Chapitre 1 754
Bien que le Kravon et le Selzer eussent fortement impressionné les Lances de l’Écho, Ves savait que ses robots de combat fraîchement convertis n’étaient pas aussi invincibles qu’ils en avaient l’air.
Tout comme les méchas experts, les méchas supérieurs pouvaient facilement se faire submerger par une horde de méchas inférieurs !
La qualité ne suffisait pas à compenser une trop grande disparité numérique.
Heureusement, les méchas conçus par Aisling étaient des modèles personnalisés coûteux, même selon les critères fortunés de la Coalition du Vendredi.
Non seulement ils étaient dotés de nombreux systèmes, mais leurs caractéristiques de base dépassaient de loin celles de n’importe quel mécha de troisième classe !
En matière de capacités de combat, les quatre machines égalaient ou surpassaient un mécha expert de troisième classe !
Bien sûr, dans un véritable combat, le mécha expert avait toutes les chances de l’emporter face à n’importe quel mécha supérieur standard.
L’écart de compétence entre un pilote expert et un pilote de mécha ordinaire était trop important !
Même aux commandes de machines inférieures, n’importe quel pilote expert de la République Lumineuse pouvait sans aucun doute tourner en bourrique un mécha de la Coalition, à moins que la confrontation entre les types de méchas ne lui soit trop défavorable.
Tout cela signifiait que les quatre méchas du Scarlet Rose étaient parfaitement capables de vaincre les cent soixante-dix méchas spatiaux des Lances de l’Écho !
« Dommage que je ne puisse pas déployer de méchas, marmonna Ves avec regret. Je dois me contenter de robots de combat bricolés. »
Il avait beau s’y être donné du mal, sa conversion restait plutôt rudimentaire. Comparées à des robots de combat conçus dès le départ pour fonctionner de façon autonome, les quatre machines étaient incapables de déployer plus de la moitié de leur potentiel.
Presque toute la puissance dont les robots de combat faisaient preuve reposait uniquement sur leur qualité supérieure. La différence entre les matériaux et les technologies leur conférait un avantage indéniable en puissance de feu, dont Ves devait tirer le meilleur parti.
Lorsqu’il avait repéré les Lances de l’Écho, Ves avait dû faire un choix crucial.
Quelle cible devait-il attaquer en premier ?
Il avait d’abord envisagé d’envoyer le Kravon et le Selzer contre les cent soixante-dix méchas déployés par le corps de mercenaires ennemi.
Les méchas spatiaux formaient un ensemble équilibré, composé de méchas tireurs protégés par un grand nombre de méchas de mêlée.
Comme leur nom le suggérait, les Lances de l’Écho semblaient privilégier les méchas armés de lances. Ves avait repéré une puissante sous-formation d’une trentaine de méchas lanciers, capables d’infliger de lourds dégâts s’ils parvenaient à achever leur charge.
Les méchas à distance ne l’inquiétaient pas. Qu’ils soient armés de projectiles balistiques, cinétiques ou de lasers, ces méchas bon marché n’avaient pas assez de puissance de feu pour détruire le Scarlet Rose ou ses robots de combat en peu de temps !
Ce qui effrayait vraiment Ves, c’étaient les méchas de mêlée. Les méchas à distance auraient besoin de beaucoup de temps pour percer le blindage de ses appareils, tandis que les méchas de mêlée représentaient une menace bien plus variable à cet égard.
Si des dizaines de méchas de mêlée encerclaient le Kravon et le Selzer, ses robots de combat à distance perdraient à coup sûr une bonne partie de leur efficacité !
Il n’avait que deux robots de combat de mêlée pour protéger ses unités à distance.
Le Paravin, chevalier spatial, bénéficiait d’une défense exceptionnelle, mais se débrouillait plutôt mal contre les méchas de mêlée, surtout sans pilote de mécha doué à l’épée aux commandes.
Le Fliskin, mécha de harcèlement léger, était dans une situation encore pire ! Les combats rapprochés à grande vitesse, où les méchas légers excellaient, dépendaient énormément du jugement et du sens du combat d’un pilote de mécha chevronné.
Sa cousine Raella était redoutable aux commandes de méchas de harcèlement terrestres ! Même avec des méchas plus légers et moins chers, elle remportait souvent ses duels grâce à ses compétences remarquables !
« Les performances d’un mécha léger dépendent encore plus du talent de son pilote. »
Cette classe de poids laissait une grande place à l’expression du talent ! Les meilleurs pilotes de mécha pouvaient ainsi accomplir des exploits stupéfiants, tandis que les mauvais risquaient de mettre leurs machines en pièces !
Le problème auquel Ves était confronté, c’était que le Fliskin n’avait même pas de mauvais pilote de mécha.
Il n’avait pas le moindre pilote de mécha !
L’IA rudimentaire qui gérait ses opérations de base n’avait pas du tout été adaptée au Fliskin. Sans ajuster sa programmation aux caractéristiques du mécha, celui-ci ne ferait pas mieux qu’un robot ordinaire.
Le Fliskin pouvait peut-être encore s’appuyer sur ses performances supérieures pour écraser trois ou quatre méchas à la fois, mais dès que les Lances de l’Écho lui en enverraient plus d’une douzaine, le mécha de harcèlement sans pilote révélerait rapidement ses faiblesses !
« Je ne peux laisser aucun des membres des Lances de l’Écho s’approcher ! » conclut Ves.
Si les Lances de l’Écho acceptaient de subir quelques pertes et de foncer à travers la puissance de feu de ses robots de combat, elles pourraient sans aucun doute submerger ses machines et son vaisseau !
C’était pour cette raison qu’il avait dirigé le Kravon et le Selzer contre les vaisseaux ennemis plutôt que contre leurs méchas.
Il voulait dissuader les Lances de l’Écho de continuer à le poursuivre !
Son objectif n’était ni de vaincre les Lances de l’Écho ni de tuer le commandant Quint. Ces mercenaires zonans lui étaient parfaitement indifférents.
Ce qu’il voulait vraiment, c’était s’échapper !
Pour y parvenir, il lui suffisait de forcer les Lances de l’Écho à battre en retraite. Dès qu’elles abandonneraient la poursuite, le réacteur supraluminique du Scarlet Rose aurait fini son cycle et lui permettrait de quitter le système stellaire !
« Quoi de mieux que d’attaquer leurs vaisseaux pour mettre des mercenaires en détresse ? » lança-t-il avec un sourire en coin.
Toute compagnie aguerrie s’attendait à perdre quelques méchas au cours d’un combat intense.
La perte de leurs pilotes de mécha était plus douloureuse, certes, mais s’ils s’éjectaient assez vite, les pertes humaines resteraient sans doute supportables, même si les Lances de l’Écho perdaient la moitié de leurs méchas spatiaux.
Les mercenaires étaient-ils prêts à sacrifier autant de méchas pour mener cette mission à bien ?
En temps normal, non, mais la situation était différente ! C’était le Corps de réserve de la Coalition qui avait confié la mission, et en tant que puissant bras armé d’un État de deuxième ordre, il ne manquait pas d’argent !
Le CRC pouvait sans aucun doute dédommager les Lances de l’Écho pour toutes leurs pertes matérielles et leur verser une généreuse récompense en plus de cette somme princière !
Ainsi, s’en prendre aux méchas ne suffirait pas à pousser les mercenaires à abandonner leur mission, surtout sous les ordres de vétérans déterminés.
Il ne restait donc que leurs vaisseaux !
Si une compagnie de méchas perdait ses vaisseaux-mères, les Lances de l’Écho subiraient un coup dévastateur !
Un porte-vaisseaux léger valait bien plus que le prix de sa construction. Déjà très coûteux en soi, il transportait aussi des techniciens de méchas, des membres d’équipage, des officiers et des capitaines, autant de ressources précieuses pour le corps de mercenaires.
Si ces hommes perdaient la vie, les Lances de l’Écho seraient privées de décennies de subordonnés formés et loyaux, dont la valeur se mesurait en argent !
En plus de perdre tous ces hommes, le corps de mercenaires verrait aussi disparaître les matériaux et les provisions coûteux stockés à bord des méchas. Sa situation financière en pâtirait à coup sûr.
Par ailleurs, la destruction des vaisseaux aurait également des conséquences considérables pour les méchas qu’ils transportaient !
Les cent soixante-dix méchas spatiaux ne pourraient pas tenir longtemps seuls dans l’espace. Dans ce système stellaire sans vie, il faudrait certainement au moins quelques jours pour secourir les méchas échoués.
En attendant, les méchas devraient économiser leur énergie, tandis que leurs pilotes devraient se contenter des réserves d’urgence et des systèmes de survie intégrés à leurs cockpits.
C’était une perspective terrifiante !
Qui voudrait dériver des jours, voire des semaines, dans l’espace, enfermé dans un cercueil de métal ?
N’importe qui pouvait passer et s’en prendre aux méchas, qu’il soit ami, neutre ou hostile.
Pourvu qu’une bande de pirates, très fréquentes dans les confins de la Grande République de Zona, ne tombe pas sur plus d’une centaine de méchas abandonnés !
Ves ne laissa pas aux Lances de l’Écho le loisir de réfléchir calmement à leurs options.
« Feu ! Continuez de tirer ! » cria-t-il avec enthousiasme en modifiant manuellement les priorités de ciblage du Kravon et du Selzer.
Les robots de combat auraient beau être désavantagés face à de véritables méchas de deuxième classe, ils ne rataient jamais leur cible contre un vaisseau massif et pataud !
Les porte-vaisseaux légers avaient beau porter le mot « léger » dans leur nom, cela ne valait que par comparaison avec les autres classes de porte-vaisseaux. Tout vaisseau capable de transporter des dizaines de méchas avançait forcément dans l’espace avec la grâce d’une baignoire poussive !
Ébranlées par la mise hors de combat du vaisseau amiral, les Lances de l’Écho réagirent conformément à leur entraînement. Leurs méchas de mêlée accélérèrent, tandis que leurs méchas à distance se mirent à tirer sur les robots de combat et la frégate de ravitaillement mobile qui se trouvaient au loin.
Malheureusement, ils n’étaient pas assez près pour que leurs armes soient efficaces !
Il n’existait pas de norme unique pour déterminer la portée efficace d’une arme. Celle-ci dépendait fortement de sa qualité, de sa technologie, de sa conception, de ses matériaux et d’autres facteurs, comme l’efficacité des systèmes de détection et de ciblage.
Une chose était certaine, toutefois : la portée efficace des armes de deuxième classe dépassait souvent celle de leurs équivalents de troisième classe !
Ainsi, tandis que le Kravon et le Selzer continuaient à pilonner avec une précision infaillible un deuxième porte-vaisseaux léger, les faisceaux laser et les projectiles balistiques ennemis passaient souvent loin de leurs cibles !
Ves détourna brièvement son attention du contrôle des robots de combat pour modifier les instructions de navigation du Scarlet Rose.
La frégate de ravitaillement mobile, relativement agile, se mit à effectuer de vigoureuses manœuvres d’évasion. Ses propulseurs latéraux s’activaient à intervalles brusques, tandis que le vaisseau semblait rouler sur lui-même ou esquiver une grande partie des tirs ennemis !
Malgré le grand nombre de projectiles balistiques et cinétiques qui manquaient leur cible, beaucoup de lasers parvenaient encore à frapper sa coque.
Et alors ?
Les faibles fusils laser utilisés par les méchas de ses adversaires ne faisaient que laisser de légères marques de brûlure sur le blindage de son vaisseau !
Le Scarlet Rose était certes assez léger selon les critères des vaisseaux de la Coalition du Vendredi, mais le blindage de sa coque était en réalité plus résistant que celui d’un mécha de deuxième classe ordinaire !
« Si vous croyez que ça va me faire mal, détrompez-vous ! Hahahaha ! »
Même les points faibles du vaisseau étaient bien plus résistants que les Lances de l’Écho ne pouvaient le supporter.
Comprenant qu’il leur faudrait de nombreuses heures pour entamer l’exceptionnel blindage du Scarlet Rose, les méchas concentrèrent plutôt leur puissance de feu sur les robots de combat !
Leurs résultats ne furent guère meilleurs.
Le Selzer disposait d’une bonne mobilité. En faisant virevolter son système de vol dans toutes les directions de façon imprévisible, il parvenait à esquiver une grande partie des tirs !
Les rares attaques qui touchaient le Selzer pouvaient laisser des marques, mais sans tirs répétés, les chances de perforer son blindage étaient infimes !
Le Kravon était un peu trop imposant et manquait de mobilité pour esquiver de nombreuses attaques. Ves remédia à cette faiblesse en chargeant le Paravin de le protéger de la plupart des dégâts.
Le grand bouclier en amande du Paravin résista ou absorba d’innombrables attaques, dont beaucoup ne laissèrent que de minuscules marques à sa surface !
Même lorsqu’un faisceau laser égaré ou un obus balistique frappait la structure du mécha, les dégâts restaient superficiels !
Cependant, Ves remarqua vite que le nombre d’impacts devenait inquiétant. Mille piqûres pouvaient tout de même détruire le chevalier spatial !
Il décida donc de frustrer ses assaillants en repositionnant les méchas pour qu’ils se mettent à couvert derrière le Scarlet Rose.
La plupart des tirs commencèrent à frapper la coque presque impénétrable de son vaisseau, épargnant ainsi à ses robots de combat de les encaisser directement !
Leur sécurité assurée, le Kravon et le Selzer se déchaînèrent et pilonnèrent le deuxième porte-vaisseaux léger jusqu’à réduire toutes ses sections de proue en débris !
Les Lances de l’Écho hésitèrent à changer l’orientation du vaisseau, mais elles n’eurent bientôt plus le choix !
Lorsque le vaisseau ciblé pivota légèrement sur son axe, Ves bondit sur cette minuscule ouverture.
« Lancez les missiles ! »
Le Kravon utilisa enfin son système d’armement secondaire. Une salve de vingt missiles compacts et de petite taille jaillit de ses lanceurs d’épaule et fila à toute allure vers la flotte au loin !