Chapitre 3 689
La pacification des vaisseaux stellaires extraterrestres ne se déroula pas tout à fait comme prévu.
Les fantassins pakklatons n’opposèrent pas une grande résistance. Les pertes subies avant cette bataille, ainsi que l’épuisement de leurs réserves, les avaient laissés dans un bien piètre état.
Avec leurs esprits brisés et tourmentés, les soldats pakklatons dégénérèrent complètement en bêtes suicidaires, uniquement animées par le désir de tuer au moins un sale humain avant de mourir !
Contrairement aux Pakklatons, les voribugs se révélèrent bien plus difficiles à vaincre que tout le monde ne l’avait cru.
Malgré les effectifs, l’entraînement et l’équipement de l’Alliance du Crâne d’Or, les différentes équipes d’abordage éprouvaient de grandes difficultés à sécuriser les vaisseaux.
Ils avaient beau tuer des millions d’insectes et raser quelques nids, il restait encore quantité de voribugs qui se faufilaient dans des zones où ils avaient creusé des galeries, quasiment inaccessibles aux humains !
Le seul moyen d’atteindre rapidement ces zones isolées consistait à envoyer un mécha y creuser un passage, mais cela aurait ravagé le vaisseau extraterrestre concerné.
Pour l’instant, la seule solution était de réduire progressivement le nombre de voribugs jusqu’à ce qu’il devienne plus facile à gérer.
Les soldats envoyés sécuriser les vaisseaux extraterrestres subirent des pertes. Les combats incessants contre les essaims de voribugs, et surtout contre les voribugs anciens restés sur place, eurent raison des troupes enthousiastes, mais insuffisamment équipées.
Le moral des hommes restait pourtant élevé. Les soldats de l’Alliance du Crâne d’Or n’étaient pas des mauviettes, et tous connaissaient les réalités du combat.
C’était pour ça qu’ils s’étaient entraînés ! S’ils ne pouvaient pas prouver leur valeur dans une telle situation, comment leurs organisations pourraient-elles justifier d’investir davantage en eux ? Montrer leur détermination au combat était le meilleur moyen de démontrer que les forces expéditionnaires ne se résumaient pas aux méchas !
Les combats incessants finirent par porter leurs fruits.
« Regardez ! Les voribugs ne nous attaquent plus ! On progresse ! »
Les forces humaines découvrirent qu’en réduisant la population de voribugs sous un certain seuil, les insectes devenaient bien moins actifs.
Ils avaient besoin de temps pour se reproduire et reconstituer leurs effectifs avant de reprendre l’offensive !
À bord de l’Esprit de Bentheim, Ves ne prêtait plus attention aux combats en cours.
Les opérations d’abordage et les affrontements au niveau de l’infanterie n’étaient pas son domaine, et de nombreux autres officiers pouvaient diriger le nettoyage.
Il quitta la passerelle et se dirigea rapidement vers le laboratoire de conception principal. Il repéra vite sa femme, entourée de plusieurs Concepteurs compagnons, et rejoignit le groupe.
Gloriana sourit à sa fille en la tenant bien haut dans ses bras.
« Répète, Aurelia. Dis “maman” ! »
« …Mamaaa. »
« Bravo, ma chérie ! »
Gloriana se pencha et embrassa le joli visage d’Aurelia.
« Qu’est-ce que tu me dis quand tu me revois ? »
« Maman ! »
« Quelle petite maligne ! »
Gloriana embrassa sa fille pour la énième fois.
« Quand ton père et moi venons te voir en même temps, vers qui cours-tu en premier ? »
« Maman ! »
« Tu es trop mignonne ! »
En observant la scène, Ves avait tout sauf l’air heureux. Aurelia venait à peine d’apprendre son premier mot que Gloriana lui bourrait déjà le crâne avec toutes ces histoires de « maman » !
« Hum. »
« Hmm ? Oh, voilà le perdant. Regarde, Aurelia. C’est ton père. Comment tu l’appelles, ton père ? »
La petite fille sembla perplexe, se demandant pourquoi Gloriana ne la couvrait pas d’amour, cette fois.
« Guuu… swataaa ? »
« Hi hi hi ! Dis simplement “maman”, ma chérie ! »
« Maman ! »
Ves, excédé par cette scène ridicule, s’avança et tenta de tirer sa fille, vêtue de rose, des bras de Gloriana !
« Hé ! Qu’est-ce que tu fais, Ves ? Tu ne la prends pas maintenant ! J’ai gagné ce concours ! »
« Notre fille n’est pas un moyen pour toi de gagner une compétition ! Elle est le fruit de notre amour ! » siffla Ves à Gloriana avant d’adoucir son expression en regardant le bébé. « N’écoute pas trop ta mère. Je suis bien plus raisonnable qu’elle ! Dis “papa”. »
« Booo… »
« Non, pas “bouh”. “Papa”. Paaa-paaa. Papa. Tu peux le dire, ma chérie ? »
Aurelia ne semblait pas comprendre ce qu’il essayait de lui faire dire. Elle regarda autour d’elle tandis qu’un filet de bave lui coulait du coin de la bouche. Son visage, tout humide des baisers qu’elle avait reçus, s’affaissait de plus en plus.
« Non ! Ne t’endors pas tout de suite ! Dis “papa”, s’il te plaît ! Paaa-paaa ! »
« …Mamaaaa… »
Aurelia s’assoupit et fit une nouvelle sieste.
Un silence gêné s’abattit sur la pièce tandis que les autres concepteurs de méchas faisaient semblant de n’avoir rien entendu.
« Laisse-moi la coucher », dit Gloriana avec triomphe en reprenant Aurelia pour déposer délicatement son petit corps dans le berceau flottant. « Voilà. Repose-toi bien, ma douce citrouille ! »
Elle activa le réglage qui créait un bouclier et une barrière insonorisante autour du berceau, puis se tourna vers Ves. Elle ne put s’empêcher d’afficher un sourire narquois en posant les mains sur les hanches.
« Tu as perdu. »
Ves fronça les sourcils. « Tu peux arrêter ? Je sais que tu es toute fière, mais Aurelia a simplement passé plus de temps avec toi, c’est tout. La prochaine fois, je ferai mieux ! »
« Tu peux toujours essayer », répliqua Gloriana avec assurance.
À ses yeux, Ves n’avait aucune chance de prendre l’avantage dans cette compétition parentale ! Elle était la meilleure mère du Clan Larkinson, tandis que Ves n’était qu’un grand enfant. Comment auraient-ils pu rivaliser ? Les principes éducatifs hexers supérieurs qu’elle avait appris dans son État d’origine étaient le meilleur moyen d’élever un enfant !
Une fois ce sujet clos, Ves et les Concepteurs compagnons reportèrent leur attention sur les projections principales.
Les images retransmises en direct par les caméras des casques, ainsi que les vues d’ensemble montrant les progrès des soldats dans la prise des vaisseaux extraterrestres, témoignaient du chemin parcouru par les forces expéditionnaires pour sécuriser leurs conquêtes.
Ves jeta un bref coup d’œil à sa nouvelle équipe de concepteurs principaux. Il n’avait pas besoin de regarder le groupe précédent de Concepteurs compagnons pour savoir que la violence ne les avait pas affectés. Aucun d’eux n’était comme Jannzi ; il n’avait donc pas à craindre de se faire sermonner.
Janassa Pellier et Tifi Coslone étaient toutes deux les disciples d’un Maître concepteur de méchas. Ves s’était renseigné sur leur parcours et en avait conclu qu’elles avaient grandi dans un cocon.
Ce n’était pas rare chez les concepteurs de méchas : beaucoup se contentaient volontiers de travailler des années durant dans le calme d’un laboratoire de conception.
Même lorsqu’ils voyageaient, ils ne sortaient jamais des sentiers battus et ne s’exposaient à aucun danger.
Les deux Concepteurs compagnons avaient le visage un peu pâle. Aucune n’était capable de supporter tout ce sang et cette violence pendant les opérations d’abordage.
Tifi se tourna vers Ves. « Est-ce vraiment nécessaire, monsieur ? »
« Pourquoi poser une question dont tu connais déjà la réponse ? » Ves lui renvoya sa question. « Nous ne sommes pas venus ici pour prendre le thé avec les extraterrestres. Nous sommes venus pour devenir plus forts. Il faut bien éliminer les extraterrestres à bord de ces vaisseaux, d’une manière ou d’une autre. Envoyer notre infanterie est le meilleur moyen d’y parvenir sans saccager tout ce qui reste à bord. »
« Monsieur… »
« La vue de méchas combattant des vaisseaux de guerre extraterrestres t’a-t-elle autant dérangée ? »
« Non… »
« C’est la même chose. » Ves désigna d’un geste une image de casque où l’on voyait une escouade de Battle Crier abattre un groupe de réfugiés pakklatons pris de panique. « L’Océan Rouge appartient à l’humanité, et tout extraterrestre qui se met en travers de notre chemin doit être éliminé. C’est le devoir de tous les pionniers. »
« Est-ce à nous de faire ce travail ? » demanda Tifi.
« Chacun doit faire sa part. Si nous voulons réussir dans l’Océan Rouge, nous ne pouvons pas rester les bras croisés et fuir les tâches ingrates. Enfin, inutile d’en discuter davantage. Nous sommes allés aussi loin, alors mieux vaut regarder devant nous plutôt que derrière. »
« Je ne suis pas d’accord », dit Gloriana, redevenue sérieuse. « Nous devrions réfléchir à notre prestation pendant cette bataille. Je ne pense pas être la seule ici à avoir remarqué les lacunes de nos forces de méchas. »
Tous les visages se rembrunirent.
« Nos méchas de mêlée… ne sont pas efficaces contre les vaisseaux de guerre dans leur forme actuelle », déclara Dulo Voiken.
Ce n’était pas facile à admettre pour quelqu’un qui se spécialisait dans la conception de méchas lanciers.
Si les combats contre des vaisseaux de guerre devenaient plus fréquents, la demande en méchas à distance augmenterait, tandis que celle en méchas de mêlée diminuerait !
Comment des gens comme Dulo Voiken pourraient-ils trouver un sens à leur existence dans ce cas ?
« Ne t’en fais pas trop, Dulo, » tenta Ves de le rassurer. « Beaucoup de concepteurs de méchas se trouvent dans la même situation que toi. Est-ce qu’ils vont tous baisser les bras et accepter de devenir inutiles ? Je ne crois pas. Quelqu’un trouvera des adaptations qui donneront un nouveau souffle aux méchas de mêlée.
Parmi les pistes à explorer, nous pourrions trouver un moyen d’améliorer nos défenses contre les armes de calibre vaisseau de guerre. »
Sara Voiken s’anima. « Dans mon domaine de spécialité, ça bouge. De nombreux spécialistes de la défense bien plus compétents que moi mettent au point des solutions provisoires à toute vitesse.
Qu’il s’agisse de créer un générateur de bouclier surpuissant ou un immense “traîneau blindé” pour méchas, il existe encore bien des moyens de permettre à nos méchas de mêlée d’approcher des vaisseaux de guerre puissants. J’ai même entendu dire que la Polymathe elle-même participait à ces efforts ! »
Tous poussèrent un hoquet de surprise ou levèrent les yeux en entendant ce titre. La Polymathe !
Ves lança un regard perplexe à Sara. « Tu en es sûre ? »
« Oui, j’en suis sûre. L’Association du Commerce des Méchas ne cherche pas à le cacher. Tous les mechers savent qu’il est crucial de résoudre ce problème pour préserver la puissance de l’industrie des méchas. La Polymathe n’est peut-être pas une spécialiste de la défense, mais c’est une excellente novatrice, et elle connaît des théories que les autres spécialistes de la défense n’ont jamais croisées.
Elle ne fait pas seulement partie des principaux concepteurs de méchas chargés de décider quelles innovations intégrer à la prochaine génération de méchas : elle est aussi responsable de la mise au point de nombre d’entre elles ! Depuis que la Polymathe a pris les rênes, le rythme du progrès technologique est au moins 20 % plus élevé qu’avant ! »
C’était un chiffre impressionnant !
Il en disait long sur la capacité de la Polymathe à contribuer au progrès de l’humanité : à elle seule, elle pouvait accélérer à ce point le développement des méchas.
Le reste des innovations avait été conçu au prix d’efforts acharnés par le reste de l’humanité ! Une centaine de Concepteurs stellaires, bien d’autres Maîtres et d’innombrables chercheurs s’étaient démenés pour faire passer les méchas au niveau supérieur, mais leurs contributions individuelles n’étaient qu’une infime fraction de celle de la conceptrice de méchas la plus brillante !
Pour avoir rencontré cette femme légendaire, même si c’était en secret, Ves savait que la Polymathe se souciait profondément de la cause survivaliste et de l’Association du Commerce des Méchas dans son ensemble.
Elle trouverait sans aucun doute le moyen de rendre les méchas de mêlée plus utiles contre les vaisseaux de guerre. Ves aurait presque pu garantir que l’Association du Commerce des Méchas dévoilerait bientôt une nouvelle surprise.
La dernière génération de méchas était apparue quelques années plus tôt. Il était trop tôt pour annoncer une nouvelle vague d’innovations et de normes technologiques révisées, mais le problème était si urgent qu’il paria que la Polymathe n’attendrait pas !
« Vous entendez ça, Dulo et Ketis ? Vous n’avez pas à… » Ves s’interrompit en remarquant qu’il avait oublié qu’ils n’étaient que sept dans la pièce. « Attendez, où est Ketis ? »
Juliet désigna silencieusement l’une des images retransmises par les caméras de casque.
La personne filmée tenait alors une excellente épée à deux mains maculée de sang. Un essaim de voribugs tentait de l’engloutir, mais tous périrent lorsque la bretteuse libéra une onde d’énergie d’un seul coup de lame !
Ves contempla la scène, horrifié. « Qu’est-ce qu’elle fout sur le vaisseau d’évacuation ?! »