Chapitre 2 228
Tandis que le Clan Larkinson répertoriait les biens matériels des Seigneurs de Crona et en faisait sélectivement embarquer une partie à bord de la flotte, Ves cessa de s’intéresser à cet endroit.
À part quelques exotiques intéressants, Ves était surtout venu récupérer les pierres B. Les trois pierres B peu transformées firent plus que doubler sa collection. Il n’avait donc plus besoin de se protéger des esprits en se mettant une boîte ouverte remplie de pierres B sur la tête !
Malheureusement, malgré l’abondance de minéraux et de métaux accumulés par les Seigneurs de Crona, Ves ne trouva aucune trace de pierres P ni de pierres F.
Aucune des deux autres variétés d’exotiques n’avait d’utilité pour les pirates ordinaires. Au moins, les pierres B offraient une protection précieuse contre le vortex spirituel discordant qui faisait rage dans le royaume imaginaire.
À ce stade, Ves ignorait si les pirates ou d’autres factions de la Faille de Nyx reconnaissaient la véritable valeur de ces trois exotiques réactifs à la spiritualité.
Il savait que le Pacte des Cinq Parchemins entretenait une base secrète dans les profondeurs de la Faille de Nyx. Comme le culte développait activement diverses applications de la spiritualité, Ves doutait qu’il ignorât les effets des exotiques réactifs à la spiritualité !
Les pierres B obtenues par les Seigneurs de Crona avaient peut-être été extraites par le Pacte des 5 Parchemins ou par l’une de ses organisations dissidentes secrètes !
« Intéressant. »
Inutile de spéculer davantage. Il en savait trop peu sur ce qui se passait dans la Faille de Nyx. Il ignorait aussi s’il pourrait se procurer des pierres P, des pierres F et des pierres B ailleurs dans l’espace.
En revanche, il savait qu’écraser des groupes de pirates était un moyen rapide et efficace de mettre la main sur d’autres exotiques réactifs à la spiritualité. Le Clan Larkinson n’allait tout de même pas s’installer dans la Faille de Nyx pour y ouvrir ses propres mines !
« Hé hé. C’est étonnamment pratique et amusant, de dépouiller des pirates. »
L’ironie de la situation ne lui échappait pas. D’ordinaire, les pirates attaquaient d’autres cibles pour leur voler les biens qu’elles avaient durement acquis.
À présent, Ves et le Clan Larkinson faisaient de même avec les pirates ! Les prédateurs étaient devenus les proies.
Cela ne signifiait pas que les Larkinson pouvaient continuer à les piller impunément. Calabast voulait lui parler de ce sujet plus tard dans la journée.
Mais d’abord, Ves souhaitait faire quelques autres haltes.
Il passa brièvement dans une pièce jouxtant l’entrepôt, où la vedette de la bataille précédente profitait de ses récompenses.
Débarrassé de son Harnais de Malchance, Lucky plongea avec enthousiasme dans le tas d’exotiques de qualité supérieure qu’on lui avait réservé.
Impossible de savoir ce que Lucky avait déjà mangé, mais heureusement, Ves ne tenait pas tant que ça aux matériaux restants. Les voir finir dans le ventre de Lucky n’était pas une mauvaise issue, surtout qu’il était convaincu que cela lui rapporterait plus tard une gemme puissante.
« Mange autant que tu veux, mon grand », dit tendrement Ves à son chat. « Je compte sur toi pour produire de belles choses d’ici un mois. »
« Miaou ! »
« Ne fais pas cette tête. Tu as mangé tellement d’autres exotiques au cours du mois dernier, et tu n’as toujours rien évacué par l’autre bout. »
« Miaou, miaou. »
Lucky fouetta l’air de sa queue et ignora l’humain pour reprendre son festin.
Voyant que son chat profitait pleinement de son butin, Ves le laissa poursuivre son repas et s’en alla.
Il emmena ses deux élèves dans la section cachée de la base où se trouvait le Laser Oméga.
Dès que son petit groupe eut franchi le poste de contrôle, il pénétra dans une chambre exiguë qui abritait l’imposant dispositif.
« Il est aussi gros qu’une corvette ! » s’exclama Maikel devant cette monstrueuse masse de métal coincée dans la chambre.
Pour évacuer autant de chaleur que possible, l’énorme arme laser en forme de tige avait été enfoncée dans un trou. Chaque fois qu’elle produisait de la chaleur, elle pouvait la déverser rapidement dans les parois et la roche de l’astéroïde.
Les Seigneurs de Crona n’avaient laissé qu’un espace modeste pour permettre aux gens d’y accéder et pour assurer un dégagement suffisant aux opérations de maintenance extérieure.
Tandis que ses élèves admiraient la taille et la puissance du Laser Oméga, Ves s’approcha de l’ingénieur en chef chargé d’étudier l’arme.
« Qu’avez-vous appris sur le Laser Oméga ? »
« C’est un canon laser d’une taille ridicule, monsieur, au sens propre du terme. Si vous étudiez les schémas, vous verrez que ses composants principaux sont identiques à ceux d’un canon laser conventionnel, mais qu’ils ont été agrandis de plus de dix fois.
Son volume colossal, ainsi que l’énorme quantité d’énergie et les autres contraintes auxquelles sa structure est soumise, nécessitent des composants supplémentaires pour maintenir cette monstruosité en état de marche. »
Cette conclusion correspondait à celle que Ves avait tirée en étudiant les scans de Lucky. Le Laser Oméga n’était pas un exemple de haute technologie. Il obtenait sa puissance brute en poussant à l’extrême une technologie rudimentaire. C’était une solution peu élégante, qui permettait à des gens indignes, comme des pirates, d’accéder facilement à une puissance de feu démesurée.
Les Deux Grands détestaient voir des gens indignes acquérir des armes destructrices qu’ils étaient incapables de maîtriser. C’était pourquoi, même si les superpuissances de première classe pouvaient déployer des armes bien plus dévastatrices, leurs adversaires parvenaient généralement à faire face à ce niveau de destruction.
À vrai dire, les Larkinson n’auraient même pas dû se retrouver en présence de cette superarme partiellement intacte. La Faille de Nyx avait beau être qualifiée de territoire sans loi, les Deux Grands prétendaient que leur juridiction s’étendait jusqu’au moindre recoin de la galaxie de la Voie lactée !
Le Laser Oméga était clairement une arme interdite. Pour le déterminer, l’un des critères les plus évidents consistait à se demander si un mécha pouvait embarquer et utiliser une arme de cette taille.
Quand Ves imagina un mécha lourd ordinaire manier une arme aussi grande qu’un vaisseau spatial, l’image mentale était si absurde qu’elle mit fin à ses interrogations.
« Le Laser Oméga est conçu uniquement pour être installé en un lieu fixe ou à bord d’un vaisseau de guerre construit à cet effet », fit remarquer l’ingénieur en chef en plaquant la main contre la masse de métal qui formait l’extérieur de l’arme. « Même dans ce dernier cas, il faut un vaisseau vraiment énorme pour répondre aux exigences de ce gros canon. »
« Alors, nous ne pouvons pas l’installer sur nos propres vaisseaux ? »
« Ce serait parfaitement illégal, monsieur. »
« Dites-moi seulement si c’est possible. »
L’ingénieur en chef hésita un instant, puis secoua la tête. « Non. Nos vaisseaux actuels ne peuvent pas répondre aux diverses exigences du Laser Oméga. D’abord, il est aussi gros qu’un petit vaisseau spatial. Il ne rentrerait donc ni dans les hangars ni dans les soutes de nos vaisseaux. Nous pourrions l’installer sur nos plus gros vaisseaux, mais cela nécessiterait un vaste réaménagement, qui prendrait des semaines en cale sèche. »
C’était beaucoup trop de travail, et la Base de Xiphard ne disposait pas des installations nécessaires.
« Et si on l’installait sur l’un des vaisseaux pirates capturés ? »
« Hmmm… Certains sont assez grands pour accueillir le Laser Oméga, mais les problèmes pratiques sont innombrables. Il faudrait notamment ajouter des réacteurs et d’autres systèmes de gestion de l’énergie au vaisseau. Avec nos moyens actuels, tout cela prendrait des mois. »
Autrement dit, il était impossible d’embarquer le Laser Oméga et de s’en servir comme d’un atout contre des menaces puissantes.
« Dommage. » Ves prit un air contrit. « Cette arme est d’une puissance considérable. L’ingénierie des pirates n’est pas très sophistiquée, mais ils savent remarquablement bien tirer parti de leurs rares atouts. »
« Ce qui est encore plus regrettable, c’est l’autodestruction de tous ces vaisseaux de l’Alliance Allidus. Un Laser Oméga est trop gros et trop exigeant pour que nous puissions l’installer à bord d’un vaisseau, mais les lasers Jugement, c’est différent. Ils sont encore trop gros pour un mécha, mais leur taille est adaptée aux vaisseaux de la dimension d’un porte-méchas léger ordinaire. »
La décision résolue du seigneur Drogen avait mis un terme à cette possibilité. Les pirates d’Allidus ne voulaient laisser aucune chance à leurs armes de se retourner contre leurs semblables.
Après avoir recueilli quelques détails supplémentaires sur le Laser Oméga, Ves finit par décider de ce qu’il allait faire de ce gros joujou.
« Eh bien, puisqu’il n’existe aucun moyen pratique ou légal d’utiliser ce Laser Oméga, autant le démanteler et récupérer ses pièces les plus précieuses. Y a-t-il quelque chose d’intéressant dans cette énorme structure ? »
« Le Laser Oméga est principalement constitué de grandes quantités d’alliages de faible qualité. Toutefois, de nombreux composants spécialisés contiennent des traces d’exotiques de qualité moyenne ou supérieure. Cela vaut largement la peine de les démonter pour enrichir nos réserves de matériaux de grande valeur. »
« Alors, faites-le. »
Si cette superarme ne lui servait à rien intacte, il n’avait aucun scrupule à la mettre en pièces.
Avec tout le respect qui lui était dû, bien sûr. Cette arme avait demandé beaucoup de travail. Ves appréciait sa conception et sa fabrication. Celui ou celle qui l’avait conçue et construite éprouvait un amour et une passion sincères pour les armes puissantes.
Il se demanda même s’il pourrait un jour rencontrer cet ingénieux concepteur et avoir avec lui un échange fructueux. L’étude de ses solutions créatives et peu conventionnelles, qui lui avaient permis de contourner le manque de matériaux et de technologies essentiels dans un lieu désolé comme la Faille de Nyx, avait déjà apporté à Ves plusieurs petites révélations !
Après avoir pris congé du Laser Oméga, il quitta la section cachée de la base et se rendit dans un autre endroit gardé.
Ves arriva dans un centre de détention sécurisé, au cœur de la Base de Xiphard. Les fantassins qui avaient sécurisé la base avaient peu à peu transféré leurs prisonniers dans ces locaux, assez vastes et solides pour accueillir tous les pirates et tous les esclaves, à condition qu’ils partagent leurs cellules.
Les conditions de détention n’avaient rien de confortable, mais c’était une bonne solution à court terme pour garder les éléments dangereux sous contrôle.
Cette fois, aucun de ses élèves ni aucun de ses concepteurs de méchas assistants ne l’accompagna. Ce qu’il comptait faire ne les regardait pas.
« Ves. Tu es enfin là », le salua Calabast à l’entrée. « Entrons inspecter les prisonniers. »
« Tu les as triés comme je te l’ai demandé ? » fit-il en marchant aux côtés de la maîtresse espionne vêtue de noir.
« Oui. Nous n’avons pas assez de personnel pour inspecter et interroger chaque pirate ou esclave, mais après avoir emprunté la puissance de calcul du Scarlet Rose et des vaisseaux des Sœurs Pénitentes, nos algorithmes automatisés et nos IA ont analysé toutes les archives vidéo et rassemblé d’autres éléments de preuve. Ils peuvent déterminer sans aucun doute si quelqu’un est corrompu, avec un taux de réussite de 99,341 %. »
Quant aux Seigneurs de Crona ou aux esclaves qui se retrouveraient parmi les 0,659 % et recevraient une mauvaise évaluation, Ves s’en moquait. Les pirates chanceux, pris pour des esclaves, avaient droit à une nouvelle vie, tandis que les esclaves malchanceux, injustement considérés comme des criminels, restaient des pirates sur le papier.
« De combien de personnes parle-t-on ? »
« Sur les dizaines de milliers de captifs que nous avons triés, plus de six mille sont des pirates. Ils étaient des milliers de plus auparavant, mais la Bataille de la Base de Xiphard a fait des ravages dans leurs rangs. Beaucoup de pilotes de méchas des Seigneurs de Crona sont morts, car les Sœurs Pénitentes ont délibérément pris leurs corps pour cible.
Ceux que nous avons réussi à secourir de leurs cockpits éjectés ou de carcasses relativement intactes s’en sont pour la plupart sortis indemnes, mais ils ne représentent que trente pour cent des effectifs initiaux des Seigneurs de Crona. »
Il en fut déçu. Les pilotes de méchas l’intéressaient particulièrement en vue de ses prochaines expériences. Ce ne serait pas pareil s’il menait toutes ses expériences sur des gens ordinaires.
Heureusement, il ne faisait aucun doute qu’il s’agissait de pirates. Quelles que soient les excuses avancées par ces pilotes de méchas, le fait qu’ils soient montés à bord d’un mécha pirate et l’aient poussé à se battre aux côtés d’autres pirates scellait leur culpabilité !
« Montre-moi les prisonniers dont la culpabilité est établie. As-tu veillé à répertorier toutes les preuves et à préparer tous les documents nécessaires ? »
« Oui, mais… » Calabast fronça les sourcils. « D’ordinaire, c’est inutile. Les Deux Grands ferment généralement les yeux sur ce que les gens font aux captifs de la Faille de Nyx. »
« Ne néglige pas cette étape ! Je veux préserver toutes mes options légales au cas où mes activités attireraient l’attention. »
« … Qu’est-ce que tu manigances, cette fois ? »
« Explorer les mystères de la réalité et les lois de la nature. »
Calabast se rembrunit aussitôt. « Des expériences sur des humains. »
« Peut-on vraiment appeler ça comme ça quand les pirates ne sont plus légalement considérés comme des humains ? » Ves lui adressa un regard amusé. « Voilà pourquoi il est important de bien tenir les registres. Je ne compte pas ébruiter ce qui va se passer, mais si ça venait à se savoir, au moins, je ne risquerais pas de graves ennuis ! Ne plains pas les pirates. Le tort qu’ils causent à la civilisation humaine est si énorme qu’ils méritent bien pire ! »
Même si Ves avait raison, Calabast trouvait toujours ses intentions répugnantes. Comme elle comprenait parfaitement le fonctionnement des êtres humains, elle savait que quiconque commettait des actes dépravés avait tendance à sombrer à ce point.
Peu importait le vernis de légalité ou de civilité dont on se servait pour justifier ses actes : leur ignominie ne pouvait être effacée !
C’était pour cela que les Deux Grands interdisaient l’esclavage, le lavage de cerveau, les massacres de masse et les autres crimes contre l’humanité. Pour faire progresser leur espèce et leur civilisation, les humains devaient avancer, et non régresser !