Chapitre 179
Chapitre 179
Chapitre n°179 – Réparations sur le Tas
Traducteur/Checker : SP76
Depuis que le peloton était parti fouiller la jungle à la recherche des rois hexapodes, Ves cherchait à trouver d'autres indices. Grâce à des contacts réguliers, il apprit que plusieurs équipes de mercenaires avaient reçu d'autres missions que la chasse.
« Cette bande de gars est revenue avec un arbre déraciné ! Il est petit, cependant. Il n'est pas plus grand que toi ou moi. Il a l'air très vieux et sinueux, et il a clairement été rongé par les bêtes. À part ça, je ne sais pas pourquoi les mercenaires l'ont ramené. »
« Cette équipe a rencontré un hexapode et, au lieu de le tuer sur place, elle l'a immobilisé et lui a tiré dessus avec des lasers ! Je te jure, ils ont reçu l'ordre de le gaver d'énergie avant de le tuer. La bête s'est tellement débattue que l'équipe a failli perdre certains de ses Méchas. Il va falloir une révision complète pour les retaper. »
Bien qu'il ait entendu beaucoup de ragots, Ves n'appris rien de vraiment utile. Le principal facteur qui limitait son accès à l'information était que le noyau de l'expédition se réunissait dans la zone intérieure de la base.
Tous les mercenaires et la plupart des étrangers n'avaient pas l'autorisation d'entrer dans cette zone hautement sécurisée. Au lieu de cela, la maison Kaine les avait relégués à la périphérie de la base. Même Ves avait reçu le même traitement, bien que la plupart des membres du département de maintenance, y compris le chef Ramirez, aient également dû rester à l'extérieur.
Ramirez haussa les épaules, lorsqu'il lui fit remarquer. « Les seules personnes qui ont accès aux informations importantes sont celles qui ont besoin de les connaître. Les techniciens comme nous ne sommes là que pour faire fonctionner les Méchas. Peu importe ce qui se passe. Même si la caverne s'effondrait, nous continuerions à entretenir les Méchas de tout le monde. »
« Tu ne penses pas qu'ils nous cachent quelque chose ? »
« Ooooh, crois pas que je suis pas dupe. C’est évident qu’ils nous disent pas tout ! Tu crois qu'ils nous ont montré l'intégralité de la précédente expédition ? Ce n'est que la partie émergée de l'iceberg ! Les organes de ces bestioles valent beaucoup d'argent, mais même les techniciens les plus stupides savent que le Seigneur Kaine recherche autre chose. Sinon, ça serait pas une si grosse expédition. »
Ni Ramirez, ni D'Amato ne répondirent à ses questions. Ils le réduisirent délibérément au silence, même s'ils en savaient davantage.
Ramirez avait peut-être raison, mais Ves ne pouvait pas laisser les choses en l'état. Il avait constamment un mauvais pressentiment, au sujet de toute cette aventure. S'il recevait une sorte d'avertissement préalable, il serait en mesure de maximiser ses chances de traverser une crise sans encombre.
Il gardait également à l'esprit les paroles de Maître Olson. Jusqu'à présent, l'expédition, n'avait subi aucun revers majeur. Mis à part l'étrange et inhabituelle attaque de pirates, tout s’était déroulé comme prévu.
Ves fixait l'entrée solidement gardée du sanctuaire intérieur de la base. Il envisagea d'utiliser son champ de furtivité, pour s'y faufiler, mais il y renonça après avoir réfléchi à sa durée limitée. Ni lui ni Lucky ne pourraient accomplir quoi que ce soit en seulement 5 minutes.
N'ayant pas d'autre choix, il décida d'attendre. De toute façon, sa charge de travail ne cessait d'augmenter à mesure que les mercenaires revenaient avec des hexapodes morts et des Méchas endommagés.
Les techniciens hautement compétents au service de la Maison Kaine étaient capables de résoudre la plupart des problèmes rencontrés, même sans l'aide d'un créateur. Il se retrouvait principalement à essayer de réparer des composants fortement endommagés, dont le remplacement demandait beaucoup de temps et d'efforts. Sa connaissance bien plus approfondie du fonctionnement et de la composition de chaque pièce lui permettait de redonner vie à presque tout.
Il réussit à relever la plupart des défis auxquels il fut confronté grâce à sa sous-compétence [Bricolage II], longtemps restée dormante. Cette compétence lui donna une mentalité qui le poussa à sortir des sentiers battus. Ses solutions n'étaient peut-être pas toujours appropriées, mais elles faisaient toujours l'affaire, à court terme.
Alors que Ves pensait continuer à improviser des solutions pour le reste de l'expédition, D'Amato reçut soudainement une transmission d'urgence.
« Ves, arrête ton travail. On a besoin de toi ailleurs. »
« Y a-t-il une urgence ? »
« Une urgence critique. Le peloton de chasse a rencontré un accident. L'un des Ajax Olympiens a subi des dégâts critiques. La capitaine a utilisé son seul dispositif de signalisation puissant pour transmettre sa demande d'aide aux mercenaires les plus proches, qui ont finalement relayé son message à la base. »
La nouvelle fut une mauvaise surprise. Ves avait travaillé si dur pour améliorer le chevalier lourd. « Quels sont les dégâts ? »
L’officier consulta son communicateur. « Toute la jambe gauche a subi des dégâts importants, au point d'immobiliser la machine. Le Mécha ne peut pas revenir à la base, et il est trop lourd pour être transporté. Le reste du peloton de chasse reste à ses côtés, mais le site est très dangereux. »
Ves savait que rien de ce dont ils disposaient ne permettrait de ramener à la base un Mécha lourd pesant environ 5 fois plus qu'un Mécha moyen. La gravité 1,4 fois supérieure compliquait encore davantage la situation. Le Mécha pesait en effet 40 % de plus sur cette planète, ce qui rendait impossible son transport vers la base par n'importe quelle monte-charge.
Ils se dirigèrent vers la porte est du camp de base. « Quel est le plan ? »
« Le commandant Tregis a déjà formé une équipe de sauvetage. Tu dirigeras une équipe de réparation vers le peloton de chasse et remettra l’Olympien sur pied. Il est essentiel que le chevalier lourd retrouve suffisamment de mobilité pour pouvoir rentrer en toute sécurité. »
« Je dois effectuer les réparations sur place ?! » Ves trouvait scandaleux de devoir quitter la sécurité des murs du camp de base et d'être contraint de traverser une jungle extraterrestre.
« Je suis conscient que nous t’en demandons beaucoup, Ves. Tu seras en sécurité à l'intérieur du transport blindé qui apportera également le matériel nécessaire pour les réparations. Deux Méchas accompagneront le transport au sol pour s'assurer qu'aucune forme de vie indigène n'intercepte le véhicule. »
Cela semblait toujours fou, mais Ves n'avait d'autre choix que d'obéir aux ordres. Le succès de toute l'expédition dépendait des Olympiens.
Le commandant Tregis travailla rapidement. Il réquisitionna un transport blindé prévu pour ramener leurs récoltes actuelles en orbite, et le vida de toute sa cargaison. Le chef Ramirez prit alors les choses en main, et ordonna à ses subordonnés de le remplir à ras bord d'outils, de machines, et de matériaux.
Une fois arrivé au transport, Ves se demanda pourquoi ils n'avaient pas l'intention de récupérer le Mécha endommagé à son emplacement actuel. Il lui semblait beaucoup plus pratique de ramener le Mécha à la base avant de tenter de le réparer.
« Il y a trop d'arbres métalliques qui nous barrent le chemin. Ils sont si résistants et solides qu'il est pratiquement impossible de dégager une zone sans provoquer un énorme remue-ménage. » répondit le chef, tout en supervisant le chargement. « À la place, le vaisseau restera en vol stationnaire au-dessus du site, ce qui nous permettra de larguer notre équipement pièce par pièce. »
Le transport ne resterait pas longtemps sur place. Une fois tout le matériel déchargé, le pilote avait pour ordre de retourner à la base. Sinon, le transport risquait d'attirer l'attention d'une nuée d'hexapodes.
L'expédition avait très vite compris que leur engin volant attirait les bêtes comme des papillons de nuit vers une flamme. La chaleur des propulseurs et des autres systèmes actifs exerçait une attraction irrésistible, sur ces petites bêtes dangereuses.
Tout devait être fait rapidement. Ves avait à peine pris connaissance des dommages lorsque l'enseigne D'Amato le força à monter à bord du vaisseau. Heureusement, Melkor l'accompagna avec son Stanislaw tandis que Lucky dormait dans ses bras.
« Allons-y ! »
Le vaisseau décolla lentement, et se dirigea vers l'est à petite vitesse. Une escouade de 7 Méchas accompagnait l'appareil volant à basse altitude au sol, et tentait de se frayer un chemin à travers les arbres aussi vite que possible.
À l'exception du Stanislaw, tous les autres Méchas étaient composés d'élites de la Cavalerie de George. Les mercenaires présumés se déplaçaient dans la jungle extraterrestre avec une grande habileté. La forêt dense ne les ralentissait guère. Il était évident qu'ils étaient dans leur élément, sur ce terrain.
De manière impressionnante, le Stanislaw ne perdit beaucoup de vitesse. Melkor contournait habilement tous les obstacles sur son chemin, et trouvait toujours le bon équilibre pour avancer sans trébucher. Il ne lui manquait que l'expérience pratique pour égaler les mercenaires plus âgés, qui avaient déjà traversé beaucoup d'épreuves.
Le transport et son escorte avancèrent à bonne vitesse vers leur destination. Ils rencontrèrent quelques dangers en chemin, mais l'escouade de Méchas s'occupa de la plupart des problèmes.
Le plus grand danger survint lorsqu'un petit groupe d'hexabats vola trop près du convoi. Ils remarquèrent ses émissions de chaleur, et devinrent instantanément fous furieux. Melkor et les deux autres Méchas à longue portée pointèrent leurs fusils balistiques vers le ciel, et abattirent les bêtes avec des munitions explosives.
Malgré les tirs nourris, les hexabats étaient si résistants que les impacts superficiels ne faisaient que rebondir sur leurs écailles épaisses. Quelques bêtes atteignirent le transport, et tentèrent de percer son blindage fin. Il fallut beaucoup d'efforts pour les éliminer définitivement.
« Continuez ! Nous ne pouvons pas nous permettre de retard ! »
Ils atteignirent l'Olympien environ un jour standard plus tard. Les buissons et le sol environnants portaient de nombreuses traces d'une bataille acharnée. Malgré ces marques, les plus grands arbres étaient restés intacts. Rien dans leur arsenal ne pouvait détruire cette végétation incroyablement résistante.
« Nous sommes arrivés ! Commencez à descendre notre équipement ! » Ramirez se tourna ensuite vers Ves. « Je veux que tu descendes en premier pour évaluer les dégâts. Nous avons déjà reçu les données internes de l'Olympien, mais qui sait si elles sont complètes. Nous devons descendre et voir nous-mêmes les dégâts. »
Sur ce, Ves monta à bord d'une plate-forme élévatrice qui le fit passer au-dessus du couvert végétal acéré comme des rasoirs jusqu'à ce qu'il touche enfin le sol. Dès qu'il descendit, il posa Lucky, qui se mit aussitôt à explorer les lieux avec enthousiasme.
Contrairement à Ves, qui devait porter sa combinaison de protection, son félin parcourait l'environnement toxique comme un hexapode. En tant que bête mécanique, il n'avait pas besoin de respirer. Lucky serait toujours en bonne santé, s'il se retrouvait dans le vide. Même les niveaux constants de radiation ne perturbaient guère ce chat miraculeux.
Pendant qu'il attendait que le scanner soit délicatement descendu, Ves examina le peloton de chasseurs malmené afin de comprendre ce qui s'était passé.
La plupart des Méchas semblaient avoir connu des jours meilleurs. Seuls les Empyréens semblaient intacts.
Le seul Olympien intact avait manifestement traversé une période difficile. Son bouclier robuste présentait de nombreuses rayures profondes. Son armure était en meilleur état, ce qui témoignait à la fois de sa qualité et de l'habileté du pilote.
Quant aux Volmars, environ la moitié d'entre eux avaient subi des dégâts. Des marques de griffes et de morsures éraflaient leurs armes et leur armure, ce qui n'était pas censé arriver.
Une fois que le module de balayage de la taille d'un aérocar arriva, Ves se dirigea vers l'Olympien endommagé.
Sa jambe semblait avoir été mâchouillée par une bête géante. D'énormes marques de morsures et des traces de déchirures recouvraient tout le membre. Son épaisse armure l'avait empêché d'être avalé par un hexapode géant, mais elle n'avait pas empêché les dents de transpercer l'armure, causant de nombreux dégâts internes.
« Ne bougez pas ! » ordonna Ves au pilote, lorsque le lourd Mécha tenta de tourner. « Restez en place pendant que je scanne la partie touchée. »
Le pilote répondit frénétiquement, dans le canal vocal local. « Éloignez-vous et mettez-vous à l'abri ! Il est de retour ! »
« Qui est de retour ? » Ves se retourna et remarqua que les chasseurs nerveux se préparait à affronter un adversaire redoutable. Son estomac se noua, lorsqu'il comprit que la créature qui avait dévoré l'Olympien n'avait pas quitté les lieux.
Le Cathrec du capitaine Kaine lui fit signe de revenir en agitant frénétiquement sa lance chargée. « Larkinson ! Placez-vous au centre de notre formation ! Nous ne pouvons pas laisser le docteur vous mettre la main dessus ! »
« Le docteur ? »
« Hahahaha ! » Un cri strident résonna à travers les arbres. Contrairement à la conversation précédente, cette voix horrible n'avait été transmise par aucun des canaux de communication locaux. « Un créateur de Méchas est là, vous dîtes ? Merveilleux ! »
Alors que Ves se demandait encore à qui appartenait cette voix, un objet gigantesque se mit à charger à travers les arbres et percutait l'Olympien qui se tenait prêt à l'affronter. Un bruit sourd retentit, lorsque l'Olympien fut repoussé de plus d'une douzaine de pas.
Quant à la bête elle-même, elle ne ressemblait en rien à un hexapode normal. En fait, elle ressemblait à un croisement entre un Mécha et un roi hexapode. Diverses pièces rouillées avaient été assemblées sur une carcasse de roi hexapode pourrissante, mais encore largement intacte.
« C’est un Mécha improvisé ? » s'écria Ves sans réfléchir.
Ce mariage étrange entre un Mécha et une bête lui donna des frissons dans le dos. Mais ce qui était encore plus remarquable, c'était l'homme en haillons attaché au sommet de la tête de la chimère. Cet homme avait manifestement connu des jours meilleurs. Sa blouse de laboratoire déchirée était tellement usée que son tissu composite, autrefois d'un blanc immaculé, avait pris une couleur noire répugnante.
Même maintenant, le fou riait. Sa voix amplifiée perturbait toute l'équipe de sauvetage. Comment un être humain pouvait-il respirer les gaz toxiques qui composaient l'air incroyablement dangereux de Groening IV ?
« Hahahaha ! Des intrus pensent pouvoir arrêter mon animal de compagnie ! Quel culot ! Je suis le roi de la forêt ! Personne ne me désobéit sans en payer le prix ! »
« Docteur Jutland ! » cria le capitaine Kaine depuis son Cathrec, tout en positionnant rapidement son Mécha entre la bête et Ves. « Je sais que cela fait longtemps, mais vous êtes toujours un être humain ! Laissez-nous vous soigner, et nous vous promettons de vous ramener dans l'espace civilisé. »
« Humain ? HUMAIN ? Vous OSEZ me traiter D’HUMAIN ! JE NE SUIS PLUS HUMAIN ! JE SUIS UN ROI, LE SEUL ROI DE CETTE FORÊT ! HAHAHAHA ! »
Le fou au sommet de la chimère devint complètement dingue. Malgré sa folie évidente, personne ne bougea. Malgré l'état déplorable de son Mécha chimérique, celui-ci possédait encore suffisamment de puissance pour mettre le peloton de chasseurs en pièces.