Chapitre 1 901
Ves fut incroyablement soulagé lorsqu’il confirma que la frégate de l’ATM avait quitté le Système de Kesseling peu après s’être mise en orbite.
Lorsqu’il se rendit au siège de la LMC, il retrouva Lucky et le Mandat Larkinson.
« Miaou. »
« Nyaaa. »
« Oh, mes petits chéris. Vous m’avez tellement manqué ! »
Tandis que le Chat doré savourait ses caresses, Lucky esquiva ses tentatives pour l’attraper et flotta hors de portée !
« Bon sang, Lucky ! Je t’ai manqué, au moins, pendant toute cette dernière semaine ? »
« Miaou miaou. »
« Ce n’est pas des vacances ! Tu ferais mieux de travailler dur pour produire une autre gemme ! En tant que chat-gemme, tu ne trouves pas honteux d’en avoir produit si peu ? Je pourrais facilement commander un chat mécanique de remplacement à Centerpoint et ne voir aucune différence ! »
« Miaou ! »
Lucky hérissa le poil ! Après avoir lancé à Ves un regard noir, il disparut en traversant le plafond.
Ves espérait que Lucky s’efforçait de produire une autre gemme supérieure, car il en manquait cruellement depuis qu’il en avait utilisé cinq à la fois !
À peine Ves s’était-il installé dans son fauteuil que Gavin entra, une tablette de données à la main.
« Bon retour, patron. »
« Laisse tomber les politesses et dis-moi ce qui a changé dans notre situation. »
« Eh bien, il est évident que vous avez réussi à créer un mécha chef-d’œuvre. C’est désormais de notoriété publique. »
C’était prévisible, puisque la délégation de l’ATM avait tenu à piloter le Quint dans l’espace. Impossible de dissimuler son statut de chef-d’œuvre à quelqu’un qui connaissait les méchas ! Pratiquement n’importe quel concepteur de méchas compétent aurait pu comprendre, après quelques secondes de vidéo, que le Quint était un chef-d’œuvre !
« Parfait. Comment les Ylvainiens ont-ils réagi ? »
« Pendant que vous étiez occupé à recevoir un Maître concepteur de méchas, Calsie a veillé à garder le contact avec la Dynastie Curin afin de tenir les habitants à distance. Les Ylvainiens ont manifesté beaucoup d’intérêt pour votre dernière création. »
« Mon modèle Bright Warrior n’a rien à voir avec les Ylvainiens. »
Gavin haussa les épaules. « Ils ne semblent pas comprendre. À leurs yeux, tout modèle de mécha que vous concevez est forcément lié à la Foi Ylvainienne ! Après tout, vous êtes le Martyr Lumineux.
« Certains Ylvainiens ont même commencé à répandre une rumeur selon laquelle si vous êtes devenu le plus jeune concepteur de méchas à créer un chef-d’œuvre de l’amas stellaire, c’est principalement parce que votre Quint a reçu la bénédiction du Prophète Ylvaine ! »
« C’EST ABSURDE ! » Ves frappa la table du poing, faisant sursauter le Chat doré, qui se recroquevilla à l’intérieur du Mandat Larkinson ! « Ylvaine n’a rien à voir avec mon travail ! Le Quint représente le Clan Larkinson, pas le peuple ylvainien ! Attribuer mon mécha chef-d’œuvre à quelqu’un d’autre déprécie ma contribution ! »
Bien sûr, Ves omettait commodément de préciser qu’il s’était lui-même largement appuyé sur « M. S » et « M. L » pour hisser son Quint au rang de chef-d’œuvre !
« On se doutait que vous réagiriez ainsi, patron. Calsie a veillé à empêcher les Ylvainiens de nous déranger, tout en s’efforçant de les inciter à étouffer cette rumeur. »
Ves s’attendait à ce que cette mesure n’ait qu’un effet limité. Peut-être même que la Dynastie Curin, dans son ensemble, se réjouissait de voir la rumeur se propager ! Plus il serait associé aux Ylvainiens, mieux ce serait pour elle !
« Dois-je aller parler aux Ylvainiens en personne ? »
Gavin secoua la tête. « À moins que vous ne teniez vraiment à jouer les diplomates, vous pouvez tout nous laisser. Le Conseil exécutif de votre clan s’est plutôt bien débrouillé pour gérer la plupart des problèmes importants. Vos proches ont réglé de nombreuses questions essentielles, comme la sécurité, la livraison des vaisseaux spatiaux, l’approvisionnement en matériaux et bien d’autres, conformément aux directives que vous avez fixées.
« Vous n’avez plus besoin de diriger chaque grande initiative, patron. »
C’était vrai. Ves avait expressément délégué bon nombre de ces responsabilités. Aux yeux de tous, le système de gouvernance qu’il avait mis en place fonctionnait comme prévu.
Seulement, il regrettait un peu… l’époque où il exerçait un contrôle plus étroit. Toute cette délégation qui s’était généralisée ces derniers temps le mettait quelque peu mal à l’aise.
Dans ses pires moments, il avait même l’impression d’être prisonnier de la structure qu’il s’était lui-même créée !
Comme s’il n’avait pas le choix et devait se couler dans un moule bien précis parce que tout le monde autour de lui s’attendait à ce qu’il se comporte d’une certaine façon !
Il secoua la tête. Il n’en était pas encore là. Il possédait toujours un pouvoir, une richesse, un prestige et une influence considérables, suffisamment pour reprendre les choses en main si nécessaire.
Il décida de changer de sujet.
« Parle-moi de la campagne de communication prévue. »
« Eh bien, puisque la délégation de l’ATM est repartie comme prévu, nous pouvons tenir une conférence de presse dès demain. Tout est prêt. Nous avons réservé une salle adaptée dans une station spatiale et invité à la dernière minute un nombre respectable de journalistes spécialisés réputés. Nous avons même réussi à obtenir juste après une interview pour votre publication d’information préférée, le Rimward Star Herald. »
Ves afficha un air satisfait. À vrai dire, il n’avait pas vraiment le temps de parcourir les actualités chaque jour ; il n’était donc pas un abonné fidèle du Herald. C’était simplement l’un des portails d’information les plus prestigieux de cette région de l’espace. C’était déjà quelque chose.
« Comment devrais-je aborder cette interview, Benny ? »
« J’ai consulté quelques responsables des relations publiques et d’autres spécialistes des médias. Nous avons dressé une liste des questions que le journaliste du Herald pourrait poser. Nous nous sommes également permis de préparer des suggestions sur la meilleure façon d’y répondre, afin de tirer le meilleur parti possible de cette occasion de faire parler de nous.
« Contrairement à la dernière fois, votre exploit va véritablement attirer l’attention de la communauté des méchas de l’amas stellaire ! »
Les méchas chefs-d’œuvre intéressaient surtout les professionnels du secteur. Ils avaient moins d’importance sur le marché des méchas, en raison de leur extrême rareté et de l’absence d’améliorations clairement perceptibles de leurs performances.
Quant aux profanes qui n’avaient rien à voir avec les méchas, ils ne distinguaient même pas un mécha standard d’un mécha chef-d’œuvre !
C’était pourquoi seuls des journalistes spécialisés assisteraient à la conférence de presse du lendemain. L’interview du Rimward Star Herald pourrait faire connaître Ves à un public plus large, mais seuls ceux qui travaillaient quotidiennement avec des méchas se souviendraient de son exploit.
« Très bien. Parlons maintenant des mauvaises nouvelles. Combien d’ennuis nous sommes-nous attirés ? »
« Je ne suis pas la bonne personne pour répondre à cette question, patron, répliqua Gavin. Je crois que l’un de vos hommes, Michael Crindon, est prêt à vous mettre au courant. D’après ce que j’ai pu recueillir, certains signes laissent présager des problèmes. Rien ne permet toutefois de dire clairement qu’il se passe quelque chose ; il n’y a donc aucune menace immédiate. »
Ves ne se sentit pas rassuré pour autant.
« Vous savez, si vous ne vous sentez pas assez en sécurité, vous pouvez y remédier en engageant des mercenaires. »
« Des mercenaires ? » Ves prit un air contrarié. « Mes expériences avec les mercenaires n’ont pas été très concluantes. »
Les Battle Crier s’étaient révélés corrects, mais c’était parce qu’ils étaient composés de Kinners.
Il se souvenait encore de sa déception envers les Oodis Mudriders, qu’il avait engagés pour protéger la Pépinière de méchas à l’époque où il était apprenti.
« Vous pensez aux Mudriders ? » demanda Gavin.
Il acquiesça.
« Nous ne sommes pas obligés de revivre cette expérience, patron. À l’époque, il n’y avait pas beaucoup de corps de mercenaires disponibles à l’embauche. C’est différent maintenant. Notre budget est bien plus important et notre réputation nous permet de nous adresser aux plus grandes compagnies de mercenaires, les plus réputées, sans nous faire éconduire ! »
Son assistant avait raison. Après avoir entendu ces arguments, Ves prit sérieusement le temps d’envisager cette option.
Ses forces de méchas gagnaient chaque jour en puissance, mais Ves doutait qu’elles puissent repousser toutes les menaces qui pesaient peut-être sur lui en ce moment !
Mille méchas ne suffisaient pas ! La protection du Bataillon de Gloire ne suffisait pas non plus !
Avec toute l’attention qu’il attirait, il ne se sentirait en sécurité qu’avec au moins mille méchas supplémentaires pour le protéger !
« Étudie cette possibilité, ordonna Ves. Contacte les organisations de mercenaires réputées dans les environs et vois si elles accepteraient un contrat avec nous. J’espère que cette fois, nous n’aurons pas à racler les fonds de tiroir. »
« Ne vous inquiétez pas. La LMC n’est plus la même entreprise qu’autrefois, et votre réputation personnelle dépasse de loin celle de n’importe quel compagnon concepteur de la région. Nous ne serons plus obligés de choisir une compagnie au casier entaché. »
« Bien. » Ves marqua une pause, puis une question importante lui vint à l’esprit. « Si nous réussissons à engager quelques corps de mercenaires et que nous tombons sur une embuscade tendue par la Coalition du Vendredi, est-ce qu’ils se battront vraiment contre les méchas vendrédiens ? »
Gavin consulta brièvement sa tablette de données. « J’en ai bien peur, patron. Tous les contrats de mercenariat comportent une clause standard qui stipule que les mercenaires ne sont pas tenus de combattre des méchas d’une classe supérieure à celle qu’ils peuvent déployer. Les corps de mercenaires de troisième classe ne combattent que des méchas de troisième classe. »
Autrement dit, les mercenaires n’hésiteraient pas à céder le passage aux Vendrediens !
Ves s’y attendait déjà, mais il n’en parut pas moins contrarié. Le seul autre moyen de se défendre contre la Coalition du Vendredi était d’engager un corps de mercenaires de deuxième classe, mais ce genre de compagnie était difficile à trouver dans les États de moindre envergure !
Engager des mercenaires ordinaires restait utile. Ils ne pourraient peut-être pas résister à la Coalition du Vendredi, mais ils pourraient toujours alléger le fardeau face aux adversaires habituels.
« D’accord. Continue d’explorer cette possibilité, mais assure-toi qu’ils jouissent d’une bonne réputation. La dernière chose que je veux, c’est voir mes propres mercenaires faire demi-tour avec leurs méchas pour attaquer mes forces ! »
« Compris, patron. »
Ils abordèrent ensuite quelques questions secondaires, puis Gavin partit mettre à exécution ses dernières instructions.
Ves resta assis dans son bureau et manipula un instant le Mandat Larkinson. Le Chat doré ronronna de contentement tandis que Ves massait son corps intangible avec sa projection spirituelle.
Il commença à réfléchir à son programme à venir.
Pour commencer, il prévoyait de tenir une conférence de presse et de donner une interview. Peu après, il voulait enfin se soumettre à l’opération d’implantation, reportée depuis trop longtemps.
Pendant son absence, il voulait que ses organisations se préparent à la longue migration vers le Royaume Sentinelle.
En chemin, il voulait que sa vaste flotte fasse halte dans le Système de Bentheim. Il souhaitait rencontrer en personne les membres de son ancienne famille, peut-être pour la dernière fois.
Il voulait également assister à la possible fin de la Guerre des Sables. Il pourrait peut-être profiter de l’occasion pour exaucer l’une des faveurs que lui devait Davia Stark, afin qu’elle puisse tourner la page sur son traumatisme.
Ves savait qu’il ne serait pas vraiment prudent de retourner dans la République Lumineuse. Si nécessaire, il était prêt à séparer sa flotte : seule une petite partie, sacrifiable, entrerait dans le Système de Bentheim, tandis que le reste poursuivrait sa route vers le Royaume Sentinelle.
En somme, selon la durée de son incapacité après l’opération, il devrait compter sur ses subordonnés pour tenir la position et préserver la cohésion de ses entreprises.
« J’espère vraiment qu’ils seront à la hauteur et sauront diriger mes organisations en mon absence », marmonna-t-il.
Heureusement, si tout se passait bien, il ne serait absent qu’une semaine tout au plus, après quoi il devrait retrouver ses esprits.
Même s’il devait rester une semaine de plus dans un lit d’hôpital, il pourrait toujours suivre l’évolution de la situation et donner ses instructions depuis l’infirmerie.
« Le moment approche », murmura-t-il avec impatience.
L’Archimedes Rubal qu’il allait intégrer allait changer la donne. En développant ses fonctions cognitives et en en numérisant une partie, Ves bénéficierait d’avantages considérables qui feraient exploser sa productivité !
Il s’attendait à devenir un bien meilleur concepteur de méchas une fois son implant activé. Cela tombait à point nommé, car il était presque prêt à concevoir son premier véritable mécha de deuxième classe !
« Peu importe à quel point ces méchas sont complexes, avec l’aide de mon implant, je ne perdrai jamais le fil ! »