Chapitre 1 667
Peu importait le nombre d’incendies qui ravageaient la République Lumineuse, le travail ne s’arrêtait jamais.
Ves détestait se retrouver mêlé aux problèmes qui surgissaient ces derniers temps. Il aurait bien mieux aimé s’enfermer dans son atelier de conception et se consacrer à sa véritable passion : concevoir des méchas !
Gloriana était encore en mesure de contribuer aux projets, mais elle souhaitait prendre un peu de temps pour se remettre de son épuisement mental.
Son absence rendait l’atelier de conception bien plus terne et dépourvu de vie. Ves s’était tellement habitué à travailler avec sa petite amie que son absence soudaine lui donnait l’impression d’avoir perdu un membre.
Lors de ses récentes interactions avec Raymond, l’ancien Larkinson s’était montré bien plus réservé en sa présence.
Ves sentait que les propos qu’il avait entendus avaient plongé Raymond dans un profond dilemme.
Quoi qu’il en soit, Ves savait que l’ancien penchait déjà de son côté. Raymond n’avait simplement jamais imaginé que les divergences entre son supérieur et l’État puissent prendre une telle ampleur.
Même à présent, Raymond ne comprenait toujours pas pourquoi Ves adoptait une position aussi ferme.
C’était aussi pour cette raison que Ves prêtait moins attention aux autres affaires et consacrait tous ses efforts à l’achèvement de ses projets.
Le Deliverer ne serait pas terminé avant quelques semaines, mais il parvint à achever sans plus attendre la première version du modèle de l’Adonis Colossus.
Gloriana n’était pas venue à l’atelier de conception depuis quelque temps, mais Ves veillait à la tenir au courant. Elle n’avait pas proposé beaucoup de suggestions, mais elle avait tout de même relevé quelques problèmes mineurs qui lui avaient échappé.
Malgré sa période difficile, elle restait une conceptrice de méchas compétente.
Ves montra également leurs derniers progrès en rendant visite à Vincent, qui avait choisi d’attendre son nouveau mécha à Freslin plutôt que de rentrer à Bentheim.
En examinant son mécha, Vincent émit un son de satisfaction.
« Hahahaha ! Quel mécha magnifique ! s’exclama-t-il en riant. Avec ça, aucun homme-sable ne pourra me tenir tête ! Les femmes vont m’adorer ! Regardez-moi cette pièce d’entrejambe si élégante ! »
Ves réprima l’envie de grimacer. « Avez-vous des objections à notre modèle ? »
« Euh, maintenant que j’y pense, ce mécha aura-t-il votre lueur caractéristique ? »
« Oui. L’Adonis Colossus possède une lueur unique, exclusive à votre mécha. C’est notre garantie. »
C’était l’un des moyens que Ves et Gloriana avaient choisis pour se démarquer sur le marché. Les composantes spirituelles qui rendaient ses méchas si remarquables devaient devenir l’un de leurs principaux arguments de vente.
C’était encore plus important pour les méchas sur mesure, surtout si leur lueur était unique en son genre !
Ves jugeait personnellement extravagant d’offrir ce service à Vincent, mais cela poserait les fondations de futures commandes.
Dès lors que cette caractéristique deviendrait leur marque de fabrique, Ves et Gloriana pourraient facturer leurs services beaucoup plus cher !
Vincent hocha la tête, satisfait. Même si Ves n’avait pas encore insufflé Bravo dans le modèle, le mécha possédait déjà une assise spirituelle particulièrement marquée.
Vincent, pilote de mécha ordinaire, ne pouvait pas en percevoir la présence, mais il se sentait malgré tout beaucoup plus proche du modèle. Les petites exigences qu’il aurait normalement voulu exprimer lui restèrent en travers de la gorge : à ses yeux, l’Adonis Colossus possédait un charme indescriptible.
C’était comme s’il se regardait dans un miroir !
Le comportement de son client n’échappa pas à Ves. Dès le départ, il avait délibérément cherché à charmer Vincent pour l’empêcher de formuler des demandes agaçantes, comme agrandir la pièce d’entrejambe.
Pour l’instant, la pièce de protection que Ves avait inévitablement recouverte d’une couleur or éblouissante pouvait encore passer pour une ceinture extra-large, ou quelque chose du genre. Cette apparence trompeuse était essentielle pour préserver sa réputation dans le milieu des méchas !
« Assurez-vous de livrer ce mécha aussi vite que possible, exigea Vincent après avoir repris ses esprits. La République Lumineuse est en grand danger ! Bentheim est constamment assiégée ! En tant que vaillant pilote de mécha, je dois faire tout ce que je peux pour protéger mon foyer ! Plus tôt j’aurai ce mécha, plus tôt je pourrai sauver la République ! »
Ves fit de son mieux pour ne pas lever les yeux au ciel. S’il surveillait soigneusement son comportement, c’était notamment parce que l’équipe de médias qui filmait cette rencontre se trouvait là.
La plupart des clients ne voulaient jamais révéler les modèles des méchas qu’ils commandaient. Montrer les plans de son futur mécha permettrait à ses ennemis d’en comprendre parfaitement les faiblesses.
Cependant, Vincent semblait avoir oublié cette leçon, ou ne pas juger nécessaire de dissimuler sa force.
Au moins, Vincent ne risquait aucune répercussion tant qu’il combattait les hommes-sables. Ces extraterrestres ne se donnaient jamais la peine d’identifier les faiblesses des méchas pour les exploiter. Peut-être qu’à leurs yeux, chaque mécha n’était qu’un bloc de métal volant qu’il fallait détruire pour atteindre leurs objectifs.
Ves repartit aussi vite que possible après que Vincent eut approuvé le modèle actuel.
Même si les versions suivantes comportaient quelques retouches, il ne s’attendait à aucun changement majeur.
« Le modèle de l’Adonis Colossus est essentiellement terminé », conclut-il.
Il en eut un poids en moins sur les épaules. Il s’agissait de son premier modèle de la nouvelle génération, mais Ves n’en tirait pas grande fierté. Son aversion pour Vincent ne s’était jamais atténuée. Il voulait simplement rester fidèle à ses principes et mener la commande à bien sans faire d’histoires.
« Maintenant, je peux passer à quelque chose de bien plus amusant. » Il sourit.
De retour à l’atelier de conception, il chargea son équipe de mener à bien les dernières étapes du processus de conception de l’Adonis Colossus.
Comme les Tovars s’étaient déjà habitués à ces tâches, Ves n’avait plus besoin de surveiller leur travail d’aussi près.
Il avait ainsi toute latitude pour se consacrer à son projet du moment. Il s’assit devant un terminal et ouvrit les fichiers de conception du Deliverer.
« Quelle beauté. »
Le modèle du Deliverer comportait encore de nombreuses pièces manquantes, mais sa silhouette générale et sa fonction étaient déjà claires.
Son châssis relativement robuste lui donnait une masse suffisante pour stabiliser la visée du mécha tireur d’élite.
Ves ajouta un bon nombre de composants auxiliaires destinés à faciliter le rôle principal du mécha. Divers systèmes de capteurs et de ciblage permettaient au pilote de tirer sur des cibles éloignées même sans l’aide de la lueur du Deliverer.
« Dommage qu’il n’atteigne son plein potentiel qu’entre les mains d’un Ylvainien. » Il soupira.
Tous ces gadgets supplémentaires apportaient un soutien considérable à n’importe quel pilote de mécha. Toutefois, l’iconographie et les autres éléments décoratifs montraient clairement que le Deliverer n’était pas un modèle neutre.
À mesure qu’il s’absorbait dans son travail, Ves accorda une attention particulière à son armement principal.
L’Executor était un fusil Gauss offrant la vitesse initiale la plus élevée parmi toutes les options à sa disposition. Il tirait des projectiles plus petits que les autres modules, mais leur vitesse initiale supérieure leur conférait bien plus d’énergie, leur permettant d’infliger autant de dégâts que des projectiles plus gros, mais plus lents.
L’Executor était non seulement beaucoup plus précis à longue portée, mais Ves pouvait aussi stocker davantage de munitions dans les compartiments internes du Deliverer.
« Dommage que ce fusil soit si gourmand en énergie. »
Si un État de troisième ordre comme la République Lumineuse comptait surtout sur les fusils balistiques pour infliger des dégâts physiques, c’était parce qu’ils étaient beaucoup moins exigeants.
Les fusils Gauss frappaient fort et vite, c’était vrai. Mais ils exigeaient aussi beaucoup plus. Non seulement ils étaient plus complexes, mais ils dépendaient également d’exotiques robustes capables de résister à toutes les forces qu’ils généraient.
Un seul tir de l’Executor suffisait à percer le blindage de n’importe quel mécha standard ! Même des méchas haut de gamme comme le Blackbeak ne pouvaient résister à des attaques répétées !
De nombreux fusils Gauss infligeaient certes plus de dégâts par tir, mais ce n’était pas ce qu’il fallait au Deliverer.
Tant que l’Executor avait assez de puissance pour abattre un drone homme-sable, cela suffisait. Ves ne voyait aucun inconvénient à ce que l’énergie excédentaire de ces tirs soit gaspillée, car il ignorait si les hommes-sables renforceraient leurs drones à l’avenir.
L’Executor était très difficile à manier, mais il partageait tout de même de nombreux points communs avec les fusils balistiques. Cela lui donnait confiance en sa capacité à modifier son modèle pour répondre à ses besoins.
Malgré de nombreuses erreurs, Ves parvint à améliorer les caractéristiques qu’il visait en faisant quelques compromis astucieux et coûteux.
« Ce qui compte le plus, ce n’est pas forcément la puissance ou la vitesse initiale, marmonna Ves. C’est la précision. Le fusil doit toucher exactement là où un pilote de mécha tireur d’élite expérimenté veut atteindre sa cible ! »
Les compétences que lui avait conférées le Système lui avaient clairement montré qu’améliorer la précision d’un mécha devenait d’autant plus difficile qu’elle était déjà élevée.
Il ne fallait pas beaucoup d’efforts pour qu’un mécha de combat à distance touche une cible immobile à quelques kilomètres avec une précision de cent pour cent.
Mais qu’en était-il à cent kilomètres ? C’était la limite supérieure à laquelle Ves s’attendait à ce que son Deliverer puisse assassiner des amiraux hommes-sables.
En pratique, garantir une précision suffisante à cinquante kilomètres constituait déjà un défi de taille.
Cette exigence était plus facile à satisfaire puisque moins de variables agissaient sur le projectile, mais un fusil Gauss n’était jamais parfaitement précis.
Pour améliorer la précision au-delà du seuil qui aurait déjà satisfait la plupart des concepteurs de méchas, Ves procéda à de multiples ajustements sur l’Executor et le châssis de son modèle.
Il modifia l’épaule avant et les pièces avoisinantes afin que le Deliverer puisse caler la crosse aussi parfaitement que possible.
Il renforça le corps du fusil et remplaça certains matériaux de moindre qualité afin d’en accroître la fiabilité après une longue utilisation.
Une fois ses ajustements terminés, l’imposant fusil Gauss avait l’air encore plus redoutable. Il était si grand et si massif qu’il offrait de nombreuses possibilités de modifier ses propriétés.
« Quand mes Deliverer feront leurs débuts sur le champ de bataille, ils marqueront les esprits !
Cependant, avant d’obtenir ce résultat, il devait s’assurer que le Deliverer s’accordait bien avec son esprit de conception.
Comme le Deliverer dépendait fortement du fragment spirituel d’Ylvaine, Ves s’y connectait fréquemment afin de le familiariser avec le modèle et ses propriétés.
Parfois, le fragment spirituel lui transmettait des objections ou des solutions de rechange.
Il ne suivait jamais immédiatement ses suggestions. Il en évaluait toujours d’abord le bien-fondé avant de prendre sa propre décision.
« À ma connaissance, ta source ne connaît rien aux méchas. J’ai mes propres idées sur mon travail ! »
Autrefois, Ves aurait accepté les suggestions de ses esprits de conception. Mais à présent qu’il était devenu plus compétent, il n’avait plus besoin de tant chercher à leur plaire. Si ses esprits de conception n’étaient pas d’accord, ils n’auraient qu’à ravaler leurs objections.
Le rapport de force entre Ves et ses esprits de conception était très intéressant. Jusqu’ici, leurs relations avaient été largement bénéfiques aux deux parties.
Les esprits de conception se nourrissaient des retours spirituels de ses produits, tandis qu’ils lui prêtaient leur force en échange.
De tous les esprits de conception qu’il utilisait, Ves avait toujours eu le sentiment de pouvoir aller plus loin avec le fragment spirituel d’Ylvaine. C’était le plus coopératif de tous, et son origine humaine indéniable le rendait bien plus apte à une collaboration poussée que ses jeunes produits spirituels artificiels.
Tandis que Ves poursuivait les retouches du fusil Executor, une idée lumineuse lui vint soudain à l’esprit. Il voulait tenter quelque chose de semblable à ce qu’il avait fait avec le Devil Tiger, mais de façon moins évidente.
Il adressa aussitôt une question au fragment spirituel d’Ylvaine.
« Et si je te laissais un peu plus de contrôle sur le mécha ? Si tu le souhaites, je peux te permettre de faire davantage que de corriger la visée du pilote. »
Le fragment spirituel donna aussitôt son assentiment !