Chapitre 2 185
Pour les États de deuxième classe, les armes Gauss n’étaient pas considérées comme de la haute technologie. Elles reposaient sur des principes ancestraux et leurs performances dépendaient directement des matériaux qui les composaient et de leur alimentation électrique.
Une arme Gauss fabriquée avec des matériaux plus résistants pouvait supporter des contraintes bien plus importantes. Un fusil Gauss capable de percer les systèmes de blindage de deuxième classe subissait des contraintes considérables !
Si l’on forçait une arme Gauss fragile à tirer un projectile trop puissant pour elle, elle explosait rapidement à la figure de son utilisateur !
Les armes Gauss étaient considérées comme des armes cinétiques : elles infligeaient principalement des dégâts en projetant un solide projectile sur une cible à la vitesse la plus élevée possible.
La masse du projectile et l’énergie dépensée pour le propulser déterminaient les dégâts infligés par l’arme.
Ces paramètres laissaient une certaine marge de manœuvre !
Le canon Gauss classique était conçu pour canaliser autant d’énergie que possible afin de propulser un projectile lourd à grande vitesse. Ces projectiles pouvaient facilement réduire en miettes les méchas les moins résistants d’un seul coup et transpercer plusieurs mètres de blindage de vaisseau spatial !
En revanche, la cadence de tir laissait à désirer. Les canons Gauss lourds, axés sur une puissance et une pénétration maximales, devaient canaliser beaucoup d’énergie, tout en gérant l’énorme quantité de chaleur produite et en résistant aux forces colossales qui menaçaient de les disloquer.
En règle générale, un canon Gauss tirait toutes les cinq secondes environ, et ce, dans des conditions idéales.
Ce n’était pas forcément un défaut. Un mécha équipé d’un canon Gauss lourd devait toujours composer avec un puissant recul. De même que les bobines d’une arme Gauss propulsaient le projectile vers l’avant, une force égale et opposée repoussait ces mêmes bobines vers l’arrière !
La maîtrise de ces forces de recul expliquait notamment pourquoi on ne trouvait de telles armes lourdes que sur des méchas lourds. En l’absence de systèmes de compensation sophistiqués et gourmands en énergie, c’étaient eux qui géraient le mieux le recul.
Bien sûr, nombre de méchas d’artillerie lourde plus coûteux en étaient tout de même équipés. Même si ces systèmes de compensation n’annulaient pas entièrement le recul d’un tir d’arme physique puissante, ils en réduisaient au moins l’impact, permettant ainsi au mécha de tirer un projectile encore plus puissant que ce qu’il aurait normalement pu supporter !
« Tu es sûre de vouloir ajouter des systèmes de compensation du recul à notre mécha ? demanda Gloriana. Notre budget nous le permet, mais cela compliquera beaucoup sa conception. Les besoins en énergie de notre mécha d’artillerie lourde vont aussi exploser, au point qu’il deviendra quasiment impossible de le déployer seul lors d’opérations au sol. »
L’Akkara, le mécha lourd quadrupède utilisé par les Vandales flagrants, était un exemple typique de mécha employé aussi bien dans les batailles spatiales que terrestres.
Plutôt qu’un pur mécha bunker, il s’agissait simplement d’un mécha terrestre qui avait aussi l’avantage de pouvoir tenir dans un bunker de vaisseau spatial.
Ce que Ves venait de proposer, c’était de sacrifier la majeure partie des capacités de combat terrestre du Patte de Chat pour renforcer ses performances en tant que mécha bunker.
C’était une décision de taille !
Il ne s’agissait pas pour autant de déployer ses Patte de Chat au sol. Les commandants de méchas chargés de les diriger devraient simplement composer avec leur consommation d’énergie démesurée, ce qui les limiterait de fait à la défense de base !
« Je pense… qu’on peut accepter ce compromis, décida Ves. Si nous avons un jour besoin d’un mécha d’artillerie lourde capable de participer à des opérations offensives, nous pourrons concevoir une machine spécialement conçue pour ce rôle. Pour l’instant, je me soucie bien davantage de créer le mécha bunker le plus puissant que nous pourrons installer dans notre futur vaisseau-usine et nos autres vaisseaux. »
La Flotte Larkinson était le foyer et le refuge du Clan Larkinson. La défendre était sa priorité absolue, et il ne pouvait pas se permettre de trop compromettre ses défenses !
« Cela dit, même un canon Gauss axé sur une puissance maximale peut tirer aussi vite qu’une arme automatique lorsqu’il est réglé sur une puissance moindre, ajouta Gloriana. Il suffit d’avoir les bonnes munitions sous la main. »
C’était vrai. Certains canons Gauss pouvaient passer en mode tir rapide et lancer une grande quantité de projectiles plus légers. Ils frappaient beaucoup moins fort, mais convenaient parfaitement pour intercepter une foule de cibles sacrifiables ou des missiles en approche !
Bien sûr, mieux valait installer des armes conçues dès le départ pour tirer rapidement, mais c’était toujours bon d’avoir cette possibilité.
Ves accepta la suggestion, mais désigna aussi les supports d’armes secondaires, plus petits. « Dans une vraie bataille, nos méchas devraient idéalement concentrer leurs canons principaux sur les ennemis les plus coriaces. On peut laisser à l’armement secondaire de notre mécha d’artillerie le soin d’intercepter les projectiles et les méchas plus faibles. »
Ils avaient le choix entre de nombreuses options. Outre le classique laser à tir rapide, ils pouvaient opter pour une arme Gauss à tir rapide ou une arme à impulsions dotée d’une cadence de tir naturellement élevée.
Gloriana avança une idée. « Dans l’Hégémonie, les armes à particules pulsées sont souvent choisies pour ce rôle. Comparées aux lasers, elles consomment relativement peu d’énergie, tirent très vite, restent assez puissantes et produisent moins de chaleur et de contraintes physiques. Elles sont très fiables au combat et peuvent tirer presque indéfiniment, à condition d’être suffisamment alimentées. »
« Les armes à impulsions ont un gros inconvénient : ce sont des armes hybrides qui tirent des projectiles à des vitesses bien inférieures à celle de la lumière. Il est très difficile de toucher quoi que ce soit à longue portée. Si les lasers sont les armes les plus répandues dans l’espace, c’est à juste titre : ils atteignent leurs cibles de façon constante à des distances bien plus grandes ! »
Tous deux se retrouvèrent dans une impasse. Il était vraiment difficile de choisir entre un système d’armes à impulsions, à courte portée mais incroyablement efficace, et un système laser, à longue portée mais plus exigeant, comme armement secondaire de leur Patte de Chat.
« Je pense… que la portée des lasers n’est pas indispensable à notre conception actuelle. »
« Pourquoi, Ves ? »
Il désigna la projection de leur ébauche. « Les canons Gauss, qui confèrent à notre mécha une grande puissance de frappe physique, sont plus efficaces à moyenne portée. Quant aux armes à énergie, elles peuvent tirer des faisceaux de positrons qui se propagent certes moins vite que la lumière, mais pas de beaucoup ! »
En pratique, les faisceaux de positrons se déplaçaient tout de même à des vitesses relativistes, ce qui faisait peu de différence dans la plupart des batailles !
« Je comprends, fit Gloriana. Notre mécha possède déjà un arsenal redoutable à longue et moyenne portée. Le compléter avec une arme efficace à courte portée n’est pas une mauvaise idée. »
Ils ajoutèrent bientôt une paire d’armes à impulsions à leur ébauche. Comme il s’agissait de leur seul armement secondaire, leurs supports paraissaient nettement plus petits et moins imposants. Cela reflétait leur puissance moindre, mais aussi leurs besoins réduits.
Une fois leur choix d’armes arrêté, ils devaient trouver les modèles adaptés à intégrer à leur conception.
Ils se heurtèrent bientôt à un problème qu’aucun d’eux n’avait rencontré depuis longtemps.
« Puisqu’il s’agit d’une conception privée, du moins au début, la LMC devra payer elle-même les licences de tous ses composants. »
Ves fronça aussitôt les sourcils. « Combien coûte généralement une licence de composant de deuxième classe ? »
« Ça varie, mais les meilleurs modèles, ceux qui conviendraient le mieux à notre Patte de Chat, coûtent tous au moins un milliard de crédits hex. »
« C’est le tiers du prix d’un transporteur de combat de deuxième classe ! À proportion, les licences de composants de troisième classe sont plusieurs fois moins chères ! »
Gloriana croisa simplement les bras. « Nous parlons de composants qui incorporent des matériaux et des technologies bien plus puissants. Les entreprises d’armement dépensent des sommes considérables en recherche et développement, rien que pour suivre la concurrence ! »
C’était logique. Les armes plus avancées étaient plus puissantes, mais aussi bien plus coûteuses à concevoir, à produire et à acheter. Le rapport n’était pas strictement linéaire, et Ves ne pouvait pas aborder ce genre de projet avec exactement le même état d’esprit que pour les méchas de troisième classe.
Tout cela signifiait qu’il ne pourrait pas éviter de dépenser une fortune pour obtenir les licences souhaitées !
Ces derniers temps, Ves ne se préoccupait plus du tout du coût des licences de composants de méchas de troisième classe. Peu importait le nombre de méchas de troisième classe que la LMC concevait, cela ne suffirait pas à épuiser ses réserves de liquidités de sitôt !
Mais cette fois, la situation était différente. Chaque licence de production standard de dix ans coûtant au moins un milliard de crédits hex, Ves devait veiller à ne pas trop entamer le fonds de roulement de la LMC.
Heureusement, la LMC ne manquait pas vraiment d’argent. De plus, il n’avait pas encore dépensé les cinq mille crédits MTA remportés lors du duel de conception.
Ves et Gloriana firent donc preuve d’une certaine retenue en parcourant le vaste catalogue de composants de la MTA.
Comme on pouvait s’y attendre, Gloriana insista pour consulter la liste des systèmes d’armes conçus par les Hexers. Son choix n’était pas totalement arbitraire : associer des armes Hexers à un mécha qui intégrait déjà de nombreux principes de conception Hexers garantissait une grande compatibilité.
Dommage que Ves eût une autre idée en tête.
Même si un système d’armes non Hexer ne pouvait pas être installé directement sur un support libre de leur mécha, il leur suffisait de fournir un peu plus de travail de conception !
En tant que concepteurs de méchas, leur rôle était d’intégrer différents composants pour en faire une machine cohérente. Opter pour des systèmes d’armes Hexers n’était qu’un raccourci !
Comme Ves ne limitait pas ses choix à un nombre restreint de licences, il avait une infinité de possibilités. Même s’il devait en écarter la grande majorité parce qu’elles avaient été conçues dans d’autres secteurs stellaires, selon d’autres normes et avec des matériaux différents, il lui restait des millions d’options convenables pour chaque type d’arme !
C’était l’un des plus grands avantages que la MTA offrait à tous les concepteurs de méchas. Elle regroupait les efforts de tous ceux qui travaillaient dans l’industrie des méchas et mettait une grande partie de ces ressources à la disposition de l’ensemble de l’espace humain !
Un système de canon Gauss intéressant attira alors son attention.
Le Xcordon 66F-343 B, conçu par la Compagnie Hapardon des armes cinétiques, affichait des caractéristiques équilibrées, mais excellait aussi dans le domaine que Ves jugeait le plus important. À sa puissance maximale, il pouvait tirer un projectile ultralourd suffisamment puissant pour percer le blindage d’un Guerrier Éclatant !
Même si le projectile ne parvenait pas à pénétrer le blindage d’un mécha, son impact d’une puissance colossale lui transmettait une grande quantité d’énergie cinétique, ce qui n’avait rien d’agréable, même pour un mécha de grande qualité !
Quand Ves le présenta avec enthousiasme à sa compagne, elle ne donna pas immédiatement son accord.
Au contraire, elle fronça les sourcils.
« Ce canon Xcordon n’est pas le plus précis des canons Gauss. Sa vitesse à la bouche est également plus faible, ce qui le rend encore moins efficace contre des cibles rapides et éloignées. »
« Ce sont des compromis qu’on peut accepter ! Pour toucher les tirailleurs légers et agiles, les armes à impulsions sont les plus adaptées. Pour les cibles éloignées, les canons à faisceau de positrons s’en chargent déjà. Ce qui nous manque vraiment, c’est une arme capable de percer les blindages ! »
Elle finit par céder, les Hexers ne proposant rien d’aussi performant que le système d’armes Xcordon.
Elle réussit tout de même à imposer à Ves son choix de canons à faisceau de positrons et d’armes à impulsions.
Comme il s’agissait dans les deux cas d’armes à énergie, elles exigeaient une intégration bien plus poussée aux systèmes d’alimentation et de gestion thermique du mécha. Les systèmes d’armes Hexers, associés à des méchas conçus selon les normes Hexers, étaient donc réellement les plus compatibles !
« Très bien ! Maintenant que nous avons choisi les composants les plus importants de notre mécha d’artillerie lourde, nous pouvons sélectionner les autres en fonction des armes retenues. »
Le processus de sélection fut bien plus simple. Ves et Gloriana finirent rapidement par choisir un bel assortiment de composants, qui plaça le Projet Patte de Chat sur la bonne voie.