Chapitre 184
Chapitre 184
Chapitre n°184 – Otage
Traducteur/Checker : SP76
La mutinerie menée par Keller opposait habilement le sort de l'expédition à la liberté et à la sécurité d'un créateur de Méchas engagé.
Le commandant Tregis ne pouvait rien faire d'autre que regarder d'un air sombre, depuis son Mécha. Bien que les Méchas qui répondaient à son appel fussent aussi nombreux que ceux des rebelles, il hésitait à s'engager dans une bataille insensée qui ne pouvait aboutir qu'à une destruction mutuelle.
En tant que subordonné de confiance du Seigneur Kaine, il savait qu'il devait donner la priorité à l'opération avant toute autre chose. Néanmoins, il estimait qu'il ne pouvait pas laisser les mercenaires rompre le contrat qu'ils avaient conclu avec la Maison Kaine.
Même s'il n'appréciait pas cela, Ves comprenait ce que le commandant Tregis devait endurer. Afin d'éviter que la situation ne dégénère, il laissa les rebelles l'arrêter sans faire d'histoires.
Une poignée de fantassins à la solde des mercenaires s'approchèrent, et repoussèrent Melkor et les autres. Ils préparèrent une paire de menottes volumineuses conçues pour retenir la combinaison de protection que Ves portait. Sans même vérifier s'il était armé, ils les lui enfilèrent aux poignets.
« Ça te tiendra en place. » L'un des mercenaires sourit effrontément.
Les mercenaires le traînèrent hors de l'atelier et le jetèrent dans une navette cabossée. L'engin avait clairement connu des jours meilleurs. Ves pouvait voir les traces de griffes et de crocs des hexabats qui avaient marqué sa coque.
« Monte là-dedans ! »
Ils le jetèrent dans la cabine passagers vide. Ves essaya de s'installer confortablement, alors que la navette commençait à décoller. Malheureusement, le pilote obscurcit les hublots, l'empêchant de regarder dehors.
Après quelques minutes à se demander quoi faire, une petite projection apparut. Le visage de Keller le regardait d'un air narquois depuis le cockpit de son Mécha. Contrairement à son expression habituellement maîtrisée, cette fois-ci, il révélait complètement ses intentions malveillantes.
« Commandant Keller. »
« Ah, le petit intello de la République. » Il parlait en étirant sa voix, lorsqu'il mentionna sa nationalité. « Vous, les Brillants, vous pensez toujours que vous êtes plus intelligents que les autres. »
Ves ne donna pas au Vésien la satisfaction de le voir supplier et implorer pour sa vie. « Vous commettez une très grave erreur. Le docteur Jutland n'est pas votre ami, ni celui de personne d'ailleurs. Il n'honorera jamais l'accord que vous avez conclu avec lui. »
« Ha ! Comme si ça avait de l'importance ! » Keller éclata de rire. « Le bon docteur ne pourra rien faire, une fois que nous serons de retour dans l'espace, à la fin de notre séjour. À ma connaissance, les dinosaures ne peuvent pas voler. Je serai ravi de quitter cette foutue planète et ce docteur mégalomane. Et puis, me débarrasser d'un créateur de Méchas des Brillants en cours de route me vaudra suffisamment de mérite pour obtenir mon titre de chevalier ! »
« Vous, les Vésiens, vous poursuivez la noblesse comme si c'était quelque chose d'accessible. Ce n'est qu'une carotte que vos esclavagistes agitent devant vos yeux. Peu importe à quel point vous travaillez dur, la carotte sera toujours hors de votre portée. »
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« Tu mens ! Tu ne comprends rien ! »
« Je suis sûr qu'ils ne vous accueilleront pas à bras ouverts. Après tout, vous vous êtes clairement rebellé contre votre client. Si je me souviens bien, la plupart de ces contrats contiennent des clauses qui raccourciront considérablement votre vie, en franchissant certaines limites. »
Dans la société, les mercenaires étaient nombreux, mais les moyens de les contrôler avaient également évolué. Les mercenaires ne possédaient généralement pas la même loyauté et le même dévouement qu'un guerrier formé par les clients eux-mêmes. Trop souvent, des informations révélaient que les mercenaires abandonnaient leurs missions confortables dès qu'ils rencontraient le moindre problème.
Afin de mettre un peu d'ordre dans ce chaos, certaines organisations entreprenantes avaient formé une association inter-galactique de mercenaires, pour réglementer leur activité en plein essor. Bien que l'Association des Mercenaires n'ait pas le pouvoir d'exécution de l'Association de Commerce de Méchas et de l'Alliance de la Flotte Commune, elle était néanmoins la seule à pouvoir agir.
Une mauvaise note dans son dossier auprès de l'Association des Mercenaires signifiait souvent la fin de sa carrière. Ceux qui avaient un dossier négatif prenaient souvent leur retraite dans la honte, ou se tournaient vers des emplois plus louches et peu réglementés. On les appelait généralement les mercenaires noirs, et ils étaient souvent considérés comme étant à deux doigts d'être des pirates.
Keller ricana à l'adresse de Ves. « Une fois que j'aurai obtenu mon titre de chevalier, je pourrai laisser derrière moi ma carrière de mercenaire. Mes garçons et moi pourrons nous retirer dans un manoir tranquille, sur une planète rurale du Royaume, jusqu'à ce qu'on nous rappelle pour combattre en guerre. »
L'homme avait un plan raisonnable. Selon la valeur que Vésia accordait à sa tête, l'éliminer pourrait en effet rapporter à Keller suffisamment de gloire pour le propulser au rang le plus bas de la noblesse. À ce moment-là, quelle importance aurait encore son passé négatif de mercenaire ?
Le commandant se réjouit encore un peu, avant de couper la communication. Ves soupira de frustration, en regardant ses menottes. Les mercenaires n'avaient jamais considéré Ves comme une menace, et ne l'avaient même pas fouillé correctement pour vérifier qu'il ne portait pas d'armes.
Extérieurement, il ne portait qu'une ceinture à outils autour de sa combinaison de protection. Il ne portait aucune arme dans un étui, car elles auraient été plus qu'inutiles contre les formes bêtes de cette planète.
« J’ai mal jaugé où se trouvait le menace. » soupira-t-il.
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Il avait appris une leçon très douloureuse aujourd'hui. Ves n'avait jamais imaginé que les mercenaires puissent perdre le contrôle de manière aussi spectaculaire. Il avait toujours compté sur la poigne de fer de son client pour maintenir ces hommes et femmes turbulents dans le droit chemin. Ce qui s’était passé aujourd'hui avait prouvé que cette poigne de fer était aussi molle qu'un oreiller.
‘Je n’y peux pas grand chose, ressaisis-toi.’ Ves retrouva son sang-froid, et commença à faire l'inventaire de son équipement. Tout d'abord, il portait toujours sa combinaison. L'affichage dans son casque lui indiquait qu'il lui restait plus de 7 jours d'oxygène.
Après cela, il aurait de gros problèmes, car l'air sur Groening IV contenait beaucoup de déchets, mais très peu d'oxygène. Les exobiologistes avaient découvert que certaines plantes émettaient de l'oxygène, mais le reste de la flore semblait prospérer selon un cycle très différent. Ves allait lentement suffoquer, s'il ne pouvait pas obtenir de ravitaillement de la part de son ravisseur.
Deuxièmement, il avait son générateur de bouclier, chargé à 80 %. Cela pourrait le sauver de quelques coups mortels, mais Ves ne se faisait aucune illusion quant à sa capacité à résister très longtemps à un Kaius enragé.
Même si le générateur de bouclier était très visible, il espérait que Jutland ne le remarquerait pas. Tant que le médecin ne le fouillait pas ou ne le forçait pas à retirer sa combinaison de protection, Ves était sûr de pouvoir garder sa présence secrète.
Enfin, Ves portait toujours son indispensable communicateur. Outre le Système, il contenait également son Bouclier de confidentialité et son augmentation de Furtivité totale. Il plaçait la plupart de ses espoirs dans cette dernière, afin de lui donner une chance de s'échapper.
C'était aussi la raison pour laquelle il ne s’était pas trop débattu, lorsque Keller était venu le chercher. Il s'accrochait toujours à une bouée de sauvetage.
Un frisson interrompit ses pensées. Les moteurs de la navette s'arrêtèrent, et la trappe du véhicule s'ouvrit. « On est arrivés ! Jetez-le dehors ! »
Ces mêmes soldats attrapèrent Ves et le traînèrent hors de la navette. Après l'avoir amené au milieu d'une clairière, ils le jetèrent sans ménagement sur le sol métallique rugueux.
« Nous avons ce que vous voulez ! Venez le chercher ! »
À sa grande surprise, le Kaius lui-même apparut. Sa forme géante et à moitié pourrie rampait vers le milieu de la clairière à pas lourds. Chaque fois que le Kaius frappait le sol de l'un de ses 6 membres, tout le sol semblait trembler.
La vue imposante du Kaius intimidait toutes les personnes présentes dans la clairière. Étonnamment, personne ne brandissait ses armes. Malgré le fait qu'une force de frappe composée de plus d'une centaine de Méchas s'était mise en route pour coincer le Kaius et le forcer à un engagement décisif, le monstrueux Mécha avait échappé aux efforts déterminés de la Maison Kaine.
« Ah, le très estimé Monsieur Larkinson. Quel plaisir de vous voir ! » Le célèbre docteur s'exprima depuis son siège de fortune, perché sur la tête du Kaius. « Pour un Apprenti, vous êtes très loin de chez vous. Les gens comme vous ne s'aventurent jamais aussi loin dans les contrées frontalières. »
Ves ricana avec dédain. « J'ai laissé ma cupidité prendre le dessus sur mon bon sens. »
« La cupidité, quelle motivation pour l’Homme ! Elle peut emmener loin. » répondit Jutland en fouillant dans sa blouse de laboratoire sale et en en sortant un petit sac. Il le lança vers l'un des soldats de Keller qui se tenait sous le géant imposant. L'homme attrapa facilement le sac qui tombait avec une grande dextérité.
« Tenez, voici vos 50 grammes de monoexurite pure. Veillez à ne pas tout dévorer d'un coup. Vous vous transformerez en fournaise humaine en quelques secondes avant d'exploser ! Vos restes seront dispersés sur des centaines de mètres ! Je le sais, j'ai déjà vu quelqu'un essayer ! Hahahahaha ! »
Ves se pencha en arrière, tandis que le docteur continuait à délirer. Les mercenaires, quant à eux, restaient silencieux, et attendaient que quelque chose se passe. Une fois que le soldat eut vérifié le contenu à l'aide d'un scanner portable, le commandant Keller prit la parole depuis les haut-parleurs de son Mécha.
« Tout y est. Merci, docteur. Ce fut un plaisir de faire affaire avec vous. Si vous avez besoin d'autre chose, je serai ravi de vous aider. »
Le médecin changea brusquement de ton, et lança un regard noir à la bande de Méchas devant lui. « Je n'ai pas besoin de l'aide de mutins à gages comme vous ! N’osez pas vous mettre sur un pied d’égalité avec moi ! »
« M-Mes excuses, docteur ! »
Le commandant Keller et sa bande mirent fin à la conversation aussi vite que possible, et s'enfuirent pratiquement dès que l'occasion se présenta. Ils ne voulaient pas rester plus longtemps, au cas où Jutland déciderait de les tuer sur un coup de tête.
Malheureusement, Ves ne pouvait aller nulle part. Même si ses chaînes ne l'empêchaient pas de courir, un homme à pied ne pourrait jamais dépasser l'imposant Kaius.
« Allez, monte, créateur de Mécha ! Un monde vaste et nouveau attend ta puissante présence ! »
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Le Kaius baissa la queue, et força Ves à grimper dessus. Un simple crochet métallique enfoncé entre les écailles incassables du Mécha chimérique lui offrait le seul moyen de s'accrocher, alors qu'il retournait lentement dans la forêt.
Ves vécut un trajet épouvantable, essayant de rester assis sur le Mécha en mouvement. S'il perdait prise, il ferait une chute de plusieurs mètres, et se casserait certainement des os. Il pouvait même heurter un arbre métallique pointu en chemin, et percer un trou dans sa combinaison de protection.
Une fois qu'il eut pris le coup de main pour rester assis, Ves leva les yeux vers la tête du Kaius. La chimère se pavanait pratiquement dans la jungle, comme s'il croyait vraiment régner sur la forêt. Le docteur Jutland semblait absorbé par quelque chose, car il se parlait souvent à lui-même et riait.
Il envisagea de s'éclipser. Le docteur ne lui prêtait aucune attention pour le moment, ce qui lui offrait une occasion rêvée de fuir la présence de Jutland. Peut-être que son générateur de bouclier pourrait absorber l'impact de sa chute. Si Ves restait indemne, il pourrait immédiatement activer son camouflage et courir comme un dératé.
Mais il hésita après avoir pesé le pour et le contre. Même s'il s'enfuyait maintenant, il ne pourrait pas aller très loin. Sans carte, ni moyen de s'orienter dans la jungle, il ne serait jamais capable de retrouver le chemin du camp de base.
De plus, Ves voulait des réponses. La maison Kaine avait toujours agi comme si elle cachait un secret important. Peut-être pourrait-il soutirer quelque chose d'important au docteur Jutland, même s'il devait pour cela survivre au tempérament instable du docteur.
Ves commença par une question simple. « Comment faites-vous pour respirer sans combinaison ? »
« Hein ? Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?! » Jutland tourna la tête et lui lança un regard furieux. « Ha, ton petit esprit insignifiant ne peut pas comprendre les merveilles de mon esprit. La chair n'est qu'une chose insignifiante ! Avec mon génie insondable, modifier mes organes respiratoires est un jeu d'enfant ! J'ai fait tellement de choses à mon corps que cela briserait ton petit esprit faible et simpliste, si je les énumérais toutes ! »
« Vous ne le savez peut-être pas, mais je suis toujours un être humain normal. Je mourrai, lorsque ma combinaison sera à court d'oxygène, dans une semaine. »
« Quoi ?! Ta combinaison sera à court d'air dans une semaine ?! C'est trop court ! Tu as encore tant à faire ! Maudits soient ces mercenaires ! »e
La colère de Jutland s'étendit aux Kaius. Le Mécha chimérique se mit à trembler dangereusement, rendant encore plus difficile pour Ves de s'y accrocher.
Puis, le docteur cessa soudainement sa crise de colère et regarda Ves comme s'il s'agissait d'un rat de laboratoire intéressant. « Ne t'inquiète pas, petit ! Une fois que je t'aurai ramené à mon laboratoire, je t’implanterai ma dernière série d'améliorations dans ton corps. Tu pourras respirer sans risque ! Oh, tu renaîtras en une toute nouvelle espèce, comme moi ! »
Ves eut presque envie de lâcher prise sur-le-champ. Il n'avait aucune envie d'être disséqué par l'exobiologiste le plus fou de la périphérie. L'idée de perdre la raison et de devenir le meilleur ami du délirant Jutland le terrifiait. Il devait s'échapper avant que le docteur ne le dissèque !