Chapitre 2 164
Ves agita la main, faisant apparaître une projection du Seraphin Fantasia 2R d’origine.
Lucky, qui se prélassait sur une table en croquant un morceau de minerai, leva les yeux vers l’impressionnant mécha à silhouette féminine.
« Miaou. »
« Oui. C’était le bon vieux temps. À l’époque, je n’aurais jamais imaginé gagner ne serait-ce qu’un seul crédit de l’ATM. »
En seulement cinq ans, Ves était passé du statut de novice sans prétention à celui de l’un des concepteurs compagnons les plus prometteurs de l’amas stellaire. Le contraste était immense, et quiconque se penchait sur sa fulgurante progression en serait resté stupéfait.
Il n’était pas étonnant que les observateurs extérieurs soupçonnent Ves de ne pas avoir accompli tant de choses tout seul !
Ses résultats moyens à l’université de technologie de Rittersberg n’auraient jamais dû faire de lui un concepteur de méchas capable d’écraser en cinq ans à peine un pair de l’ATM.
Seuls Ves et quelques personnes comme Calabast et Nitaa savaient qu’il avait tiré parti du Système de Conception de Méchas pour améliorer rapidement ses capacités de conception.
Tous les autres qui avaient tenté de découvrir la vérité s’étaient laissé égarer par leurs suppositions erronées. Ils avaient recueilli trop peu d’informations et étaient incapables d’imaginer que Ves possédait un objet aussi mythique que le Parchemin de Métal, disparu depuis si longtemps.
Ces malentendus continuaient de détourner les soupçons de lui, ce qui l’arrangeait beaucoup. Il ne se faisait pas d’illusions : ils ne le protégeraient pas éternellement. Mais s’il survivait à ses premières années de croissance, lui et son clan finiraient sans aucun doute par devenir assez puissants.
Il secoua la tête. « Ça prendra du temps. »
Il reporta son attention sur le Séraphin. Comme il s’agissait de l’un de ses premiers modèles, il n’avait pas besoin d’être aussi perspicace que Gloriana pour repérer les innombrables défauts et les choix de conception sous-optimaux.
Ajoutés aux composants primitifs des premières générations, ils rendaient les performances du mécha bien médiocres comparées à celles des modèles modernes.
Le jour et la nuit !
Le Séraphin était si mauvais que des élèves pilotes n’ayant que quelques années d’entraînement pouvaient déjà le piloter avec aisance. Au premier siècle de l’ère des méchas, ces derniers étaient loin d’être aussi complexes et difficiles à maîtriser.
Les innovations qui avaient donné aux pilotes de mécha davantage de puissance et de contrôle sur leurs machines n’étaient apparues que dans les générations suivantes. Les interfaces neurales étaient devenues de plus en plus performantes. Grâce à leur bande passante accrue et à leur grande précision, elles permettaient aux méchas de contrôler presque toutes leurs fonctions, jusqu’à la puissance de sortie d’un seul servomoteur !
Malgré l’état franchement déplorable de son modèle de Séraphin, Ves le contemplait avec nostalgie. Il avait beau avoir rencontré toutes sortes de difficultés, ces jours plus simples lui manquaient encore.
« Enfin, c’est du passé. »
Il avait beau regretter cette époque plus simple, il ne pouvait pas se permettre d’y retourner. Même avec l’aide du Système, il avait travaillé dur pour réussir, surmontant de nombreuses menaces qui pesaient sur sa vie.
Il avait enfin acquis assez de pouvoir pour échapper à l’emprise de la plupart des États et des puissants. La LMC avait grandi au point de pouvoir rivaliser sans difficulté avec les entreprises de méchas de deuxième classe déjà établies. Le Clan Larkinson avait rapidement dépassé le stade où il pouvait établir et maintenir sa propre souveraineté.
Pourtant, malgré tout le chemin parcouru en cinq ans, ce n’était que le début. Il devait aller bien plus loin s’il voulait réaliser ses grandes ambitions.
L’une des étapes à franchir consistait à se procurer un excellent vaisseau-usine.
« Et pour ça, je dois honorer ma part du marché avec DIVA », marmonna-t-il.
Son regard étudiait sans relâche la projection de son Séraphin. Plus il se remémorait ce mécha virtuel, mieux il comprenait pourquoi Gloriana voulait qu’ils le modernisent et le repensent pour les champs de bataille d’aujourd’hui.
« C’est déjà presque un mécha Hexer. »
Le Fantasia original avait été conçu comme un mécha explicitement féminin. Il cherchait à se démarquer des méchas trapus et masculins qui avaient déjà imposé leur domination depuis les premières générations.
La curiosité de Ves fut piquée, et il consulta les statistiques et les données d’utilisation du Séraphin.
Bien qu’il fût vieux de plusieurs années et que sa conception ne fût pas particulièrement réussie, il restait assez populaire dans Iron Spirit. Sans être vraiment compétitif dans les catégories inférieures, c’était un mécha virtuel très amusant et agréable à piloter.
Tout pilote de mécha ressentirait un frisson aux commandes d’une machine aussi rapide et impressionnante.
« Dans ce cas, mon modèle repensé devrait plaire aux pilotes de méchas Hexers ! »
Ves comprenait l’autre raison pour laquelle Gloriana lui avait suggéré de concevoir un mécha inspiré de son ancien Séraphin.
Si l’on faisait abstraction de tous ses défauts, il avait de quoi séduire les femmes.
Pour honorer leur marché avec DIVA, le Couple Miracle devait concevoir huit modèles de méchas Hexers. C’était un nombre considérable, et Ves ne voulait pas consacrer tout son temps à concevoir de modestes méchas Hexers masculins aux possibilités limitées !
L’écart de performances et d’impact entre les méchas masculins et féminins de l’Armée Hexadrique sautait aux yeux !
« Ces foutus Hexers ! Ils ne se contentent même pas de discriminer les pilotes selon leur sexe, il faut aussi qu’ils s’en prennent aux méchas ! » jura-t-il.
Le problème, c’était qu’il était un homme. Pour convaincre une bande de misandres d’adopter un mécha conçu spécialement pour leurs pilotes féminines prétentieuses, il devait surmonter leur opposition farouche et leurs préjugés.
Ves s’attendait déjà à une forte résistance contre son modèle d’Écuyer Béni, qu’il venait d’achever, et il ne s’agissait que d’un mécha Hexer masculin de soutien.
La levée de boucliers serait probablement dix fois pire dès qu’il tenterait de présenter un mécha Hexer féminin !
En somme, il avait beaucoup à perdre. Ves ne pouvait pas se permettre d’échouer dans ce projet. S’il échouait, il pouvait faire une croix sur la conception d’autres méchas féminins !
Il agita la main, et la projection du Séraphin primitif fut remplacée par une esquisse d’un modèle bien plus sophistiqué.
À sa vue, Ves esquissa un sourire. « Gloriana a hérité d’une partie de mon panache. »
Le concept de la « Rédemptrice Valkyrie » qu’elle avait imaginé conservait l’essentiel du charme du Séraphin, tout en y ajoutant quelques éléments Hexers.
Le mécha avait été un peu renforcé. Ses courbes étaient plus prononcées, tandis que son blindage légèrement épaissi lui assurait une bien meilleure protection.
« Ce n’est plus un mécha léger. C’est un mécha léger-moyen. »
L’armement du mécha s’écartait de celui du Séraphin original. Au lieu de l’équiper d’un fusil de précision et d’un couteau de combat, Gloriana avait choisi un ensemble d’armes qui reflétait mieux les tendances agressives des pilotes de méchas Hexers.
« Les pilotes de méchas Hexers féminines laissent généralement à leurs homologues masculins le soin d’assurer l’appui-feu à longue portée », se rappela Ves.
La Rédemptrice Valkyrie était plutôt équipée d’un pistolet-mitrailleur à impulsion. Sans égaler la puissance des armes de taille standard, celui-ci avait tout de même assez de punch pour déchiqueter la plupart des méchas légers.
Comme il s’agissait d’une arme à impulsion, le pistolet-mitrailleur tirait une multitude de particules puissantes qui infligeaient surtout des dégâts énergétiques. Il suffisait principalement de le réalimenter en énergie plutôt qu’en munitions physiques, ce qui évitait d’alourdir excessivement le mécha.
« Ça convient bien à la Rédemptrice Valkyrie. »
Un seul pistolet-mitrailleur à impulsion n’était pas très menaçant en soi, mais un escadron de méchas armés de cette façon pouvait tout de même déchiqueter n’importe quel adversaire, surtout en l’encerclant !
Cependant, le pistolet-mitrailleur n’était pas l’arme principale de la Rédemptrice Valkyrie. Il permettait simplement au mécha aérien de se défendre contre les cibles plus mobiles et de harceler les adversaires plus coriaces.
Le cœur du mécha, c’était sa lance et son bouclier à l’allure emblématique. Ce dernier était incurvé et avait une forme hexagonale. Il n’avait rien de remarquable, si ce n’est sa taille plutôt modeste.
La lance était tout aussi simple. Plus courte que la plupart des lances, elle restait assez longue pour se révéler redoutable lorsqu’il s’agissait de transpercer un adversaire.
Ensemble, la lance et le bouclier offraient à la Rédemptrice Valkyrie de nombreuses options d’assaut.
La Rédemptrice Valkyrie de Gloriana n’était qu’inspirée du Séraphin. Ce qui fonctionnait dans Iron Spirit ne marcherait pas forcément aussi bien pendant la Guerre de Komodo. À moins que les Hexers ne disposent déjà d’un excellent mécha léger aérien de précision.
Quand Ves tenta d’imaginer les Rédemptrices Valkyrie sur le champ de bataille, il se laissa emporter par leur performance éblouissante.
Des escadrons de Rédemptrices Valkyrie sillonneraient les airs. Plus lentes que les méchas légers, elles resteraient assez rapides pour éviter les ennemis puissants et les postes défensifs fortifiés.
Elles rôderaient plutôt sur les flancs du champ de bataille, à l’affût d’une occasion. Dès qu’elles repéreraient au sol un ennemi à leur portée, elles fondraient sur lui en tirant de leurs pistolets-mitrailleurs pour annoncer leur charge imminente.
Une fois assez proches et leur élan pris, elles rangeraient leurs pistolets-mitrailleurs et se saisiraient de leurs lances et de leurs boucliers.
La gravité aidant leur plongée, elles fondraient sur leurs cibles comme une formation de méchas lanciers en pleine charge !
Si certains méchas ennemis survivaient aux collisions inévitables, les Rédemptrices Valkyrie ne seraient pas démunies au corps à corps. Armées de leurs lances et de leurs boucliers, elles pourraient adopter plusieurs styles de combat pour affronter leurs adversaires !
La Rédemptrice Valkyrie n’était pas un mécha de précision. Ce n’était pas non plus un mécha lancier ou un mécha de charge.
« C’est un mécha maraudeur aérien », conclut Ves.
Contrairement aux méchas légers de harcèlement, la Rédemptrice Valkyrie accordait un peu plus d’importance à ses capacités à distance. Pour peu qu’il puisse l’associer à un pistolet-mitrailleur à impulsion de deuxième classe, elle représenterait une menace considérable à moyenne portée pour n’importe quel adversaire !
Certes, cette arme ne convenait pas pour percer des défenses épaisses, mais ce n’était pas le but. Grâce à son puissant système de vol, la Rédemptrice Valkyrie était très mobile et devait exploiter cet avantage pour attaquer les flancs ennemis.
Si elle ne parvenait pas à percer une défense solide, elle pouvait alors recourir à son attaque en piqué ! Sa charge, presque aussi puissante que celle d’un mécha lancier, lui permettrait sans peine de briser le bouclier d’un mécha chevalier.
Pour achever les ennemis exposés, les Rédemptrices Valkyrie devaient être assez puissantes pour les submerger à courte portée.
« Leur force réside dans leur polyvalence, conclut Ves. Avec au moins trois modes d’attaque différents, la Rédemptrice Valkyrie peut représenter une menace pour presque toutes les cibles plus faibles. »
Ves était convaincu de pouvoir répondre aux exigences offensives du concept, mais il savait que cela se ferait au détriment de la défense.
Même si les systèmes de blindage de deuxième classe étaient incomparablement plus résistants que ceux de troisième classe, les armes auxquelles ils faisaient face étaient également bien plus puissantes.
Quoi qu’il arrive, la Rédemptrice Valkyrie n’était pas un mécha capable d’encaisser de nombreux coups. Le seul moyen d’atténuer une partie des dégâts reçus était de s’appuyer sur son bouclier hexagonal.
Même ainsi, pour préserver sa mobilité, Ves ne pouvait pas l’équiper d’un lourd bouclier-tour au blindage épais.
Dans l’ensemble, la Rédemptrice Valkyrie privilégiait à la fois l’offensive et la mobilité. Comme les autres méchas maraudeurs, elle n’était pas conçue pour encaisser les coups.
« C’est un mécha conçu pour choisir ses propres batailles, comme les pirates », gloussa Ves. La comparaison lui semblait juste. « Peut-être que c’est pour ça qu’on appelle les méchas maraudeurs ainsi. »
Quand Ves se mit à évaluer la difficulté de ce projet, il comprit qu’un sacré défi l’attendait.
La capacité d’emport du mécha était trop faible à son goût !