Chapitre 2 328
Les mérites de l’ATM avaient une valeur incroyable. Ce n’était pas parce que Ves en avait gagné près de sept millions après déduction de ses frais qu’il était facile d’en obtenir.
En réalité, la Citadelle d’Ulimo avait la puissance nécessaire pour anéantir des flottes bien plus puissantes. Si le Clan Larkinson avait échappé au désastre, c’était principalement pour deux raisons.
Premièrement, les Larkinson qui s’étaient infiltrés dans la Citadelle d’Ulimo avaient interrompu le rituel de l’intérieur.
Deuxièmement, Jannzi avait percé au rang de pilote experte avec une violence telle qu’elle avait été capable de frapper bien au-dessus de sa catégorie !
Combien d’autres forces auraient pu reproduire ces circonstances exceptionnelles ? Presque aucune ! Peut-être qu’une flotte commandée par un pilote as aurait eu une chance raisonnable, mais qui s’aventurerait dans un lieu interdit comme la Brèche de Nyx ?
Ainsi, même si les Deux Grands promettaient de doubler les récompenses en mérites pour certaines actions dans la Brèche de Nyx, ceux qui pensaient pouvoir reproduire les exploits du Clan Larkinson allaient avoir une sacrée surprise !
Enfin, ce que choisissaient de faire les autres chasseurs de mérites ne le regardait pas. Ves n’allait pas se donner la peine de rendre publiques toutes les atrocités auxquelles ces candidats au désastre risquaient d’être confrontés.
Après avoir terminé son appel avec Maître Willix, Ves retourna dans son bureau et se demanda s’il devait suivre son conseil.
Il n’était pas rare que des concepteurs de méchas sollicitent l’aide de personnes plus expérimentées ou plus compétentes. Parfois, ils devaient concevoir un mécha sans en avoir les capacités. Il n’y avait aucune honte à demander de l’aide, et il existait même des moyens de garder cela secret.
Pourtant, ni Ves ni Gloriana n’entretenaient de bonnes relations avec des Maîtres qui auraient pu les aider par amitié ou par générosité. Seuls des avantages concrets les convaincraient de libérer une partie de leur emploi du temps déjà très chargé pour aider de jeunes novices.
« Combien de mérites ça coûte ? » se demanda-t-il.
Il activa le terminal de son bureau et effectua rapidement quelques recherches sur le réseau galactique. Le prix dépendait fortement de l’ampleur de l’aide demandée et de la réputation du Maître choisi.
Les vieux monstres nés au cours des premiers siècles de l’Âge des Méchas s’intéressaient rarement à ce genre d’activité. C’étaient généralement les Maîtres plus jeunes et encore tout frais qui se livraient à ce type de commerce.
Apparemment, lorsqu’ils accédaient au rang de Maître, les concepteurs de méchas devaient rapidement élargir leur horizon et approfondir leurs connaissances. Acquérir tout cela coûtait très cher, surtout s’ils voulaient apprendre auprès de leurs pairs.
Consacrer une partie de leur temps à aider de jeunes concepteurs de méchas sur leurs projets était un moyen très pratique de gagner beaucoup de mérites. Ces Maîtres n’avaient presque pas besoin de se fatiguer pour remplir leurs poches.
« Quelle aubaine ! » soupira Ves, envieux.
Un bon Maître pouvait facilement gagner des millions de mérites de l’ATM en un mois en consacrant une heure par semaine à des consultations !
S’ils pouvaient pratiquer des prix aussi exorbitants, c’était parce que l’étendue de leurs connaissances et leurs aptitudes en conception étaient vraiment précieuses. Même s’ils refusaient de consacrer toute leur attention à un projet, leur regard était si aiguisé que quelques remarques en passant suffisaient à améliorer la qualité d’un mécha de dix pour cent !
C’était la première fois que Ves se rendait compte qu’enseigner ou guider d’autres concepteurs de méchas pouvait être aussi rentable !
« Quand est-ce que de jeunes concepteurs de méchas mignons seront prêts à me jeter un million de mérites de l’ATM pour une heure de mon temps ? »
Pas de sitôt, c’était certain ! Même s’il était le créateur des auras et la moitié masculine du Couple Miracle, ses services ne valaient pas une somme aussi astronomique en mérites.
Il renonça à ses fantasmes irréalistes de gagner son ticket d’ascension en proposant ses auras à d’autres concepteurs de méchas.
Ses recherches rapides lui avaient donné une idée générale de ce qu’il pouvait obtenir en échange d’une certaine quantité de mérites. Le plus gros problème était que les Maîtres facturaient beaucoup plus cher lorsqu’un projet concernait des méchas experts !
« Bon sang ! »
C’était logique. Les méchas experts incorporaient non seulement des matériaux et des technologies très avancés, mais devaient aussi être adaptés à des pilotes experts précis. Pour que le mécha tire parti des points forts du pilote expert, il fallait s’impliquer davantage.
« Les consultants sont tous des escrocs ! »
Après avoir insulté un groupe de personnes qu’il enviait profondément et qu’il rêvait de rejoindre, il se tourna vers d’autres préoccupations.
Son chat apathique, par exemple.
D’ordinaire, Lucky débordait d’énergie et de curiosité. Il ne restait jamais longtemps au même endroit. Le chat partait souvent explorer d’autres lieux.
Cette fois, il n’en était rien.
« Comment tu vas, Lucky ? »
« Miaou… »
Lucky s’étalait sur le bureau, son corps terne et abîmé. Il avait si peu d’énergie que sa queue ne remuait ni ne s’enroulait !
« Quand est-ce que tu retrouveras ta forme ? »
« Miaou… Miaou… »
« Ne traîne pas trop. On est toujours dans la Brèche de Nyx, alors qui sait si tu ne devras pas reprendre ton rôle de chat commando. »
« Miaou… »
Ves ne prêta plus attention à Lucky. Dans son état actuel, le chat gemme ne pouvait compter que sur lui-même pour se rétablir.
Il passa un moment à lire des rapports et à s’acquitter de certaines de ses responsabilités. Après presque une semaine à Ulimo, le Clan Larkinson commençait déjà à emballer son butin et à se préparer au départ.
Comme son clan voulait rapporter une grande quantité d’objets de valeur, il comptait convertir quelques vaisseaux pirates capturés en cargos.
Les Larkinson n’en avaient pas autant qu’ils l’auraient souhaité. L’une des conditions les plus importantes était qu’ils soient équipés de moteurs supraluminiques.
Comment la Force opérationnelle Predator aurait-elle pu rapporter tout son butin au Royaume Sentinelle si quelques cargos s’étaient arrêtés juste à l’extérieur de la Brèche de Nyx ?
Ce serait une véritable torture d’emporter tant de richesses, pour devoir en abandonner une partie à mi-chemin !
Comme les pirates prenaient rarement soin de leurs vaisseaux, le nombre de ceux qui étaient assez intacts pour servir restait limité.
L’un des problèmes était que le butin n’avait rien d’exceptionnel en valeur. Certes, certains objets étaient assez uniques et difficiles à obtenir, mais leur prix sur le marché n’était pas très élevé, surtout pour les exotiques encombrants.
Ce qui l’intéressait davantage, c’étaient certains objets plus inhabituels, comme la statue de l’Être Sans Fin.
Pour l’instant, ses hommes avaient entreposé cette relique extraterrestre dans l’atelier de méchas du Scarlet Rose. Ves ne voulait pas la placer à bord d’un autre vaisseau, tant sa valeur était élevée. En la gardant sur son propre vaisseau, il avait très peu de chances de perdre l’accès à une telle quantité d’Alliage Inépuisable !
Il était loin de pouvoir utiliser l’Alliage Inépuisable, et son étude ne lui avait pas appris grand-chose. Pour l’instant, il ne pouvait que mettre la statue de côté et la laisser encombrer son atelier de méchas.
« Qu’est-ce que je peux faire d’autre ? »
Il décida de se pencher sur l’une de ses priorités majeures en matière de conception.
« Je dois redécouvrir comment insuffler de l’individualité à mes méchas. »
Ves réfléchit un moment, puis ouvrit le plan de Chiron sur le terminal de son bureau. Il étudia la conception inachevée.
À première vue, on n’y distinguait presque aucune individualité. La structure du mécha était plutôt générique, sans point fort marqué dans quelque domaine que ce soit.
Bien sûr, ce n’était que Chiron dans son état neutre. Configuré pour le combat rapproché ou à distance, le mécha d’entraînement pouvait se montrer nettement plus efficace.
En réalité, Chiron ne se contentait pas de pouvoir adopter différents types de méchas. Ses membres, son torse et ses structures les plus fines étaient tous réglables.
Gloriana avait très bien conçu les mécanismes qui rendaient cela possible. Elle avait dû prévoir une grande variabilité tout en veillant à ce que Chiron reste aussi robuste que possible. Ce n’était pas facile : elle avait dû faire de nombreux compromis pour conserver une grande fiabilité tout en permettant de multiples changements.
La capacité de transformation de Chiron était essentielle à son identité de mécha d’entraînement. Le principe de cette machine exclusive au Clan Larkinson était qu’elle pouvait grandir et s’adapter au cadet pilote au fil des ans.
Chiron exprimait déjà son idéal de croissance !
C’était ce qui rendait cette conception si adaptée à la mise en œuvre de ses nouvelles idées.
La Rédemptrice Valkyrie était un mécha bien plus puissant, mais l’Armée Hexadrique était susceptible de l’utiliser en masse. L’individualité devait céder la place à des priorités plus importantes, comme des performances techniques supérieures et la capacité de son aura offensive à agir sur les pilotes de méchas ennemis à distance.
« Peut-on atteindre l’uniformité tout en préservant l’individualité ? » se demanda Ves.
À son avis, il devait être possible de trouver un équilibre optimal. Dans l’idéal, l’aura d’un mécha plaçait le pilote concerné dans l’état d’esprit qui convenait.
Cependant, Ves voulait que le mécha s’adapte au fil du temps à la croissance de son cadet pilote. Il devait donc se demander s’il fallait préserver l’aura originelle d’une conception.
« Je n’ai pas à m’en préoccuper pour Chiron. »
Le mécha était conçu pour changer de forme. Pourquoi ne pas changer aussi son caractère ? S’il était facile d’en modifier les proportions et la configuration physiques, Ves ne savait pas aussi bien comment altérer ses aspects spirituels.
« La clé, c’est la vie. Si je parviens à faire ressortir la vie inhérente à chaque mécha, je peux en faire une machine qui développe activement une relation avec son pilote ! »
Une condition essentielle devait être remplie pour que cela fonctionne.
Le cadet pilote devait se voir attribuer le même Chiron pendant toute sa formation à l’académie. Une fois diplômé, le Chiron qui lui avait été associé perdait pratiquement toute utilité.
Il était certes possible d’attribuer le Chiron usagé à un nouveau cadet, mais Ves n’était pas sûr que ce soit une bonne idée.
D’un côté, plus le mécha grandissait auprès de cadets, plus sa sagesse et sa capacité à les aider s’accroissaient.
De l’autre, un mécha façonné par d’autres cadets ne développerait jamais de lien intime avec un cadet en particulier. La première fois avait toujours quelque chose de spécial.
« C’est un choix difficile. Les deux options ont leurs avantages et leurs inconvénients. » Ves fronça les sourcils.
L’une privilégiait une compatibilité maximale. L’autre mettait l’accent sur la création d’un héritage.
Laquelle profiterait le plus aux futurs pilotes de méchas du clan ?
« Peut-être qu’on peut faire… les deux ? »
Quoi qu’il décidât avec son clan, Chiron devait pouvoir grandir aux côtés des cadets pilotes.
Il n’avait aucun moyen fiable de favoriser ce phénomène. Créer des images puis les fusionner avec le fondement spirituel de son mécha ne fonctionnait qu’en partie. Il lui fallait un moyen plus radical d’opérer ces changements.
Les constructions spirituelles n’étaient pas utiles dans ce cas. Elles servaient surtout à modifier en profondeur le caractère du fondement spirituel. Elles permettaient aussi à Ves de transmettre des capacités à déclenchement à ses méchas.
Mais accomplir quelque chose d’aussi précis et sophistiqué que rendre le mécha plus vivant, plus proactif et plus réceptif au concepteur de méchas était une autre affaire.
Il devait mettre au point une technique spirituelle différente pour provoquer un changement d’une telle ampleur.
« Comment suis-je censé m’y prendre ? » Ves appuya ses doigts contre son front.
Attends. Le Bouclier de Samar et probablement certains autres méchas Larkinson avaient déjà noué des liens étroits avec leurs pilotes. Pourquoi ne pas les étudier pour comprendre comment ils avaient évolué et s’étaient accordés à leurs pilotes ?