Chapitre 3 595
« Les fiançailles du Vénérable Joshua et de la Maîtresse d’armes Ketis sont annoncées ! »
« Quoi ?! »
« Il était temps ! »
« Et le mariage, c’est pour quand ? »
« Dans quelques mois ! »
« Bon sang, il faut que je me dépêche de demander ma copine en mariage. »
La bonne nouvelle se répandit rapidement dans tout le Clan Larkinson. Deux de ses membres les plus éminents et les plus puissants allaient enfin se fiancer !
Bien que beaucoup de membres du clan s’attendissent déjà à les voir se passer la bague au doigt, nombreux furent ceux qui accueillirent la nouvelle avec une agréable surprise, maintenant que les deux amoureux s’engageaient enfin dans une relation plus durable.
Bon nombre de tantes se mirent à bavarder entre elles, tandis que quantité d’hommes se sentirent soudain poussés à avancer la date de leurs fiançailles.
Un vent de romance souffla sur le clan. Des centaines d’autres couples se mirent bientôt à préparer leur mariage, eux aussi ! La fièvre qui s’était emparée du Clan Larkinson était si contagieuse que même les célibataires commencèrent à se chercher un partenaire. Personne ne voulait rester sur la touche !
Ves était heureux de voir ses clansmen prendre plus au sérieux la création de leur petite famille, mais il se méfia de plus en plus en constatant l’ampleur de la folie. Le phénomène était trop généralisé pour qu’il croie que les fiançailles de Joshua et Ketis en étaient la seule cause.
Il saisit le Mandat Larkinson et secoua un instant le lourd grimoire.
« Goldie ! Montre-toi ! »
« Nyaaaa ? »
Un chat spirituel resplendissant sortit du livre. Le Chat doré flotta devant Ves en remuant adorablement ses oreilles pointues.
« Tu as fait quelque chose au Réseau Larkinson, pas vrai ? Il est impossible que tous ces membres du clan aient décidé, comme ça, d’aller voir la personne qui leur plaît pour faire avancer leur relation. Ça ne se produit pas à si grande échelle. Pour que ça arrive dans tout le clan, il faut qu’il y ait un problème avec le réseau. »
Goldie fit hardiment une pirouette sur elle-même.
« Nyaaa, nyaaa, nyaaaa. »
« Alors, c’est toi qui es responsable de tout ça ! Tu te rends compte de ce que tu as fait ?! Tu avais une tâche à accomplir, mais tu l’as clairement dépassée ! Écoute, je n’ai rien contre le résultat, cette fois-ci, mais le fait que tu aies pris cette initiative toute seule pose un vrai problème. C’est moi qui dirige ce clan, pas toi. La prochaine fois, viens m’en parler ! »
« Nyaaaaaaa. »
Le Chat doré ne semblait pas prendre Ves très au sérieux. Ces derniers temps, il s’était forgé une personnalité plus indépendante et ne témoignait plus aucune déférence envers le patriarche du clan !
« Viens ici, petite chipie. »
Ves attrapa Goldie avant qu’elle ne puisse continuer à tournoyer. Elle se tortilla et protesta à grands coups de miaulements, mais il finit par la calmer en lui caressant la tête et le dos de sa main augmentée spirituellement.
« Nyaaa~ nyaaa~ nyaaaa~ »
« Ne crois pas que ton numéro adorable te dispensera d’assumer tes responsabilités. Je peux te pardonner cette fois-ci, parce que ce qui se passe est une bonne chose pour tout le monde, mais la prochaine fois, consulte quelqu’un avant de mettre en œuvre un autre grand projet. Tu disposes d’un pouvoir considérable, mais il faut le soumettre à des garde-fous. Personne, ni aucune entité, ne peut avoir raison tout le temps.
Plus les décisions sont prises avec la participation d’un grand nombre de personnes, moins notre clan risque de s’égarer. »
Si Goldie continuait à décider seule, le danger était bien réel. Ves ne voulait pas se réveiller un jour en découvrant que tout le clan avait abandonné ses méchas pour embrasser le pacifisme !
En entendant Ves parler si sérieusement de ce problème, Goldie finit par prendre sa demande au sérieux.
« Nyaaaaa. »
« Tant mieux. On peut considérer ça comme un nouvel accord entre nous, d’accord ? Pour être clair, je n’ai rien contre ce genre d’initiative. Mais si tu as une idée susceptible d’aider notre clan, préviens-moi d’abord. Il ne faut pas trop se mêler de la vie des gens. Un clan où tout doit être contrôlé n’a aucun avenir.
Les gens ont besoin d’une liberté suffisante pour vivre. »
« Nyaa, nyaaa. »
Goldie semblait avoir compris l’essentiel, et Ves estima qu’il avait fait passer son message. Elle regagna bientôt le Mandat Larkinson pour se reposer et reprendre des forces.
Goldie ne semblait pas beaucoup plus puissante cette fois-ci, mais Ves avait déjà remarqué que certaines parties d’elle se transformaient et se sublimaient en une forme d’énergie supérieure. Le retour spirituel des six pilotes experts l’aidait peu à peu à accéder à un état d’existence plus élevé.
« Le processus sera lent, cela dit. »
Les liens spirituels entre les pilotes experts et Goldie étaient plutôt faibles, et n’acheminaient donc pas beaucoup de retour. L’essence était certes de meilleure qualité, mais ces liens ne pouvaient tout simplement pas supporter une grande quantité d’énergie puissante à la fois.
Par conséquent, seule une petite partie de l’état spirituel de Goldie s’était transformée jusqu’ici. Sa croissance renforçait certes ses liens, mais le processus restait lent à ses débuts.
Ves estimait qu’il lui faudrait peut-être dix ou vingt ans pour achever sa transition. Il ignorait vers quel état elle évoluait, mais celui-ci devait forcément être puissant s’il reposait sur le retour spirituel de pilotes experts !
Il baissa les yeux vers le Mandat Larkinson. Lorsqu’il posa la main sur sa surface, il sentit la puissance qui circulait dans sa structure physique.
Ce livre comptait parmi les premiers artefacts qu’il avait fabriqués. Il l’avait expressément conçu pour qu’il se développe en hébergeant constamment le Chat doré.
Le problème, c’était qu’il ne savait pas vraiment comment le livre s’améliorait au fil du temps.
Devenait-il plus grand ou plus résistant ? Pas vraiment.
Pouvait-il servir d’arme spirituelle ? Probablement pas.
Sa composition matérielle s’était-elle transformée en un nouvel exotique précieux ? Certainement pas !
Bien que le Mandat Larkinson eût été imprégné de l’énergie spirituelle du Chat doré, Ves ne lui trouvait aucun avantage évident, hormis quelques particularités spirituelles.
« Hmmm. Il a peut-être besoin de plus de temps. »
Après avoir terminé son inspection, il rendit le Mandat Larkinson à Nitaa, qui le garderait en lieu sûr.
Fait intéressant, l’armure de combat conçue sur mesure pour Nitaa avait elle aussi été affectée par une exposition prolongée à la présence de Goldie. La zone la plus proche de l’endroit où l’artefact était habituellement fixé était bien plus chargée spirituellement que d’ordinaire.
« Intéressant. »
Mais cela n’avait guère de valeur. Pour observer une différence notable, Ves devrait probablement attendre des décennies, voire des siècles.
Voilà l’inconvénient de miser sur la croissance : tout prenait un temps fou à porter ses fruits. Ses inventions n’atteindraient peut-être jamais leur plein potentiel avant qu’il ne devienne assez puissant pour concevoir et construire directement quelque chose de bien plus puissant !
Malgré tout, Ves n’avait aucune intention de renoncer au potentiel de la croissance. Dans les bonnes conditions, la croissance et l’évolution pouvaient produire des effets miraculeux. À tout le moins, un mécha vivant ayant grandi aux côtés d’un pilote de mécha lui conviendrait bien mieux qu’un modèle conçu par un tiers.
Il lui suffisait de penser au Bouclier de Samar, qui avait non seulement gagné en puissance, mais aussi noué une relation symbiotique encore plus profonde avec la Vénérable Jannzi.
À présent, ils étaient presque inséparables. Même lorsque Jannzi sortait du cockpit, Ves constatait que leur lien restait intact !
Si un mécha pouvait lui montrer le plein potentiel de la croissance, c’était probablement le Bouclier de Samar.
L’Everchanger avait beau avoir grandi rapidement grâce à la présence hautement synergique du Vénérable Joshua, ce chevalier spatial expert avait bénéficié d’une trop grande longueur d’avance.
En outre, la Vénérable Jannzi était une demi-déesse exceptionnellement concentrée et déterminée. Cela suffisait à affiner son mécha expert et à en faire un partenaire de combat plus puissant et mieux adapté.
« Peut-être n’aurai-je pas à attendre trop longtemps avant que le Bouclier de Samar achève son évolution. »
Tandis que Ves réfléchissait à ses autres créations en pleine croissance, une alerte retentit dans son bureau. Il se redressa aussitôt et activa son communicateur.
« Qu’y a-t-il, Benny ? »
« Euh, patron ? Il y a un habitant d’ici qui tient absolument à vous rencontrer en personne. Il dit qu’il a des affaires importantes à discuter. »
« Ah ? Dans ce cas, pourquoi n’a-t-il pas suivi la procédure habituelle pour prendre rendez-vous ? »
« Il prétend qu’il n’a pas réussi à joindre nos équipes. »
Ves fronça les sourcils. « Si notre équipe chargée des relations estime qu’il n’est pas utile que je le rencontre directement, c’est qu’il ne mérite clairement pas que je lui consacre du temps. Le ministre Shederin ou l’un de ses nombreux collaborateurs peut s’occuper des affaires de moindre importance. Je ne veux pas être dérangé pour des broutilles. »
« Je pense que vous devriez l’écouter, patron. Il prétend que vous l’avez personnellement influencé. »
« Hein ? »
Il repassa rapidement en revue ses activités des derniers jours. Il n’avait pas échangé avec beaucoup d’habitants, mais un certain incident lui revint en mémoire…
« M. Cefigo Maran Barach insiste toujours pour vous rencontrer, même s’il ne peut pas représenter la Maison de Barach dans son ensemble, expliqua Gavin d’un ton exaspéré. Il doit être épuisant de gérer un visiteur aussi tenace. Que souhaitez-vous faire ? Je peux demander à la sécurité de le raccompagner, mais nous ferions mieux d’éviter tout incident désagréable, au risque de nous aliéner les commerçants du coin.
Beaucoup d’entreprises installées ici sont très liées les unes aux autres. »
« Je vois. Eh bien, je n’ai rien d’urgent à mon programme, alors autant l’écouter. Faites-le entrer, je vous prie. »
Quelques instants plus tard, un homme aux cheveux bouclés, à peine plus âgé que Ves, entra dans le bureau, au dernier étage de l’hôtel.
« Miaou ? »
Lucky jeta un regard nonchalant au visiteur et le renifla. Après avoir conclu que le nouvel arrivant ne représentait aucune menace, le chat retourna à sa sieste.
Lorsque la porte du bureau se referma, Cefigo s’avança nerveusement.
Bien qu’ils appartinssent à la même génération, leur statut était trop différent. Ves était le patriarche d’un clan en plein essor, tandis que Cefigo n’était qu’un artisan de rang intermédiaire dans une petite maison de couture traditionnelle.
Ves était un concepteur de méchas compagnon capable d’insuffler à ses créations de véritables propriétés extraordinaires, tandis que Cefigo était un tailleur compagnon qui excellait surtout dans la confection de grands manteaux.
Ils savaient tous les deux que le titre de compagnon ne plaçait pas tout le monde sur un pied d’égalité. C’est pourquoi Cefigo inclina sans hésiter la tête.
« Monsieur Barach. » Ves s’assit et lui fit signe de prendre place. « Je ne pensais pas vous revoir, même si, avec le recul, j’aurais peut-être dû m’y attendre. Je dois reconnaître que je me suis comporté à la légère lorsque je suis passé devant la vitrine de votre maison. En tant que concepteur de méchas, j’apprécie le travail bien fait, et j’ai vu que vous étiez vraiment absorbé par le vôtre. Comment cela s’est-il passé, d’ailleurs ? »
« C’était… l’une des plus belles réalisations de ma carrière ! » s’écria Cefigo. Il activa son communicateur pour montrer à Ves une projection de la vitrine. « Les maîtres artisans de notre maison ont dû redoubler d’efforts pour équilibrer ma sculpture. Ils ont été très impressionnés par sa qualité et par la créativité dont j’ai fait preuve ! »
La vitrine de la Maison de Barach était bien plus majestueuse qu’auparavant. C’était en partie parce qu’elle était enfin achevée, mais ce qui frappa surtout Ves, c’était le talent artistique avec lequel les blocs de pierre avaient été travaillés !
La vitrine semblait s’être transformée en un portail invitant les clients à pénétrer dans un royaume divin, où ils pourraient obtenir les trésors les plus exquis de toute la planète Pellysa III.
Ves fut sincèrement impressionné. « Votre maison attirera sans aucun doute beaucoup de clients avec une telle vitrine. Félicitations, monsieur Cefigo. »
L’autre homme sourit, tout en restant modeste. « Je n’aurais jamais pu accomplir tout cela sans votre intervention, monsieur. J’aimerais vous en parler aujourd’hui. »
Voilà qui promettait d’être intéressant.