Chapitre 3 674
Après une importante téléconférence, les dirigeants de l’Alliance du Crâne d’Or prirent une décision surprenante qui en prit plus d’un au dépourvu.
Au lieu de rester sur leurs gardes face à une attaque extraterrestre peut-être imminente ou de tenter de quitter le Système de la Tulipe Orange au plus vite, la flotte expéditionnaire choisit bel et bien de lancer une attaque contre la flotte pakklatonne !
« Quoi ?! Pourquoi feraient-ils ça ? Les extraterrestres ont des vaisseaux de guerre ! »
« D’après ce que j’ai entendu de la part de la hiérarchie, ces vaisseaux ne sont pas aussi terrifiants qu’ils en ont l’air. Les Pakklatons ne sont pas une race très puissante à la base, et leurs vaisseaux ont dû subir bien des épreuves depuis qu’ils ont fui sans relâche leur empire effondré. »
« Même affaiblis, ils sont loin d’être vaincus. Ce sont de vrais vaisseaux de guerre, tu sais. Même endommagés, ils peuvent encore réduire nos méchas en cendres ! »
« J’ai entendu dire que leurs gros canons laser devaient être usés ou abîmés, à présent. Avec nos méchas tout frais et en parfait état de marche, on peut sans aucun doute prendre l’avantage sur les vaisseaux pakklatons à distance. »
« Tu as perdu la tête ? On parle de vaisseaux de guerre ! Nos méchas ne peuvent pas les affronter à armes égales. Toutes ces séances d’entraînement virtuelles où l’on nous oppose à différents vaisseaux de guerre extraterrestres tournent toujours mal pour nous. Si leurs systèmes de combat sont encore à peu près intacts, ils peuvent toujours déchiqueter des centaines de méchas avant qu’on parvienne enfin à détruire l’un de leurs vaisseaux. »
« C’est aux huiles de réfléchir à ce problème, pas à nous. On fait ce qu’on nous dit. »
Pour le moins, les avis sur la manœuvre que semblait envisager la flotte étaient très partagés.
Rien que l’idée d’aller provoquer une flotte extraterrestre forte de neuf vaisseaux de guerre redoutables suffisait à faire trembler bon nombre de Larkinsons !
« Hahaha ! » Un pilote de mécha vétéran des Avatars donna une tape dans le dos d’un jeune collègue. « Qu’est-ce qui vous effraie, les gars ? Ce n’est pas la première fois que nous, les Larkinsons, affrontons des vaisseaux de guerre de front. Je vous ai déjà raconté la bataille contre l’Abysse ? »
« Qui n’en a pas entendu parler ? Cette bataille est légendaire ! »
« Elle a aussi coûté la vie à beaucoup de membres du clan… »
Beaucoup de pilotes de méchas du Clan Larkinson n’avaient aucune expérience réelle du combat contre des vaisseaux de guerre. En conséquence, au cours des heures suivantes, nombre d’entre eux perdirent leur sang-froid : leurs nerfs et toute la propagande hostile aux vaisseaux de guerre sapèrent leur confiance.
Il fallut déployer beaucoup d’efforts pour remettre ces pilotes sur les rails. On les occupa en les faisant assister à des réunions, en leur organisant des exercices de simulation express et en les envoyant régulièrement patrouiller.
Alors que tout le monde se préparait au combat, la Vénérable Jannzi alla trouver le commandant Melkor.
« Qu’est-ce qui se passe ? » demanda Jannzi en fixant son cousin d’un regard noir. « Pourquoi choisissons-nous exactement de provoquer une complication inutile ? La flotte de réfugiés extraterrestres ne cherche clairement pas à nous attaquer, nous ne sommes donc pas menacés. La situation changera à coup sûr dès que nous les affronterons. Ves est-il donc déterminé à répéter le fiasco de la bataille contre l’Abysse ?! »
« Hé, pour être juste, notre situation est bien meilleure qu’à l’époque, lui répondit-il. Notre alliance peut déployer plus de 12 000 méchas de deuxième classe, dont beaucoup sont équipés d’armes à distance ou peuvent manier un fusil de réserve. Le rapport de force penche bien davantage en notre faveur. Les vaisseaux extraterrestres sont criblés de dégâts et je parie qu’ils manquent aussi de provisions.
Le moral de ces extraterrestres pakklatons doit également être au plus bas, puisqu’ils se sont enfoncés dans l’espace occupé par les humains sans trouver le moindre port sûr où s’abriter. »
Jannzi n’avait pas l’air rassurée le moins du monde. « Je n’entends de ta bouche que des suppositions et des conjectures. C’est toujours le problème avec Ves. Il est beaucoup trop confiant et s’imagine sans cesse que l’ennemi se conformera à ses idées préconçues. Ensuite, il tombe des nues quand celui-ci fait quelque chose qu’il n’avait pas prévu.
Écoute, je serai ravie si cette flotte pakklaton ne se révèle pas aussi terrible que je le crains. Mais que ferons-nous si mes craintes sont plus proches de la vérité ? »
Le Commandant des Avatars s’approcha avec précaution et posa les mains sur les épaules de la pilote experte.
« Nous n’y allons pas à l’aveuglette. Nous avons tous réfléchi aux inquiétudes que tu viens d’exprimer. Avant d’approcher de la portée maximale d’engagement, nous continuerons à recueillir autant d’informations que possible sur les vaisseaux pakklatons. Plus nous nous rapprocherons, plus nos capteurs pourront déterminer leur état réel.
Nous consultons également de nombreux experts et conseillers extérieurs qui connaissent mieux la race pakklaton et ses capacités au combat. Si nous découvrons que la bataille risque de nous coûter très cher, nous ferons demi-tour sans hésiter. C’est ce dont nous sommes tous convenus pendant la réunion. »
La Vénérable Jannzi ne se sentit pas vraiment rassurée, mais son élan s’apaisa un peu. Elle leva ses bras d’acier et saisit ceux que Melkor lui tendait.
« J’espère que tu as raison, mais je resterai sur mes gardes aussi longtemps que possible. Prends soin de toi et ne laisse ni toi ni tes hommes mourir simplement parce que Ves est avide de conquérir un autre vaisseau de guerre. »
Elle écarta ses mains de ses épaules et s’éloigna d’un pas décidé. Cette attaque lui inspirait un mauvais pressentiment. Elle sentait au plus profond d’elle-même que des Larkinsons mourraient aujourd’hui. Tous ces vaisseaux de guerre extraterrestres avaient l’air redoutables, et leurs armes principales pourraient facilement percer les coques des transporteurs de combat de la Flotte Larkinson si elles étaient suffisamment précises et en état de fonctionner.
Une question essentielle l’obsédait à cet instant.
« Mon Bouclier de Samar et moi pouvons-nous bloquer l’attaque d’un vaisseau de guerre ? »
Ailleurs, trois autres pilotes experts se retrouvèrent dans l’une des salles de préparation des pilotes du Wild Torch pour discuter de la bataille à venir.
Dernier vaisseau capital à avoir rejoint la flotte Larkinson, le Wild Torch se distinguait du Gorgoneion par la présence à son bord de nombreux soldats plus farouches, plus rudes et plus agressifs.
La forte concentration de Vandales flagrants, d’Épéistes du Ciel, d’Épéistes de Lydia et de Sœurs Pénitentes à bord du vaisseau avait également fait grimper de façon notable la proportion de pilotes de méchas féminines dans le porte-flotte.
Tandis que les pilotes experts revêtaient leurs combinaisons, deux d’entre elles ne semblaient pas emballées par l’action à venir.
La Vénérable Orfan laissa échapper un grognement frustré. « Nous ne jouerons pas un grand rôle dans cette prochaine bataille. Tout le monde dit qu’elle se décidera à des distances aberrantes. Même si nos méchas experts sont assez puissants pour déchiqueter des centaines de méchas ennemis, ma lance n’est pas assez longue pour franchir des milliers de kilomètres ! »
« Mon Décapiteur ne fera pas mieux », dit la Vénérable Dise d’un ton résigné. « Je crois que mon épée restera au fourreau pendant cette bataille. Nous devrons toutes les deux nous contenter des fusils à cristaux luminaires que le clan distribuera à nos méchas. »
« Ces extraterrestres stupides ! Ils se servent tous de vaisseaux de guerre comme s’il s’agissait du meilleur moyen de tuer leurs ennemis. Pourquoi aucun d’eux n’a-t-il adopté les méchas ? »
« J’imagine qu’ils n’ont pas le temps d’opérer cette transition. Les Deux Grands ont déjà ravagé leurs territoires », répondit sèchement Dise.
La spécialiste des méchas à lance se tourna vers la seule spécialiste des méchas de combat à distance présente dans la salle. « Stark, tu vas probablement passer un très bon moment. Parmi tous nos méchas experts, le tien est de loin le plus utile. Ton Amaranto est ce qui se rapproche le plus d’un canon de vaisseau de guerre en notre possession.
La seule façon de produire des dégâts supérieurs à ceux de ton mécha expert tireur, c’est de déployer une formation de combat. »
Dise secoua la tête. « Ça ne marchera pas. Les formations de combat peuvent être puissantes, mais leur portée efficace est trop courte. Ces attaques énergétiques puissantes perdent rapidement leur cohésion si elles restent actives trop longtemps. Nous devons nous retrouver à portée de crachat des vaisseaux de guerre extraterrestres pour les toucher. C’est aussi à cette distance qu’ils sont le plus efficaces. »
La raison en était que presque tous les vaisseaux de guerre étaient équipés d’armes secondaires. Leur calibre était nettement inférieur à celui des canons principaux, mais elles étaient d’autant plus adaptées à l’interception de nombreuses petites cibles, comme les missiles et les vaisseaux de guerre !
Si un vaisseau de guerre pleinement opérationnel pouvait déchaîner la puissance de feu de toutes ses armes secondaires, il serait alors capable d’infliger autant de dégâts que des centaines de Châtiments transcendants, voire davantage !
C’était la principale raison pour laquelle l’Alliance du Crâne d’Or ne comptait pas sur ses méchas de mêlée pour combattre cette fois-ci. Il y avait trop de risques que des centaines, voire des milliers de méchas s’effondrent avant même de pouvoir enfoncer leurs armes dans la coque des vaisseaux ennemis.
« N’attendez pas trop de moi non plus, intervint la Vénérable Stark. Il est vrai que la puissance de feu de mon Amaranto dépasse celle de tout le monde, mais ne comptez pas sur moi pour neutraliser les vaisseaux ennemis à moi seule. Il me faut énormément d’efforts, de concentration et d’énergie pour tirer sans interruption de puissants faisceaux énergétiques renforcés par la résonance.
Tout au plus, je peux exploiter les points faibles créés par les attaques des autres méchas et accélérer l’élimination de nos cibles prioritaires. Les Avatars, les Sentinelles et nos alliés devront faire le gros du travail. »
L’Amaranto n’était qu’une machine, et la Vénérable Stark n’était qu’une seule pilote experte. Même si elle était sans doute la plus forte de ses pairs au sein du Clan Larkinson, une fourmi plus puissante restait une fourmi face à un humain !
La seule façon pour les fourmis de renverser le géant humain consistait à envoyer toute la colonie submerger cette créature massive. C’était en substance ce que l’Alliance du Crâne d’Or espérait accomplir.
Tous les pilotes de méchas savaient que ceux-ci restaient fragiles et vulnérables face aux vaisseaux de guerre. À moins que la technologie des méchas ne progresse au point d’entraîner un bond révolutionnaire de leurs capacités offensives ou défensives, cette situation avait peu de chances de changer !
Ailleurs à bord du Wild Torch, deux candidats au titre de pilote expert eurent une conversation similaire.
« Bon sang. Pourquoi mon mécha est-il équipé d’autant d’armes à projectiles ? Mon B-Man ne touchera rien à la portée qui, d’après les autres, décidera de l’issue de la bataille ! »
« Au moins, tes méchas sont encore configurés pour le combat à distance, dit Imon Ingvar. La bataille inaugurale de mon Poursuivant de Lames ne me permettra pas de faire quoi que ce soit d’important. Mon nouveau mécha personnalisé ne peut manier qu’un fusil de réserve, comme tous ces autres méchas de mêlée inutiles. »
« Hum, on ne sait jamais, mon vieux. Ces extraterrestres sont tous différents. Les races mineures comme les Pakklatons doivent bien dépendre de quelque chose pour survivre dans une galaxie dominée par les treize races majeures. D’après ce que j’ai entendu, cette flotte est en fuite depuis un an. Dans ce cas, comment se fait-il qu’elle existe encore ? »
Imon haussa les épaules. « Les moteurs de distorsion extraterrestres sont plus pratiques pour se cacher dans l’espace profond. N’importe quel vaisseau ou flotte peut voyager par distorsion jusqu’au vide entre les systèmes stellaires et s’arrêter à des coordonnées aléatoires. À moins de posséder des capteurs à longue portée extrêmement avancés et puissants, il est trop difficile de repérer des vaisseaux à ces distances. J’ai entendu dire que les extraterrestres avaient même construit des bases secrètes entières dans ces refuges du vide ! »
« Les Deux Grands ne sont-ils pas censés traquer ces endroits et les détruire ? »
« C’est peut-être de là que vient cette flotte de réfugiés, même si elle vient tout aussi bien de son territoire d’origine, rappela Imon à Vincent. N’oublie pas que les moteurs de distorsion extraterrestres sont bien plus lents que les moteurs supraluminiques quand il s’agit de parcourir de grandes distances. Un voyage qui nous prend quelques mois peut facilement durer plus d’un an pour ces extraterrestres. »
« Waouh. Tu as l’air intelligent. Tu as appris tout ça tout seul ? »
« Non. Ma sœur me l’a expliqué quand je l’ai appelée tout à l’heure. »
« Ah. »
Un bref silence s’installa, puis Imon reprit la parole.
« Tu crois qu’on fait ce qu’il faut ? »
« Qu’est-ce que tu veux dire ? »
« Je veux dire, nous attaquons activement une flotte de réfugiés chassés de leurs terres natales. Ce n’est pas vraiment une cible honorable. »
Vincent lança à son ami un regard grave. « On parle d’une flotte de survivants extraterrestres hostiles. Bien sûr, ils ont l’air faibles et pitoyables en ce moment, mais les Pakklatons n’hésiteraient pas à nous faire subir la même chose si nos places étaient inversées. Dans cette galaxie naine, c’est tuer ou être tué. Si nous laissons ces extraterrestres partir, ils finiront de toute façon par tomber sur d’autres humains et se faire exterminer.
La seule inconnue, c’est l’ampleur des dégâts qu’ils pourraient causer. Puisque nous sommes assez puissants pour provoquer les Pakklatons, autant faire notre part et rendre l’Océan Rouge plus sûr. »