Chapitre 3 687
La Bataille de la Tulipe Orange était terminée !
Tous les vaisseaux pakklatons avaient explosé ou étaient trop endommagés pour bouger.
Leurs équipages survivants ne pouvaient guère faire autre chose que repousser l’invasion des voribugs pour retarder leur probable fin.
Ves s’intéressa tout de même un peu aux vaisseaux relativement intacts. Même s’ils avaient été construits par des extraterrestres, ils contenaient encore quantité de technologies et de matériaux susceptibles d’intéresser le Clan Larkinson.
Même si l’infestation de voribugs dévorait trop de ferraille, les Larkinson pouvaient tout de même récupérer assez de matériaux précieux en tuant les insectes et en récupérant les exotiques les plus intéressants dans leurs carcasses.
Mais ce n’étaient pas là les véritables prises.
Plutôt que de fouiller les épaves de ces vaisseaux spatiaux extraterrestres relativement rudimentaires, il aurait préféré voir ses hommes prendre le contrôle du seul vaisseau d’évacuation encore en état !
Ves se détendit lorsque les écrans de données lui fournirent suffisamment de confirmations : le vaisseau était immobilisé.
« Elle a failli s’échapper, mais heureusement, Tusa a réussi à la rattraper à temps. »
Le pilote expert lui avait confié un jour qu’il détestait qu’on se serve de lui comme d’un système de livraison de bombes, mais, pour l’instant, il n’y avait pas de meilleur usage pour le Sombre Zéphyr.
Ce mécha expert léger spécialisé dans l’escarmouche était de loin le plus rapide de l’armée Larkinson. Il était aussi le moins puissant de tous les méchas experts. Comment le Clan Larkinson aurait-il pu employer autrement le Sombre Zéphyr dans une bataille contre des vaisseaux de guerre ?
En fait, même si le clan avait envoyé le Sombre Zéphyr éliminer tous les voribugs qui apparaîtraient ensuite, son efficacité meurtrière aurait été bien trop faible.
Les voribugs n’étaient pas puissants individuellement, et utiliser un mécha conçu pour vaincre d’autres méchas experts en duel afin de leur écraser la carapace aurait été excessif !
« Tusa n’a pas tort, cependant. »
Ves ne l’avait pas pris au sérieux jusque-là, mais il s’était peut-être trompé.
De nombreuses unités de méchas s’étaient révélées inutiles, ou tout au plus marginalement utiles, cette fois-ci.
Les Épéistes, qui avaient souvent joué un rôle majeur dans bien des batailles, s’étaient retrouvées inutiles pendant la première moitié du combat !
Il en allait de même pour tous les autres méchas de corps à corps. Ils avaient dû prendre des fusils à énergie pour s’occuper les mains.
Ves était certes heureux que les méchas de corps à corps aient tout de même emporté leurs armes principales lorsque les essaims de voribugs s’étaient abattus sur la flotte expéditionnaire, mais toutes les forces extraterrestres ne transportaient pas de passagers clandestins.
« Si nous affrontons une flotte nunser la prochaine fois, nos méchas de corps à corps se feront pulvériser avant même de pouvoir s’approcher. »
L’écart de puissance était trop grand. Les méchas de deuxième classe étaient trop fragiles face aux armes conçues pour les vaisseaux de guerre.
Ves comprit qu’il devait revoir la manière dont l’armée Larkinson affrontait les flottes de combat extraterrestres.
Il ne doutait pas que le Général Verle et son état-major avaient déjà établi des plans en ce sens, mais ses légions de méchas manquaient indéniablement d’appareils capables de combattre efficacement les vaisseaux de guerre.
Même la flotte de réfugiés pakklatons aurait pu détruire quelques vaisseaux humains si elle avait été en meilleur état !
« Bon, je pourrai y réfléchir plus tard. D’abord, assurons-nous de mettre la main sur notre véritable prise. »
Tous les membres de l’Alliance du Crâne d’Or avaient compris l’importance du dernier vaisseau d’évacuation.
Le vaisseau extraterrestre tant convoité ne pouvait certes plus s’échapper par distorsion, mais les Pakklatons pouvaient encore, par dépit, tenter de le faire exploser !
« Ils n’ont même pas besoin de faire sauter tout le vaisseau. Ils peuvent déjà me gâcher la journée en détruisant toutes leurs réserves d’eau de phase ! »
L’eau de phase était une substance extrêmement précieuse, mais elle n’était pas indestructible. Si les extraterrestres voulaient la rendre inutilisable, ils pouvaient s’y prendre de bien des façons !
La priorité absolue des forces expéditionnaires était donc de s’assurer que les Pakklatons à bord du vaisseau n’aient pas la possibilité de mener à bien l’une de ces actions.
Les premières navettes à approcher du vaisseau d’évacuation se posèrent dans des brèches situées près de la salle des machines et d’autres zones sensibles.
Les Larkinson, les Chercheuses de Gloire et le Clan Cross envoyèrent tous des troupes d’assaut légères, suffisamment mobiles pour se déplacer vite.
Cette fois, la vitesse était essentielle ; chaque seconde comptait.
Les troupes d’assaut légères des Chercheuses de Gloire et des Crossers disposaient d’un équipement assez classique. Elles portaient toutes des armures de combat légères ou moyennes, dotées de propulseurs compacts spéciaux qui accéléraient leur progression.
Leurs systèmes de mobilité leur étaient également utiles lorsqu’elles devaient voler jusqu’à un pont supérieur. Les Pakklatons étaient de nature aviaire et empruntaient rarement les escaliers ou les ascenseurs pour monter d’un pont à l’autre.
La particularité des premières troupes d’abordage était que celles du Clan Larkinson étaient armées de pièces supplémentaires.
En plus de leurs fusils à cristal luminar d’infanterie, elles portaient aussi des épées !
Les contingents d’Épéistes et d’Épéistes du Ciel s’étaient tous deux portés volontaires pour cette mission. Elles ne craignaient pas la mort et brûlaient de se rendre utiles au clan !
Le corps des Pakklatons était considérablement plus grand que celui des humains, ce qui tombait bien. Les couloirs et les compartiments de leur vaisseau étaient assez spacieux pour que les Épéistes puissent manier leurs grandes lames sans trop de difficulté.
« Hahaha ! Par ici, mes sœurs ! L’un des générateurs de secours se trouve au bout de ce couloir ! » lança une officière épéiste en serrant sa grande épée contre elle. « Préparez-vous au combat. Nos scanners ont détecté une vingtaine d’extraterrestres. Découpez-les tous avant qu’ils ne surchargent le générateur ou je ne sais quoi ! »
Une écoutille fermée leur barrait la route, mais rien n’aurait pu arrêter ces soldats enthousiastes.
Le vaisseau avait été conçu à l’origine pour un usage civil. Les Pakklatons n’avaient pas pris la peine de renforcer considérablement son intérieur.
L’une des Épéistes du Ciel sortit un petit lanceur et tira une ogive qui ouvrit rapidement une large brèche dans l’écoutille.
Les combattantes à l’épée s’y engouffrèrent et aperçurent bientôt de grands extraterrestres aviaires, vêtus d’étranges combinaisons métalliques qui leur couvraient tout le corps.
Les Pakklatons n’étaient peut-être pas puissants comparés aux autres races de l’Océan Rouge, mais ils n’en restaient pas moins des prédateurs !
Les grands extraterrestres à l’allure d’oiseaux poussèrent des cris rauques en se jetant sur les soldats d’infanterie humains !
Les deux camps échangèrent des tirs de rayons énergétiques. En même temps, ils se rapprochèrent pour pouvoir s’écharper à coups de griffes et d’épées.
Des Pakklatons tombèrent des airs tandis que des humains s’effondraient ; une bataille brève, mais brutale faisait rage !
Des griffes renforcées par des champs énergétiques déchirèrent les armures relativement fines des troupes Larkinson.
Les épées tailladèrent les ailes blindées des Pakklatons.
Les deux camps employèrent également d’autres armes, comme des explosifs, pour prendre l’avantage.
Mais face à une race qui s’était élevée par la conquête et avait autrefois fait la guerre à toutes les autres races de sa galaxie d’origine, les Pakklatons n’étaient pas assez avancés dans ce domaine !
Plus grave encore, le chagrin et la rage les submergeaient au point de les empêcher de combattre avec méthode. Ils en devenaient presque sauvages et comptaient sur leur férocité plutôt que sur une stratégie solide pour vaincre les meurtriers humains !
« Ces oiseaux sont devenus fous ! »
« Tant mieux, non ? Le poulet sauvage est toujours meilleur. »
« Attends un peu. Tu ne comptes pas les faire rôtir, quand même ? Ils sont intelligents ! »
« Et alors ? Un oiseau reste un oiseau. En plus, les Pakklatons sont tellement stupides, maintenant, qu’ils ne valent pas mieux que des exobêtes. »
« Arrêtez de parler du dîner et occupez-vous de ces piafs ! »
Les Épéistes et les Épéistes du Ciel prirent toutes deux l’avantage dans ce bref affrontement brutal. Après avoir jaugé leurs adversaires, elles coopérèrent avec adresse pour éliminer les Pakklatons dépassés.
Les défenseurs finirent par succomber. La haine figée sur leurs visages, ils maudirent ceux qui avaient tué les leurs.
Les soldats Larkinson survivants s’en moquèrent. Ils vérifièrent l’état des morts et des blessés, tout en sécurisant le réacteur énergétique extraterrestre.
Bien sûr, ils n’avaient aucune idée de son fonctionnement. Même la seule Épéiste formée à l’ingénierie ignorait comment faire marcher cet engin extraterrestre.
Heureusement, elle n’avait pas à prendre le contrôle de l’appareil. Elle devait simplement trouver un moyen de le mettre hors ligne tout en le débranchant du réseau électrique du vaisseau.
Elle consulta quelques schémas, puis désigna un endroit sur le pont. « Arrachez cette plaque et placez une charge directionnelle dessous, tournée vers le bas. »
Une petite explosion plus tard, tous les compartiments voisins furent privés d’électricité. L’éclairage de secours se déclencha bientôt, mais il fonctionnait sur batteries internes. La plupart des systèmes les plus énergivores ne pouvaient plus fonctionner, ce qui réduisit encore davantage le contrôle des Pakklatons.
D’autres incidents du même genre se produisirent partout dans le vaisseau.
Les soldats d’infanterie humains défoncèrent toutes les barrières et submergèrent chaque défenseur.
Si cela avait été un vaisseau militaire, les envahisseurs humains auraient fait preuve de bien plus de prudence. Un véritable vaisseau conçu pour résister à un abordage pouvait employer toutes sortes de moyens pour empêcher les intrus de s’enfoncer dans ses entrailles.
Qu’il s’agisse d’écraser le compartiment et tous ceux qui s’y trouvaient ou de mobiliser des troupes lourdement blindées, le coût des abordages était souvent trop élevé pour qu’on s’y risque. Mieux valait compter sur les méchas pour détruire à distance tous les éléments dangereux !
Les Pakklatons n’avaient pas pu préparer de défenses sérieuses, et cela arrangeait bien les humains.
À bord de l’Esprit de Bentheim, les équipes de concepteurs de méchas observaient en silence les images transmises par les casques des soldats Larkinson, qui répandaient brutalement le sang extraterrestre.
La vue de tout ce sang en écœura beaucoup. Même parmi les Concepteurs compagnons, des personnes comme Janassa Pellier et Tifi Coslone avaient l’air sur le point de vider leur estomac.
« Quelle barbarie. Ils sont vraiment obligés de s’obstiner à utiliser des épées ? »
« Je n’imagine pas comment ces Épéistes peuvent tuer autant d’extraterrestres sans ralentir. »
Pendant que les concepteurs de méchas observaient l’action, Aurelia flottait joyeusement dans les airs. Elle avait apparemment appris à diriger son vol en bougeant les bras de différentes façons.
« Hihihihi ! »
« Miaou, miaou~ »
« Les Larkinson font souvent ça ? » demanda Sara Voiken, le dégoût sur le visage.
Gloriana souffla du nez. « Pas vraiment. D’habitude, on se contente de tuer nos ennemis avec nos méchas. Mais tu ferais mieux de t’y habituer. Ce ne sera pas la dernière fois que nos soldats tueront leurs adversaires au corps à corps. Parfois, il faut un massacre pour faire passer le message. »
Sa fille, qui flottait non loin, s’anima soudain.
Elle fronça le visage et un nouveau son commença à sortir de ses lèvres.
« M… M… Ma…ma… »
Gloriana reporta aussitôt son attention sur son bébé. « Qu’est-ce que tu as dit ?! »
« M… »
La mère tendit le bras, et la combinaison rose d’Aurelia revint automatiquement vers elle.
Lorsque le bébé tomba dans ses bras, Gloriana activa la commande qui rétractait la visière transparente de la combinaison rose.
« Tu as dit “maman”, n’est-ce pas ? Redis-le ! »
Aurelia remua le corps et leva les yeux vers sa mère, curieuse comme tout.
« Dis maman ! »
« …Mamaaaan ? »
« Tu l’as dit ! » Gloriana éclata de joie. « Tu as dit maman ! Hahaha ! Tu es si brillante ! J’ai gagné ! Alors, Ves, qu’est-ce que tu dis de ça ? »
Aurelia se réjouit de voir sa mère heureuse !
« Maman ! »
« Oui, maman ! Tu es un génie, Aurelia ! »
Gloriana serra son bébé contre elle et couvrit son adorable petit visage de baisers.
Et l’eau de phase ?
Et la technologie extraterrestre ?
Et les précieuses ressources ?
Rien ne pouvait la rendre plus heureuse que d’entendre sa fille prononcer « maman » comme premier mot !
Gloriana sourit si largement qu’elle appela aussitôt son mari.
« Qu’est-ce qu’il y a, Gloriana ? Je suis un peu occupé, là. La bataille n’est même pas terminée, tu sais. Il nous reste un vaisseau à neutraliser ! »
« Devine, Ves ! »
« Quoi ? »
« Aurelia a dit “maman” en premier ! »
« Hein ?! »