’imaginer que ce groupe de concepteurs de méchas ressentirait la même urgence s’ils travaillaient tous dans un laboratoire de conception sûr et bien protégé, sur Davute ou une autre planète habitée. Quand ils n’ont pas à affronter les mêmes dangers que nous, ils n’ont plus besoin de se donner autant de mal. Voilà encore une raison pour laquelle je les respecte.
Avec leurs compétences et leurs réalisations, il serait naturel qu’ils se replient à l’arrière, mais ils ont choisi de rester à bord de cette flotte malgré tous les risques. »
Les concepteurs de méchas Larkinson en avaient déjà l’habitude, mais leur comportement sortait largement de l’ordinaire.
Les concepteurs de méchas de haut rang étaient extrêmement précieux. Il fallait des années d’études et une grande détermination pour devenir Concepteur compagnon ou Senior. Pourquoi risqueraient-ils leur vie alors que leur présence sur le champ de bataille n’était pas nécessaire ?
Les concepteurs de méchas apportaient leur contribution avant le début d’une bataille ! Dès que les combats étaient sur le point de commencer, il revenait au pilote de mécha de porter l’essentiel du fardeau.
Pour des hommes comme le patriarche Reginald, le fait que des intellectuels comme le patriarche Ves et le professeur Benedict acceptent d’accompagner leurs propres troupes malgré les risques pour leur vie en disait long.
Pour le patriarche Cross, ces concepteurs de méchas étaient des soldats, même s’ils ne se voyaient pas ainsi !
C’était en raison de leur grand dévouement à leur travail et à leurs organisations que le patriarche Reginald avait accepté sans hésiter de mettre une quantité considérable de richesses et de ressources à leur disposition pour développer le Projet Mars.
Rien ne garantissait mieux la réussite du Projet Mars que de mettre leur vie et leur avenir en jeu !
Les deux pilotes experts continuèrent à discuter tout en regardant les concepteurs de méchas produire des composants à l’aide de leurs machines. Le spectacle leur semblait presque magique, car ils n’avaient aucune idée de la manière dont fonctionnaient tous ces équipements industriels complexes.
S’ils essayaient de faire ce travail eux-mêmes, ils risquaient de faire exploser les machines !
Plus le professeur Benedict et Brutus observaient le travail en cours, plus ils enviaient à la commandante Casella le traitement réservé à son mécha expert.
« Ce mécha expert va changer notre façon de livrer bataille à l’avenir, remarqua Brutus. Je n’ai jamais combattu aux côtés d’un mécha de commandement, encore moins d’un modèle conçu pour un pilote expert. Gloriana m’a expliqué ce que le Projet Minerva pouvait faire. Si elle n’a pas exagéré, l’efficacité au combat des soldats ordinaires de l’Armée Larkinson va exploser. »
Le patriarche Reginald prit un instant un air envieux. « Dans mon ancien état, nous croyions à la suprématie de nos champions. Nous n’avons donc jamais cherché à former des pilotes experts spécialisés dans le commandement. Cela n’aurait d’ailleurs pas changé grand-chose, tant il est difficile d’en produire. Le Clan Larkinson a de la chance de pouvoir en ajouter un à sa force de défense. »
Aucun des deux ne pensait que leurs organisations respectives pourraient rattraper le Clan Larkinson sur ce point. Il était tout simplement trop difficile de former délibérément un officier de mécha pour en faire un pilote expert, tout en s’assurant qu’il soit prêt à sacrifier sa puissance de combat individuelle pour agir comme multiplicateur de force !
Tandis que les deux pilotes experts réfléchissaient à ce que les Chercheuses de Gloire et le Clan Cross pourraient faire pour combler leur retard sur le Clan Larkinson, la situation dans l’atelier changea.
Peu après que Ves eut tapoté de son marteau la tête de Sara Voiken, tous les concepteurs de méchas débordèrent d’énergie !
Alexandria s’anima à son tour lorsque l’euphorie de Sara Voiken se répandit aux autres concepteurs de méchas par l’intermédiaire de son réseau de conception actif.
Non seulement cela les galvanisa, mais leurs élans positifs rejaillirent à leur tour sur le réseau de conception, avant de se propager parmi eux.
Cette interaction puissante galvanisa davantage Ves, Gloriana, Juliet et même Benedict ! Avec Sara Voiken à la tête de l’équipe, le travail sur le Projet Minerva reçut un nouvel élan !
Reginald et Brutus ne comprenaient toujours pas ce qui s’était passé, mais leur intuition et leur sens de l’observation leur indiquaient que le Projet Minerva avait désormais plus de chances de devenir une œuvre remarquable !
« Nous sommes bénis, souffla le Vénérable Brutus avec mélancolie.
— Ah bon ?
— Nous avons la chance de pouvoir côtoyer un concepteur de méchas comme le patriarche Ves. Non seulement il a rendu possibles tous ses merveilleux méchas, mais il est aussi le ciment qui nous unit. Sans lui et sa passion pour la conception de méchas, personne n’aurait imaginé que des méchas comme mon Star Dancer Mark II ou ce futur Projet Minerva puissent voir le jour. »
« Je ressens la même chose. Nous avons effectivement de la chance d’avoir pu nouer des liens avec le patriarche Ves et de nous attacher ses services. S’il est déjà aussi doué dans la trentaine, imagine ce qu’il pourra faire à cent ans. Peut-être même que des pilotes as lui commanderont leurs méchas ! »
C’était une idée absurde, que Reginald n’aurait jamais envisagée dans des circonstances ordinaires.
Le professeur Benedict, qui avait beaucoup plus d’expérience que les concepteurs de méchas Larkinson, était peut-être impressionnant à sa façon, mais il ne lui inspirait pas la même confiance : celle de pouvoir un jour produire une œuvre éblouissante.
Quant au patriarche Larkinson ? Des machines brillantes comme l’Amaranto, le Bouclier de Samar et l’Everchanger témoignaient déjà de sa capacité à dépasser ses limites !
« Je me demande si le Projet Minerva rejoindra bientôt leurs rangs. »