Chapitre 1 792
Découvrir comment créer une matière spirituelle permanente, capable de conserver indéfiniment son état, n’était que le point de départ.
Pour faire de cette matière spirituelle les briques élémentaires de ses méchas imaginaires, il devait trouver un moyen d’en modifier les propriétés.
Après tout, un véritable mécha était constitué de nombreux matériaux différents ! Du blindage extrêmement dur aux matériaux résistants à l’énergie qui composaient le réacteur, chaque élément devait tirer parti des propriétés de matériaux spécifiques pour atteindre des performances satisfaisantes !
S’il ne parvenait pas à transformer les propriétés de la matière spirituelle pour les faire correspondre à celles des matériaux composant ses véritables méchas, ses créations imaginaires n’auraient que l’apparence d’un mécha. À l’image d’un mécha en papier, un mécha imaginaire composé d’une matière spirituelle uniforme serait dépourvu de toute résistance !
Ce que Ves cherchait, c’était un moyen de transformer le « papier » en d’autres matériaux, comme le palladium ou l’alliage Breyer !
Pour l’instant, Ves n’avait pas la moindre idée de la façon d’y parvenir. Il n’avait même pas encore réussi à former de matière spirituelle permanente. Il était toutefois convaincu qu’il trouverait une solution avec le temps !
Un problème particulièrement épineux concernait la transmission de l’énergie et des données aux méchas imaginaires.
Un mécha imaginaire ne se comporterait pas exactement comme un mécha physique. Ves devrait probablement procéder à quelques ajustements et concevoir une variante spirituelle d’un modèle de mécha physique.
À supposer qu’il trouve un moyen de surmonter cette difficulté et parvienne à créer un mécha imaginaire, et après ? Un mécha imaginaire n’était que l’équivalent spirituel d’un mécha physique.
En eux-mêmes, les méchas ne faisaient rien. Ils ne devenaient opérationnels que lorsqu’un pilote de mécha prenait place dans son cockpit et se connectait à la machine.
Ves se retrouvait donc face à un dilemme. Devait-il piloter directement ses méchas imaginaires, leur donner les moyens d’agir de façon autonome, ou trouver comment les rapprocher encore davantage de véritables méchas en leur fournissant des « pilotes spirituels » ?
La première option revenait essentiellement à faire de lui-même le pilote de ses propres méchas imaginaires.
La tentation était grande, mais Ves estimait que c’était une très mauvaise direction à prendre.
Si son hypothèse était juste et que l’aptitude génétique n’était plus un obstacle au pilotage de méchas imaginaires, il ne devait pas se précipiter pour bondir dans un cockpit imaginaire !
Ves s’était déjà engagé sur la voie du concepteur de méchas. Il n’avait ni la formation ni l’expertise nécessaires pour devenir un pilote de mécha accompli.
De plus, il lui était impossible de dépasser ses limites de mortel. Lorsqu’il était devenu compagnon, il avait déjà consacré son évolution spirituelle au développement de sa graine de conception.
Il pouvait imiter une force de volonté grâce à son extraordinaire maîtrise de sa spiritualité, mais jamais reproduire la puissance d’un véritable pilote expert !
« Le but, c’est de gagner du temps et de transférer les compétences que je possède déjà vers un nouveau domaine. Apprendre à piloter des méchas est une entreprise qui dure toute une vie ! Je n’ai ni le temps ni l’énergie de m’éparpiller à ce point ! »
La deuxième option consistait à donner vie à un pilote de mécha imaginaire afin qu’il pilote un mécha imaginaire.
Cette idée était moins irréaliste que la première. Ves pensait déjà être capable de créer un pilote de mécha imaginaire ! Il avait mis au point une méthode pour créer un produit spirituel !
Il lui suffirait de créer un produit spirituel à forme humaine et de lui insuffler des fragments prélevés sur des pilotes experts : il pourrait alors peut-être créer le premier pilote expert imaginaire de l’histoire de la conception des méchas !
« C’est dingue ! Complètement dingue ! »
Ves n’avait aucune idée s’il était possible de créer un pilote expert artificiel constitué de pure spiritualité.
Même s’il parvenait à donner vie à pareille abomination, que pourrait faire une entité aussi miraculeuse ? Serait-elle capable de piloter l’un de ses méchas imaginaires ? Et si elle pouvait faire davantage ?
Et s’il pouvait aller plus loin et la faire piloter un véritable mécha expert ?
Ves frissonna. Une idée aussi blasphématoire ne devrait pas être réalisable, et pourtant, il ne l’écarta pas d’emblée ! Quelque chose en lui lui soufflait que c’était possible !
« C’est beaucoup trop fou, même pour moi ! Ça ne devrait pas être possible ! »
Bien qu’il bouillonnât d’excitation, Ves finit par refréner cette ambition débridée. L’idée de produire en masse des pilotes experts imaginaires et de leur faire piloter des régiments entiers de méchas experts lui semblait un peu trop extravagante !
S’il acquérait un tel pouvoir, Ves pourrait pratiquement conquérir toute la galaxie !
Comparée à la deuxième, la troisième option était plus raisonnable. Au lieu de créer ses propres pilotes de mécha, il pourrait peut-être trouver un moyen de faire piloter ses créations imaginaires par d’autres pilotes.
Bien sûr, c’était plus compliqué qu’il n’y paraissait. Tout d’abord, il ignorait même si c’était possible.
Devait-il prélever un fragment spirituel sur un pilote de mécha et le déposer dans le cockpit d’un mécha imaginaire ? Le pilote en question pourrait-il toujours contrôler le mécha imaginaire grâce à sa connexion avec le fragment, ou celui-ci se mettrait-il à agir de façon autonome ?
À supposer que ce soit possible, voudrait-il vraiment exposer les méchas imaginaires aux Avatars du Mythe et aux autres pilotes de mécha à son service ?
Quelle que soit la bonne réponse, la question de la confiance et du contrôle demeurait en suspens !
Malgré toutes ses incertitudes, ces questions l’enthousiasmaient aussi. Il avait hâte d’explorer les possibilités ! Même si le résultat ne répondait pas à ses attentes, le concept même de mécha imaginaire était déjà si inédit qu’il pouvait déclencher une révolution dans la conception des méchas !
« Ces idées sont tellement stupéfiantes que Gloriana va probablement exploser en les entendant ! Je me demande ce qu’elle en pensera. »
Elle penserait sans doute qu’il créait des soldats divins, ou quelque chose du genre. Après tout, chaque dieu avait besoin d’une armée céleste. Pas vrai ?
Pour l’instant, Ves comptait garder ces idées pour lui. Gloriana ne lui serait pas d’une grande aide à ce stade préliminaire, et il doutait encore qu’elle puisse contribuer de quelque manière que ce soit à la création d’un mécha imaginaire.
Ce projet correspondait étroitement à sa spécialité, mais on ne pouvait pas en dire autant de Gloriana.
« C’est quelque chose que je dois explorer seul, du moins pour le moment », conclut-il.
Même si toutes ces idées avaient de quoi le faire rêver, Ves ramena ses pensées à la raison première pour laquelle il voulait créer un mécha imaginaire.
« Quelles que soient ses autres applications, il doit au moins pouvoir se battre ! »
Ves devait protéger son esprit des attaques extérieures et des tentatives d’influence. Il n’avait guère confiance dans le simple bouclier spirituel dont il entourait son esprit.
Cette méthode de défense primitive manquait de souplesse et était facile à vaincre, tant ses forces et ses faiblesses étaient évidentes !
Un mécha imaginaire ne s’enroulait pas autour de son esprit comme un bouclier spirituel, mais il pouvait aussi bien mener des actions défensives qu’offensives !
Autrement dit, en plus de protéger son esprit, Ves pourrait l’envoyer activement attaquer une autre entité spirituelle !
Bien sûr, il devait réfléchir soigneusement à sa puissance avant de pouvoir être certain que le mécha imaginaire survivrait.
S’il s’avérait que même ses meilleurs méchas imaginaires étaient trop faibles pour résister à ses esprits de conception les plus faibles, mieux valait qu’il s’en tienne à un bouclier spirituel !
Alors que Ves continuait à échafauder des hypothèses, la flotte Wodin approcha du Système de Kesseling.
Si Gloriana ne lui avait pas rappelé qu’ils étaient sur le point d’arriver, Ves serait resté absorbé par ses calculs sans fin pendant encore quelques semaines !
Il était entré dans une telle transe créative qu’il avait pratiquement vécu en pilote automatique ces derniers jours !
Il avait de la chance que sa petite amie comprenne combien cet état était précieux. Avec tout l’enthousiasme et la passion qui jaillissaient de Ves, c’était le meilleur moment pour élaborer ses idées !
« Je suis désolé, Gloriana », dit-il lorsque sa petite amie décida enfin de le tirer de sa torpeur. « Je crois que je me suis trop laissé absorber par mes nouvelles idées. »
« Tu veux bien m’en parler ? » demanda-t-elle, blottie contre Clixie sur un canapé de sa cabine. « On dirait que tu as découvert quelque chose de vraiment passionnant, cette fois. »
Ves ne put s’empêcher de sourire. « Oh, si quelqu’un entendait ce qui me passe par la tête, il me prendrait sûrement pour un fou ! »
« Tu es déjà fou, Ves », affirma Gloriana.
« Blague à part, ces possibilités me font vraiment peur ! Je n’arrête pas de penser que mes dernières idées provoqueront un véritable séisme dans le milieu des méchas, une fois qu’elles seront connues ! »
Gloriana avait beau sembler heureuse, elle ne se joignit pas immédiatement à son enthousiasme.
Elle posa plutôt la question que bien des concepteurs de méchas se posaient lorsqu’ils imaginaient une innovation potentielle.
« Est-ce que c’est réalisable ? »
« … Peut-être. » Ves hésita. « Pour l’instant, je n’ai que des idées. Je dois encore mener beaucoup de recherches et d’expériences avant de pouvoir déterminer si cette création potentielle est viable. Et même si j’arrive à la faire fonctionner, il me faudra probablement investir énormément de ressources pour exploiter cette nouvelle invention ! »
Tout avait un prix ! Ves ne croyait pas qu’une chose aussi fantastique qu’un mécha imaginaire puisse se former à partir de pure énergie spirituelle. À tout le moins, la création d’un mécha imaginaire permanent consommerait probablement une quantité colossale d’énergie !
Ce n’était pas un problème. Tant que les bénéfices dépassaient les coûts, Ves avait tout intérêt à exploiter cette innovation !
Quelques minutes s’écoulèrent tandis que Gloriana tentait de lui soutirer quelques secrets. Même s’il la trouvait adorable lorsqu’elle se mettait à le supplier, Ves leva la main pour l’arrêter et mettre fin à son petit numéro pitoyable.
« C’est quelque chose que je dois faire seul. Je te mettrai au courant quand j’aurai établi un cadre solide. »
« Combien de temps ça prendra ? »
Ves haussa les épaules. « Je ne sais pas. Des mois ? Des années ? Des décennies ? Tant qu’il y aura une chance que je réussisse, je continuerai à explorer cette voie, même si je n’obtiens aucun résultat ! »
Il ignorait si sa force et ses capacités actuelles suffisaient pour concrétiser cette idée. Peut-être devait-il atteindre le rang de Senior avant de pouvoir créer un mécha imaginaire.
Quand Ves lui fit comprendre qu’il garderait le silence, Gloriana lui adressa une moue boudeuse, mais n’insista pas davantage.
Ce n’était pas comme s’il était le seul à garder des secrets.
« Puisqu’on approche de notre destination, je me suis dit qu’il était temps de te dire ce qui allait arriver au Scarlet Rose », reprit Gloriana. « À l’origine, notre dynastie voulait s’approprier le Scarlet Rose, mais je me suis battue pour qu’il reste en ta possession ! »
« Les Wodins ont accepté ? »
« Pas tout de suite. »
« Il y a eu un problème ? »
« Ne t’inquiète pas. » Elle posa une main sur son bras pour le rassurer. « J’ai réussi à convaincre ma mère et mes proches de te laisser le vaisseau. Tu as conquis le Scarlet Rose par tes propres moyens, c’est indéniable ! Ce serait de mauvais goût de te priver de ta récompense après tous les risques que tu as pris. »
« J’imagine que tout le monde n’approuve pas cette décision ? »
Elle soupira. « Beaucoup de Wodins pensent qu’un garçon comme toi ne devrait même pas s’amuser avec un vaisseau aussi coûteux. Nous ne manquons ni de vaisseaux ni des ressources nécessaires pour en construire, mais nous ne laisserions pas passer une frégate ravitailleuse mobile. »
« Il y a d’autres complications ? »
« Non, ça devrait aller. Le Scarlet Rose devrait être à toi une fois qu’on sera arrivés à Kesseling VIII. Nous ne pourrons ni t’aider à réparer ou à rénover le vaisseau, ni lui fournir un équipage compétent. »
Ce n’était pas un problème pour Ves. « Même si vous me le proposiez, je refuserais. J’avais déjà prévu de m’occuper de tout ça moi-même ! »
Il était hors de question qu’il devienne encore plus dépendant des Hexers ! Ce n’était qu’en employant ses propres hommes qu’il pourrait garder le contrôle !