Chapitre 3 570
Ves congédia rapidement les vingt pilotes de mécha de l’ACM, après leur avoir promis de trouver une solution à leur manque de progrès.
La possibilité de faire de ses meilleurs méchas ses nouveaux esprits de conception le fascinait au plus haut point !
« J’aurais vraiment dû y penser plus tôt ! »
« Miaou ? » Lucky le regarda d’un air interrogateur.
« Tu crois que je déraille complètement avec cette idée ?! »
« Miaou ! »
Le chat de gemme leva de nouveau les yeux au ciel. Ves était en proie à l’une de ses fréquentes crises de folie géniale. Restait à savoir si quelque chose en sortirait, mais Lucky ne manquerait pas de se tenir à bonne distance si une nouvelle expérience avait lieu !
À force de réfléchir à cette idée, Ves finit par se calmer un peu. Tout ne se passerait peut-être pas aussi bien qu’il l’espérait. Il avait déjà relevé plusieurs difficultés susceptibles de compliquer la mise en œuvre.
La première question était de savoir s’il était vraiment possible de transformer un mécha vivant en esprit de conception.
Son cadre théorique indiquait que cela devrait être possible, mais ses théories n’étaient pas toujours justes. Ses hypothèses pouvaient être erronées, et peut-être ses méchas vivants étaient-ils trop différents des autres entités spirituelles pour fonctionner de cette façon.
Il n’y avait qu’un moyen d’en avoir le cœur net : essayer. Rien ne valait des preuves concrètes, pas même les déductions théoriques. Avec des données solides à l’appui, Ves n’aurait pas à se fier à autant de suppositions.
Il était toutefois assez confiant : cela devrait être possible. Les méchas vivants possédaient des fondations spirituelles qui jouaient, pour l’essentiel, le même rôle que la spiritualité des organismes vivants.
Ils présentaient encore de nombreuses différences, mais l’écart se réduisait à mesure qu’ils devenaient plus vivants.
Les méchas vivants du troisième ordre l’étaient à tel point qu’ils possédaient quantité de caractéristiques plus courantes chez les entités dotées d’une grande puissance spirituelle.
On pouvait peut-être soutenir que les méchas du premier et du deuxième ordre n’étaient pas vraiment vivants, mais il ne faisait aucun doute que ses meilleurs méchas l’étaient. Tous étaient assez intelligents pour penser et communiquer clairement avec leur pilote.
Ses méchas vivants n’étaient pas non plus des IA sophistiquées. Chacun d’eux, et pas seulement les plus avancés du troisième ordre, possédait des émotions !
Ils étaient heureux quand le Clan Larkinson remportait une victoire. Ils étaient tristes lorsque leur pilote mourait ou qu’il fallait les éliminer pour faire de la place. Ils entraient en colère quand ils voyaient des ennemis tuer d’autres méchas et pilotes de mécha larkinsons.
C’était cette qualité particulière qui empêchait les robots de combat et les méchas dotés d’IA très avancées de reproduire pleinement son travail.
Certes, les meilleures IA, programmées par les spécialistes les plus brillants, pouvaient imiter les humains avec une précision extrême. Mais jamais des lignes de code ne permettraient aux méchas de comprendre pleinement l’amour ou d’éprouver de la haine envers un ennemi.
« C’est parce que les IA sont entièrement rationnelles. »
Leur processus de réflexion reposait de bout en bout sur des calculs logiques. Leurs cerveaux électroniques ne laissaient pas la moindre place à l’irrationnel.
Ses méchas vivants, en revanche, ressemblaient bien plus aux humains qu’aux IA !
Dès leur naissance, ils ne manifestaient presque aucune pensée cohérente. Ils suivaient plutôt leurs instincts ou s’exprimaient par leurs émotions.
Celles-ci n’étaient pas toujours intenses, mais leur capacité à les ressentir les plaçait sans conteste au-dessus de presque toutes les IA !
En bref, ses méchas vivants les plus puissants remplissaient toutes les conditions pour devenir des esprits de conception !
Si cela ne s’était pas encore produit, c’était simplement parce que Ves n’avait jamais fait le lien.
« Mais ce n’est pas parce que c’est possible que je dois foncer tête baissée. Il me faut une bonne raison de prendre une mesure aussi radicale. »
Il se méfiait de tout ce qui risquait de nuire au développement de ses méchas les plus précieux. Le Quint, l’Amaranto, le Bouclier de Samar et l’Everchanger étaient tous des trésors pour le Clan Larkinson. Ils venaient de voir le jour et avaient encore beaucoup de chemin à parcourir. Si les Larkinson continuaient à prendre soin d’eux, ils pourraient un jour atteindre des sommets inimaginables !
Pourquoi Ves compliquerait-il les choses en leur attribuant un nouveau rôle qui ne faisait pas partie de leur conception initiale ?
Il ne pouvait prévoir pleinement ce qui arriverait à ses méchas vivants s’il franchissait cette étape décisive.
Son instinct lui soufflait qu’il s’agissait d’une décision lourde de conséquences, susceptible d’avoir des répercussions profondes sur sa philosophie de conception.
Était-ce vraiment une bonne idée d’unir le concept d’esprit de conception à celui de mécha vivant ?
Que se passerait-il si ces méchas vivants périssaient au combat ?
Resteraient-ils des méchas ou évolueraient-ils pour devenir autre chose… après avoir reçu une grande quantité de retours spirituels ?
Ves devait trouver les réponses à toutes ces questions avant d’accepter de tenter une telle expérience.
« Alors, commençons. »
La première question, et la plus importante, était de savoir si cette approche s’accordait avec sa philosophie de conception.
Jusqu’ici, il avait toujours considéré les méchas vivants et les esprits de conception comme deux méthodes distinctes pour renforcer ses créations.
Les premiers étaient plus fondamentaux et constituaient le socle de sa philosophie de conception. Ils procuraient de nombreux avantages aux produits, mais les méchas vivants avaient besoin de beaucoup de temps pour développer leur puissance. Ce processus durait des années avant d’apporter une amélioration notable, ce qui était bien trop long dans la plupart des cas.
C’était pourquoi Ves avait aussi mis l’accent sur le recours aux esprits de conception. Leurs auras n’étaient certes pas plus puissantes que leurs créateurs, mais la plupart étaient déjà des entités spirituelles redoutables. Associés à n’importe quel mécha, ils en augmentaient directement et immédiatement l’efficacité au combat, sans délai déraisonnable.
Les esprits de conception étaient donc devenus un atout majeur de son arsenal. Ils compensaient efficacement la principale faiblesse de ses méchas vivants et pouvaient aussi leur apporter d’autres avantages, comme la capacité de former des formations de combat.
« Pourtant, ils ne sont pas directement liés à ma philosophie de conception. C’est une branche secondaire de mes recherches qui a fini par prendre son indépendance. »
Ves s’était toujours demandé ce qu’il devait faire des esprits de conception. Devait-il continuer à les développer ou essayer de revenir à ses racines ?
Jusqu’alors, il avait été tenté de choisir la seconde option, mais il venait de trouver une bonne raison de donner une place plus centrale aux esprits de conception dans sa philosophie.
Car un esprit de conception plus puissant rendrait aussi un mécha vivant plus puissant, s’il réunissait les deux concepts !
Ves tenta d’imaginer ce que donnerait la conception d’un mécha de tir équipé d’un fusil de précision, fondé sur l’Amaranto.
Le modèle pourrait reprendre assez fidèlement l’Amaranto sous la forme d’un mécha standard. Celui-ci pourrait alors jouer son rôle d’esprit de conception adapté et utile auprès des pilotes de ce nouveau mécha de tir.
Si tout se passait bien, tout le monde y gagnerait.
Les pilotes du nouveau modèle standard profiteraient sans doute de l’aide d’un mécha puissant, associé à une pilote experte redoutable. L’aide que l’Amaranto pourrait leur apporter dans leur pilotage serait bien plus efficace que celle d’un esprit de conception ordinaire !
« Après tout, des créatures comme Arnold ne sont pas des méchas. Que comprennent-elles au pilotage d’un mécha ? »
Les méchas standards eux-mêmes en tireraient aussi profit. Non seulement ils bénéficieraient de l’influence d’un modèle à suivre, mais ils auraient davantage de chances de survivre, leurs pilotes gagnant en compétence. Peut-être hériteraient-ils même d’une petite part de la puissance de l’Amaranto à force d’y être exposés.
« Ce serait comme s’ils étaient les enfants de l’Amaranto. »
Enfin, l’Amaranto lui-même en retirerait de nombreux avantages. Les retours spirituels risquaient de le contaminer, de le déformer ou de l’orienter dans une mauvaise direction, mais l’accélération de sa croissance compensait largement ces dangers ! Ves serait ravi d’obtenir en une fraction du temps un mécha vivant qui aurait mis cent ans à atteindre sa puissance actuelle !
Ses yeux brillèrent lorsqu’il imagina ses autres méchas vivants suivre la même voie.
Les trois méchas experts chefs-d’œuvre deviendraient des êtres véritablement éblouissants au sein de son clan !
« Ils vont si bien ensemble, en plus. »
Le concept négligé de résonance prime retrouvait enfin un sens. Si la résonance véritable demeurait le fondement de la puissance de tout mécha expert, Ves avait toujours imaginé que la résonance prime pourrait un jour se révéler tout aussi puissante !
Malheureusement, la résonance prime était toujours limitée par les faiblesses inhérentes aux éléments qui la composaient.
Le problème, c’était qu’elle reposait sur l’énergie spirituelle plutôt que sur un matériau résonant puissant.
Les méchas ne pouvaient pas contenir beaucoup d’énergie spirituelle. Sans pierres P ni autres matériaux capables de la stocker, ils ne pouvaient tout simplement pas en accumuler de grandes quantités.
Même si Ves trouvait un matériau adéquat à intégrer aux méchas, il lui faudrait encore les gorger d’une énergie spirituelle qui n’était pas toujours abondante.
Mais les méchas vivants, eux, grandissaient d’eux-mêmes. Si un mécha expert chef-d’œuvre comme l’Amaranto se développait douze fois plus vite qu’avant, sa fondation spirituelle gagnerait rapidement en puissance et en complexité, sans jamais se heurter à la moindre limite !
Une fois que la fondation spirituelle de l’Amaranto serait cent fois plus puissante qu’aujourd’hui, la résonance prime ne serait plus une plaisanterie. Si la Vénérable Davia Stark était assez forte et courageuse pour entrer en résonance avec ce mécha puissant, alors…
« Cette nouvelle forme de résonance pourra vraiment rivaliser avec la résonance véritable ! »
Ves faillit perdre la tête d’euphorie en imaginant à quel point ses méchas experts pourraient gagner en puissance !
Il n’osait pas prétendre que des méchas experts comme l’Everchanger pourraient rivaliser avec de véritables méchas as, mais ils devraient pouvoir prendre un sérieux avantage sur leurs pairs !
Il n’oubliait pas son objectif fondamental. Tout cela devait, en fin de compte, lui permettre de mieux servir ses pilotes de mécha. Il devait veiller à ne pas rechercher la puissance pour elle-même.
« Cela ne devrait pas poser de problème. Des méchas vivants du haut ordre plus puissants profiteront directement à leurs pilotes et au camp pour lequel ils se battent. Il n’y a guère de raison de rejeter cette nouvelle méthode. »
C’était peut-être l’avantage dont le Clan Larkinson avait besoin pour survivre dans l’Océan Rouge, une fois écoulée la période de protection de deux ans de l’ACM !
Ves reporta son attention sur la question initiale qui l’avait amené à concevoir cette idée brillante.
Le meilleur moyen de confirmer ses théories et de savoir si cette piste avait de l’avenir, c’était de la mettre à l’épreuve dans le monde réel.
« Désolé, Gloriana, mais je dois me lancer dans ce projet secondaire ! »
Ves comptait suspendre son programme actuel et réserver quelques semaines à la création de la variante promise aux pilotes de mécha de l’ACM.
À proprement parler, le mieux aurait été de concevoir un tout nouveau mécha original à partir de zéro. Ainsi, il aurait pu intégrer ce nouvel objectif dès le départ.
« Je ne peux pas attendre des mois. »
Il ne pensait pas devoir pousser les choses aussi loin pour sa première tentative. Il voulait simplement obtenir une preuve de concept qui lui servirait de modèle pour une mise en œuvre plus sérieuse à l’avenir.
Le Quint ferait l’affaire pour commencer. Il avait beau être précieux pour le Clan Larkinson, les trois méchas experts chefs-d’œuvre avaient bien plus de valeur.
Le Quint était donc le mécha vivant du haut ordre que Ves pouvait le plus facilement sacrifier.
« Désolé, Quint, mais tu vas me servir de cobaye pour cette expérience. »
Sa variante devait atteindre deux objectifs. Il voulait non seulement vérifier s’il était possible d’accélérer la croissance du Quint en lui fournissant des retours spirituels, mais aussi répondre aux attentes des pilotes de mécha de l’ACM et leur apporter les conseils d’un mécha réputé pour avoir formé plusieurs pilotes experts.
Comme le Quint était à l’origine fondé sur le modèle Guerrier Lumineux Mark I Version B, Ves en consulta le plan et commença à imaginer les modifications nécessaires.
« Pour commencer, il lui faut un nouveau nom. Appelons-le Guerrier des Illuminés. » décida Ves.