Chapitre 2 033
Depuis qu’il avait obtenu la statuette sculptée par sa mère, il se sentait plus en paix avec lui-même. Non seulement il avait trouvé des réponses importantes à ses questions, mais il avait aussi mis la main sur un objet précieux qu’il pourrait intégrer à l’un de ses prochains méchas !
Lorsqu’il se rendit au laboratoire de conception le lendemain, tout le monde remarqua aussitôt son entrain.
« Tu as l’air particulièrement heureux aujourd’hui, remarqua Gloriana en se préparant à une nouvelle séance de conception mentale. Il s’est passé quelque chose de bien entre la famille et le clan ? »
« Oh, rien de spécial. Je suis simplement de bonne humeur pour concevoir notre mécha aujourd’hui », répondit-il.
« Eh bien, avant de commencer, tu devrais parler à Maisie Ann et Rennie. Mes deux adorables élèves en savent désormais assez pour réussir en Hégémonie ! Je compte les envoyer là-bas d’ici la fin du mois, afin qu’elles arrivent à temps pour la rentrée du prochain semestre ! »
Ves écarquilla les yeux. « Elles partent ?! Maintenant ? »
« Tu veux retarder leur avenir ? » Gloriana fronça les sourcils. « Je sais que c’est assez soudain, mais une université de l’Hégémonie a enfin accepté notre demande. C’est une occasion qui ne se présente qu’une fois dans leur vie, Ves ! Dans les années à venir, elles n’auront pas facilement accès à une autre université de deuxième classe. »
Il savait qu’elle avait raison. Les deux jeunes pousses Larkinson méritaient d’apprendre la conception de méchas dans les meilleurs établissements possibles.
L’idée de les envoyer dans des écoles hexers, entre tous les endroits possibles, le mettait simplement un peu mal à l’aise.
« Quel établissement a accepté les filles ? »
« L’Académie militaire d’Hippolyta. C’est une université de rang intermédiaire affiliée à notre armée. Beaucoup de diplômés de ses programmes finissent par servir dans l’Armée Hexadrique. »
Ves fronça les sourcils. « Je n’ai pas accepté d’envoyer Maisie et Rennie en Hégémonie pour qu’elles prennent part à la Guerre de Komodo ! »
« Tu n’as pas à t’en inquiéter. » Gloriana croisa les bras et sourit. « L’engagement dans l’Armée Hexadrique est facultatif pour les diplômés de l’académie. Et puis, les deux filles sont étrangères, elles ne peuvent donc pas s’y enrôler. »
Il se calma un peu en l’entendant. Sa compagne avait tout à fait raison. Maisie et Rennie seraient de simples étudiantes étrangères dans un État qui estimait que les femmes étaient le sexe supérieur et qu’il fallait remettre les garçons à leur place. Il avait bien d’autres sujets de préoccupation !
« Combien de temps durera leur cursus ? » demanda-t-il.
Il fallait compter entre quatre et huit ans pour obtenir un diplôme en conception de méchas. Huit ans, toutefois, représentait un cas plutôt extrême. Tout dépendait de la qualité de l’établissement, des qualifications des professeurs, des lois et règlements de l’État, ainsi que de son degré général de développement et de celui de la région.
« Cela dépendra de leurs résultats, répondit Gloriana. Le parcours le plus court ne dure que cinq ans. C’est assez pour les lancer, mais guère plus. Si elles obtiennent de meilleurs résultats, elles pourront intégrer un parcours plus prometteur, qui leur permettra de démarrer leur carrière sur les chapeaux de roues ! »
« Je vois. »
L’Académie militaire avait donc adopté une approche fondée sur le mérite et les résultats. Cela semblait prometteur, car les deux jeunes pousses Larkinson auraient une chance équitable de faire leurs preuves.
Le seul inconvénient, c’était que leurs bases restaient bien en deçà de celles des élèves hexers d’élite en conception de méchas, dont le corps devait probablement regorger d’augmentations !
Ves garda le silence un instant. Il connaissait le niveau actuel des deux filles. Elles apprenaient plus vite que la moyenne, mais pas assez pour suivre le rythme de leurs homologues de deuxième classe !
« Et leurs augmentations ? Nous avions prévu que le Docteur Ranya les dote de toutes sortes d’implants et de modifications génétiques, non ? »
« Nous n’avons pas le temps, Ves. Je vais devoir contacter quelqu’un à Hippolyta pour qu’on les augmente à leur arrivée. S’il n’y a pas de complication, elles auront juste assez de temps pour s’habituer à leurs améliorations avant le début du semestre. »
Ça lui semblait un peu hasardeux. Ves tourna la tête vers les deux filles. Pour l’instant, elles avaient l’air ravies à l’idée d’étudier dans une université hexer !
« Attends un instant, Gloriana. Je dois me renseigner sur ce que tu viens de dire. »
Il se détourna d’elle et posa le doigt sur un port d’une console toute proche. Une fois son implant connecté au système, il accéda au réseau galactique pour consulter quelques articles.
Il se fit rapidement une idée du système d’enseignement supérieur hexer.
Il s’avéra qu’Hippolyta jouissait d’une assez bonne réputation, ce qui le rassura. L’établissement entretenait aussi un esprit de compétition très marqué : autrement dit, les étudiants devaient se surpasser les uns les autres pour obtenir davantage de ressources et attirer l’attention de leurs professeurs !
« Tout se joue dès le premier semestre, marmonna-t-il. »
Ceux qui prenaient l’avantage dès le début bénéficiaient aussitôt d’une attention accrue. Ceux qui prenaient du retard ou avançaient simplement un peu moins vite ne pouvaient pas intégrer les parcours les plus prometteurs !
Même lorsque les plus assidus obtenaient davantage d’attention, la compétition ne s’arrêtait pas là. Ils devaient redoubler d’efforts et répondre à des exigences toujours plus élevées pour conserver les faveurs de leurs professeurs.
Ceux qui ne résistaient pas à la pression ou commettaient un faux pas dans leurs études étaient immédiatement réaffectés à un parcours inférieur !
« Il n’y a que des Hexers pour inventer un programme aussi sadique ! Les étudiants n’ont jamais le temps de souffler ! »
Gloriana, qui l’observait depuis le côté tout en jouant avec Clixie, eut un sourire narquois. « C’est exactement l’esprit d’Hippolyta. Ses diplômés ne sont peut-être ni aussi brillants ni aussi inventifs que les concepteurs de méchas formés à l’Université Kelma ou à l’Institut Artemis, mais ils sont les meilleurs pour travailler sous pression et dans des conditions loin d’être idéales ! C’est ce qui les rend bien plus adaptés à l’armée ! »
Cela se tenait. Les professeurs d’Hippolyta ne s’adonnaient pas à ces jeux parce qu’ils aimaient torturer la génération suivante. Ils cherchaient à mettre leurs étudiants au défi et à les pousser à révéler leur plein potentiel.
D’une certaine façon, Ves songea au système de compétition fondé sur le marché imposé par l’Institut de technologie de Leemar. L’ITL cherchait lui aussi à stimuler ses étudiants en les obligeant à mettre en pratique leurs nouvelles compétences en réalisant toutes sortes de tâches pour les autres personnes sur le campus.
Quelle que soit la structure adoptée par ces universités, l’écrémage était sans aucun doute impitoyable ! Le nombre d’abandons à Leemar était stupéfiant, et Hippolyta ne se montrait presque pas moins féroce ! Ces écoles n’avaient que faire des élèves qui trébuchaient ou échouaient ! Tant d’étudiants enthousiastes rêvaient d’y étudier qu’elles ne manquaient jamais de remplaçants !
Aussi peu appréciables que fussent les méthodes d’enseignement d’Hippolyta à ses yeux, Ves devait reconnaître que la pression exercée sur les étudiants reproduisait assez bien la réalité.
Il aurait sans doute été bien mieux loti s’il avait réussi à suivre un cursus aussi rigoureux !
En contemplant les deux filles qu’il s’apprêtait à envoyer dans l’une des universités les plus strictes de l’Hégémonie, il se mit à reconsidérer l’une de ses règles.
Après Carlos, après son exobiologiste traître, Ves s’était juré de ne plus offrir ses bonbons d’attribut à qui que ce soit.
Ils tenaient toujours leurs promesses, mais il était impossible qu’ils n’aient aucun effet secondaire !
Et pourtant… les autres formes d’augmentation n’étaient pas non plus exemptes d’effets secondaires. À présent, il était très difficile de doter les deux jeunes pousses Larkinson d’augmentations alors que leurs études étaient sur le point de commencer.
Après un long débat intérieur, il finit par céder à l’urgence de la situation.
S’il voulait mettre ses jeunes pousses Larkinson sur la voie de la réussite, il devait cesser de se retenir.
L’avenir de Maisie et de Rennie était en jeu. En tant que membres de la troisième classe, elles avaient déjà un retard considérable sur leurs camarades hexers. Ves voulait qu’elles surmontent quelques difficultés pour les préparer à réussir, mais il ne voulait pas qu’elles se heurtent à un mur !
Il soupira. Il se leva de son terminal et s’approcha du groupe d’adolescents. Tous se turent dès qu’il arriva.
« Patriarche. »
« Patriarche. »
« Patriarche. »
« Patriarche. »
Il n’aimait pas qu’on l’appelle ainsi au laboratoire de conception, mais ils y tenaient. Ces derniers temps, Ves comptait trop pour les Larkinson pour qu’ils se permettent de s’adresser à lui avec familiarité !
Ves les observa attentivement tous les quatre. Il prit tout particulièrement le temps d’examiner les liens qui les rattachaient au réseau spirituel.
Comme ceux de tous les autres membres du clan, leurs liens étaient solides et en bonne santé. Rien n’indiquait que le Chat doré les détestait ou quoi que ce soit du genre. Il pouvait donc probablement leur faire confiance pour garder un secret.
« Maise, Rennie, puisque vous allez bientôt commencer vos études en Hégémonie, j’aimerais vous offrir quelques… cadeaux. Ils vous aideront à tenir tête aux Hexers, mais vous devrez tout de même garder une éthique de travail exigeante pour exceller. »
Les deux filles se montrèrent aussitôt impatientes de découvrir ce qu’il allait leur donner ! Avec ses pouvoirs et sa fortune, il pouvait leur offrir toutes sortes de cadeaux utiles pour faciliter leurs études à Hippolyta !
« Et nous, patriarche ? » demanda timidement Maikel.
Ves se tourna vers les deux garçons et vit qu’ils avaient nettement l’impression d’être laissés de côté.
Puisqu’il comptait garder Maikel et Zanthar auprès de lui, les deux n’avaient pas vraiment besoin de ses cadeaux. Il pouvait adapter leur programme à leur niveau, veiller à les mettre au défi sans les épuiser.
Mais… s’il leur accordait les mêmes avantages qu’aux filles, leur efficacité d’apprentissage grimperait probablement elle aussi. Ves aurait donc moins de temps à consacrer à leurs leçons, et davantage pour ses propres projets !
Cette seule raison suffit à le faire changer d’avis une nouvelle fois !
« Vous quatre, suivez-moi, s’il vous plaît. Trouvons un endroit confortable. Dites-moi, vous aimez les bonbons ? »
« Hein ? Des bonbons ? » Maikel eut l’air perplexe.
Une demi-heure plus tard, les quatre jeunes pousses Larkinson sortirent de son bureau avec le pire mal de tête de leur vie ! Ils gémirent et quittèrent le laboratoire de conception en traînant les pieds, comme s’ils venaient de passer un examen éprouvant !
Ves les regarda partir en souriant. Lorsqu’il dirigea vers eux sa vision du Système, les résultats furent identiques pour tous.
[Maikel Larkinson]
Intelligence : 1.6
Créativité : 1.4
Concentration : 1.8
[Zanthar Larkinson]
Intelligence : 1.6
Créativité : 1.4
Concentration : 1.8
[Maisie Ann Larkinson]
Intelligence : 1.6
Créativité : 1.4
Concentration : 1.8
[Rennie Larkinson]
Intelligence : 1.6
Créativité : 1.4
Concentration : 1.8
Il avait dû sacrifier quelques précieux DP pour acheter tous les bonbons d’attribut du Système, mais à ses yeux, le jeu en valait la chandelle.
Cette fois, Ves n’avait pas poussé à l’extrême l’amélioration de leurs attributs mentaux. Il avait déjà appris de première main qu’un coup de pouce trop important entraînait des effets secondaires bien plus graves !
Il avait réduit la dose de bonbons d’Intelligence et de Créativité pour s’assurer que les quatre enfants garderaient les pieds sur terre.
En fait, il avait déjà pris en compte le fait que leur Intelligence serait probablement améliorée plus tard, lorsqu’ils recevraient leurs augmentations. Leur attribuer un score actuel de 1,6 constituait un bon point de départ.
Pour la Concentration, il s’était montré un peu plus généreux, car elle les aiderait énormément à étudier plus efficacement sans rendre leurs tâches trop faciles.
De plus, Ves soupçonnait la Concentration d’être l’un des attributs essentiels liés au potentiel spirituel !
« Voilà une expérience plutôt intéressante », sourit Ves en se frottant le menton rasé de près.
Les quatre enfants étaient bien plus que de simples chiffres, mais leurs capacités cognitives devraient tout de même être assez similaires pour permettre des comparaisons !
Quoi qu’il en soit, avec quatre sujets d’expérience différents, Ves pourrait modifier leurs conditions individuelles afin de déterminer la meilleure façon d’enseigner à ses élèves !