Chapitre 2 121
Créer un mécha chef-d’œuvre avait toujours été le rêve des concepteurs de méchas.
D’innombrables concepteurs de méchas aspiraient à l’honneur d’en façonner un. Cela prouvait non seulement qu’ils avaient un excellent instinct pour les méchas, mais l’expérience de sa création leur apportait toujours de nombreuses révélations.
Dès qu’elle eut installé l’Amour maternel, Gloriana sortit rapidement du cockpit et flotta au-dessus du mécha, observant chaque transformation de ses yeux et de ses implants.
Aux yeux des profanes, le mécha avait à peine changé. Mais pour les concepteurs de méchas, le premier exemplaire du modèle Écuyer Béni était devenu absolument méconnaissable !
Un mécha ordinaire et un mécha chef-d’œuvre présentaient une différence considérable. Le premier était banal et commun, tandis que le second était exceptionnel, parfait d’une manière qu’aucun moyen conventionnel ne pouvait atteindre !
Gloriana recueillit une quantité considérable de révélations, tant en assistant à la transformation qui s’opérait sous leurs yeux qu’en observant les innovations spontanées qui avaient germé en elle durant plusieurs jours d’inspiration.
Pour elle, c’était un moment sublime et merveilleux, et Ves était sincèrement heureux qu’elle ait réussi à réaliser l’une de ses ambitions.
Comme sa philosophie de conception reposait sur la perfection, créer un mécha chef-d’œuvre était l’un des meilleurs moyens d’accomplir son rêve ! Chaque mécha chef-d’œuvre qu’elle faisait naître la rapprochait un peu plus de l’idéal auquel elle avait consacré toute sa vie.
Le bonheur qui rayonnait d’elle était indescriptible. Même lors de leurs soirées intimes, qui, il fallait bien l’admettre, étaient plutôt rares, elle n’avait jamais paru aussi heureuse qu’en cet instant !
De plus, sa graine de conception s’activa à une vitesse folle, au point que le fragment spirituel que Ves avait déposé dans son esprit en fut lui aussi affecté !
Le mécha chef-d’œuvre et Gloriana semblaient entrer en résonance. Le lien entre la créatrice et sa création était sacré, et l’aura omniprésente de l’Idole de la Mère Suprême ne faisait que renforcer cette impression !
Ves eut la chance d’en récolter quelques miettes. Sa contribution n’avait pas été très importante, mais il avait suffisamment participé à la naissance du mécha chef-d’œuvre pour en tirer quelques bénéfices. Il ne se sentait pas beaucoup moins exalté que Gloriana !
Lorsque la transformation s’acheva et que l’euphorie du moment retomba enfin, Gloriana redescendit lentement de son état de grâce.
Un sourire radieux aux lèvres, elle flotta près du mécha Écuyer Béni qu’elle avait créé de ses propres mains et posa la main sur sa coque.
« Mon précieux bébé… tu es si mignon… Je t’aime tellement… »
Peut-être grisée par son incroyable réussite, Gloriana continua de cajoler son mécha chef-d’œuvre en lui caressant le plastron. Puis elle frotta sa joue contre la plaque d’alliage Breyer.
« Hihihi ! Tu es si parfait. Tu es si mignon. Tu es tout à moi, mon précieux bébé. Maman t’a fait naître dans ce monde, et elle prendra soin de toi pour toujours… »
Ves se figea et la regarda avec stupeur, tandis que le comportement de Gloriana devenait de plus en plus extravagant.
Elle s’éleva jusqu’à la tête de l’Écuyer Béni et se mit à l’embrasser et à lécher sa surface !
Le mécha avait beau être tout neuf et étincelant de propreté, ce n’était pas hygiénique !
Ves hésita. Une part de lui voulait s’envoler pour la tirer de son ivresse. Une autre voulait la laisser savourer sa réussite.
Sa conduite perverse envers son mécha chef-d’œuvre avait beau être dérangeante, elle ne faisait rien de nuisible. Ves était donc tenté de la laisser profiter de son moment. Elle lui hurlerait probablement dessus s’il venait interrompre son bonheur avec son nouveau « bébé ».
S’efforçant d’ignorer les roucoulements et les léchouilles insensés de sa petite amie, Ves recula d’un pas et contempla son troisième mécha chef-d’œuvre.
Son épais bouclier et son épée fonctionnelle semblaient ne faire qu’un avec le mécha. La silhouette de la machine était à la fois masculine et innocente, une contradiction pour le moins étrange.
Pourtant, la machine parvenait à concilier les deux. L’Écuyer Béni reposait déjà sur ces concepts, mais le mécha chef-d’œuvre semblait incarner cette dualité bien mieux que le modèle d’origine !
Malgré son lourd équipement et son blindage robuste, le mécha n’était pas si lourd que les autres méchas chevaliers. Ses jambes puissantes et sa structure équilibrée lui permettaient d’avancer avec stabilité sur le champ de bataille.
Dans l’ensemble, son apparence lui inspirait une grande confiance : il remplirait son rôle de défenseur et protégerait efficacement n’importe quelle escouade à laquelle il serait affecté. Les autres alliés pourraient toujours compter sur lui pour leur fournir un abri !
Mais ce n’était pas tout. Deux appendices semblables à des tentacules jaillissaient des flancs du torse. Ces membres flexibles étaient généralement enroulés contre la structure. Pourtant, malgré leur apparence trompeuse, leur grande force jouait un rôle essentiel dans la fonction secondaire du mécha.
Ves savait déjà que ces tentacules pouvaient transférer une quantité considérable d’énergie dans les deux sens.
Ils pouvaient acheminer les réserves d’énergie modestes, mais tout à fait convenables, stockées dans la structure du mécha vers n’importe quel mécha allié à portée.
Leurs extrémités pouvaient toutefois aussi se transformer en pointes acérées comme des rasoirs, capables de transpercer les points faibles d’un mécha ennemi ou hors de combat afin d’en extraire une grande quantité d’énergie à une vitesse étonnante !
L’ajout de ces tentacules aurait dû donner à l’Écuyer Béni une allure plus menaçante, mais, sur le mécha chef-d’œuvre, ils semblaient inoffensifs comme des nouilles trop cuites.
Dans l’ensemble, Ves était très satisfait du résultat. Premier mécha à porter l’aura de l’Idole de la Mère Suprême, il ferait sans aucun doute forte impression sur les Hexers !
Mais… le seul problème, c’était que Gloriana bavait devant son mécha chef-d’œuvre depuis plus de quinze minutes sans s’arrêter.
« Mon magnifique petit garçon… Tu voudrais un nom ? Hmm… Et si je t’appelais Petit Ange ? Oh, ça te plaît ? Hihihi !
Alors, ce sera Petit Ange ! Maman aime tellement ton nouveau nom ! »
Tandis que Gloriana persistait dans son comportement délirant, des talons résonnèrent derrière eux.
« Je suppose donc que votre tentative a réussi, observa Calabast en contemplant l’Écuyer Béni avec admiration. Je ne regarde pas les méchas comme vous, les concepteurs, mais même moi, je vois bien qu’il a quelque chose de spécial. Ce mécha… J’aurais presque envie de le garder pour moi. Il a quelque chose qui le rend si précieux !
J’ai vu le Quint de près à plusieurs reprises, mais celui-ci le surpasse de loin ! »
Ves ne savait pas grand-chose de Calabast, mais il savait qu’elle n’était pas aussi fascinée par les méchas que les autres. Une telle admiration ne lui ressemblait guère.
Il fronça les sourcils et reporta son regard tour à tour sur Gloriana et Calabast. La création d’un mécha chef-d’œuvre avait beau être un moment exceptionnel, le comportement de toutes deux lui mettait la puce à l’oreille !
Ce n’était pas normal !
Il repensa soudain à la gemme qu’il avait décidé d’insérer dans l’Écuyer Béni.
[Amour maternel]
L’amour d’une mère pour sa progéniture réside dans cette gemme royale. Augmente de 100 % l’attrait d’un mécha auprès des femmes.
Lorsque Lucky lui avait remis cette gemme, Ves avait réagi avec un profond dédain face à son effet. Une amélioration de 100 % semblait formidable à première vue, mais toutes les caractéristiques n’avaient pas de valeur !
Par exemple, s’il avait reçu un bonus faisant pousser sa barbe 100 % plus vite, aurait-il bondi de joie ? Non ! Ce bénéfice n’avait rien à voir avec ses besoins, et il aurait probablement mieux fait de se passer de cette distraction.
Voilà pourquoi Ves avait toujours méprisé les gemmes aux améliorations apparemment inutiles. L’Amour maternel, le Murmure de Bastet et le Souffre-douleur lui inspiraient tous une grande honte. Pouvoir se débarrasser de l’une d’elles aujourd’hui lui ôtait un poids considérable des épaules.
Mais il avait négligé un facteur.
Son opinion n’était pas celle des autres !
Ce n’est que maintenant qu’il comprit le pouvoir de la gemme Amour maternel.
Augmenter de 100 % l’attrait d’un mécha n’avait peut-être pas grande importance au combat, mais hors du champ de bataille, l’effet était immense !
Une femme comme Gloriana, qui avait joué le rôle principal dans la création du « Petit Ange », éprouvait déjà beaucoup d’affection pour le mécha. C’était la première fois qu’elle entrait dans un état d’inspiration, et cette expérience resterait à jamais gravée dans son cœur !
Le fait de doubler soudain ses sentiments déjà intenses avait pratiquement transformé son adoration en obsession pure et simple ! Ves craignait sincèrement qu’elle ne quitte plus jamais le Petit Ange !
Heureusement, il y avait au moins une femme sensée dans cet atelier sécurisé. Calabast gardait son sang-froid malgré l’attrait considérablement renforcé du mécha à ses yeux.
« Eh bien. Je ne crois pas que l’un de nous s’attendait à ce que cette journée se termine ainsi, dit-elle, les yeux toujours posés sur le Petit Ange comme s’il s’agissait d’un charmant petit garçon. Gloriana et toi vous êtes surpassés. »
Ves sourit avec contrition. « C’est surtout grâce à Gloriana. Elle a créé le Petit Ange comme si l’Idole de la Mère Suprême la soutenait vraiment depuis les cieux. »
Il jeta un coup d’œil à la statue de l’Idole de la Mère Suprême. Sa présence avait joué un rôle décisif en poussant Gloriana à dépasser ses limites !
Bien sûr, Ves ne croyait pas réellement que l’Idole de la Mère Suprême avait béni sa petite amie. Elle s’était simplement plongée dans ses superstitions et avait dépassé ses capacités par ses propres moyens.
À son avis, la statue n’avait fait que tromper l’esprit de Gloriana. C’était comme si elle avait avalé un médicament qui n’avait en réalité aucun effet sur son corps !
C’était ce qu’on appelait l’effet placebo.
Jusqu’alors, Ves avait toujours trouvé agaçante l’insistance de Gloriana à s’accrocher à ses croyances. Il n’avait aucun respect pour l’hexisme et pensait que tout cela n’était que sottises inventées par des femmes délirantes pour justifier la supériorité des femmes sur les hommes.
Pourtant, cette même croyance était désormais l’un des principaux facteurs de la réussite de Gloriana. Peu importait qu’elle repose sur des mensonges. Tant que sa petite amie croyait sincèrement, du fond du cœur, que l’Idole de la Mère Suprême l’avait bénie, elle était capable de donner 120 % de son potentiel, voire davantage !
La situation laissait Ves partagé. Il était heureux qu’ils aient créé un autre mécha chef-d’œuvre, si peu de temps après le précédent. À leur âge, ils avaient probablement battu un nouveau record parmi les Concepteurs compagnons !
Une fois, c’était un coup de chance ; deux fois, c’était une tendance !
Leurs chances de créer ensemble un troisième mécha chef-d’œuvre avaient également augmenté, même si probablement assez peu.
Au moins avait-il trouvé un moyen de stimuler Gloriana. Au lieu de combattre sa foi, Ves obtiendrait de bien meilleurs résultats en l’alimentant ! Il était réticent à l’idée, mais les avantages étaient trop séduisants pour qu’il les ignore !
Et alors, si Gloriana croyait à des sottises ? Augmenter leurs chances de créer un autre mécha chef-d’œuvre était crucial à ce stade précoce de leur carrière ! Ves était prêt à tolérer un peu plus de folie chez sa petite amie, tant qu’ils progressaient tous deux plus vite !
Ves regarda une nouvelle fois l’immense statue. Le regard impérieux de sa mère passa bien au-dessus de sa tête, comme il convenait à une Suprême.
Il ne regrettait pas d’avoir créé la statue. Malgré les incidents rencontrés en chemin, sa présence avait joué un rôle décisif dans l’atelier de méchas !
Peut-être devrait-il en faire une habitude. Ves avait déjà l’intention de recommencer. Même s’il n’avait pas joué un rôle majeur dans cette fabrication, il avait lui aussi ressenti les bienfaits de la création d’un mécha sous l’influence de son esprit de conception !
Malheureusement, la création réussie du Petit Ange soulevait des questions épineuses.
Calabast n’hésita pas à en poser une. « Parlons de la propriété de ce mécha chef-d’œuvre. C’est un artefact très précieux, qui attirera forcément beaucoup d’attention dès que son existence sera connue. »
Ves blêmit. Elle avait raison.