Chapitre 178
Chapitre 178
Chapitre n°178 – Camp de Base
Traducteur/Checker : SP76
Le chantier vit le jour dès l'arrivée des premières vagues. Les bâtiments préfabriqués furent faciles à assembler, même s'ils occupaient une grande partie du chargement. Le sol extrêmement rigide et la terre rendaient les travaux d'excavation très difficiles, mais l'équipe de construction avait réussi à progresser grâce à l'aide de pelleteuses puissantes.
La première vague de mercenaires arriva peu après que les navettes aient fini de transporter les matériaux de construction. Malgré l'insuffisance des installations, le plan prévoyait de les déballer immédiatement afin de sécuriser la base.
Comme prévu, de nombreux incidents s’étaient produits, lors du déchargement des Méchas de leurs conteneurs. Les membres partiellement détachés nécessitaient un peu de finesse pour être remis en place. Le fait de devoir travailler dans des conditions extérieures épouvantables ne fit qu'empirer les choses.
« Non, non, non, ne remontez pas ça sans nettoyer les articulations ! Toutes les saletés présentes dans l'air ont encrassé les connecteurs. On est pas dans un atelier ! »
« Vous avez oublié la gravité qu’on doit faire face ? Ces chargeurs ne sont pas conçus pour soulever leur capacité maximale sous notre niveau de gravité actuel ! C'est déjà un miracle qu'ils puissent décoller ! »
« Commencez par les Méchas légers ! Ils sont plus faciles à assembler, et nous en avons besoin pour explorer le périmètre. Peu importe à quelle unité ils appartiennent, commencez par les Méchas les plus légers et remontez progressivement ! »
La lourde charge de travail empêcha Ves de dormir toute la nuit. La maison Kaine voulait que tous les Méchas de mercenaires soient opérationnels sous 3 jours, ce qu'il trouvait tout à fait irréaliste. Au total, environ 200 Méchas différents participaient à l'opération. Sans la bataille précédente, ce nombre aurait pu atteindre les 400.
Comparés aux Méchas appartenant aux forces du secteur du Saule Gris, les modèles locaux ne semblaient pas impressionnants. Aucun des mercenaires de Komodo n'appartenaient à l'élite. Certains mercenaires pilotaient si mal leurs Méchas que Ves se demandait comment ils avaient pu obtenir leur diplôme.
« C'est vraiment le bazar. » commenta Melkor, d'un ton dédaigneux. « Je parie que la moitié des mercenaires ont embelli leur parcours. Sinon, l'expédition ne les aurait jamais acceptés. »
Le manque de formation et de professionnalisme de la plupart des mercenaires rendait également le camp de base, qui commençait lentement à voir le jour, très agité. Les agents de sécurité chargés de maintenir l'ordre avaient fort à faire, pour empêcher les différentes rancunes entre mercenaires de dégénérer en bagarres.
Afin d'occuper les mercenaires, le commandant Tregis les envoya pour leur première expédition. Tregis prit la direction de l'ensemble de la base, qui prenait lentement forme. Sous son commandement, les mercenaires cessèrent de se battre entre eux et se comportèrent mieux.
Ves le trouva très compétent, en tant que chef. En tant que responsable de la seule colonie de l'expédition, Tregis s'adapta à son poste comme si toute sa vie avait tourné autour de ce rôle. Cet homme devait s'être préparé à cette tâche depuis de nombreuses années. Cela se voyait, lorsqu'il discutait avec les ingénieurs civils, de la manière d'ajuster les plans des murs existants afin de tirer parti des avantages du terrain.
Le camp de base était situé sur une petite colline qui surplombait une vaste étendue de terrain. La végétation métallique qui entourait leur site masquait une grande partie de la faune, mais la vue leur offrait un avertissement suffisant, si un roi hexapode décidait d'attaquer leur base.
Le deuxième jour, la première équipe de mercenaires était revenue de sa chasse fructueuse. Tout le monde interrompit son travail pour accueillir l'escouade de Méchas qui revenait avec de nombreuses éraflures. Ils traînaient 2 cadavres d'hexapodes incroyablement impressionnants, qui attirèrent instantanément l'attention de tout le monde.
Même Ves vint toucher les hexapodes récemment tués. Bien qu'ils ne soient pas aussi impressionnants qu'un roi, les adultes normaux représentaient une menace importante pour les Méchas isolés. Seul le travail d'équipe permettait aux mercenaires de chasser ces bêtes sans subir de pertes importantes.
« Il est plutôt imposant. » remarqua le chef Ramirez, en frappant de son poing blindé la surface de l'hexapode mort. La bête était recouverte d'une sorte d'écailles de la taille d'une main, composées d'un matériau organique composite. Les différents hexapodes tiraient les métaux de leur alimentation dans des proportions variables, ce qui donnait lieu à de nombreuses variations de couleurs.
Le commandant Tregis tenta de remettre tout le monde au travail, mais la foule continuait de se rassembler autour des carcasses. Ils attendirent qu'une équipe d'exobiologistes récolte personnellement les organes thermiques.
Afin de découper leurs écailles et leur peau extrêmement résistantes, ils utilisèrent un robot chirurgical spécialisé pour pratiquer les incisions nécessaires. La puissance impressionnante du robot permit de séparer facilement les peaux, permettant à des outils et des robots plus délicats de sectionner les organes thermiques des corps et de les stocker dans un conteneur transparent.
« C’est moi ou leurs organes thermiques brillent ? »
« Tous ces éléments exotiques regroupés dans une seule masse de tissu sont forcément amenés à agir de manière étrange. »
Tout le monde se remit au travail, après cela. Ves trouvait que les hexapodes étaient des créatures remarquables, capables de prospérer dans ces conditions difficiles. La vaste galaxie possédait un nombre incalculable d'étoiles, mais seules quelques-unes offraient les conditions nécessaires à la vie.
L'humanité avait eu la malchance d'évoluer à partir d'un système stellaire dépourvu de toute substance exotique. Cela avait façonné la race humaine de telle manière qu'elle ne disposait pratiquement d'aucune supériorité innée par rapport aux autres formes de vie.
En règle générale, les formes de vie les plus redoutables avaient évolué pour tirer parti des substances exotiques présentes dans leur environnement naturel. Cela leur conférait de nombreuses capacités spéciales, voire métaphysiques, telles qu'une immunité quasi totale à la chaleur, une forme passive de télépathie, ou une intelligence qui imitait celle des ordinateurs quantiques.
Curieusement, toutes ces forces innées s'accompagnaient d'un inconvénient majeur. Tous ces extraterrestres extrêmement dangereux étaient limités par leur dépendance à ces éléments exotiques pour se reproduire. Ils ne pouvaient pas se propager aussi rapidement que la race humaine, car ils devaient constamment rechercher des systèmes stellaires contenant des gisements avec les matériaux exotiques appropriés.
Cette contrainte formait d'énormes chaînes invisibles, entre les différentes races. Certaines d'entre elles avaient transcendé les étoiles il y a des centaines de milliers d'années, voire plus. Malgré leur niveau de développement supérieur, l'humanité les avait repoussées grâce à la chance, à la ruse et à son nombre.
De nos jours, l'humanité dépendait également de tels matériaux, mais uniquement pour améliorer ses technologies existantes. Seules quelques technologies essentielles, telles que le moteur PRL, ne pouvaient se passer d'exotiques. Pour tout le reste, l'humanité ne s'effondrerait pas si tous les matériaux exotiques disparaissaient soudainement du jour au lendemain.
Les armes et les armures perdraient la plupart de leur puissance, et il deviendrait plus difficile de traverser les étoiles. Seul le moteur PRL le plus primitif fonctionnait sans utiliser des traces de matières exotiques pour augmenter considérablement sa portée et son efficacité.
« C'est assez triste de voir ces créatures impressionnantes se transformer en sacs de monoexurite à 6 pattes. » commenta Ves avec désinvolture. « Depuis combien d'années règnent-elles sur ce royaume souterrain ? Quand on pense que tout cela pourrait prendre fin, maintenant que des humains comme nous sont descendus dans leur monde. »
« C'est leur malheur d'avoir grandi aux côtés de monoexurite. » ricana D'Amato, sous sa combinaison. « La vie n'est pas juste. Nos moteurs ont soif de cette matière. Chaque gramme que nous extrayons de leur poitrine aidera deux navires de guerre à riposter contre les extraterrestres qui souhaitent notre mort. »
Comme Ves n'éprouvait pas beaucoup de compassion pour les hexapodes, il se contenta de hausser les épaules avant de retourner au travail.
La base prit enfin un semblant d'ordre, le quatrième jour. Un vaste ensemble de murs en forme d'étoiles à 5 branches entourait le périmètre de la base. De longues rangées de préfabriqués fragiles offraient des couchettes climatisées aux Méchas qui revenaient de leur chasse.
Ils offraient également l'espace minimum nécessaire aux techniciens pour entretenir les Méchas endommagés.
Les mercenaires devaient absolument s'habituer à chasser les hexapodes. En tant que prédateurs natifs de Groening IV, aucun hexapode ne se laissait abattre sans se battre. Chacun d'entre eux possédait au minimum la force d'un Mécha léger, et certains atteignaient même le niveau d'un Mécha moyen.
Un hexapode qui se battait sans se soucier de sa vie pouvait facilement infliger beaucoup de dégâts. Ves devait même parfois prêter main-forte aux équipes de réparation. Cela ne le dérangeait pas, car il pouvait ainsi découvrir différents types de Méchas présentant divers types de dégâts. Ce travail lui ouvrit les yeux sur le fonctionnement réel d'une expédition.
Le peloton de chasse partit au début du quatrième jour.
La capitaine Kaine, dans son Mécha blanc très sophistiqué, se tenait devant l'entrée principale de la base. Ves découvrit que le modèle portait le nom de Cathrec, ce qui semblait un peu trop masculin pour un Mécha moyen aussi mince et gracieux. Malgré l'accent mis sur la mobilité, le Cathrec était capable de transpercer presque tous les matériaux grâce à sa lance motorisée.
Derrière le Cathrec, les Ajax Olympuens semblaient aussi robustes que jamais. Peu de gens savaient qu'ils étaient désormais beaucoup plus puissants. Grâce à leur force accrue, et à divers autres types d'améliorations, Ves avait toute confiance en leur capacité à neutraliser un roi hexapode. Il ne pouvait toutefois s'empêcher de s'inquiéter un peu pour les machines.
Les Volmars et les Empyréens se tenaient plus en retrait. Comparés aux deux modèles précédents, ils attiraient moins l'attention, mais cela ne les rendait pas moins importants.
Les Volmars ressemblaient à des bagarreurs ou à des tirailleurs, et se battaient comme tels. Ils possédaient le bon mélange de force, de vitesse et d'agilité pour tirer pleinement parti de leurs bâtons et de leurs masses afin d'infliger des coups écrasants à leurs proies.
Quant aux Empyréens, personne ne s'attendait à ce qu'ils vainquaient les plus grands prédateurs de la région avec leurs railguns. Leurs armes auraient peut-être pu abattre un roi, s'ils avaient eu le temps de tirer plusieurs salves, mais leurs proies ne se laisseraient pas se faire attaquer. Néanmoins, leur capacité à infliger des dégâts à distance donnait au groupe une grande flexibilité tactique.
« Très bien, les gars, nous revenons avec un trophée ! »
Ves se joignit aux autres pour saluer le groupe d'élite, alors qu'ils disparaissaient dans la jungle. Personne ne savait quand ils reviendraient, pas même Ves. Les rois hexapodes faisaient rarement leur apparition, à moins que l'expédition ne fasse quelque chose de radical. Même le déploiement actuel de Méchas ne semblait guère perturber les créatures plus âgées.
Même si l'effervescence initiale avait laissé place à une nouvelle routine, Ves et Melkor n'oubliaient jamais de garder un œil sur ce qui se passait. Ves s'était consciencieusement bâti une réputation, parmi l'équipe de travail, grâce à son excellent travail et ses conseils avisés.
En l'absence du peloton, il se mêlait aux autres équipes chargées de l'entretien des Méchas. Il apprenait ainsi toutes sortes d'informations, concernant les autres mercenaires participant à l'expédition. Même si D'Amato le surveillait constamment, il finit par se lasser de son travail.
Un jour, il découvrit quelque chose d'intéressant.
« Vous dites que ces Méchas ont creusé le sol ? » demanda Ves, avec un léger étonnement. « Comment peuvent-ils le faire alors que le sol est aussi dur que le blindage d'un vaisseau ? »
« Ils le font fondre, je suppose... » répondit le technicien barbu d'un ton désinvolte. « Dieu seul sait à quelles températures ils travaillent et où ils trouvent leur équipement. Je n'ai jamais vu dans les magasins quoi que ce soit capable de produire autant de chaleur. Ils ont également besoin de batteries de la taille d'une aérocar. »
Une technicienne ajouta son grain de sel. « Je parie qu'ils essaient de localiser le gisement principal de monoexurite ! Les plantes de cette région doivent bien le trouver quelque part, pour pouvoir nourrir les hexapodes. Avec autant de flore contenant des traces de monoexurite, il doit forcément y avoir une concentration importante à proximité qui se répand vers l'extérieur. »
‘Il y a...une certaine logique.’ Ves se demanda ce qu'il pouvait y avoir d'autre dans les profondeurs. Peut-être que l'expédition avait pour but de découvrir d'autres types de trésors naturel.