Chapitre 174
Chapitre 174
Chapitre n°174 – Dragons du Vide
Traducteur/Checker : SP76
Même si tous les canaux de communication avaient été coupés, cela n'empêchait pas les gens de parler. Si la plupart des membres d'équipage faisaient preuve d'une certaine discrétion, quelques bavards ne pouvaient s'empêcher de colporter des ragots. Bien sûr, tout ce qu'ils racontaient s'était passé plusieurs heures auparavant, et n'avait aucun rapport avec la situation actuelle de la flotte.
« L’expédition a évité un champ de mines. Ils en ont placé des vraiment dangereux. J'ai entendu dire qu'ils avaient des capacités de guidage impressionnantes, et que leurs mouvements étaient suffisamment furtifs pour se rapprocher de nous à une centaine de kilomètres. Après cela, ils activent cet énorme propulseur qui les propulse directement vers le plus gros navire qu'ils peuvent trouver ! »
« Certains des navires mercenaires de notre flotte traînent les pieds. J'ai entendu dire que le Seigneur Kaine leur avait passé un savon pour avoir refusé d'affronter l'ennemi. Je vous avais dit que les mercenaires locaux étaient des bons à rien ! Ce sont de bons petits soldats tant qu'il ne se passe rien, mais dès qu'il s'agit de combattre, ils sont prêts à rentrer chez leurs mères ! »
« Les hauts gradés continuent de se disputer sur la manière de traiter la flotte pirate. Le Seigneur Kaine s'est directement opposé aux Trois Grands ! Même ces groupes de mercenaires ne sont pas d'accord sur la marche à suivre. La Cavalerie de George veut mener une bataille rangée, tandis que les Fantômes Errants espèrent faire traîner les combats. »
« Et les Choisis d'Adila ? »
« Je n'ai aucune idée de ce que pensent ces fanatiques. Ils passent la moitié de leur temps à prier. »
« Les Fantômes Errants ont balayé leur avant-garde ! J'ai entendu dire qu'ils avaient détruit des dizaines de Méchas d'un seul coup ! L'attaque a provoqué l'arrêt de toute la flotte pirate ! »
Les bavardages incessants permirent à Ves et aux autres de se rendre compte de la situation, et leur donnaient une idée de ce qui se passait dans l'espace. Bien qu'il ne sache pas comment les rangs inférieurs obtenaient leurs informations, il semblait que les combats venaient tout juste de commencer.
Ves s'habitua peu à peu à travailler dans un état d'alerte élevé. Il devait surveiller ses actions, et s'assurer de ne rien faire de suspect. D'Amato le surveillait d'un regard laser, pendant qu'il dirigeait le démontage partiel des deux Ajax.
Comme les chevaliers lourds étaient destinés à absorber les dégâts, ils possédaient un système d'armure extrêmement complexe. Chaque couche et chaque plaque étaient reliées à une autre, et les démêler demandait beaucoup de soin et d'efforts.
Heureusement, les techniciens de Méchas avaient beaucoup d'expérience dans le démontage des armures. Ils retirèrent habilement les plaques denses et lourdes et les mirent de côté. Ves n'eut même pas à se salir les mains.
« Très bien, les Ajax sont ouverts. » annonça Ves aux techniciens, que le chef Ramirez avait placés sous ses ordres. « Maintenant, démontez soigneusement les composants indiqués dans le tableau selon l'ordre que j'ai établi. »
Le fait de diriger toute une équipe de travail donnait à Ves l'impression d'être une reine au milieu d'une ruche. Le fait que les abeilles possédaient toutes leurs propres compétences y contribuait. En tant qu'influence d'un État de second rang, la Maison Kaine n'aurait jamais embauché des idiots.
Ves tira également un avantage inattendu de ce processus. Il fut personnellement témoin des différentes méthodes utilisées par les techniciens pour se coordonner entre eux et suivre leurs progrès. Tous leurs moyens sophistiqués étaient révélés à ses yeux. S'il voulait un jour augmenter sa capacité de production, il n'aurait pas à partir de zéro.
« Même si je ne gagne pas grand-chose lors de ce voyage, cette expérience en vaut déjà la peine. Je devrais embaucher des techniciens dès mon retour. »
À l'atelier, le chef Ramirez avait déjà commencé à fabriquer les nouveaux composants. Ves ne s'inquiétait pas trop, car le plan exigeait principalement des composants auxiliaires qui ne possédaient aucune fonction complexe. Ils n'incorporaient pas non plus beaucoup de matériaux exotiques délicats.
Les ateliers de l'Ark Horizon étaient tous équipés d'imprimantes 3D puissantes mais compactes. Elles possédaient des qualités similaires à celles des gigantesques imprimantes Dortmund, mais occupaient deux fois moins d'espace. Grâce à ces machines de pointe, la production des pièces se déroulait comme prévu.
Un changement survint, le 3e jour. L'Ark Horizon vibra brièvement, interrompant le travail de tout le monde. Ves leva les yeux du plan qu'il étudiait et fronça les sourcils. « Que se passe-t-il ? »
Le guide D'Amato avait l'air inquiet. « Ce sont les propulseurs de l'Ark Horizon. Le vaisseau accélère à sa vitesse maximale ! »
Le voyant d'alerte que tout le monde avait ignoré auparavant passa du jaune au rouge. Tout le monde reçut rapidement une nouvelle série d'ordres.
« Arrêtez votre travail et sécurisez tout ce qui se trouve à portée de vue ! Enfilez vos combinaisons de protection, et préparez votre équipement ! »
Le peloton de chasse commença à s'agiter. Tous les Méchas, à l'exception des Olympiens, se mirent en ligne. Les Volmars se rassemblèrent et se dirigèrent lourdement vers le centre du hangar, tandis que les Empyréens rassemblaient leurs railguns et se dirigeaient vers les bunkers qui leur avaient été assignés.
Les techniciens se divisèrent en deux groupes. La première moitié resta dans le hangar, et attendait de recevoir les Méchas endommagés. L'autre moitié rejoignit diverses équipes de contrôle des dégâts qui se tenaient prêtes à atténuer les dégâts que l'Ark pourrait subir.
Ves commença à s'inquiéter sérieusement. D'après ce qu'il avait compris jusqu'à présent, la flotte agissait avec prudence face aux pirates. Un changement de cap brusque et une accélération signifiaient que l’Ark était soit en train de fuir, soit en train de foncer tête baissée sur l'ennemi.
D'Amato continuait d'essayer de se renseigner sur la situation actuelle, mais son rang l'empêchait d'obtenir des informations concrètes. Ves secoua la tête, et se précipita directement vers la capitaine Kaine. La femme avait déjà enfilé une combinaison de pilotage blindée, et se dirigeait vers son hangar privé.
« Attendez un instant, s'il vous plaît ! »
« Que voulez-vous ? » cracha la capitaine Kaine, en le regardant comme s'il était un ver de terre.
« Dites-moi ce qui se passe ! »
Bien qu'elle ait voulu le repousser, elle jeta un coup d'œil à Melkor qui se tenait toujours à ses côtés et reconsidéra la situation. « Une nouvelle trahison a eu lieu. Certains groupes locaux ont changé de camp et ont tendu une embuscade aux vaisseaux appartenant aux mercenaires qui sont toujours de notre côté. Rien que lors de la première vague, des dizaines de Méchas ont été détruits, et 3 petits transports ont été gravement endommagés ! »
Ves eut l'impression d'avoir été frappé par la foudre. « Je pensais que la maison Kaine contrôlait les mercenaires ! »
« Ils ont en quelque sorte conspiré pour nous trahir dès le début. Les traîtres ont caché un certain nombre de ressources, à bord de leurs navires, et ont attaqué nos agents de sécurité qui avaient été placés à bord de leurs navires pour empêcher toute mutinerie. Certains d'entre eux résistent encore ! »
La flotte possédait beaucoup de ressources, de sorte que la trahison n'avait pas réussi à menacer l'Ark Horizon. Cependant, la flotte pirate menée par un gang menaçant appelé les Dragons du Vide avait commencé à fondre sur sa proie.
Au lieu de fuir le combat, le Seigneur Kaine décida de mettre directement en jeu son puissant vaisseau amiral. Toute la flotte changea de cap pour se diriger directement vers la flotte pirate.
Le Seigneur Kaine avait l'intention de foncer droit dans la formation ennemie !
Ves avait envie de maudire l'imprudence de son client. « Laissez-moi vous aider ! Je suis créateur de méchas. Je suis doué pour tout ce qui touche à ça. »
« Je suis désolé, Larkinson, mais la dernière chose dont nous avons besoin, c'est d'un autre étranger qui s'immisce là où il n'a rien à faire. Ta place est ici. Si tu veux aider, demande au chef Ramirez de te trouver quelque chose à faire. Quoi que tu fasses, ne quitte pas ce département. »
La femme se retourna avant que Ves n'ait pu ajouter quoi que ce soit. Il avait raté l'occasion de faire la différence.
Il voulait traverser le hangar pour aider à travailler sur les Méchas spatiaux qui commençaient à se déployer dans l'espace. Ves n'avait jamais vu de près un véritable Mécha spatial, et encore moins effectué de maintenance sur eux.
Une heure s'écoula, et plus de la moitié des Méchas du hangar avaient quitté les lieux. Ceux qui restaient attendaient leur tour pour être déployés.
Au fil du temps, les Méchas endommagés commencèrent à revenir vers le hangar. Leurs châssis endommagés traversèrent l'écran de sécurité qui servait de membrane pour maintenir l'air et la pression à l'intérieur du hangar.
Même si les écrans de sécurité tombaient en panne, tout le monde avait déjà enfilé des combinaisons de protection, y compris Ves et Melkor. Ces combinaisons spatiales renforcées offraient à leurs utilisateurs une protection importante contre les explosions, les éclats d'obus, et les radiations. Leurs bottes étaient dotées d'une semelle magnétique puissante qui aidait tout le monde à rester debout, même en apesanteur.
Ves passa la plupart de son temps à aider le chef Ramirez à sécuriser l'atelier et les hangars afin de ne rien laisser au hasard. Les deux Ajax restaient particulièrement vulnérables. La plupart de leur blindage lourd qui protégeait leurs composants internes délicats avait été placé sur le côté.
Si un pirate venait à passer par là et à tirer avec un fusil d'infanterie ordinaire, il pourrait causer d'énormes dégâts.
« Continuez à fixer autant de blindage que possible ! » cria frénétiquement le chef Ramirez à ses techniciens. « Je vous retirerai une partie de votre salaire si je vois une seule section exposée dans une heure ! »
Tout le monde se précipita pour mettre en place une protection sur les châssis exposés des Ajax. Même si cela ne servirait peut-être pas à grand-chose en cas de tir de missile, cela limiterait au moins une partie des dégâts causés par le choc.
Au milieu de tout ce chaos, Melkor était largement oublié. En tant que pilote et garde du corps de Ves, il n'avait accès ni à un Mécha, ni à une arme à feu personnelle. La prudence certes justifiée de l'expédition envers les étrangers le reléguait au rôle d'observateur. Son seul travail ces jours-ci semblait être de garder Lucky.
Le chat détecta quelque chose d'étrange. Il miaula bruyamment, et tenta d'attirer l'attention de son maître. Melkor essaya de faire taire le chat à cause du bruit qu'il faisait, mais Lucky resta imperturbable.
Ves avait appris à faire confiance à son félin. « Qu'est-ce qui ne va pas, Lucky ? »
Le chat tendit la patte vers l'une des entrées du hangar. Le harnais l'empêchait d'utiliser toute son amplitude de mouvement.
« Bon, ça suffit ! » Ves se retourna et emprunta un outil coupant sur une table de travail. Il l'alluma, et coupa soigneusement les liens qui empêchaient Lucky de bouger. Une fois toutes les chaînes brisées, le chat se précipita vers l'entrée la plus proche.
« Hé, qu'est-ce que vous faites ? Cet animal n'a pas le droit de se promener librement ! » cria D'Amato en sortant son pistolet laser.
Même si D'Amato n'avait pointé son pistolet sur personne, Ves leva tout de même les mains. « Hé, je ne veux pas faire de mal ! Mon chat a un très bon flair. Il a peut-être détecté quelque chose de louche ! »
« C'est ridicule ! » s'exclama l'enseigne avec une expression incrédule. « L'Ark Horizon est le vaisseau amiral de cette flotte ! Chaque compartiment et chaque couloir sont surveillés jour et nuit. Si quelque chose nous mettait en danger, on l’aurait détecté bien avant ! »
‘Tout est une question de confiance, alors.’ Ves espérait que son séjour à bord de l'Ark avait prouvé qu'on pouvait lui faire confiance pour servir les intérêts de l'expédition. D'Amato allait au-delà de son rôle d'observateur, et aidait souvent Ves en lui faisant part de ses propres observations.
Mais dès que Ves avait franchi la ligne, D'Amato avait réagi comme si quelqu'un avait appuyé sur son bouton de réinitialisation. Cela faisait un peu mal d'être traité comme un étranger et une menace potentielle, après tant de jours de camaraderie.
Melkor se tenait déjà devant Ves. « Calmez-vous, tous les deux ! D’Amato, Lucky n'est pas un jouet. Je crois Ves quand il dit que Lucky est capable de détecter toute menace. Je vous suggère d'avertir le commandant de ce pont de se préparer au pire. »
Alors que D'Amato s'apprêtait à répondre, une forte explosion près de l'entrée l'interrompit. Le souffle fit tomber tous les spationautes, et dispersa divers débris dans les environs. Certains techniciens qui étaient encore debout furent même touchés par des armoires et des outils non fixés !
Une autre explosion se produisit près de l'écran de sécurité, le rendant instantanément inutilisable. L'ensemble du hangar subit une décompression explosive, tout l'air contenu dans l'immense hangar s'échappant dans l'espace. Quelques composants supplémentaires s'envolèrent dans le vide.
« Lucky ! » appela Ves, alors que sa combinaison de protection émettait une alerte. Sa combinaison contenait deux heures d'oxygène, mais le stress lui faisait épuiser ses réserves plus rapidement. « Lucky, où es-tu ?! »
Le vide ne transmettait aucun son. Ves ne pouvait pas appeler son chat. Il ignora les blessés, et boitilla vers le site de la première explosion.
Un chat de bronze brillant apparut de nulle part. Le chat semblait épuisé.
« Te voilà ! »
Ves saisit Lucky, et l'inspecta pour voir s'il était blessé. Il poussa un soupir de soulagement, en voyant que son chat n'avait été que légèrement touché par un éclat d'obus.
Melkor et D'Amato se précipitèrent vers lui et contemplèrent le carnage autour d'eux. L'explosion avait blessé un grand nombre de techniciens qui ne s’étaient doûtés de rien.
Alors que la situation semblait ne pouvoir empirer, un étrange Mécha endommagé et recouvert de rouge descendit dans le hangar.
« Mécha pirate ! »